‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 128 sur 168 · Louis XV · texte numérisé non relu

Louis XV

2. « L'auteur des Mémoire» dt JV**' de Maintenon , tome IV, dans un chapitre intitulé : Mademoiselle Choin, dit quc« Mongcigneur fût amou- «reux dune de ses propres sœurs, et qu'il CDousa ensuite M** Choin.»Ge8 contes populaires sont reconnus pour faux cnez tous tes honnêtes gens. H faudrait être non -seulement contemporain , mais être muni de preuves, pour avancer de telles anecdotes, il n'y a jamais eu te moindre indice qoe Mouseignenr eût épouse M'** Choin. Renouveler ainsi , au bout de soixante ans, des bruits de ville si vagues, si peu vraisemblables, si décriés, ce n*eht point écrire l'Iiistoire, (rcst compiler au hasard des scandales pour gagner de l'argent. Sur quel fondement cet écrivain a-t-ll le front d'avancer, page 244 , que M"» la duchesse de Bourgogne dit au prince son époux ? « Si j'étais morte , auriez-vous fait le troisième tome de votre famiUe? » \\ fait parler Louis XIV, tous les princes, tous les ministres, comme s'il les avait écoutés. On trouve peu de pages dans ces Mémoires qui ne soient remplies de ces mensonges hardis qui soulèvent tous les honnêtes gens. » (Note de Voltaire. ) — Voy. Saint-Simon sur tous ces bruits fort répandus à ta coor (chap. ccxciv). II incline à penser qoe Uonseigneur avait éponse M""ciioin, comme Louis XIV la veuve de Scarron. « C'est peat-Atre, «it-il, l'uuiquc endroit par où le tlU ait ressemblé au père.»

MALBEÎTRS DOMESTIQUES DE LOGIS XIT, 361

Ce temps de désolation laissa dans les cœurs une impression .§i profonde, que, dans la minorité de Louis XV, j'ai vu plusieurs personnes qui ne parlaient de ces pertes qu'en versant des larmes. Le plus à plaindre de tous i^s hommes, au milieu de tant de morts précipitées, était celui qui semblait devoir hériter bientôt du royaume.

Ces mêmes soupçons qu'on avait eus â la mort de Madanie et à celle de Marie-Louise, reine d'Espagne , se réveillèrent avi*c une fureur singulière. L'excès de la douleur publique aurait presque excusé la calomnie, si elle avait été excusable. Il y avait du délire à penser qu'on eût pu faire périr par un crime tant de personnes royales» en laissant vivre le seul qui pouvait les venger. La maladie qui emporta le Dauphin duc do Bourgogne, sa femme et son fils, était une rougeole pourprée épidémique. Ce mal fit périr à Paris, en moins d'un mois, plus de cinq cents personnes. M. le duc de Bourbon, petit-fils du prince de Condé, le duc de LaTrimouilie, M"' de La Vrillière, M"" de Listcnois, en furent attaqués à la cour. Le marquis de ûondrin , fils du duc d'Ântin , en mourut en deux jours. Sa femme, depuis comtesse de Toulouse, fut à l'agonie. Cette maladie parcourut toute la France. Elle fit périr en Lorraine les atnés de ce duc de Lorraine, François, destiné à être un jour empereur et à relever la maison d'Autriche.

Cependant ce fut assez qu'un médecin, nommé Boudin, homme de plaisir, hardi et ignorant, eût proféré ces paroles : < Nous n'entendons rien à de pareilles maladies ; » c'en fut assez, dis-je, pour que la calomnie n'eut point de frein.

Philippe, duc d'Orléans, neveu de Louis XIV, avait un laboratoire, et étudiait la chimie, ainsi que beaucoup d'autres arts : c'était une preuve sans réplique. Le cri public était affreux ; il faut en avoir été témoin pour le croire* Plusieurs écrits et quelques malheureuses histoires de Louis XIV éterniseraient les soupçons, si des hommes instruits ne prenaient soin de les détruire. J'ose dire que, frappé de tout temps de l'injustice des hommes, j'ai fait bien des recherches pour savoir la vérité. Voici ce que m'a répété plusieurs fois le marquisdeCanillacSl'un des plus honnêtes hommes du royaume.

