‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 138 sur 168 · DISCIPLINE MILITAIRE · texte numérisé non relu

DISCIPLINE MILITAIRE

Point d'usage uniforme, point d'exercice ; tout était abandon né à la volonté du général. Les piques passaient pour l'arme la plus redoutable. Le premier régiment qui eut des baïonnettes et qu'on forma à cet exercice fut celui des fusiliers, établi en 4674.

La manière dont l'artillerie est servie aujourd'hui lui est due tout entière. II en fonda des écoles à Douai, puis à Metz et à Strasbourg; et le régiment d'artillerie s'est vu enfià rempli d'officiers presque tous capables de bien conduire un siège, fous les magasins du royaume étaient pourvus, et on y distribuait tous les ans huit cents milliers de poudre. Il forma on régiment de bombardiers et un de houssards : avant lui on ne connaissait les houssards que chez les ennemis.

Il établit en 4688 trente régiments de milice, fournis et équipés par les communautés*. Ces milices s'exerçaient à la guerre sans abandonner la culture des campagnes.

Des compagnies de cadets furent entretenues dans la plupart des places frontières : ils y apprenaient les mathématiques, le dessin et tous les exercices , et faisaient les fonctions desddats. Cette institution dura dix années. On se lassa enfin de cette jeunesse trop difficile à discipliner; mais le corps des ingénieurs, que le roi forma et auquel il donna les règlements qu'il suit encore, est un établissement à jamais durable. Sous lui l'art de fortifier les places fut porté à la perfection par le maréchal de Yauban et ses élèves, qui surpassèrent le comte de Pagan*. Il construisit ou répara cent cinquante places de guerre.

Pour soutenir la discipline militaire il créa des inspecteurs généraux^ ensuite des directeurs, qui rendirent compte de rétat des troupes ; et on voyait par leur rapport si les commissaires des guerres avaient fait leur devoir.

Il institua Tordre de Saint-Louis, récompense honorable, plus briguée souvent que la fortune. L'hôtel des Invalides mit le comble aux soins qu'il prit pour mériter d'être bien servi.

C'est par de tels soins que, dès l'an 4672, il eut cent quatrevingt mille hommes de troupes réglées, et qu'augmentant ses forces à mesure que le nombre et la puissance de ses ennemis

1. Par let commwiautés. On dirait aujourd'hui par les communes.

2. Blatso-François de Pagan, né en 1604, mort «n 1865, auteur d*UD " meilleur ingéuieur de Bon temps.

rin dans les guerres d'Italie , Jf

Traité des fortij\catiws, passait pour le n.e Il avait été employé par Richelieu et Mazarin Picardie et de Flandre.

augmentaient, il eut enfin jusqu'à quatre cent cinquante mille hommes en armes, en comptant les troupes de la marine.

Avant lui on n'avait point vu de si fortes armées. Ses enue-^ mis lui en opposèrent à peine d'aussi considérables ; mais il fallait qu'ils fussent réunis. 11 montra ce que la Fiance seule pouvait ; et il eut toujours ou de grands succès ou de grandes ressources.

Il fut le premier qui, en temps de paix, donna une image et une leçon complète de la guerre. Il assembla à Compiègne soixante-dix mille hommes en 4698. On y fît toutes les opérations d'une Campagne. C'était pour l'instruction de ses trois petits-fils. Le luxe fît une fête somptueuse de cette école militaire.

Cette même attention qu'il eut à former des armées de terre nombreuses et bien disciplinées, même avant d'être en guerre, il l'eut à se donner l'empire de la mer. D'abord le peu de vaisseaux que le cardinal Mazarin avait laissés pourrir dans les ports sont réparés. On en fait acheter en Hollande, en Suède, et, dès la troisième année de son gouvernement, il envoie ses forces maritimes s'essayer à Gigeri , sur la côte d'Afrique. Le duc de Beaufort purge les mers de pirates dès Tan 4665 ; et, deux ans après, la France a dans ses ports soixante vaisseaux de guerre. Ce n'est là qu'un commencement : mais, tandis qu'on fait de nouveaux règlements et de nouveaux efforts, il sent déjà toute sa force. Il ne veut pas consentir que ses vaisseaux baissent leur pavillon devant celui d'Angleterre. En vain le conseil du roi. Charles II insiste sur ce droit, que la force, l'industrie et le temps avaient donné aux Anglais. Louis XIV écrit au comte d'£strades, son ambassadeur : « Le roi d'Angleterre et son chancelier peuvent voir quelles sont mes forces; mais ils ne voient pas mon cœur. Tout ne m'est rien à l'égard de l'honneur. »

Il ne disait que ce qu'il était résolu de soutenir; et en effet l'usurpation des Anglais céda au droit naturel et a la fermeté de Louis XIV. Tout fut égal entre les deux nations sur la mer. Mais, tandis qu'il veut l'égalité avec l'Angleterre, il soutient sa supériorité avec l'Espagne. Il fait baisser le pavillon aux amiraux espagnols devant le sien, en vertu de cette préséance solennelle accordée en 4 662.

Cependant on travaille de tous côtés à rétablissement d'une marine capable de justifier ces sentiments de hauteur. On bâ-

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