‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 140 sur 168 · CHANGEMENTS DANS L'BTAT ET LA NATION · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS DANS L'BTAT ET LA NATION

goûter une vie plus douce , rendirent peu à peu l^eztérieor de tous les citoyens presque semblable. On s'aperçoit aujourd'hui, jusque dans le fond d'une boutique , que la politesse a gagné toutes les conditions. Les provinces se sont ressenties avec fe temps de tous ces changements.

On est parvenu enCn à no plus mettre le luxe que dans le goût et dans la commodité. La foule de pages et de domestiques délivrée a disparu, pour mettre plus d'aisance dans Tintérieur des maisons. On a laissé la vaine pompe et le faste extérieur aux nations chez lesquelles on ne sait encore que se montrer en public, et où Ton ignore l'art de vivre.

L'extrême facilité introduite dans le commerce du monde , Tafiabilité, la simplicité, la culture de l'esprit, ont fait de Paris une ville qui , pour la douceur de la vie , l'emporte probablement de beaucoup sur Rome et sur Athènes dans le temps de leur splendeur.

Cette foule de secours toujours prompts, toujours ouverts pour toutes les sciences, pour tous les arts, les goûts et les besoins; tant d'utilités solides réunies avec tant de choses agréables, jointes à cette franchise particulière aux Parisiens, tout cela engage un grand nombre d'étrangers à voyager ou à faire leur séjour dans cette patrie de la société. Si quelques natifs en sortent, ce sont ceux qui , appelés ailleurs par leurs talents, sont un témoignage honorable à leur pays ; ou c'est le rebut de la nation , qui essaye de profiter de la considération qu'elle inspire; ou bien ce sont des émigrants qui préfèrent encore leur religion à leur patrie , et qui vont ailleurs chercher la misère ou la fortune , à l'exemple de leurs pères chassés de France par la fatale injure faite aux cendres du grand Henri IV, lorsqu'on anéantit sa loi perpétuelle appelée VÉdit de Nantes; ou enfin ce sont des officiers mécontents du ministère , des accusés qui ont échappé aux formes rigoureuses d'une justice quelquefois mal administrée : et c'est co qui arrive dans tous les pays de la terre.

On s'est plaint de ne plus voir à la cour autant de hauteur dans les esprits qu'autrefois. Il n'y a plus en effet de petits tyrans, comme du temps de la Fronde , et sous Louis Xlil , et dans les siècles précédents ; mais la véritable grandeur s'est retrouvée dans cette foule de noblesse , si longtemps avilie à servir auparavant des sujets trop puissants. On voit des gentilshommes, des citoyens qui s'auraient crus honorés autre-

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