‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 148 sur 168 · PES SCIENCES · texte numérisé non relu

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entr« des hommeiL.qui auraient dû être sages ; mais, avant ce siècle, ces disputes eussent causé des troubles dans TËtat; les miracles de Saint-Médard eussent été accrédités par les plus considérables citoyens; et le fanatisme, renfermé dans les montagnes des Cévennes, se fût répandu dans les villes*

Tous les genres de science et de littérature ont été épuisés dans ce siècle; et tant d'écrivains ont étendu les lumières de l'esprit humain, que ceux qui en d'autres temps auraient passé pour des prodiges ont été confondus dans la foule. Leur gloire est peu de chose à cause de leur nombre, et la gloire du siècle ea est plus grande.

Des beaux- arL&

La saine philosophie ne fit pas en France d'aussi grands progrès qu'en Angleterre et à Florence*; et si l'académie des sciences rendit des services à l'esprit humain, elle ne mit pas la France au-dessus des autres nations. Toutes les grandes inventions et les grandes vérités vinrent d'ailleurs.

Mais dans l'éloquence, dans la poésie, dans la littérature, dans les livres de morale et d'agrément, les Français furent les législateurs de l'Europo. Il n'y avait plus de goût en Italie. La véritable éloquence était partout ignorée, la religion enseignée ridiculement en chaire, et les causes plaidées de même dans le barreau.

1. Od lira avec an vif iaiérèt ce remarquable chapitre d'histoire littéraire, cette revue rapide des prindpauz chefs-d'œuvre du xvii* siècle par le plus grand écrivain da xviir, ces aperçus ingénieux, ces appréciation» brillâmes et surtout judicieuses. On peut comparer les jugements de Voltaire avec ceux d'un critique contemporain, La Bruyère, dans son chapitre sur les Ouvrages de V esprit , et dans son Discours à l'académie française : on verra, comme nous l'avons déjà fait remarquer, que dans les questions de goût et de littérature l'auteur du Siècle de Louis XI V est plus aévère, plus classique que La Bruyère, et même que Boileau.

1. Quoi qu^en dise Voltaire, la saine pbilosophie compta d'illustres repré» rantauts en France au xvii* siècle. Nous avons déjà cité Descartes; le P. Malehranche, connu par son hel ouvrage de la Recherche de la vérité; Boasuet, qui, dans le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même ^ expliqua ou développa avec une raison supérieure les doctrines cartésiennes : Fénelon , qui écrivit ia Démonstration de Vesiitsnce été Dieu , et quelques autres. Voltaire , partisan de la philosophie ezpérimenule de Bacon et de liocke, ne rend pas justice à celte grande école spirituatigte qui a été uuc des gloires dir la France au xvu« siècle,

Les prédicateurs citaient Virgile et Ovide; les avocats, saint Augustin et saint Jérôme. Il ne s'était point encore trouvé de génie qui eût donné à la langue fi*ançaise le tour, le nombre, la propriété du style et la dignité. Quelques vers de Malherbe faisaient sentir seulement qu'elle était capable de grandeur et de force; mais c'était tout. Les mêmes génies qui avaient écrit très^-bien en latin , comme un président de Thou, un chancelier de L'Hospital , n'étaient plus les mêmes quand ils maniaient leur propre langage, rebelle entre leurs mains. Le français n'était encore recommandable que-par une certaine naïveté, qui avait fait le seul mérite de Joinville, d'Amyot, de Marot, de Montaigne, de Régnier, de la satire Ménippée. Cette naïveté tenait beaucoup à l'irrégularité, à la grossièreté.

Jean de Lingendes, évêque de Mâcon, aujourd'hui inconnu parce qu'il ne fit point imprimer ses ouvrages, fut le premier orateur qui parla dans le grand goût. Ses sermons et ses orai* sons funèbres, quoique mêlés encore de la rouille de son temps furent le modèle des orateurs qui l'imitèrent et le surpassèrent. L'oraison funèbre de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, surnommé le Grand dans son pays, prononcée par Lingendes en 4630, était pleine de si grands traits d'éloquence, que Fléchier, longtemps après, en prit l'exorde tout entier aUvSsi bien que le texte et plusieurs passages considérables, pour en orner sa fameuse oraison funèbre du vicomte de Turenne '.

Balzac en ce temps-là donnait du nombre et de l'harmonie à la prose. 11 est vrai que ses lettres étaient des harangues ampoulées; il écrivait au premier cardinal de Retz : « Vous venez de prendre le sceptre des rois et la livrée des roses. » Il écrivait de Rome à Boisrobert, en parlant des eaux de senteur : « Je me sauve à la nage dans ma chambre, au milieu des parfums. » Avec tous ces défauts, il charmait l'oreille. L'éloquence a tant de pouvoir sur les hommes, qu'on admira Balzac dans son temps pour avoir trouvé cette petite partie de l'art ignorée et nécessaire, qui consiste dans le choix harmonieux des paroles , et môme pour l'avoir employée souvent hors de sa place.

1 . Celle oraison funèbre n'csl pas consacrée k la mémoire de Charles-Emmanuel, surnommé le Grand, mais à celle de son fils, Viclor-Amédée, beau* frère de Louis XIII, qui mourut en 1637. Deux passages seulement.

formant tout au plus trois pages, ont élé empruntés par Fléchier (wof, V£sfoi iur l'éloquence de la châtre* par le cardinal Maury, cliap. xxx;.

Voiture donna quelque idée des grâces légères de ce style épistolaire qui n'est pas le meilleur, puisqu'il ne consiste que dans la plaisanterie. C'est un baladinage que deux tomes de lettres dans lesquelles il n'y en a pas une seule instructive, pas une qui parte du cœpr, qui peigne les mœurs du temps et les caractères des hommes ; c'est plutôt un abus qu'un usage do Tesprit *.

