‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 143 sur 168 · Imfyôts en parti. Voy. la note 2 de la page S · texte numérisé non relu

Imfyôts en parti. Voy. la note 2 de la page S

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enfin ce qui soutient i'Ëtat quelque temps, et l'obère pour des siècles.

I) fut emporté hors de ses mesures ; car, par toutes les instructions qui restent de lui, on voit qu'il était persuadé que la richesse d*un pays ne consiste que dans le nombre des habitants, la culture des terres, le travail industrieux et le commerce : on voit que le roi, possédant très-peu de domaines particuliers , et n'étant que l'administrateur des biens de ses sujets, ne peut être véritablement riche que par des impôts aisés à percevoir, et également répartis.

Il craignait tellement de livrer l'État aux traitants, que, quelque temps après la dissolution de la chambre de justice qu'il avait fait ériger contre eux, il fit rendre un arrêt du conseil qui établissait la peine de mort contre ceux qui avanceraient de l'argent sur de nouveaux impôts. Il voulait par cet arrêt comminatoire, qui ne fut jamais imprimé, effrayer la cupidité des gens d'affaires. Mais bientôt après il fut obligé de se servir d'eux, sans même révoquer l'arrêt : le roi pressait, et il fallait des moyens prompts.

Cette invention , apportée d'Italie en France par Catherine ie Médicis, avait tellement corrompu le gouvernement par la facilité funeste qu'elle donne, qu'après avoir été supprimée dans les belles années de Henri IV, elle reparut dans tout le règne de Louis XIII , et infecta surtout les derniers temps de Louis XIV.

Enfin Sully enrichit l'État par une économie sage, que secondait un roi aussi parcimonieux que vaillant , un roi soldat à la tête de son armée , et père de famille avec son peuple. Colbert soutint l'État, malgré le luxe d'un maître fastueux, qui prodiguait tout pour rendre son règne éclatant.

On sait qu'après la mort de Colbert, lorsque le roi se proposa de mettre Le Pelletier à la tête des finances. Le Tellier lui dit : « Sire, il n'est pas propre à cet emploi. — Pourquoi? dit le roi. — Il n'a pas l'âme assez dure, dit Le Tellier. — Mais vraiment, reprit le roi, je ne veux pas qu'on traite durement mon peuple. » En effet, ce nouveau ministre était bon et juste; mais lorsqu'on 4688 on fut replongé dans la guerre, et qu'il fallut se soutenir contre la ligue d'Augsbourg, c'est-à-dire contre presque toute l'Europe , il se vit chargé d'un fardeau que Colbert avait trouve trop lourd : le facile et malheureux expédient d'emprunter et de créer des rentes fut sa première

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ressource. Ensuite on voulut diminuer le luxe, ce qui, dans an royaume rempli de manufactures, est diminuer l'industrie et la circulation^ et ce qui n'est convenable qu'à une nation qui paye son luxe à l'étranger.

Il fut ordonné que tous les meubles d'argent massif, qu'on voyait alors en assez grand nombre chez les grands seigneurs, et qui étaient une preuve de l'abondance , seraient portés à la Monnaie. Le roi donna l'exemple : il se priva de toutes ces tables d'argent, do ces candélabres, de ces grands canapés d'argent massif, et de tous ces autres meubles qui étaient des chefs-d'œuvre de ciselure des mains de Ballin ', homme imique en son genre , et tous exécutés sur les dessins de Lebrun. Ils avaient coûté dix millions : on en relira trois. Les meubles d'argent orfévri des particuliers produisirent trois autres millions. La ressource était faible.

On fit ensuite une de ces énormes fautes dont le ministère ne s'est corrigé que dans nos derniers temps : ce fbt d'altérer les monnaies , de faire des refontes inégales , de donner ^ux écus une valeur non proportionnée à celle des quarts. 11 arriva que, les quarts étant plus forts et les écus plus faibles, tous les quarts furent portés dans le pays étranger ; ils y furent frappés en écus, sur lesquels il y avait à gagner en les reversant en France. Il faut qu'un pays soit bien bon par lui-môme pour subsister encore avec force après avoir essuyé si souvent de pareilles secousses. On n'était pas encore instruit : la finance était alors , comme la physique, une science de vaines ronjectures. Les traitants étaient des charlatans qui trompaient le ministère; il en coûta quatre-vingts millions à l'État. Il faut vingt ans do peines pour réparer de pareilles brèches.