1. La BeaumeUe, daasfloa édition frauduleuse da SiêeU de Louis XI Y, atatt écrit : « Le récit du marquis de Caoillac ne prouve ni de près ni de loin rinnocence du due d'Orléans, t Ce fut pour cette note qu'il fut mis à is Bastille, sur les olaiutet de la famille d'Orléans. Il y resta six mois. Vo|. la préface.

362 CDAP. XXNIU MAmEURS DOMESTIQUES DE LOUIS II f

intimement attaché à ce prince soupçonné , dont il eut depuis beaucoup à se plaindre. Le marquis de Canillac , au nûlîeu de cette .clameur publique, va le voir dans son palais. Il le trouve étendu à terre, versant des larmes, aliéné par le i désespoir. Son chimiste, Homberg, court se. rendre à la Bastille , pour se constituer prisonnier ; mais on n'avait poini diordre de' le recevoir ; on le refuse. Le prince (qui le croirait? ) demande lui-même, dans l'excès de sa douleur, à être mis en prison; il veut que des formes juridiques éclaircisseot son innocence; sa mère demande avec lui cette justification cruelle. La lettre de cachet s'expédie ; mais elle n'est point signée; et le marquis de Canillac, dans cette émotion d'esprii, conserva seul assez de sang-froid pour sentir les conséquences d'une démarche si désespérée. Il fit que la mère du prince s'opposa à cette lettre de cachet ignominieuse. Le monarque qui l'accordait, et son neveu qui la demandait, étaient également malheureux*.

1. « L'aatettr de la Vit du duc d'Orléans est ie premier qui ait parié de ces soupçons atroces : c'était no jésuiie nommé La Motte, le même qui prètba à Roaen contre ce prince pendant sa régence , et qui se réfugia ensuite en Hollande sous le nom de La Hode. Il était instruit de quelques faits publics. Il dit, tome I*', page 112, que « le prince, si injustement soupçonné, « demanda à se constituer prisonnier; » et ce fait est trèti'Trai. Ce jésuite n'était pas à portée de savoir comment M. de Canillac s^opposa à cette démarche trop injurieuse à l'innocence du prince. Toutes les autres anecdotes^ qu'il rapporte sont fausses. Hebiiulet, qui l'a copié , dit après lui , page 143 , tome VllI. que « le dernier enfant du duc et de la duchesse de Bourgogne. « fut sauvé par du contre-poison de Venise. » U n'v a point'deéontre-poison de Venise qu'on donne ainsi au hasard. La médecine ne connaît point d'an« tidotes généraux, qui puissent guérir un mal dont on ne connaît point la source. Tous les contes qu'on a répandus dans le public ed ces tempe ïnalieureux ne sont qu'un amas d'erreurs populaires.

« C'est une fausseté de peu de conséquence dans le compilateur des Mê'- . moires d$ M'^de Maintenon, de dire que w le duc du Maine fut alors à « l'agonie ; » c'est une calomnie puérile de dire que « l'auteur du SiècU de • Louis X/V accrédite ces bruits plus qu^il ne les détruit. »

« Jamais l'histoire n'a été déshonorée par de plus absurdes mensonges que dans ces prétendus Uémoires. L'auteur feint de les écrire en 1753. U s'avise d'imaginer que le duc et la duchesse de Bourgogne et leur fils aîné mbururent de la petite vérole ; il avance cette fausseté pour se donner ' un prétexte de parler de l'inoculation qu'on a faite au mois de mai 11 66. Ainsi, dans la même page, il se trouve qu'il parle, en 1753, de ce qui est arrivé en 1756. La littérature a été infectée de tant de sorte» d'écnts calomnieux, on a débké en Hollande lant de faux Mémoires, tant d*im]30stures sur le gouvernement et sur les citoyens, que c'est un devoir de prccautiounér tof leclears contre cette foule de lilif lies, m ( Note de Voltaire.)