La langue commençait à s'épurer et à prendre une forme constante. On en était redevable à l'académie française , et surtout à Vaugelas. Sa traduction de Quinte Curce, qui parut en 4646, fut le premier bon livre écrit purement; et il s'y trouve peu d'expressions et de tours qui aient vieilli.

Olivier Patru, qui le suivit de près, contribua beaucoup à régler, à épurer le langage ; et, quoiqu'il ne passât pas pour un avocat profond, on lui dut néanmoins Tordre , la clarté, la bienséance , l'élégance du discours , mérites absolument inconnus avant lui au barreau.

Un des ouvrages qui contribuèrent le plus à former le goût de la'nation, et à lui donner un esprit de justesse et de précision, fut le petit recueil des Maximes de François duc de La Rochefoucauld. Quoiqu'il n'y ait presque qu'une vérité dans ce livre, qui estque Vamour-projfyreest le mobile de tout, cependant cette pensée se présente sous tant d'aspects variés, qu'elle est presque toujours piquante. C'est moins un livre que des matériaux pour orner un livre. On lut avidement ce petit recueil; il accoutuma à penser et à renfermer ses pensées dans un tour vif, précis et délicat. C'était un mérite que personne n'avait eu avant lui en Europe, depuis la renaissance des lettres.

Mais le premier livre de génie qu'on vit en prose fut le recueil des Lettres provinciales^ en 4656. Toutes les sortes d'éloquence y sont renfermées. Il n'y a pas un seul mot qui , depuis cent ans, se soit ressenti du changement qui altère souvent les langues vivantes. Il faut rapporter à cet ouvrage l'époque de la fixation du langage. L'évêque de Luçon , fils du célèbre Bussy» m'a dit qu'ay-ant demandé à M. de Meaux quel

1 . « Je ne sais s! l'en ponrra jamais mettre dan? des lettres plus d'esprit,, plus de tour, plus d'agrément et plus de style que l'on en voit dans celles de Balxao et de Voiture.... Balzac, pour les termes et pour l'expression, est moins vieux oue Voiture; mais si ce dernier, pour le tour, pour Tesprit ei pour le naturel, n'est pas moderne et ne ressemble en rien à nos écrivains, c'est qu'il leur a été plus facile de le négliger que de l'imiter, et que le petit ■ombre de ceux qui courent après lui ne peut rattcindrc. » (La Bruyère» Des wvrage$ de l'e$prtt, )

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ouvrage il eût mieux aimé avoir fait, s'il n'avait pas fait les siens, Bossuet lui répondit : Les Lettres provinciales, Ellee ont beaucoup perdu de leur piquant lorsque les jésuites ODt été abolis, et les objets de leurs disputes méprisés.

Le bon goût qui règne d'un bout à l'autre dans ce livre, et la vigueur des dernières lettres , ne corrigèrent pas d'abord le style lâche, diffus, incorrect et décousu, qui depuis longtemps était celui de presque tous les écrivains , des prédicateurs et des avocats.

Un des premiers qui étala dans la chaire une raison toujours éloquente fut le P. Bourdaloue, vers l'an 4668. Ce fut une lumière nouvelle. Il y a eu après lui d'autres orateurs de la chaire » comme le P. Massillon , évéque de Clermont, qui ont répandu dans leurs discours plus de grâces, des peintures plus Hnes et plus pénétrantes des mœurs du siècle ; mais aucun ne Ta fait oublier. Dans son style plus nerveux que fleuri , sans aucune imagination dans l'expression , il paraît vouloir plutôt convaincre que toucher, et jamais il ne songe à plaire.

Peut-être serait-il à souhaiter qu'en bannissant de la chaire le mauvais goût qui l'avilissait, il en eût banni aussi cette coutume de prêcher sur un texte. En effet, parler longtemps sur une citation d'une ligne ou deux, se fatiguer à compasser tout son discours sur cette ligne, un tel travail paraît un jeu peu digne de la gravité de ce ministère. Le texte devient uno espèce de devise, ou plutôt d'énigme, que le discours développe. Jamais les Grecs et les Romains ne connurent cet usage. C'est dans la décadence des lettres qu'il commença, et le temps l'a consacré.

L'habitude de diviser toujours en deux ou trois points des choses qui, comme la morale, n'exigent aucune division, ou qui en demanderaient davantage , comme la controverse, est encore une coutume génanto, que le P. Bourdaloue trouva introduite, et à laquelle il se conforma.

Il avait été précédé par Bossuet , depuis évéque de Meaox. Celui-ci, qui devint un si grand homme, s'était engagé dans sa grande jeunesse à épouser M'^* Desvieux, fille d'un rare mérite. Ses talents pour la théologie, et pour cette espèce d'éloquence qui le caractérise, se montrèrent de si bonne heure, que ses parents et ses amis le détorminèrent à no se donner qu'à l'Église. M'** Desvieux l'y engagea elle-même, préférant la gloire qu'il devait acquérir au bonheur de vivre

PËS B£àux-ârts en francs. 427

avec lui '. Il avait prêché assez jeune devant le roi et la reine mère, et» 4G62, longtemps avant que le P. Bourdaloue fût connu. Ses discours , soutenus d'une action noble et touchante, les premiers qu'on eût encore entendus à la cour qui approchassent du sublime 9 eurent un si grand succès, que le roi fit écrire en son nom à son père, intendant de Soissons , pour le féliciter d'avoir un tel fils*.