Vers les années 4694 et 4693, les fînances de TËtat pal'urent donc sensiblement dérangées. Ceux qui attribuaient t'affaiblissement des sources de l'abondance aux profusions de Louis XIV dans ses bâtiments , dans les arts et dans les plaisirs, ne savaient pas qu'au contraire les dépenses qui encouragent l'industrie enrichissent un État. C'est la guerre qui appauvrit nécessairement le trésor public, à moins que les dépouilles des vaincus ne le remplissent. Depuis les anciens Romains , je ne connais aucune nation qui se soit enrichie par

j. « De simples orfèvres, lels que Claade Ballin et Pierre Germain, ont mériié d'èire mis aa rang des plus célèbres artistes par la beauté de leur dessin et par rélégance de leur exécutioD. • ( voltaire, Liste des artistts ce* Ubres,)

des victoires. L'Italie, au xvi* siècle, n'était riche que par te commerce. La Hollande n'eût pas subsisté longtemps si elle se fût bornée à enlever la flotte d'argent des Espagnols % et si les grandes Indes n'avaient pas été Taliment de sa puissance. L'Angleterre s'est toujours appauvrie par la guerre , même en détruisant les flottes françaises ; et le commerce seul l'a enrichie. Les Algériens , qui n'ont guère que ce qu'ils gagnent par les pirateries , sont un peuple très-misérable.

Parmi les nations de l'Europe , la guerre , au oout de quelques années, rend le vainqueur presque aussi malheureux que le vaincu- C'est un goufl're où tous les canaux de l'abondance s'engloutissent. L'argent comptant, ce principe de tous les biens et de tous les maux , levé avec tant de peine dans les provinces, se rend dans les coflres de cent entrepreneurs, dans ceux de cent partisans qui avancent les fonds , et qui achètent, par ces avances, le droit de dépouiller la nation au nom du souverain. Les particuliers alors, regardant le gouvernement comme leur ennemi , enfouissent leur argent , et le défaut de circulation fait languir le royaume.

Nul remède précipité ne peut suppléer à un arrangemeni ûxe et stable , établi de longue main , et qui pourvoit de loin aux besoins imprévus. On établit la capitation en 4695*. Elle fut supprimée à la paix de Ryswick, et rétablie ensuite. Le contrôleur général , Pontchartrain , vendit des lettres de noblesse pour deux mille écus en 4696 : cinq cents particuliers en achetèrent ; mais la ressource fut passagère , et la honte durable. On obligea tous les nobles, anciens et nouveaux, de faire enregistrer leurs armoiries , et de payer la permission de cacheter leurs lettres avec leurs armes. Des maltôliers* traitèrent de cette affaire , et avancèrent l'argent. Le ministère n'eut presque jamais recours qu'à-ces petites ressources , dans un pays qui en eût pu fournir de plus grandes.

t. La flotte d'argent des Espagnol*, c'est-à-dire les galions. Voy. la DiUe 1 de la page 69.

2. M Au tome' IV, page 136, des Mémoires de Maintenon , on trouve que la capitation « rendit an delà des espérances des fermiers. » Jamais il n'y a eu de ferme de la capitaiion. Il est dit que « les laquais de Paris allèrent à M l'Hôiei de ville prier qu'on les imposât à la capitaiion. » Ce conte ridicule se détruit de lui-m(^mê; les maîtres payèrent toujours pour leurs domestiques, n (Note de Voltaire.)

3. Dm fnaltôtiers. Dans Torigine, le mot maltâte, comme Tindique son étymologie (du latin maie et tolure), signifiait un impôt qui n'était' pas dft,

3>ii n'était pas légal. Plus tard, et par extension, il se dit de toute espèce 'impôts, mais en conservant toujours uo sens un peu inmrieux. lA mal» tôlier était oelui gui levait la makôte.

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On n*osa imposer le dixième que dans Tannée 4710 *. Mais ee dixième , levé à la suite de tant d'autres impôts onéreux, parut si dur qu'on n'osa pas l'exiger avec rigueur. Le gouvernement n'en retira pas vingt-cinq millions annuels , à quarante francs le marc.

Colbert avait peu changé la valeur numéraire des monnaies, 11 vaut mieux ne la point changer du tout. L'argent et l'or, ces gages d'échange, doivent être des mesures invariables. Il n'avait poussé la valeur numéraire du marc d'argent, de \ingt«ix francs où il l'avait trouvée, qu'à vingt-sept et à vingthuit; et après lui, dans les dernières années de Louis XIV , on étendit cette dénomination jusqu'à quarante livres idéales: ressource fatale , par laquelle le roi était soulagé un moment pour être ruiné ensuite ; car . au lieu d'un marc d'argent y on ne lui en donnait presque plus que la moitié. Celui qui devait vingt-six livres en 4668 donnait un marc, et qui devait quarante livres ne donnait qu'à peu près ce mémo marc en 4740. Les diminutions qui suivirent dérangèrenl le peu qui restait de commerce autant qu'avait fait l'augmentation.