CBAP XXVni, SUITE DES ANECDOTKS 363

CHAWTRE XXVm.

Suiie des anecdotes.

Louis XIV dévorait sa douleur en public ; il se laissa voir aTordinatre; mais, eu secret, les ressentiments de tant de malheurs le pénétraient , et lui donnaient des convulsions. Il éprouvait toutes ces pertes domestiques à la suite d'une guerre {fâaHieuréuse , avant qu'il fût assuré de la paix , et dans uit temp9:où Ja misère désolait le royaume. On ne le vit pas suc-! comber un moment à ses afflictions *. '

."Le'reôtede sa vie fut triste. Le dérangement des finances, auquel il ne put remédier, aliéna les cœurs. Sa confiance entière pour le jésuite Le Tellier, homme trop violent, acheva de les révolter. C'est une chose très-remarquable que le public, qui lui pardonna toutes ses maîtresses, ne lui pardonna pas son confesseur. Il perdit, les trois dernières années de sa vie;' dans Tesprit de la plupart de ses sujets, tout ce qu'il avaitfàit de grand et de mémorable. '

Privé de presque tousses enfants, sa tendresse, qui redoublait pour le duc du Maine et pour le comte de Toulouse , ses fils légitimés, le porta à les déclarer héritiers de la couronne, eux et leurs descendants, au défaut des princes du sang , par un édit qui fut enregistré sans awcune remontrance en 17U; (1 tempérait ainsi par la loi naturelle la sévérité des lois do

1. Saint-Simon lui-même est touche de la magnanimité du roi dan^ ces cir>. constances douloureuses. Il dît (chap. cdxvi) : « Accablé au dehors jmr des ennemis irrités qui se jouaient de son impuissance et qui insultaient à sa gloird pas^ , il se trouvait sans secours , sans ministres, sans généraux , pour les. avoir faits et soutenus par goût et par fantaisie et par le latal orgueil de les avoir voulu former lut-môme. Déchiré au dedans par les catastrophes len plus intimes et les plus poignantes , sans consolation de personne, en proie a sa propre faiblesse , celte constance, cette fermeté d'ame, cette égalité extérieure, ce soin , toujours le même, de tenir tant qu'il pouvait le timon, cette espérance contre toute espérance , par courage et par sagesse , non paravcugelment, c'est ce dont peu d'hommes auraient été capables, c'est ce ^ui aurait pu lui mériter le nom de grand qui lui avait été si prématuré. Ce fut aussi ce qui lui acquit la véritable admiration de toute l'Europe, celle de ceux de ses sujets qui en furent témoins , et ce qui lui rappela tant de cœurs qu'un règne si long et si dur lui avait aliénés. Il sut s'hmnilier en secret sous la main de Dieu , en reconnaître la justice , en implorer la miséricorde, sans avilir aux yeux des hommes sa personne ni sa couronne : il les toucha au contraire par le sentiment de sa magnanimité^ en adoraot la main qui le frappait, x

364 COAPITAE XXVIIl.

«onvenlion , qui privent les enflants nés hors du mariago de tous droits à la succession paternelle. Les rois dispensent de eette loi. Il crut pouvoir faire pour son sang ce qu'il avait (ait en faveur de plusieurs de ses sujets. Il crut surtout pouvoir établir pour deux de ses enfants ce qu'il avait fait passer au parlement, sans opposition, pour les princes de la maison de Lorraine. Il égala ensuite le rang de ses bâtards à celui des princes du sang, en 4745. Le procès que les princes du sang intentèrent depuis aux princes légitimés est connii. Ceux-ci ont conservé pour leur personne et pour leurs enfants les honneurs donnés par Louis XIV '. Ce qui regarde leur postérité dépendra du temps , du mérite et de la fortune.