Cependant, quand Bourdaloue parut; Bossuet ne passa plus pour le premier prédicateur. II s'était déjà donné aux oraisons funèbres , genre d'éloquence qui demande de l'imagination et une grandeur majestueuse qui tient un peu à la poésie, dont il faut toujours emprunter quelque chose, quoique avec discrétion , quand on ten(^au sublime. L'oraison funèbre de la reine mère, qu'il prononça en 4667, lui valut révôché de Condom : . mais ce discours n'était pas encore digne de lui ; et il ne fut pas imprimé , non plus que ses sermons. L'éloge funèbre de la reine d'Angleterre, veuve de Charles I", qu'il fit en 4669, parut presque en tout un chefd'œuvre. Les sujets de ces pièces d'éloquence sont heureux à proportion des malheurs que les morts ont éprouvés. C'est en quelque façon comme dans les tragédies, où les grandes infortunes des principaux personnages sont ce qui intéresse davantage. L'éloge funèbre de Madame, enlevée à la fleur de son âge, et morte entre ses bras , eut le plus grand et le plus rare des succès, celui de faire verser des larmes à la cour. 11 fut obligé de s'arrêter après ces paroles : « 0 nuFt désastreuse 1 nuit efl'royable , où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt, Madame est morte, etc. b L'auditoire éclata en sanglots; et la voix de l'orateur fut interrompue par ses soupirs et par ses pleurs.

Les Français furent les seuls qui réussirent dans ce genre

t. Cette tradition ou plutôt cette fable, avancée pour la première fois par un protcstaot réfugié à Genève , Jean-Baptiste Denys, a été souvent réfutée. Nous renvoyons à la Vie de Bossuet, par le cardinal Bausset ( tome I , Pièces

(juillet 1761 ) : • Tout ce que je peux vous dire, monsieur, c'est que M. Secuusse m'écrivit, il y a quelques années, à Berlin, aue son oncle avait réglé les droits et les reprises de W* Desvieux, fondes sur son contrat ave 11. Bossuei. C'est une chose que je vous assure sur mon honneur. »

3. Bossuet avait prêché l'A vent de 1661. Son père vécut et mourut oouseilier au parlement de Metz. C'est no frère de l'evèque de Meaux qui , plus tard, fut iuieudant de Soissons.

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d'éloquence. Le même homme, quelque temps après, en inventa an noaveau, qui ne pouvait guère avoir de succès qu'entre ses mains. Il appliqua l'art oratoire à l'histoire même , qui semble l'exclure. Son Discours sur Vhistoir$ universelle , composé pour l'éducation du Dauphin » n'a eu ni modèle ni imitateurs. Si le système qu'il adopte pour concilier la chronologie des Juifs avec celle des autres nations a trouvé des contradicteurs chez les savants , son style n'a trouvé que des admirateurs. On fut étonné de cette force majestueuse dont il décrit les moeurs, le gouvernement, l'accroissement et la chute des grands empires , et de ces traits rapides d'une vérité énergique dont il peint et dont il juge les nations.

Presque tous les ouvrages qui honorèrent ce siècle étaient dans un genre inconnu à l'antiquité. Le Télémaque est de ce nombre. Fénelon , le disciple , l'ami de Bossuet , et depuis devenu malgré lui son rival et son ennemi , composa ce livre singulier, qui tient à la fois du roman et du poëme , et qui substitue une prose cadencée à la versiGcation. Il semble qu'il ait voulu traiter le roman comme M. de Meanx avait traité l'histoire , en lui donnant une dignité et des charmes inconnus , et surtout en tirant de ces fictions une morale utile au genre humain, morale entièrement négligée dans presque toutes les inventions fabuleuses. On a cru qu'il avait composé ce livre pour servir de thèmes et d'instruction au duc de Bourgogne et aux autres enfants de France, dont il fut le précepteur, ainsi que Bossuet avait fait son Histoire universelle pour l'éducation de Monseigneur. Mais son neveu , le marquis de Fénelon , héritier de la vertu de cet homme célèbre, et qui a été tué à la bataille de Rocoux, m'a assuré le contraire*. En effet il n'eût pas été convenable que les amours de Calypso et d'Eucharis eussent été les premières leçons qu'un prêtre eût données aux enfants de France.

Il ne fit cet ouvrage que lorsqu'il fut relégué dans son archevêché de Cambrai *. Plein de la lecture des anciens , et né

1. Cependant Fénelon lui-même écrivait an P. Tellier, confessear da roii en 1710 : «Je n'ai iamais songé qu'à amuBer M. le duc de Bouncogne par ces aventures et qu'à IMnstmire en l'amasant, sans jamais youloir doriner cet ooTrage au put)Iic. Tout ie monde sait qii^l ne m*a échappé que par rinfidélité d'un copiste. » Saint-Simon , lié avec Tarehevêque de Cambrai , dit éffalemeni (chap. cccii) : « C'étaient les thèmes de son pupille, fu'or déroM, qu'on Joignit, qu'on publia à son insa. »

3. Voltaire se trompe encore ici. C'est en 1697 que Fénelon Ait relécué dans aon archevêché de Cambrai ; et le Télémaque avait été composé aa plu?

DES BEAirX-AUTS EN FfiANCE. 429

avee une imagination vive et tendre, il s^était fait un style qui n'était qu'à lui, et qui coulait de source avec abondance. J*ai vu son manuscrit original : il n'y a pas dix ratures. Il le composa en trois mois , au milieu de ses malheureuses disputes. sur le quiétisme , ne se doutant pas combien ce délassement était supérieur à ses occupations. On prétend qu'un domestique lui en déroba une copie qu'il fit imprimer. Si cela est , Tarchevéque de Cambrai dut à cette infidélité toute la réputation qu'il eut en Europe; mais il lui dut aussi d'être perdu pour jamais à la cour. On crut voir dans le Télémaque une critique indirecte du gouvernement de Louis XIV. Sésostrîs, qui triomphait avec trop de faste, Idoménée, qui établissait le luxe dans Salente et qui oubliait le nécessaire , parurent des portraits du roi , quoique , après tout , il soit impossible d'avoir chez soi le superflu que par la surabondance des arts de la première nécessité. Le marquis de Louvois semblait , aux yeux des mécontents , représenté sous le nom de Protésilas, vain , dur, hautain, ennemi des grands capitaines qui sepaient l'État et non le ministre.

