‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 130 sur 168 · CARACTÈRE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE LOUIS XIV

rable pour Tambàssadeur qui a été assez heareux pour vous demandçr, et pour vous saluer le premier en qualité de sujet.

« N'oubliez pas Bedmar, qui a du mérite et qui est capable de vous servir.

c Ayez une entière créance au duc d'Harcourt ; il est habile homme et honnête homme, et ne vous donnera des conseils que par rapport à vous.

c Tenez tous les Français dans Tordre.

< Traitez bien vos domestiques, mais ne leur donnez pas trop de familiarité, et encore moins de créance. Servez-vous d'eux tant qu'ils seront sages : renvoyez-les à la moindre faute qu'ils feront, et ne les soutenez jamais contre les Espagnols.

« N'ayez de commerce avec la reine douairière que celui dont vous ne pouvez vous dispenser. Faites en sorte qu'elle quitte Madrid, et qu'elle ne sorte pas d'Espagne. En quelque lieu qu'elle soit, observez sa conduite , et empêchez qu'elle ne se mêle d'aucune affaire. Ayez pour suspects ceux qui auront trop de commerce avec elle.

« Aimez toujours vos parents. Souvenez-vous de la peine qu'ils ont eue à vous quitter. Conservez un grand commerce avec eux dans les grandes choses comme dans les petites. Demandez-nous ce que vous aurez besoin ou envie d'avoir qui ne se trouve pas chez vous : nous en userons de même avec vous.

« N'oubliez jamais que vous êtes Français , et ce qui peut vous arriver. Quand vous aurez assuré la succession d'Espagne par des enfants, visitez vos royaumes, allez à Naples et en Sicile : passez à Milan et venez en Flandre ' ; ce sera une occasion de nous revoir : en attendant, visitez la Catalogne, l'Aragon et autres lieux. Voyez ce qu'il y aura à faire pour Ceuta. < Jetez quelque argent au peuple quand vous serez en Espagne, et surtout en entrant dans Madrid.

« Ne paraissez pas choqué des figures extraordinaires que vous trouverez. Ne vous en moquez point. Chaque pays a ses manières particulières; et vous serez bientôt accoutumé à ce qui vous paraîtra d'abord le plus surprenant.

1. « Cela senl peut servir à confondre tant d'historiens qui, sur la foi doi Mémoires inttdèles écrita en Hollande, ont rapporté un prétendu traité, «igné par Philippe V avant son départ , par lequel traité ce prince cédait à sou grand-pèro la Flandre et le Milanais. » (Note de Voltaire.)

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c Évitez, autabt que vous pourrez, de faire des grâceâ à ceax qui donnent de l'argent pour les obtenir. Donnez à propos eC libéralement, et ne recevez guère de présents, à moins que ce soit des bagatelles. Si quelquefois vous ne pouvez éviter d'en recevoir, faites-en à ceux qui vous en auront donné de plus considérables, après avoir laissé passer quelques jours.

a Ayez une cassette pour mettre ce que vous aurez de par-' ticulier, dont vous aurez seul la clef.

« Je finis par un des plus importants avis que je puisse vous donner. Ne vous laissez point gouverner. Soyez le mattre ; n'ayez jamais de, favori ni de premier ministre. Écoutez, consultez votre conseil, mais décidez. Dieu, qui vous a fait roi, vous donnera les lumières qui vous sont nécessaires , tant quo vous aurez de bonnes intentions '. 9

Louis XIV avait dans l'esprit plus de justesse et de dignité que de saillies; et d'ailleurs on n'exige pas qu'un roi dise des choses mémorables, mais qu'il en fasse. Ce qui est nécessaire à tout homme en place, c'est de ne laisser sortir personne mécontent de sa présence , et de se rendre agréable à tous ceux qui l'approchent. On ne peut faire du bien à tout moment ; mais on peut toujours dire des choses qui plaisent. Il s'en était fait une heureuse habitude. C'était entre lui et sa cour un commerce continuel de tout ce que la majesté peut avoir de grâces , sans jamais se dégrader, et de tout ce que l'empressement de servir et de plaire peut avoir de finesse, sans l'air de la bassesse. Il était, surtout avec les femmes, d'une attention et d'une politesse qui augmentait encore celle de ses courtisans; et il ne perdit jamais l'occasion de dire aux hommes de ces choses qui flattent Tamour-propre en excitant l'émulation , et qui laissent un long souvenir.

Un jour, M"* la duchesse de Bourgogne, encore fort jeune, voyant à souper un officier qui était très-laid, plaisanta beaucoup et très-haut sur sa laideur. « Je le trouve, madame, dit

1. « Le roi d'Espagne profita de ces conseils : c'était un prince yertnenx.

« L*aateor de» Mémoires d$ Maintenon, tome V, page 200 et suit., Vm d'avoir fait « on souper scandaleux avec la princesse des Ursins le leiide- «main de la mort de sa première femme, et d'avoir voulu épouser cetta « dame,» qu'il charge d'opprobres. Remarquez que Anne-Marie de La Trimouille, princesse des Ursins, dame d'honneur de la feue reine, avait alors

plus de soixante-dix ans, et que c'était cinquante-cinq ans après son premier mariage, et quarante après le second. Ces contes populaires , qui m méritent que l'oubli, deviennent des calomnies punissables, quand on les Imprime, et qu'on veut flétrir les noms les plus respectés sans apportor la plus légère preuve^ • (Note de Voltaire.)

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