Louis XIV fut attaqué, vers le milieu du moisauguste 4715, au retour de Marly , de la maladie qui termina ses jours. Ses jambes s'enflèrent; la gangrène commença à se manifester. Le comte de Stair, ambassadeur d'Angleterre, paria, selon le génie de sa nation, que le roi ne passerait pas le mois de septembre. Le duc d'Orléans, qui , au voyage de Marly, avait été absolument seul, eut alors toute la cour auprès de sa personne. Un empirique, dans les derniers jours de la maladie du roi, lui donna un élixir qui ranima ses forces. Il mangea , et Tempiri» que assura qu'il guérirait. La foule qui entourait le duc d'Orléans diminua dans le moment. < Si le roi mange une seconde fois, dit le duc d'Orléans, nous n'aurons plus personne. » Mais la maladie était mortelle. Les mesures étaient prises pour donner la régence absolue au duc d'Orléans. Le roi ne la lui avait laissée que très-limitée par son testament déposé au parlement, ou plutôt il ne l'avait établi que chef d'un conseil de régence, dans lequel il n'aurait eu que la voix prépondérante. Cependant il lui dit : « Je vous ai conservé tous les droits que vous donne votre naissance •. » C'est qu'il ne croyait pas qu'il y eAtde loi fondamentale qui donnât , dans une minorité, un

1. Ceci est peu exact ; car les princes légitimés perdirent le bénéfice de.« deux déclarations oe Louis XIV : ils furent réduits au litre et au rang dipairs de France, Voy. dans les Mémoires de Saint-Simon Tadrairable récii (le la fameuse téaace où le parlement (août 1718) adopta cette résolution Importante, sur la proposition même du régent. (Chap. DXIV et suivants.}

à. ■ Les Mémoires de Mme de Maintenons tome V, page 194, disent que Louis XIV voulut fair« le duc du Maioe lieutenant général du royaume. Il faut avoir des garants authentiques pour avancer une chose aussi exttaor» diaaire et aussi importante. Le duc du Maioe eût été au-dessus du duc d'Orléans; c'eût été kuul bouleverser : aussi le fait est il faux. » (Nutç dv Voluire.)

^ * MOIIT DE tous XIV. 365

pouvoir sans born^ à rheritîer présomptif du royaume*. Cette autorité suprême, dont on peut abuser, est dangereuse; mais l'autorité partagée l'est encore davantage. II crut qu'ayant été si bien obéi pendant sa vie il le serait après sa mort, et ne se souvenait pas qu'on avait cassé le testament de son père.

fi" septembre 4745) D'ailleurs personne n'ignore avec quelle grandeur d'âme il vit approcher la mort, disant à M"* de Maintenon : « J'avais cru qu'il était plus difficile de mourir ; » et à ses domestiques : < Pourquoi pleurez-vous? m'avez- vous cru immortel? » donnant tranquillement ses ordres sur beaucoup de choses , et même sur sa pompe funèbre. Quiconque a beaucoup de témoins de sa mort meurt toujours avec courage. Louis XUI, dans sa dernière maladie, avait mis en musique le De profundis qu'on devait chanter pour lui. Le courage d'esprit avec lequel Louis XIY vit sa fin fut dépouillé de cette ostentation répandue sur toute sa vie. Ce courage alla jusqu'à avouer ses fautes. Son successeur a toujours conservé écrites au chevet de son lit les paroles remarquables que ce monarque lui dit, en le tenant sur son lit entre ses brab. Ces paroles ne sont point telles qu'elles sont rapportées dans toutes les histoires. Les voici fidèlement copiées :

« Vous allez être bientôt roi d'un grand royaume. Ce que je vous recommande plus fortement est de n'oublier jamais les obligations que vous avez à Dieu. Souvenez- vous que vous lui devez tout ce que vous êtes. Tâchez de conservez ta paix avec vos voisins. Tai trop aimé la guerre ; ne m'imitez pas en cela, non plus que dans les trop grandes dépenses quej'ai faites. Prenez conseil en toutes choses, et cherchez à connaître le meilleur pour le suivre toujours. Soulagez vos peuples le plus