Les alliés, qui dans la guerre de 4688 s'unirent contre Louis XIV, qui depuis ébranlèrent son trône dans la guerre de 4704, se firent une joie de le reconnaître dans ce même Idoménée, dont la hauteur révolte tous ses voisins. Ces allusions firent des impressions profondes , à la faveur de ce style harmonieux qui insinue d'une manière si tendre la modération et la concorde. Les étrangers et les Français même, lassés de tant de guerres , virent avec une consolation maligne une satire dans un livre fait pour enseigner la vertu. Les éditions en furent innombrables. J'en ai vu quatorze en langue anglaise. Il est vrai qu'après la mort de ce monarque si craint, si envié , si respecté de tous et si haï de quelques-uns , quand la malignité humaine a cessé de s'assouvir des allusions pré* tendues qui censuraient sa conduite * , les juges d'un goût

tard en 1695 , bien qu'il n'eût élé imprimé que quatre années après . par ''infidélité d'un copiste. Fénelon dit lui-même au P. Tellier dans la lettre Que nous venons de citer : «< Je l'ai fait dans un temps oîi j'étais chvmé tes maruues de bonté et de confiance dont le roi mo comblait. Il aurait fallu que j'eusse été l'homme le plus ingrat, pour y vouloir faire des portraits satiriques et insolents. » On sait que ce fut en effet en i695 que Louis XIV le nomma archevêque de Cambrai.

1. Dans la même lettre , Fénelon se défend avec chaleur d'avoir voulu censurer la conduite du roi et de ses ministres : «« Il est vrai, ajoutet-il, que j'ai mis dans ces aventures toutes les vt^fitës uécossaires pour le

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sévère ont traité le Télémaque avec quelqae rigueur. lia ont blâmé les longueurs , les détails, les aventures trop peu liées , les descriptions trop répétées et trop uniformes de la vie champêtre; mais ce livre a toujours été regardé comme un des beaux monuments d*un siècle florissant.

On peut compter parmi les productions d'un genre unique les Caractères de La Bruyère. 11 n'y avait pas chez les anciens plus d'exemples d'un tel ouvrage que du Télémaque *. Un style rapide, concis, nerveux, des expressions pittoresques, un usage tout nouveau de la langue, mais qui n'en blesse pas les règles, frappèrent le public ; et les allusions qu'on y trouvait en foule achevèrent le succès. Quand La Bruyère montra son ouvrage manuscrit à M. de Malézieu, celui-ci lui dit : « Voilà de quoi vous attirer beaucoup de lecteurs et beaucoup d'ennemis. » Ce livre baissa dans l'esprit des hommes quand une génération entière, attaquée dans l'ouvrage, fut passée. Cependant, comme il y a des choses de tous les temps et de tous les lieux, il est à croire qu'il ne sera jamais oublié. Le Télémaque a fait quelques imitateurs, les Caractères de La Bruyère en ont produit davantage. Il est plus aisé de faire de courtes peintures des choses qui nous frappent que d'écrire un long ouvrage d'imagination qui plaise et qui instruise à la fois.

L'art délicat de répandre des grâces jusque sur la philosophie fut encore une chose nouvelle, dont le livre des Mondes^

gouTârnement, et tous les défauts qu'on peut avoir dans la puissance souveraine; mais je n^en ai marqué aucun avec une affectation qui tende à aucun portrait ni caractère. Plus on lira cet ouvrage, plus on verra que j'ai voulu tout.dire, sans peindre personne de suite. >« Il faut croire sans doute Féneloi) , mais il faut avouer que le roi pouvait 8*y tromper avec tant d'au* très. Nous n'avons pas à apprécier ici les principes politiques de Fauteur du Télémaque; mais Louis XI V n'avait pas tort peut-être, quand il disait de l'archevêque de Cambrai, au sortir d'un entretien qu'il avait eu avec lui : C'est le plut bel esprit et le plus chimérique de mon royaume. (Voy. plus loin le chap. xxxviii,page 522.)

1. Théophraste, philosophe de Lesbos et disciple d'Aristote, avait composé des Caractères auc La Bruyère atraduiis,et qu'il a imités ensuite. La Bruyère nous dit lui-même (Discours sur Théophrraste ) «qu'il s'est trouvé excité par nn si grand modèle à suivre, selon ses forces, une semblable manière d'écrire des mœurs.... En effet, les hommes n'ont pas diangé selun le cœur et selon les passions : ils sont encore tels qu'ils étaient alors et qu'ils sont marqués dans Théoohraste, vains, dissimules, flatteurs, intéresses, eflfroniés, Importuns, défiants, médisants, querelleurs, superstitieux. »

2. Ce livre est de Bernard Le Bovier de Fontenelle, né à Rouen en IG-IT, mort en 1757, âgé de cent ans moins un mois et deux jours. « Sa Pluralité ies mondes, dit ailleurs Voluire, fi't un ouvrage unique en son genre. » CVoy., dans la Liste des écrivains français, l'intéressant article consacré a la mémoire et aux ouvrages du neveu de Pierre Corneille )

fiit le premier exemple , mais exemple dangereux, paroe qxie la véritable parure de la philosophie est l'ordre, la clarté et surtout la vérité. Ce qui pourrait empocher cet ouvrage ingénieux d*être mis par la postérité au rang de nos livres classiques, c*est qu'il est fondé en oartie sur la chimère des tour^ billons de Descartes.

