EMPOISONNEMENTS ET SORTILEGES
Les dangers attachés à Tétai de fille, dans une cour galante et voluptueuse, déterminèrent à substituer aux douze filles d'honneur qui embellissaient la cour de la reine douze dames du palais; et depuis, la maison des reines fut ainsi composée. Cet établissement rendait la cour plus nombreuse et plus magnifique, en y fixant les maris et les parents de ces dames; ce qui augmentait la société et répandait plus d*opulence.
La princesse de Bavière, épouse de Monseigneur, ajouta, dans les commencements, de Téclat et de la vivacitift à cette cour. La marquise de Montespan attirait toujours Tattention principale; mais enfin elle cessait de plaire, et les emportements altiers de sa douleur ne ramenaient pas un cœur qui s'éloignait. Cependant elle tenait toujours à la cour par une grande charge , étant surintendante de la maison de la reine, et au roi par ses enfants, par l'habitude et par son ascendant.
On lui conservait tout l'extérieur de la considération et de< l'amitié, qui ne la consolait pas; et le roi, alïïigé de lui causer des chagrins violents, et entraîné par d'autres goûts, trouvait déjà dans la conversation de M""* de Maintenon une douceur qu'il ne goûtait plus auprès de son ancienne maîtresse. 11 se sentait à la fois partagé entre M"* de Montespan qu'il ne pouvait quitter. M'** de Fontange qu'il aimait, et M*"* de Maintenon de qui l'entretien devenait nécessaire à son âme tourmentée. C^ trois rivales de faveur tenaient toute la cour en suspens. 11 parait assez honorable pour Louis XIV qu'aucune de ces intrigues n'influât sur les afiaires générales , et que l'amour, qui troublait la cour, n'ait jamais mis le moindre trouble dans le gouvernement. Rien ne prouve mieux , ce me «emble, que Louis XIV avait une âme aussi grande que sensible.
Je croirais môme que ces intrigues de cour, étrangères àf^ l'État, ne devraient point entrer dans l'histoire, si le grand siècle de Louis XIV ne rendait tout intéressant, et si le voile de ces mystères n'avait été soulevé par tant d'historiens, qui pour la plupart les ont défigurés.
Saite des particolarités et anecdote».
La jeunesse, la beauté de M"* de Fontange, un fils quelle donna au roi en 4680 , le titre de duchesse dont elle fui décorée, écartaient M"* de Maintenon de la première place , qu'elle n'osait espérer et qu'elle eut depuis : mais la duchesse de Fontange et son fils moururent en 4 684 .
La marquise de Montespan, n'ayant plus de rivale déclarée, D*en posséda pas plus un cœur fatigué d'elle et de ses murmures. Quand les hommes ne sont plus dans leur jeunesse, ils ont presque tous besoin de la société d'une femme complaisante; le poids des affaires rend surtout cette consolation
» nécessaire. La nouvelle favorite, M*"* de Maintenon, qui sentait le pouvoir secret qu'elle acquérait tous les jours , se conduisait avec cet art qui est si naturel aux femmes , et qui ne déplaît pas aux hommes. Elle écrivit un jour à M"* de Fontenac, sa cousine, en qui elle avait une entière confiance : « Je le renvoie toujours affligé, et jamais désespéré. » Dans ce temps où sa faveur croissait, où M"* de Montespan touchait à sa chute, ces deux rivales se voyaient tous les jours, tantôt avec une aigreur secrète, tantôt avec une confiance passagère, que la nécessité de se parler et la lassitude de la contrainte mettaient quelquefois dans leurs entretiens *. Elles convinrent de faire , chacune de leur côté , des Mémoires de tout ce qui se passait à la cour. L'ouvrage ne fut pas poussé fort loin. M"* de Montespan se plaisait à lire quelque chose de ces Mémoires à ses amis, dans les dernières années de sa vie. La
i^dévotion , qui se mêlait à toutes ces intrigues secrètes , aSer-
1. « I-es Mémoires donaés sous le nom de Jtf** de Maintenon rapportent qu'elle dit à M"*« de Montespan , en parlant de ses rêves : « J'ai rèTé m aue nous étions sur le grand escalier de Versailles : je montais , vous « descendiez; je m'élevais iusqu'anx nues, vous allâtes k Fontevrault. » Ce conte est renouvelé d'après le fameux duc d'Épernon , qui rencontni le cardinal de Rich^ieu sur l'eecalier du Louvre, l'année 1624. Le cardinal lui demanda s'il n'y avait rien de nouveau. « Non, lui dit le duc, sinon que « vous montez, et je descends. » Ce conte est gâté en ajoutant que d'un escalier on s'éleva jusqu'aux nues. H faut remarquer que dans presque tous les livres d'anecdotes, dans les ana^ on attribue presque toi^ours à ceux qu'on fût parler des choses dites un siècle et même plosieon sièelea auparavant. » (Note de Voluire. )