1. Le duc du Mai ne ei le comie de Toulouse, les fils légitimés deLoaisXlV, devaient faire partie du conseil de régence, et le premier avait encore obtenu la tutelle avec la surintendance de l'éducation du jeune roi. I.e maréchal de nerwick, dans ses Mémoires, assure que ces dispositions furent arracliées à Louis XIV par les importunités de M"** de Maintenon et du duc du Maine, et

3u'il n'y cofisentitque pour acheter son repos, Saint-Simon confirme presque ans les mêmes termes le témoignage de Berwick, et cette faiblesse du vieux monarque lui arrache ces paroles éloquentes : m Étrange violence, étrange misère! Quel contraste de force et de grandeur supérieure à tous les désastres, de petitesse et de faiblesse sous un domestique honteux, ténébreux, '.yiannique! Quelle fin d'un règne si longuement admiré, et, jusque dans •es derniers revers, si éiincelant de grandeur, de générosité, de courage et de force ! Et quel abîme de faiblesse, de misère, de honte sentie, goûtée, savourée, abhorrée, et toutefois subie du» toute son étendue ! 0 Nabuchodo- Dosor ! Qui pourra sonder les jQgementtde DUm,et cpii osera ne pas s'anéantir en leur présence?» (Chap. cdxvi.)

966 CHAPITBK XXmi. ^

tôt qiie TOBS le pourrez, et faites ce que j'» eu le malbearidii ne pooToir faire moi-même, etc. >

Ce disooofs est très-éluigné de la petitesse d'e^Hit qQ*on lui impute dans quelques Mémoires*

On lui a reproché d'avoir porté sur lui des reliques, les der? nières années de sa vie. Ses sentiments étaient grands ; mats son confesseur, qui ne Tétait pas, l'avait assujetti à ces pratî* ques peu convenables, et aujourd'hui désusitécs*, pour lassos jettir plus pleinement à ses insinuations; et d'ailleurs ces relî^ ques^ qu'il avait la faiblesse de porter, lui avaient été données par M"* de Haintenon*.

Quoique la vie et la mort de Louis XIV eussent été glorieuses , il ne fut pas aussi r^etté qu'il le méritait. L'amour de la nouveauté, l'approche d'un temps de minorité, où chacun se figurait une fortune, la querelle de la CoMtittUion* qui ai^ grissait les esprits, tout fit recevoir la nouvelle de sa mort avec un sentiment qui allait plus loin que l'indifférence. Nous avons vu ce même peuple qui, en 4686, avait demandé au ciel avec larmes la guérisoa de son roi malade, suivre son convoi funèbre avec des démonstrations bien différentes. On prétend que la reine sa mère lui avait dit un jour dans sa grande jeunesse : « Mon fiis, ressemblez à votre grand-père, et non pas à votre père, i» Le roi en ayant demandé la raison « C'est , dit-elle , qu'à la mort de Henri IV on pleurait, et qu'on a ri à celle de Louis XUI*. »

Quoiqu'on lui ait reproché des petitesses, des duretés dans non zèle contre le jansénisme, trop de hauteur avec les étrangers dans ses succès, de la faiblesse oour plusieurs femmes,

. f. Dé^utité». Vieux mot que Voltaire a voulu rajeunir. L'Académie ne Ta pas admis, ce qui est regreiiable, car inusité ne le remplace pas toujours.

2. Saint-Simon confirme à peu près le fait, et il l'explique par une raison étrange et fort invraisemblable, à savoir que le P. Tellier avait décidé Louis XIV à entrer dans la compa^ie de Jésus, et à porter un scapulairc^ insigne de Tordre. Cependant il avoue que Maréchal, médecin ordinaire du roi, consulté par lui-même à ce sujet, « l'assura qu'il ne s'était jamais aperça de rien qui eût trait à cela, ni de formule de prière ou de bénédiction particolière, ni que le roi ait eu aucune marque ni manière de fscapulaire sur >ui, et qu'il était très-persuadé qu'il n'y avait pas la moindre vérité dans tout ce qui s^était dit là-dessus, m (Chap. cdxvi.)