Il faut ajouter à ces nouveautés celles que produisit Bayle en donnant une espèce de dictionnaire de raisonnement. C'est le premier ouvrage de ce genre où i*on puisse apprendre à penser. II faut abandonner à la destinée des livres ordinaires les articles de ce recueil qui ne contiennent que de petits faits indignes à la fois de Bayle, d'un lecteur grave et de la postérité. Au reste, en plaçant ici Bayle parmi les auteurs qui ont honoré le siècle de Louis XIV, quoiqu'il fût réfugié en Hollande, je ne fais en cela que me conformer à l'arrêt du parlement de Toulouse, qui, en déclarant son testament valide en France malgré la rigueur des lois, dit expressément « qu'un tel homme ne peut être regardé comme un étranger. »

On ne s'appesantira point ici sur la foule des bons livres que ce siècle a fait naître ; on ne s'arrête qu'aux productions de génie singulières ou neuves qui le caractérisent, et qui le distinguent des autres siècles. L'éloquence de Bossuet et de Bourdaloue , par exemple , n'était et ne pouvait être celle de Cicéron : c'était un genre et un mérite tout nouveau. Si quelque chose approche de l'orateur romain, ce sont les trois mémoires que Pellisson composa pour Fouquet. Ils sont dans le même genre que plusieurs oraisons de Cicéron , un mélange d'affaires judiciaires et d'affaires d'État, traité solidement avec un art qui paraît peu, et orné d^une éloquence touchante.

Nous avons eu des historiens, mais point de Tite Live. Le style de la Conjuration de Venise est comparable à celui do Salluste. On voit que l'abbé de Saint-Réaî l'avait pris pour modèle, et peut-être l'a-t-ii surpassé. Tous les autres écrits dont on vient de parler semblent être d'une création nouvelle. C'est là surtout ce qui dislingue cet âge illustre; car, pour des savants et des commentateurs, le xvi* et le xvii* siècle en avaient beaucoup produit; mais le vrai génie en aucun genre n'était encore développé.

Qui croirait que tous ces bons ouvrages en prose n'auraient probablement jamais existé, s'ils n'avaient été précédés par la poésie? Cesl ixmrtant la destinée de l'esprit humain danfi

432 CHAPÏTRB XXXII.

toutes iea nations : les vers furent partout les premiers enfants lu génie, et les premiers maîtres d'éloquence.

Les peuples sont ce qu'est chaque homme en particulier. IPlaton et Cicéron commencèrent par faire des vers. On ne pouvait encore citer un passage noble et sublime de prose française, quand on savait par cœur le peu de belles stances que laissa Malherbe; et il y a grande apparence que, sans Pierre Corneille, le génie des prosateurs ne se serait pas développé.

Cet homme est d'autant plus admirable, qu'il n'était environné que de très-mauvais modèles quand il commença è donner des tragédies. Ce qui devait encore lui fermer le bon chemin, c'est que ces mauvais modèles étaient estimés; et, pour comble de découragement, ils étaient favorisés par le cardinal de Richelieu, le protecteur des gens de lettres et non pas du bon goût. Il récompensait de misérables écrivains qui d'ordinaire sont rampants; et, par une hauteur d'esprit si bien placée ailleurs, il voulait abaisser ceux en qui il sentait avec quelque dépit un vrai génie, qui rarement se plie à la dépendance. Il est bien rare qu'un homme puissant, quand il est luimême artiste, protège sincèrement les bons artistes.

Corneille eut à combattre son siècle, ses rivaux et le cardinal de Ridielieu. Je ne répéterai point ici ce qui a été écrit sur le Cid, Je remarquerai seulement que l'Académie , dans ses judicieuses décisions entre Corneille et Scudéri , eut trop do complaisance pour le cardinal de Richelieu , en condamnant l'amour de Chimène. Aimer le meurtrier de son père, et poursuivre la vengeance de ce meurtre, était une chose admirable. Vaincre son amour eût été un défaut capital dans l'art tragique, qui consiste principalement dans les combats du cœur; mais Fart était inconnu alors à tout le monde, hors à l'auteur *.

Le Cid ne fut pa3 le seul ouvrage de Corneille que le cardinal de Richelieu voulut rabaisser. L'abbé d'Aubignac* nous apprend que ce ministre désapprouva Polyeucte,

1. La Bruyère est moins sévère pour Tœuvre de Chapelain , rapporteur de rAcadémie aans cette grave aflTaire : « L« Ctdest Tau des plus beaux poèmes que l'on puisse faire; et Tune des meilleures critiques qui aient été faites sur aucun sujet est celle du Cid, » {Det outarages d9 l'esprit.)

2. « AuBiGNAC (François d') né en 1604. Il n'eut i&mais de maître que Iui« wème. Attaché au cardinal Richelieu, il était Pennemi de Corneille. S« Pratique du théâtre est peu Lue : il prouvt par sa tragédie de ZénoMê quf les connaissances ne donnent pas des talents. Mort «n i«7ft. » (Voltaire. IÀ$1» dt» icrirainê français.)

Le Cid^ après tout, était une imitation très-embellie de Guilhem de Castro, et en plusieurs endroits une traduction '• Cinnay qui le suivit, était unique. J'ai connu un ancien domestique de la maison de Gondé, qui disait que le grand Gondé, à l'âge de vingt ans, étant à la première représentation de de Cinna^ versa des larmes à ces paroles d'Auguste^:

Je suis maître de moi comme de Tunivers ; ^ Je le suis, je veux Tétre. 0 siècles \ 6 mémoire I Conservez à jamais ma dernière victoire. Je triomphe aujourd'hui du plus juste courroux De qui le souvenir puisse aller jusqu'à vous : Soyons amis, Cinna; c'est moi qui t'en convie.

C'étaient là des larmes de héros* Le grand Corneille faisant pleurer le grand Gondé d'admiration est une époque bien célèbre dans l'histoire de Fesprit humain.

La quantité de pièces indignes de lui qu'il fit plusieurs années après n'empêcha pas la nation de le regarder comme un grand homme, ainsi que les fautes considérables d'Homère n'ont jamais empêché qu'il ne fût sublime. C'est le privilège du vrai génie, et surtout du génie qui ouvre une carrière, de faire impunément de grandes fautes.

