Letire au président HesnauU, i*' fétrier
XVI NOTICE SUR LE SIÈCLE DE LoULS XIV.
aïeul, le Grand Électeur, s'abaissa inutilement devant Louis XIV : il n'y aurait donc qu'en France où il ne nie serait pas permis de faire paraître l'éloge de Louis XIV et de la France, et cela parce que je n'ai eu ni la bassesse ni la sottise de défigurer cet élogo par de honteuses réticences et par de lâches dégui sements! »
Cet ouvrage, qui avait inspiré tant d'inquiétudes au gouvernement, eut dans la suite une destinée bien différente. On commença à le trouver, du vivant môme de Voltaire, trop timide et trop louangeur. Voltaire écrivait au duc de Richelieu^ : « La manie qu'on a aujourd'hui de dénigrer Louis XIV et Colbert me paraît bien étrange. » 11 résistait à cette réaction qui atteignait du môme coup son livre. « J'ai peur, dit-il encore au duc de Richelieu*, d'avoir le défaut des vieillards qui fonl toujours l'éloge du temps passé ; mais il me semble que le siècle de Louis XIV, dont on fiiit actuellement une édition nouvelle fort augmentée , était un peu supérieur à notre siècle. » La réaction continua, après sa mort, sous l'influence des idées qui amenèrent la Révolution française. Un critique ingénieux, qui semble avoir hérité de l'esprit caustique de Voltaire, Lémontey, écrivit dans son Essai sur la monarchie de Louis XIV, où il mettait un peu de vérité et beaucoup de finesse au seiA^ice d'un paradoxe : « Voltaire se laisse trop éblouir par l'éclat littéraire pour être parfaitement juste rula traité un roi qui avait fondé des académies comme les moines traitaient jadis les princes qui dotaient les églises.^Enfin de nos jours la publication longtemps attendtfff des Mémoires de Saint-Simon a paru porter le dernier coup h la réputation de Voltaire. On a recueilli avidement ces anecdotes suspectes, ces bruits de la cour et de la ville qu'on aurait pu trouver déjà dans La Beaumelle et les réfugiés français de Uollandtî,
f. Lettre an duc de Bichelieu,?!! norcmbre 1709. t. Lettre au niûmc, 28 noTenibrc itst.