‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 12 sur 168 · Conseils à un journaliste · texte numérisé non relu

Conseils à un journaliste

de flatterie et de complaisance un historien qui avait si peur d'avoir été trop hardi : il semble au contraire que ses craintes étaient bien justifiées. Le gouvernement de Louis XV, jusqu'à Tavénement du duc de Choiseul, protecteur des philosophes, avait été moins tolérant que la monarchie de Louis XIV. u La profession des lettres, disait Voltaire lui-même*, si brillante et même si libre sous Louis XIV, le plus despotique de nos rois, est devenue un métier de servitude. L'esprit de petitesse et de minutie est venu au point que l'on ne peut plus imprimei que des livres insipides. Les bons auteurs du siècle de Louis XIV n'obtiendraient pas de privilège : Boileau et La Bruyère ne seraient que persécutés. » C'était le moment où Fréret était mis à la Bastille pour avoir voulu prouver que les premiers Francs, nos ancêtres , n'avaient été que des barbares ; un abbé, Lenglet-Dufresnoy, moins heureux encore , avait été puni par trois ou quatre lettres de cachet pour avoir publié les Mémoires de quelques contemporains de Charles IX et de Henri III. ÙHistoire même de Charles XII n'avait pas trouvé grâce devant les censeurs, parce qu'elle contenait, « des vérités qui pouvaient choquer plusieurs princes', >» et elle n'avait pu se produire que secrètement à Rouen et à Lyon. Nous avons déjà dit que YEssai sur le Siècle de Louis XIV avait été supprimé par un arrêt du conseil, en 1739; et quand, douze années plus tard, Touvrage entier eut été achevé, quand il eut été imprimé à Berlin et accueilli dans toute l'Europe avec admiration ou avec curiosité , Voltaire ne put obtenir d*abord la permission de le faire paraître en France, « J'ai sans peine' un privilège de l'empereur pour dire que Léopold était un poltron; j'en ai un en Hollande pour dire que les Hollandais sont des ingrats et que leur commerce dépérit; je peux hardiment imprimer, sous les yeux du roi de Prusse, que sod

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