Corneille s'était formé tout seul; mais Louis XIV, Colbert, Sophocle et Euripide contribuèrent tous à former Racine. Une ode qu'il composa à Tâge de dix-huit ans ' pour le mariage du roi lui attira un présent qu'il n'attendait pas, et le détermina à la poésie. Sa réputation s'est accrue de jour en jour, et celle des ouvrages de Corneille a un peu diminué. La raison en est que Racine, dans tous ses ouvrages, depuis son Aleaxmdre^ est toujours élégant, toujours correct, toujours vrai, qu'il parle au cœur, et que l'autre manque trop souvent à tous ces devoirs. Racine passa de bien loin et les Grecs et Corneille aans l'intelligence des passions, et porta la douce harmonie de la poésie, ainsi que les grâces de la parole, au plus haut point où elles puissent parvenir. Ces hommes enseignèrent à la nation à penser, à sentir et à s'exprime^:. Leurs auditeurs, instruits par eux seuls, devinrent enfin des juges sévères pour ceux même qui les avaient éclairés.

1. € Il y avait deux tragédies espagnoles sur ce sujet : le Cid de Guilhem de Castro, et el Honrador de su padre de Jean-Baptiste Diamante. Corneille imita autant de scènes de Diamante que de Castro. » (Note de Voltaire.)

2. Racine, né «n i639, avait près de vingt et un ans, quand il composa cette ode, intitulée la Nymp/ie de la Seine,

Il y avait très -peu de personnes en France, du temps du cardinal de Richelieu, capables de discerner les défauts du Cid ; et en 1702, quand Athalie^ le chef-d'œuvre de la scène, fut représentée chez M»"* la duchesse de Bourgogne, les courtisans se crurent assez habiles pour la condamner. Le temps a vengé l'auteur; mais ce grand honune est mort sans jouir du succès de son plus admirable ouvrage. Un nombreux parti se piqua toujours de ne pas rendre justice à Racine. M"^* de Sévigné, la première personne de son siècle pour le style épist claire, et surtout pour conter des bagatelles avec grâce, croit toujours que Racine rCirapas Unn. Elle en jugeait comme du café, dont elle dit qu'on se désabusera bientôt*. Il faut du temps pour que les réputations mûrissent.

La singulière destinée de ce jsiècle rendit Molière contemporain de Corneille et de Racine. Il n*est pas vrai que Molière, quand il parut, eût trouvé le théâtre absolument dénué de bonnes comédies. Corneille lui-même avait donné le Menteur y pièce de caractère et d'intrigue, prise du théâtre espagnol, comme le Ci(jl ; et Molière n'avait encore fait paraître que deux de ses chefs-d'œuvre, lorsque le public avait /a Mère coquette de Quinault, pièce à la fois de caractère et d'intrigue, et môme modèle dUntrigue. Elle est de 166^ ; c'est la première comédie où l'on ait peint ceux que l'on a appelés depuis les marquis. La plupart des grands seigneurs de la cour de Louis XIV voulaient imiter cet air de grandeur, d'éclait et de dignité qu'avait leur maître. Ceux d'un ordre inférieur copiaient la hauteur des premiers; et il y en avait enfin, et même en grand nombre, qui poussaient cet air avantageux et cette envie dominante de se faire valoir, jusqu'au plus grand ridicule.

Ce défaut dura longtemps. Molière l'attaqua souvent et il contribua à défaire le public de ces importants subalternes,

I. Petit-èire M"* de Sévip^né a-t-elle laissé échapper ce* paroles dans quelque 8aloD de Paris, où la tradition les aura recueillies ; mais il cstcertain qu'un De les retrouve dans aucune de ses leitres. Du reste elle n'aimait pas . Uacine, etson admiraiion pour Corneille la rendait souvent injuste. Elle écrit quelque part à sa fille, à propOi> de Ba;aze<, 16 mars 1672 : « Il y a des choses agréables, mais rien de parfaitement beau, rien qui enlève, point de ces tirades de Corneille qui font frissonner. Ma Allé, gardons-nous bien de lui comparer Racine, sentons-en toujours la différence : les p ièces de ce dernier ont des endroits froids et faibles, et Jamais il n'ira plus }Q\n qu'ilndromoûue. Il fait des comédies pour la Champmèlé : ce n est pas pour les siècles avenir. » Mme de Sèvigne ne fait gr&oe qa'^ la comédie d^Etther, nous avons dit pourquoi. (Voy. la note 3 de la page 3S8.)

ainsi que de l'affectation des précieuses , du pédantisme deâ femmes savantes^ de la robe et du latin des médecins. Molière fut, si on ose le dire, un législateur des bienséances du monde. Je ne parle ici que de ce service rendu à son siècle : on sait assez ses autres mérites.

Cétait un temps digne de l'attention des temps à venir que celai où les héros de Corneille et de Racine , les personnages de Molière , les symphonies de Lulli , toutes nouvelles pour )a nation, et, puisqu'il ne s'agit ici que des arts, les voix des Bossuet et des Bourdaloue, se faisaient entendre à Louis XIV, à Madame si célèbre par son goût , à un Condé , à un turenne, à un Colbert, et à cette foule d'hommes supérieurs qui parurent en tout genre. Ce temps ne se retrouvera plus, où un duc de La Rochefoucauld , l'auteur des Maximes , au sortir de la conversation d'un Pascal et d'un Âruauld , allait au théâtre de Corneille.

Despréaux s'élevait au niveau de tant de grands hommes, lion point par ses premières satires , car les regards de la postérité ne s'arrêteront point sur les embarras de Paris et sur les noms des Cassaigne et des Cotin ; mais il instruisait cette postérité par ses belles épltres, et surtout par son Art poétique, où Corneille eût trouvé beaucoup à apprendre.

