‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 144 sur 168 · FINANCES ET RÈGLEMENTS. AV · texte numérisé non relu

FINANCES ET RÈGLEMENTS. AV

e9pèces. Enfin, il laissa à sa mort deux milliards six cents millions de dettes , à vingt-huit livres le marc, à quoi les espèces se trouvèrent alors réduites, ce qui fait environ quatre milliards cinq cents millions de notre monnaie courante en 4760.

Il est étonnant, mais il est vrai que cette immense dette n'aurait point été un fardeau impossible à soutenir h il y avait eu alors un commerce florissant, un papier de crédit établi et des compagnies solides qui eussent répondu d& ce papier, comme en Suède, en Angleterre, à Venise et en Hollande ; car, lorsqu'un Êlat puissant ne doit qu'à lui-même, la confiance et la circulation suffisent pour payer : mais il s'en fallait beaucoup que la France eût alors assez de ressorts pour- faire mouvoir une machine si vaste et si compliquée, dont le poids l'écrasait.

Louis XIV, dans son règne, dépensa dix-huit milliards, ce qui revient, année commune, à trois cent trente millions d'aujourd'hui , en compensant l'une par l'autre les augmentations et les diminutions numéraires des monnaies.

Sous l'administration du grand Colbert, les revenus ordinaires de la couronne n'allaient qu'à cent dix-sept millions à vingt-sept livres, et puis à vingt-huit livres le marc d'argent. Ainsi tout le surplus fut toujours fourni en affaires extraordires. Colbert, le plus grand ennemi de cette funeste ressource, fut obligé d'y avoir recours pour servir promptement. Il emprunta huit cents millions, valeur de notre temps, dans la guerre de 4673. Il restait au roi très-peu d'anciens domaines de la couronne. Ils sont déclarés inaliénables par tous les parlements du royaume, et cependant ils sont presque tous aliénés. Le revenu du roi consiste aujourd'hui dans celui de ses sujets; c'est une circulation perpétuelle de dettes et de payements. Le roi doit aux citoyens plus de millions numéraires par an, sous le nom de rentes de l'Hôtel de ville, qu'aucun roi n'en a jamais retiré des domaines de la couronne.

Pour se faire une idée de ce prodigieux accroissement de taxes, de dettes, de richesses, de circulation, et en même temps d'embarras et de peines qu'on a éprouvés en France et dans les autres pays, on peut considérer qu'à la mort de François 1* rEtat devait environ trente mille livres de rentes perpétuelles snr FHdCel de ville et qu'à présent il en doit plus de quarantecinq millions.

Ceux qui ont voulu comparer les revenus de Louis XIV avec

ceux de Louis XV ont trouvé, en ne s'arrôtant qu'au revenu fixe et courant, que Louis XIV était beaucoup plus riche en 4683, époque de la mort de Colbert , avec cent dix-sept millions de revenu, que son successeur ne Tétait en 4730, avec près de deux cents millions; et cela est très-vrai, en ne considérani que les rentes fixes et ordinaires de la couronne ; car cent dixsept millions numéraires au marc de vingt-huit livres sont une somme plus forte que deux cents millions à quarante-neuf livres, à quoi se montait le revenu du roi en 4730 ; et de plus, il faut compter les charges augmentées par les emprunts de la couronne : mais aussi les revenus du roi, c'est-à-dire de l*État, se sontaccrus depuis, et Tintelligence des finances s*est perfectionnée au point que, dans la guerre ruineuse de 4744 % il n'y a pas eu un moment de discrédit. On a pris le parti de faire des fonds d'amortissement, comme chez les Anglais : il a fallu adopter une partie de leur système de finances, ainsi que leur philosophie ; et si, dans un État purement monarchique , on pouvait introduire ces papiers circulants qui doublent au moins la richesse de l'Angleterre, l'administration delà France acquerrait son dernier degré de perfection , mais perfection trop voisine de l'abus dans une monarchie^.

Il y avait environ cinq cents millions numérales d'argent monnayé dans le royaume en 4683 ; et il y en avait environ douze cents en 4 730, de la manière dont on compte aujourd'hui. Mais le numéraire , sous le ministère du cardinal de Fleury, fut presque le double du numéraire du temps de Colbert. Il paraît donc que la France n'était environ que d'un sixième plus riche en espèces circulantes depuis la mort de Colbert. Elle l'est beaucoup davantage en matières d'argent et d'or travaillées et mises en œuvre pour le service et pour le luxe. Il n'y en avait pas pour quatre cents millions de notre monnaie d'aujourd'hui en 4600 ; et vers l'an 4730 on en possédait autant que d'espèces circulantes. Rien ne fait voir plus évidemment combien le commerce, dont Colbert ouvrit les sources, s'est accru, lorsque ses canaux, fermés par les guerres, ont été débouchés. L'industrie s'est perfectionnée, malgré rémigra^ tion de tant d'artistes que dispersa la révocation de l'édit dé

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