s'agit delà guerre de la succession d'Aalriche
2. «ï/abbé de Saint- Pierre, dans son Journal politique, à l'article du Système, dit qu'en Angleterre et en Hollande il n'y a de pa]ner qu'autant qu'il y a d'espèces ; mais il est avéré que le papier l'emporte beaucoup , et ne subsiste que par la conKance..* ^Noto de Voltaire. )
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Nantes , et cette industrie augmente encore tous les jours. La nation est capable d*aussi grande» choses et de plus grandes encore que sous Louis XIV , parce que le génie et le corn* merce se fortifient toujours quand on les encourage.
A voir Taisance des particuliers, ce nombre prodigieux de maisons agréables bâties dans Paris et dans les provinces, cette quantité d'équipages, ces commodités, ces recherches qu'on nomme luoDe^ on croirait que Topulence est vingt fois plus grande qu'autrefois. Tout cela est le fruit d'un travail ingénieux, encore plus que de la richesse. Il n'en coûte guère plus aujourd'hui pour être agréablement logé qu'il n'en coûtait pour l'être mal sous Henri IV. Une belle glace de nos manufactures orne nos maisons à bien moins de frais que les petites glaces qu'on tirait de Venise. Nos belles et parantes étoffes sont moins chères que celles de l'étranger, qui ne les valaient pas.
Ce n'est point en effet l'argent et Tor qui procurent une vie commode, c^est le génie. Un peuple qui n'aurait que ces métaux serait très-misérable : un peuple qui , sans ces métaux, omettrait heureusement en œuvre toutes les productions de la terre, serait véritablement le peuple riche. La France a cet avantage, avec beaucoup plus d'espèces qu'il n'en faut pour la circulation.
L'industrie, s'étant perfectionnée dans les villes, s'est accrue dans les campagnes. Il s'élèvera toujours des plaintes sur le sort des cultivateurs. On les entend dans tous les pays du monde, et ces murmures sont presque partout ceux des oisifs opulents, qui condamnent le gouvernement beaucoup plus qu'ils ne plaignent les peuples. Il est vrai que presque en tout pays, si ceux qui passent leurs jours dans les travaux rustiques avalent le loisir de murmurer, ils s'élèveraient contre les exactions qui leur enlèvent une partie de leur substance , ils détesteraient la nécessité de payer des taxes qu'ils ne se sont point imposées et de porter le fardeau de l'État sans par« ticiper aux avantages des autres citoyens. Il n'est pas du ressort de l'histoire d'examiner comment le peuple doit contribuer sans être foulé, et de marquer le point précis, si difficile à trouver, entre l'exécution des lois et l'abus des lois, entre les impôts et les rapines; mai&l'histoire doit faire voir qu'il est impossible qu'une ville soit florissante sans que les campagnes d'alentour soient dans l'abondance; car certainement ce sont ces
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campagnes qui fa nourrissent. On entend, à des jours réglés, dans toutes les villes de France, des reproches de ceux à qui leur profession permet de déclamer en public contre toutes les différentes branches de consommation auxquelles on donne le nom de luxe. Il est évident que les aliments de ce luxe ne sont fournis que parle travail industrieux des cultivateurs , travail toujours chèrement payé.
On a planté plus de vignes, et on les a mieux travaillées; on a fait de nouveaux vins qu'on ne connaissait pas auparavant, tels que ceux de Champagne , auxquels on a su donner la couleur, la sève et la force de ceux de Bourgogne, et qu*on débite chez rétranger avec un grand avantage : cette augmentation des vins a produit celle des eaux-de-vie. La culture des jardins, des légumes, des fruits, a reçu de prodigieux accroissements, et le commerce des comestibles avec les colonies de l'Amérique en a été augmenté : les plaintes qu'on a de tout temps fait éclater sur la misère de la campagne ont cessé alors d'être fondées. D'ailleurs dans ces plaintes vagues on ne distingue pas les cultivateurs, les fermiers, d'avec les manœuvres. Ceux-ci ne vivent que du travail de leurs mains; et cela est ainsi dans tous les pays du monde, où le grand nom-^ bre doit vivre de sa peine. Mais il n'y a guère de royaume dans l'univers où le cultivateur, le fermier, soit plus à son aise que dans quelques provinces de France; et l'Angleterre seule peut lui disputer cet avantage. La taille proportionnelle, substituée à l'arbitraire dans quelques provinces, a contribué encore à rendre plus solides les fortunes des cultivateurs qui possèdent des charrues, des vignobles, des jardins. Le manœuvre, l'ouvrier, doit être réduit au nécessaire pour travailler : telle est la nature do l'homme. Il faut que ce grand nombre d'hommes soit pauvre, mais il ne faut pas qu'il soit misérable.
Le moyen ordre s'est enrichi par l'industrie. Les ministres et les courtisans ont été moins opulents, parce que l'argent ayant augmenté numériquement de près de moitié, les appointements et les pensions sont restés les mêmes, et le prix des denrées est monté à plus du double : c'est ce qui est arrivé dans tous les pays de l'Europe. Les droits , les honoraires sont partout restés sur l'ancien pied. Un électeur qui reçoit l'investiture de ses États ne paye que ce que ses prédécesseurs payaient du temps de l'empereur Charles IV, au xiv* siède;
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et il n'est dû qu'un écu au secrétaire de Tempereur dans cette cérémonie.