La Fontaine, bien moins châtié dans son style, bien moins correct dans son langage , mais unique dans sa naïveté et dans les grâces qui lui sont propres, se mit , par les choses les plu6 simples, presque à côté de ces hommes sublimes '.

Quinault, dans un genre tout nouveau et d'autant plus difficile qu'il paraît plus aisé, fut digne d'être placé avec tous ces illustres contemporains. On sait avec quelle injustice Boileau voulut le décrier. Il manquait à Boileau d'avoir sacrifié aux grâces : il chercha en vain toute sa vie à humilier un homme qui n'était connu que par elles. Le véritable éloge d^un poëte, c'est qu'on retienne ses vers. On sait par cœur des scènes entières de Quinault ; c'est un avantage qu'aucun opéra d'Italie ne pourrait obtenir. La musique française est demeurée dans une simplicité qui n'est plus du goût d'aucune na-

1. « Plus égal qae Marot et plus poète que Voiture, il a le jeu, le tour et la riWeté de tous lés deux ; il instruit en badinant, persuade aux hommea la rertu parTorganedes bdies, élève les petits sujets jusqu'au aoblime ; homme ■nique dans son genre d'écrire, toujours original, soit qu'il invente, soit qu'il tra'luise, qui a été an detà de ses modèles, modèle lui>n^âme diffîcilc imiter. » {La. Brufèrc, Discours à l'Académie française.)

^36 CnAflTRB xxxu.

tion ; mais la simple et belle nature , qui se montre souvent dans Quinault avec tant de charmes , platt encore dans toute l'Europe à ceux qui possèdent notre langue » et qui ont le goût cultivé. Si Ton trouvait dans Tantiquité un poëme comme Armide ou comme AiySy avec quelle idolâtrie il serait reçu 1 Mais Quinault était moderne.

Tous ces grands hommes furent connus et protégés de Louis XIV, excepté La Fontaine. Son extrême simplicité, poussée jusqu'à l'oubli de soi-même, Técartait d'une cour qu'il ne cherchait pas; mais le duc de Bourgogne l'accueillît, et il reçut dans sa vieillesse quelques bienfaits de ce prince. Il était, malgré son génie, presque aussi simple que les héros de ses fables. Un prêtre de l'Oratoire , nommé Pouget, se fit un grand mérite d'avoir traité cet homme , de mœurs si innocentes, comme s'il eût parlé à la Brinvilliers et à la Voisin. Ses contes ne sont que ceux du Pogge, do l'Arioste et de la reine de Navarre. Si la volupté est dangereuse, cène sont pas des plaisanteries qui inspirent cette volupté. On pourrait appliquer à La Fontaine son admirable fable des Animaux malades de la peste, qui s'accusent de leure fiiutes : on y pardonne tout aux lions , aux loups et aux ours; et un animal innocent est dévoué pour avoir mangé un peu d'herbe.

Dans l'école de ces génies , qui seront les délices et l'insUnction des siècles à venir, il se forma une foule d'esprits agréables, dont on a une infinité de petits ouvrages délicats qui font l'amusement des honnêtes gens, ainsi que nous avons eu beaucoup de peintres gracieux qu'on ne met pas à côté des Poussin , des Lesueur , des Lebrun , des Lemoine et des Vanloo.

Cependant , vers la fin du règne de Louis XIV , deux hommes percèrent la foule des génies médiocres , et eurent beaucoup de réputation. L'un était La Motte Uoudart, homîne d'un esprit plus sage et plus étendu que sublime, écrivain^élicat et méthodique en prose , mais manquant souvent de feu et d'élégance dans sa poésie , et même de cette exactitude qu'il n'est permis de négliger qu'en faveur du sublime. Il donna d'abord de belles stances plutôt que de belles odes. Son talent déclina bientôt après; mais beaucoup de beaux morceaux qui nous restent de lui en plus d'un genre empêcheront toujours qu'on ne le njQlte au rang dos auteurs méprisables. IJ

DES BEAtJX-ARTS EN FRA^'CE. 437

prouva que, dans Tart d'écrire, on peut être encore quelque chose au second rang *.

L'autre était Rousseau , qui , avec moins d*èsprit , moins de 6iiesse et de facilité que La Motte , eut beaucoup plus de ta lent pour Fart des vers. Il ne fit des odes qu'après La Motte ; mais il les fit plus belles , plus variées, plus remplies d'images. Il égala dans ses psaumes l'onction et rhannonie qu'on remarque dans les cantiques de Racine. Ses épigrammes sont mieux travaillées que celles de Marot. Il réussit bien moins dans les opéras, qui demandent de la sensibilité, dans les comédies, qui veulent de la gaieté, et dans les épttres morales, qui veulent de la vérité : tout cela lui manquait. Ainsi il échoua dans ces genres , qui lui étaient étrangers.

Il aurait corrompu la langue française, si le style marotiquo qu'il employa dans des ouvrages sérieux avait été imité. Mais heureusement ce mélange de la pureté de notre langue avec la difformité de celle qu'on parlait il y a deux cents ans n'a été qu'une mode passagère. Quelques-unes de ses épitres sont des imitations un peu forcées de Despréaux, et ne sont pas fondées sur des idées aussi claires, et sur des vérités reconnues : le vrai seul est aimable.

Il dégénéra beaucoup dans les pays étrangers,, soit que l'âge et les malheurs eussent affaibli son génie, soit que, son principal mérite consistant dans le choix des mots et dans les tours heureux, mérite plus nécessaire et plus rare qu'on ne pensé, il ne fût plus à portée des mêmes secours. Il pouvait, loin de sa patrie, compter parmi ses majheurs celui de n'avoir plus de critiques sévères.

Ses longues infortunes eurent leur source dans un amourpropre indomptable , et trop mêlé de jalousie et d'animosité. Son exemple doit être une leçon frappante pour tout homme à talents; mais on ne le considère ici que comme un écrivain qui n'a pas peu contribué à l'honneur des lettres *.