S. La constitution ou bulle Unigenitus, Voy. pages 507 et suiv.

4. « J'ai vu de petites tentes dressées sur le chemin de Saint-Denis. On y buvait, on y chantait, on riait. Les sentiments des citoyens de Paris avaiont passé JuBqo'à la populace. Le jésuite Le Tellier était It principale caosn de cette joie universelle. J'en tendis plusieurs spectateurs dire qu'il fallait meure le feu aux maisons des jésuites avec les flambeaux qui éclairaient la oomoe funèbre. • (Note de Voltaire.) i* tr

CARACTÈRE DE LOUÏS XiT. S&f

ie trop grandes sévérités dans des choses pôrson nèfles, des guerres légèrement entreprises, l'embrasement du PaJatinatj les persécutions contre les reformés , cependant ses grandes qualités et ses actions, mises enfin dans ta balance, Font emporté sur ses fautes. Le temps, qui mûrit les opinions des hommesv a mis le sceau à sa réputation ; et, malgré tout ce qu'on a écrit contre lui, on ne prononcera point son nom sans respeel et sans concevoir à ce nom Tidée d'un siècle éternellement mémorable. Si l'on considère ce prince dans sa vie privée, on le voit à la vérité trop plein de sa grandeur, mais affable, ne donnant point à sa mère de part au gouvernement, mais remplissant avec elle tous les devoirs d'un fils, et observant avec son. épouse tous les dehors de la bienséance; bon père , bon naaltre , toujours décent en public, laborieux dans le cabinet, exact dans les affaires, pensant juste, parlant bien, et aimable ^vec dignité.

J ai déjà remarqué ailleurs* qu'il ne prononça jamais les paroles qu'on lui fait dire, lorsque le premier genlilhommo dé la chambre et le grand maître de la garde-robe se dispu;tàient l'honneur de le servir : « Qu'importe lequel de meà valets me serve? » Un discours si grossier ne pouvait partir d'un homme aussi poli et aussi attentif qu'il était, et né s'accordait guère avec ce qu'il dit un jour au duc de La Rochefoucauld au sujet de ses dettes : (n Que ne parlez-vous S vos amis? » Mot bien différent, qui par lui-même valait beauîoup,' et qui fut accompagné d'un don de cinquante mille §cus.

Il n^ést pas même vrai qu'il ait écrit au duc de Lb Rochefoucauld : t Je vous fais mon compliment, comme votre ami!, sur la charge de grand maître de la garde-robe , que je vqus donne comme votre roi. » Les historiens lui font honneur de cette lettre. C'est ne pas sentir combien il est peu délicat, combien même il est dur de dire à celui dont on est le maître qu'on est son maître. Cela serait à sa place , si on écrivait à un sujet qui aurait été rebelle : c'est ce que Henri IV aurait pu dire au duc de Mayenne avant l'entière réconciliation. Le secrétaire du cabinet, Rose, écrivit cette lettre , et le roi avait trop de bon goût pour l'envoyer. C'est ce bon goût qui lui fit sup-

t. Dans un petU recueil intitulé AnecdùUt tur Louis XIV, et piil>rié en t748, trois années avant le Sièele.

primer les inscriptions fastueuses dont Charpentier, de Taca* demie française, avait chargé les tableaux de Lebrun , dans la galerie de Versailles : L'incroyable passage du Rhin , la merveiUeuse prise de Valendennss , etc. Le roi sentit que la prise de Valenciermês, le passage du Rhin disaient davantage. Char« pentier avait eu raison d*orner d'inscriptions en notre langue les monuments de sa patrie ; la Qatterie seule avait nui à Texécution*.

