‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 125 sur 168 · SUITE DES ANECDOTES · texte numérisé non relu

SUITE DES ANECDOTES

missait encore la faveur de M"** de Maintenon , et éloignait M"* de Montespan. Le roi se reprochait son attachement pour une femme mariée , et sentait surtout ce scrupule depuis qu'il ne sentait plus d'amour. Cette situation embarrassante subsista jusqu'en 4685, année mémorable par la révocation do redit de Nantes. On voyait alors des scènes bien différentes : d'un côté le désespoir et la fuite d'une partie de la nation ; de , l'autre, de nouvelles fêtes à Versailles; Trianon et Marly bâtis; la nature forcée dans tous ces lieux de délices, et des jardins où Fart était épuisé. Le mariage du petit-fils du grand Gondé avec Mademoiselle de Nantes , fille du roi et de M*"* de Montespan, fut le dernier triomphe de cette maîtresse, qui commençait à se retirer de la cour.

Le roi maria depuis deux enfants qu'il a^ait eus d'elle : Mademoiselle de Blois avec le duc de Chartres, que nous avons vu depuis régent du royaume; et le duc du Maine à Louise-Bénédicte de Bourbon, petite-fille du grand Condé et sœur de Monsieur le Duc , princesse célèbre par son esprit et par le goût des arts. Ceux qui ont seulement approché du Palais-Royal et de Sceaux savent combien sont faux tous les bruits populaires recueillis dans tant d'histoires concernant ces mariages '.

(4 685) Avant la célébration du mariage de Monsieur le Duc avec Mademoiselle de Nantes, le marquis de Seignelay, à cette occasion, donna au roi une fête digne de ce monarque, dans les jardins de Sceaux, plantés par Le Nôtre avec autant de goût que ceux de Versailles. On y exécuta l'idylle de la Paix, composée par Racine. Il y eut dans Versailles un nouveau carrousel, et après le mariage le roi étala une magnificence singulière ,

1. « II y a plus de vingi Toiumes aans lesquem tous verrez que la maison d'Orléans et la maison de Condé s'indignèrent do ces propositions; yous tirez qu mèmec sèment c.

Chartres',

vec peine, et qu'î ,

qui regarde la cour est écrit ainsi dans beaucouj) d'histoires. » ( Noie de Voltaire.)—Saint-Simon prétend (chap. iv) que Monsieur le Prince «ressentit une )oio extrême de cette alliance qui le rapprochait du roi ; » mais il avoue que Monsieur, Madame et le duc de Chartres lui-même ne consentirent à l'autre mariage que par faiblesse et avec une répugnance marquée. Il raconte tous ces- événements avec ane telle précision de oétails qu'il est bien difBcile de ne pas le croire ici : il assistait lui-même k la fameuse scène du iouffUt. m M. leduc de Chartres 8*approcha de Madame, comme il faisait tous les ioiirs, pour lui baiser la main. En ce moment Madame lui appUqua un soufflet si sonore qu'il ftat entendu de quelques pas , et qui , en présence dé toute la cour, co"».vrit de confusion ce pauvre prince, et combla les infinis spectateurs , dont j'étais , d'un prodigieux étonnement. » ( Chap. ii. )

dont le cardinal Mazarin avait donné la première idée en 4656. On établit dans le salon de Marly quatre boutiques remplies de ce que Tindustrie des ouvriers de Paris avait produit de plus riche et de plus recherché. Ces quatre boutiques étaient autant de décorations superbes, qui représentaient les quatre saisons de Tannée. M*"* de Montespan en tenait une avec » Monseigneur. Sa rivale , M*"' de Maintenon , en tenait une autre avec le duc du M^ine. Les deux nouveaux mariés avaient chacune la leur : Monsieur le Duc avec M"'* de Thianges ; et Madame la Duchesse, à qui la bienséance ne permettait pas d*en tenir une avec un homme, à cause de sa grande jeunesse, élait avec la duchesse de Chevreuse. Les dames et les hommes nommés du voyage tiraient au sort les bijoux dont ces boutiques étaient garnies. Ainsi le roi fit des présents à toute la cour, d'une manière digne d'un roi. La loterie du cardinal Mazarin fut moins ingénieuse et moins brillante. Ces loteries avaient été mises en usage autrefois par les empereurs romains ; mais aucun d'eux n'en releva la magnificence par tant de galanterie.

Après le mariage de sa fille , M""* de Montespan ne reparut plus à la cour. Elle vécut à Paris avec beaucoup de dignité. Elle avait un grand revenu , mais viager; et le roi lui fit payer toujours une pension de mille louis d'or par mois. Elle allait prendre tous les ans les eaux à Bourbon, et y mariait des filles du voisinage, qu'elle dotait. Elle n'était plus dans l'âge où l'imagination, frappée par de vives impressions» envoie aux Carmélites. Elle mourut à Bourbon en 4707.

Un an après le mariage de Mademoiselle de Nantes avec Monsieur le Duc, mourut à Fontainebleau le prince de Condé, à l'âge de soixante-six ans, d'une maladie qui empira par l'eifort qu'il fît d'aller voir Madame la Duchesse, qui avait la petite vérole. On peut juger par cet empressement , qui lui coûta la vie , s'il avait eu de la répugnance au mariage de son petit-fils avec cette fille du roi et de M"* de Montespan, comme, l'ont écrit tous ces gazetiers de mensonges, dont la HoU lande était alors infectée. On trouve encore dans une Histoin du prince de Condé * , sortie de ces mêmes bureaux d'ignorance et d'imposture , que le roi se plaisait en toute occasion

1. Dani une Histoire du firince de Conde. C'est vne histoire en sept livres « dont Pauleur est resté inconnii. On l'a (}iielquefois ailribuée à Pierre Coste, protestant réfugié en Angleterre et qui s'est fUt un nom par des traductiOQS estimables. Qyant au titre des pnnees du sang, on sait qu'ils

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