M. de Pomponne. »> CNoie de Voltaire
CâRACTÈRB de louis XIV. 371
ii*an roi de France. Si j'avais pris le parti de l'éloigner plus tôt, j'aurais évité les inconvénients qui me sont arrivés, et je ne me reprocherais pas que ma complaisance pour lui a pu nuire à l'État. J'ai fait ce détail pour faire voir un exemple de ce que j'ai dit ci-devant. »
Ce monument si précieux, et jusqu'à présent inconnu, dépose à la postérité en faveur de la droiture et de la magnanimité de son âme. On peut même dire qu'il se juge trop sévèrement, qu'il n'avait nul reproche à se faire sur M. dePomponne, puisque les services de ce ministre et sa réputation avaient déterminé le choix de ce prince, confirmé par rappro})ation universelle; et, s'il se condamne sur le choix de M. de Pomponne, qui eut au moins le bonheur de servir dans les temps les plus glorieux, que ne devait-il pas se dire sur M. de Cha^ millart, dont le ministère fut si infortuné, et condamné si universellement ?
Il avait écrit plusieurs mémoires dans ce goût, soit pour se .rendre compte à lui-même, soit pour l'instruction du Dauphin, duc de Bourgogne. Ces réflexions vinrent après les événements. Il eût approché davantage de la perfection où il avait le mérite d'aspirer, s'il eût pu se former une philosophie supérieure à la politique ordinaire et aux préjugés; philosophie que dans le cours de tant de siècles on voit pratiquée par si peu de souverains, et qu'il est bien pardonnable aux rois de ne pas connaître, puisque tant d'hommes privés l'ignorent.
Voici une partie * des instructions qu'il donne à son petit-fils , Philippe V parlant pour l'Espagne. Il les écrivit à la bâte, avec une négligence qui découvre bien mieux l'âme qu'un discours étudié., On y voit le père et le roi.
< Aimez les Espagnols et tous vos sujets attachés à vos cou* ronnes et à votre personne. Ne préférez pas ceux qui vous
1. Voici une partie, etc. Voltaire n'a pas publié en effet toutes les Instructions de Louis XIV à son peiit-ôls : fl a omis quelques articles qa'on ne lira pas sans intérêt :
M Ne manquez à aucun de vos devoirs , surtout envers Dieu.
« Conservez- vous dans la pureté de votre éducation.
«Faites honorer Dieu partout oii vous aurez du pouvoir; procorei sa gloire; donnez-en l'exemple : c'est un des plus grands biens que les roim puissent faire.
« N'ayez jamais d'attacbement pour personne.
•c Aimez votre fenune; vivez bien avec elle; demandez -en une à Dieu qui TOUS coBvienns. ie ne crois pas que vous deviez prendre une AuiriebieniM. »
372 CHAPITRE XXVni.
flatteront le plas« esUmez ceux qui, pour le bien, hasarderont de vous déplaire. Ce &ont là vos véritables amis. « Faites le bonheur de vos sujets; et dans cette vue n'ayez de guerre que lorsque vous y serez forcé, et que vous en aurez bien considéré et bien pesé les raisons dans votre conseil.
a Essayez de remettre vos finances; veillez aux Indes et à vos flottes; pensez au commerce; vivez dans une grande union avec la France, rien n'étant si bon pour nos deux puissance? que cette union à laquelle rien ne pourra résister *.
« Si vous êtes contraint de faire la guerre, mettez- vous à la tête de vos armées.
« Songez à rétablir vos troupes partout, et commencez par celles de Flandre.
« Ne quittez jamais vos affaires pour votre plaisir , mais faites-vous une sorte de règle qui vous donne des temps de Uberté et de divertissement.
« Il n'y en a guère de plus innocents que la chasse et le goût de quelque maison de campagne, pourvu que vods n'y fassiez pas trop de dépense.
« Donnez une grande attention aux afliaires quand on vous en parle ; écoutez beaucoup dans les commencements , san» rien décider.
« Quand vous aurez plus de connaissance, souvenez- vous que c'est à vous à décider ; mais, quelque expérience que vous ayez, écoutez toujours tous les avis et tous les raisonnemenu de votre conseil, avant que de faire cette décision.
< Faites tout ce qui vous sera possible pour bien connattro les gens les plus importants, afin de vous en servir à propos.
« Tâchez que vos vice-rois et gouverneurs soient toujours espagnols.
« Traitez bien tout le monde; ne dites jamais rien de fâcheux à personne : mais distinguez les gens de qualité et de mérite.
« Témoignez de la reconnaissance pour le feu roi, et pour tous ceux qui ont été d'avis de vous choisir pour lui succéder.
« Ayez une grande confiance au cardinal Porto-Carrero, et lui marquez le gré que vous lui savez de la conduite qu'il a tenue.
« Je crois que vous devez faire quelque chose de considé-
t « On voit qoMS te irortipa dans cette conjecture, w CNote deVoliairc.)