On a recueilli quelques réponses, quelques mots de ce prince qui se réduisent à très-peu de chose. On prétend que, quand il résolut d*abolir en France le calvinisme, il dit : « Mon grand-père aimait les huguenots, et ne les craignait pas ; mou père ne les aimait point, et les craignait; moi je ne les ainie ni ne les crains. »

Ayant donné en 4658 la place de premier président du parlement de Paris à M. deLamoignon,^lors maître des requêtes, il lui dit : « Si j'avais connu un plus homme de bien et un plus digne sujet, je Taurais choisi. » Il usa à peu près des mêmes termes avec le cardinal de Noaiiles, lorsqu'il lui donna l'archevêché de Paris. Ce qui fait le mérite de ces paroles, c'est qu'elles étaient vraies, et qu'elles inspiraient la vertu.

On prétend qu'un prédicateur indiscret le désigna un jour a Versailles : témérité qui n'est pas permise envers un particuculier, encore moins envers un roi. On assure que Louis XIV se conte'iita de lui dire : « Mon père, j'aime bien à prendre ma part d'un sermon ; mais je n'aime pas qu'on me la fasse. » Que ce mot ait été dit ou non, il peut servir de leçon.

Il s'exprimait toujours noblement et avec précision , s'étu* diant en public à parler comme & agir en souverain *. Lorsque

1. « CHARPtMTiEn (François ], né à Paris, en i620, académicien utile. On a de lui une traduction de la Cyropédie. 11 soutint vrvement Topinion que .es inscriptions des monuments publics de France doivent être en français Kn eflet, c'est dégrader une langue qu*on parle dans toute l'Europe, que d* ne pas oser s'en servir; c'est aller contre son but, que de parler à tout le

Sublic dans une langue que les trois quarts au moins de ce public n'enten* cnt pas. Il y a une espèce de barbarie à laUuiser des noms français que la |)Ostcrité méconnaîtrait , et les noms de Rocroi et de Fontenay font un plui grand effet que les noms de Rocrotium ei FùtUeniacum. Mort en 1702.» { Voluire , Liste dé» écrivaim français. )

2. « Il parlait bien, dit Saint-Simon (chap. cuti), en bons termes, a^ee justesse : il taisait un conte mieux qu'homme du monde et aussi bien un nkit. Ses discours les plus communs n'étaient jamais dépourvus d'uos naturelle et sensible majesté.» «Ses moindres paroles, dit également Choigy (Edition Petitot, t. LXIIi, p. 160), ont toujoun un certain sel qui teur donné la force et l'agrément II est véritablement roi de la langue êK peut servir d«

CiRÀCTÊRE DE LOUIS XIV. 369

Id duc d'Anjou partit peur aller régner en Espagne, il lui dit, pour marquer l'union qui allait désormais joindre les deux nations : a II n'y a plus de Pyrénées. »

Rien ne peut assurément faire mieux connaître son caractère que le mémoire suivant, qu'on a tout entier écrit de sa main *.

« Les rois sont souvent obligés à faire des choses contre leur inclinalion, et qui blessent leur bon naturel. Ils doivent aimer à faire plaisir^ et il faut qu'ils châtient souvent et perdent des gens à qui naturellement ils veulent du bien. L'intérêt de l'État doit marcher le premier. On doit forcer son inclination, et ne pas se Diettre en état de se reprocher, dans quelque chose (l'importance, qu'on pouvait faire mieux ; mais quelques intérêts particuliers m'en ont empêché, et ont détourné les vues que je devais avoir pour la grandeur, le bien et la puissance Je l'Etat. Souvent il y a des endroits qui font peine ; il y en a de délicats qu'il est difficile de démêler; on a des idées con fuses. Tant que cela est, on peut demeurer sans se déterminer , mais, dès que l'on se fixe l'esprit à quelque chose, et qu'on croit voir le meilleur parti, il le faut prendre. C'est ce qui m'a fait réussir souvent dans ce que j'ai entrepris. Les fautes que j'ai faites, et qui m'ont donné des peines infinies, ont été par complaisance, et pour me laisser aller trop nonchalamment aux avis des autres. Rien n'est si dangereux que la faiblesse^ de quelque nature qu'elle soit. Pour commander aux autres, il faut s'élever au-dessus d'eux ; et, après ayoir entendu ce qui vient de tous les endroits, on se doit déterminer par le jugement, qu'on doit faire sans préoccupation, et pensant toujours à ne rien ordonner ni exécuter qui soit indigne de soi, du caractère qu'on porte , ni de la grandeur de l'État. Les princes qui ont de bonnes intentions et quelque connaissance de leurs affaires, soit par expérience, soit par étude, et une grande application à se rendre capables, trouvent tant de différente? choses par lesquelles ils se peuvent faire connaître, qu'ils doivent avoir un soin particulier et une application universelle à tout. H faut se garder contre soi-même, prendre garde à son inclination, et être toujours en garde contre son naturel. Le