On aurait trouvé une ressource dans un papier de crédit, mais ce papier doit être établi dans un temps de prospérité pour se soutenir dans un temps malheureux.

Le ministre Chamillart commença, en 4706 , à payer en billets de monnaie, en billets de subsistance, d'ustensile*; et comme cette monnaie de papier n'était pas reçue dans les coffres du roi , elle fut décriée presque aussitôt qu'elle parut. On fut réduit à continuer de faire des emprunts onéreux, à consommer d'avance quatre années des revenus de la couronne*.

1. Ce nouvel impôt, emprunté peut-être an système de Vauban et de Bois* guilbert, fat établi par le contrôleur général Desmarets , neveu du grand Colbert; c'était le dixième des revenus de toutes les terres , même de la noblesse et du clergé. La noblesse témoigna un vif mécontentement de u cette invention affreuse qui rendait toute condition simple peuple, » et le di»èmii fut aboli bientôt après. (Saint-Simon , ebap. cclxxxiv. )

2. On appelait billets de monnaie^ des billets donnés aux particulier» qui portaient leurs vieilles espèces à la Monnaie, à l'époque des refontes générales ; ils représentaient la valeur des sommes qui avaient été déposées. Les billets de subsistance et d'ustensile étaient une autre sorte de papier-monnaie. Quand les habitants d'une ville fournissaient à des troupes de passage tes provisions et les objets nécessaires , appelés dans le langage spécial de cette époque ustensile ^ ou plutôt utensile, on les payait en billets qui étaient la garantie de leurs crcani«s. Ces billets furent discrédités le jour od les ministres refusèrent de les recevoir dans les coffres du roi.

3. <c 11 est dit dans Tbiatoire écrite par I<a Hode , et rédigée sous

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Ou fit toujours ce qu'on appelle des affaires extraordinaires : on créa des charges ridicules , toujours achetées par ceux qui veulent se mettre à Tabri de la taille; car Timpôt de la taille étant avilissant en France, et les hommes étant nésyains, Tappât qui les décharge de cette honte fait toujours de^ dupes , et les gages considérables attachés à ces nouvelles charges invitent à les acheter dans des temps difficiles , parce qu'on ne fait pas réflexion qu'elles seront supprimées dans des temps moins fâcheux. Ainsi , en 4707, on inventa la dignité des conseillers du roi rouleurs et courtiers de vin , et cela produisit cent quatre-vingt mille livres. On imagina des greffiers royaux, des subdélégués des intendants des provinces. On inventa des conseillers du roi contrôleurs aux empilements da» bois , des conseillers de police , des charges de barbiers-perruquiers , des contrôleurs-visiteurs de beurre frais , des essayeurs de beurre salé. Ces extravagances font rire aujour d'hui; mais alors elles faisaient pleurer.

Le contrôleur général Desmarets, neveu de Tillustre Colbert, ayant en 4708 succédé à Chamillart, ne put guérir un mal que tout rendait incurable.

La nature conspira avec la fortune pour accabler l'État. Le cruel hiver de 4709 força le roi do remettre aux peuples neuf millions de tailles dans le temps qu'il n'avait pas de quoi payer ses soldats. La disette des denrées fut si excessive, qu'il en coûta quarante-cinq millions pour les vivres de l'armée. La dépense de cette année 4709 montait à deux cent vingt et un millions, et le revenu ordinaire du roi n'en produisit pas quarante-neuf. Il fallut donc ruiner l'État pour que les ennemis ne s'en rendissent pas les maîtres. Le désordre s'acerut telle* ment, et fut si peu réparé, que , longtemps après la paix, au commencement de Tannée 4745 , le roi fut obligé de faire négocier trente-deux millions de billets , pour en avoir huit en

|ja HarUnière, qa'il en coîitait Boixante-douze pour cenc pour le chaiura dans les guerres dMialie. C'est une absurdité. Le fait est que M. de Cbamulari^ pour payer les arojées . se servait dn crédit du chevalier Bernard. Ce ministre croyait, par un ancien préjugé, q^/il ne fallait pas que l'argent sortit du royaume, comme si l'on donnait cet aident pour rien, et comme s'il était possible qu'une nation débitrice à une autre, et qui ne s'acquitte pas en effets comraercables, ne payât point en argent comptant: ce ministre donnait au banquier huit pour cent de profil, à condition qu'on payât rétrangcr saut» faire sortir de l'argent de France. Il payait outre owa )ê cliange, qui allait à cinq ou six pour cent de perte; et le banquier était oblige, malgré sa promesse, de solder son compte en argent avec l'étranger, ce qui produisait une perte considérable. » ( Note de Voltaire^.

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