Ce qui est bien plus étrange, c'est que tout ayant augmenté, valeur numéraire des monnaies, quantité des matières d'or et d'argent, prix des denrées, cependant la paye du soldat est restée au même taux qu'elle était il y a deux cents ans : on donne cinq sous numéraires aux fantagsins, comme on les donnait du temps de Henri IV. Aucun de ce grand nombre d'hommes ignorants qui vendent leur vie à si bon marché ne sait qu'attendu le surhaussement des espèces et la cherté des denrées, il reçoit environ deux tiers moins que les soldats de Henri IV * . S'il le savait, s'il demandait une paye de deux tiers plus haute, il faudrait bien la lui donner : il arriverait alors que chaque puissance de l'Europe entretiendrait les deux tiers moins de troupes ; les forces se balanceraient de même ; la culture de la terre et les manufactures en proQteraient.
Il faut encore observer que les gains du commerce ayant augmenté, et les appointements de toutes les grandes charges ayant diminué de valeur réelle, il s'est trouvé moins d'opulence qu'autrefois chez les grands et plus dans le moyen ordre; et cela môme a mis moins de distance entre les hommes. Il n'y avait autrefois de ressource pour les petits que de servir les grands : aujourd'hui l'industrie a ouvert mille chemins qu'on ne connaissait pas il y a cent ans. Enfin, de quelque manière que les finances de l'Etat soient administrées, la France possède dans le travail d'environ vingt millions d'habitants un trésor inestimable. '
1. Moins que Ut soldats de Henri IV. Cette remarque piquante n'est plus ▼raie aujourd'tiui. La paye du soldat est restée à peu près la môme qu'au temps de Henri IV et de Louis XIV (sept sous au lieu do cinq); mais elle a sttbi une augmentation réelle par les (ournitures faites en nature, gratuite^ ment ou à un prix au-dessous de leur valeur. La vie des soldats est non-seulement plus assurée, mais plus douce que celle de bien des ouvriers.
Des sciences.
Ce siècle heureux, qui vit naître une révolution dans l'esprit humain, n'y semblait pas destiné; car, à commencer par la philosophie, il n'y avait pas d'apparence , du temps de
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Louis XIII, qu'elle se tirât du chaos où elle était plongée. L'inquisition d'Italie, d'Espagne, de Portugal, avait lié les erreurs philosophiques aux dogmes de la religion : les guerres civiles en France et les querelles du calvinisme n'étaient pas plus propres à cultiver la raison humaine que ne le fut le fanatisme du temps de Cromwell en Angleterre. Si un chanoine de Thorn avait renouvelé l'ancien système planétaire des Chaldéens, oublié depuis si longtemps, cette vérité était condamnée à Rome ; et la congrégation du saint-office, composée de sept cardinaux, ayant déclaré non-seulement hérétique, mais absurde, le mouvement de la terre, sans lequel il n'y a point de véritable astronomie, le grand Galilée ayant demandé pardon, à Tâgd de soixante-dix ans, d'avoir eu raison, il n'y avait pas d'apparence que la vérité pût être reçue sur la terre*.
Le chancelier Bacon avait montré de loin la route qu'on pouvait tenir; Galilée avait découvert les lois de la chute des corps ; Torricelli commençait à connaître la pesanteur de l'air qui nous environne : on avait fait quelques expériences à Magdebourg. Avec ces faibles essais, toutes les écoles restaient dans l'absurdité, et le monde dans l'ignorance. Descartes parut alors ; il fit le contraire de ce qu^on devait faire : au lieu d'étudier la nature, il voulut la deviner. Il était le plus grand géomètre de son siècle ; mais la géométrie laisse l'esprit comme elle le trouve. Celui de Descartes était trop porté à l'invention.* Le premier des mathématiciens ne fit guère que des romans de philosophie. Un homme qui dédaigna les expériences, qui ne cita jamais Galilée, qui voulait bâtir sans matériaux, ne pouvait élever qu'un édifice imaginaire *.
Ce qu'il y avait de romanesque réussit, et le peu de vérités mêlé à ces chimères nouvelles fut d'abord combattu. Mais enfin
1. Co chanoine de Thorn est Nicolas Copernic né en |473, mort en 1543; Galilée, né à Pise en 1564, est mort en 1642.
S. « Habent sua fata libelli. i»
TiC système philosophique de Descartes, admiré an xvii* st^Ie, abandonné au xviii» pour les doctrines nouvelles de l.ocke et de Condillac, a été remis de nos Jours en honneur. Voltaire, qui retournerait volontiers aux doctrines d'Épicure et aux atomes (tov. l'article Dernier dans la Liete d« «crteotni françait), l'attaque partout et avec vivacité. Il dit atlleurs (voy. l'article Descartei) que son eort a été celui de Ronsard en poésie: mais le philosophe spiritualiste qui a en pour disciples Malebrannhe, Dossuet, Fénelon, le grand Arnauld; le penseur qui a exercé tant d'influence sur l'esprit français au xvii* siècle par l'originalité féconde de sa méthode, n'a pas besoin d'Àtre défendn contre In critiques ou les épi^râmmes des admirateurs do