modèle à l'éloquence française. Les réponses qu'il fait sur-le-champ effacent les bamngaes. étudiées. »

f .'« Il est déposé à la bibliothèque du roi depuis plusieurs années, m (Noie de Voltaire.) — Voy. plus haut, au chaa. yii , page 85 , une note sur les M«moirtisde Louis Xlv.

370 CHAPiTRB XXfllI.

métier de roi est grand, noble et flatteur, quand on se sent digne de bien s'acquitter de toutes les choses auxquelles il engage ; mais il n'est pas exempt de peines, de fatigues, d'inquiétudes. L'incertitude désespère quelquefois; et, quand on a passé un temps raisonnable à examiner une affaire, il faut se déterminer et prendre le parti qu'on croit le meilleur *.

« Quand on a l'État en vue, on travaille p'our soi ; le bien de l'un fait la gloire de l'autre : quand le premier est heureux, élevé et puissant, celui qui en est cause en est glorieux, et par conséquent doit plus goûter que ses sujets, par rapport à lui et à eux, tout ce qu'il y a de plus agréable dans la vie. Quand on s*est mépris, il faut réparer sa faute le plus tôt qu'il est possible, et que nulle considération n'en empêche , pas même la bonté.

« En 4 674 , un homme mourut *, qui avait la charge de secrétaire d'État, ayant le département des étrangers. Il était homme capable, mais non pas sans défauts : il ne laissait pas de bien remplir ce poste, qui est très-important.

« Je fus quelque temps à penser à qui je ferais avoir cette charge ; et après avoir bien examiné, je trouvai qu'un homme qui avait longtemps servi dans les ambassades était celui qui la remplirait le mieux '.

« Je lui fis mander de venir. Mon choix fut approuvé de tout le monde ; ce qui n'arrive pas toujours. Je le mis en possession de cette charge à son retour. Je ne le connaissais que de réputation, et par les commissions dont je l'avais chargé et qu'il avait bien exécutées ; mais l'emploi que je lui ai donné s'e^ trouvé trop grand et trop étendu pour lui. Je n'ai pas profite de tous les avantages que je pouvais avoir, et tout cela par complaisance et bonté. Enfin il a fallu que je lui ordonne de se retirer, parce que tout ce qui passait par lui perdait de là grandeur et de la force qu'on doit avoir en exécutant les ordres

^ 1 . « L'abbé Castel de Saint-Pierre, connu par plusieurs ouvrages singuliers, dans lesquels on trouve beaucoup de vues philosophiques et très- peu de praticables, a laissé des Annales politiques dépura 16S8 jusqu'à 1739. It condamne sévèrement en plusieurs endroits l'administration de Louis XIV. Il ne veut pas surtout qu'on l'appelle Louis le Grand. Si grand signifie parfait f il est sûr que ce titre ne lui convient pas; tnais par ces mémoires écrits de la main de ce monarque, il parait qu'il avait d'aussi bons principes de gouvernement, pour le moins, que ral)be de Saint-Pierre. Ces mémoire! de rabbé de Saint-Pierre n'ont rien de curieux que la bonne foi grossière avec laquelle cet homme se croit fait pour gouverner. » (Note de Voltaire.)

3. Le marquis Hugues de Lionne. Vov. plus haut, an ohap. Yiii, page 87, une note sur ce célèbre ministre des affaires étrangères.

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