1, C'est une réponse à ces vers de Boileaa (Art poétique, chant IV)} Il Mt dans tout autre art^des degrés difEérents; Où i>evn avec honneur remplir les seconds rangs : Atais dans l'art dangereux de rimer et d'écrire, 11 n'est point de degré du médiocre an pire, a On voit oofflbien Voltaire a voulu rester impartial dans le Sitcle de Lùuis XIV : Û sait rendre justice même à ses ennemis. On connaît se^ longues discutions avec Rousseau et l*antmosité violente dont ils se (Mor-. suivirent Tun l'antre. U y a dans sa correspondance quelques paroW que nous vondriobs pouvoir effacer : a Je hais Rousseau, mais qui r.8 siitpas

II ne s*éleva guère de grands génies depuis les beaux jours de ees artistes illustres ; et, à peu près vers le temps de la mort . de Louis XIV, la nature sembla se reposer.

La route était difficile au commencement du siècle, parce que personne n*y avait marché; elle Test aujourd'hui, parce qu'elle a été battue. Les grands hommes du siècle passé ont enseigné à penser et à parler; ils ont dit ce qu'on ne savait pas.* Ceux qui leur succèdent ne peuvent guère dire que ce qu'on sait. Enfin une espèce de dégoût est venue de la multitude des chefs-d'œuvre.

Le siècle de Louis XIV a donc en tout la destinée des siècles de Léon X, d'Auguste, d'Alexandre. Les terres qui firent naître dans ces temps illustres tant de fruits du génie avaient été longtemps préparées auparavant. On a cherché en vain dans les causes morales et dans les causes physiques la raison de cette tardive fécondité, suivie d'une longue stérilité. La véritable raison est que, chez les peuples qui cultivent les beauxarts, il faut beaucoup d'années pour épurer la langue et le goût. Quand les p-omiers pas sont faits, alors les génies se développent; l'émulation, la faveur publique prodiguée à ces nouveaux efforts, excitent tous les talents. Chique artiste saisit en son genre les beautés naturelles que ce gvmre comporte. Quiconque approfondit la théorie des arts purement de génie doit, s'il a quelque génie lui-même, savoir que ces premières beautés, ces grands traits naturels qui appartiennent à ces arts, et qui conviennent à la nation pour laquelle on travaille, sont en petit nombre. Les sujets et les e^nbellissements propres aux sujets ont des bornes bien plus resserrées qu'on ne pense. L'abbé Dubos, homme d'un très-grand sens, qui écrivait son traité sur la poésie et sur la peinture vers l'an 4719, trouva que dans toute 2'histoire de France il n'y avait de vrai sujet de poëme épique que la destruction de la Ligue par Henri le Grand. Il devait ajouter que les embellissements de l'épopée, convenables aux Grecs, aux Romains, aux Italiens du xv« et

Itaîr ne sait pas aimer. » (14 août, 1733.) Ct afnectrs : « C'est nu homme ({ne je méprise infiniment comme homme, et que je nVi iarnaVs beaucoup estimé comme poète. » (18 février 1737.) Cependant, quand il apprend la mort de Rousseau, il en parle avec plus d'estime: « Il semblait que la destinée, en me '\onduisant à la ville (Rruxelles) od l'illustre et malheureux Uoussean • fini -«eH jours, me ménageait une réconciliation avec lui. L'amour de la paix Vet emporté sur tous les sujets d'aigreur qu'on avait semés entre nous. Ses talents, ses malheurs ont banni de mon cœur tout ressentiment.» roctobre 1*41.) Voltaire a tenu parole dans le Siècle de Louis XIV ^

du XVI» siècle, étant proscrits parmi îes Français, les dieux do la fable, les oraolesy les héros invulnérables, les monstres, les sortilèges, les métamorphoses, les aventures romanesques n'étant plus de saison, les beautés propres au poëme épique sont renfermées dans un cercle très-étroit. Si donc il se trouve jamais quelque artiste qui s'empare des seuls ornements convenables au temps, au sujet, à ta nation, et qui exécute ce qu'on a tenté, ceux qui viendront après lui trouveront la carrière remplie.

Il en est de même dans Tart do la tragédie. Il ne faut pas croire que les grandes passions tragiques et les grands senti<ments puissent se varier à l'infini d'une manière neuve et frappante. Tout a ses bornes.

La haute comédie a les siennes. Il n'y a dans la nature humaine qu'une douzain^, tout au plus, de caractères vraiment comiques et marqués de grands traits. L'abbé Dubos, faute de génie, croit que les hommes de génie peuvent encore trouver une foule de nouveaux caractères; mais il faudrait que la na* ture en flt. Il s'imagine que ces petites diflérences qui sont dans les caractères des hommes peuvent être maniées aussi heureusement que les grands sujets. Les nuances, à la vérité, sont innombrables, mais les couleurs éclatantes sont en petit nombre ; et ce sont ces couleurs primitives qu'un grand artiste ne manque pas d'employer.

L'éloquence de la chaire, et surtout celle des oraisons funèbres, sont dans ce cas. Les vérités morales une fois annoncées avec éloquence, les tableaux des misères et des faiblesses humaines, des vanités de la grandeur, des ravages de la mort^ étant faits par des mains habiles, tout cela devient lieu commun. On est réduit ou à imiter ou à s'égarer. Un nombre suffisant de fables étant composé par un La Fontaine, tout ce qu'on y ajoute rentre dans la même morale , et presque dans les mêmes aventures. Ainsi donc le génie n'a qu'un siècle, après quoi il faut qu'il dégénère ».

Les genres dont les sujets se renouvellent sans cesse, comme l'histoire, les observations physiques, et qui ne demandent que du travail , du jugement et un esprit commun, peuvent

1. DnM\ti Liste det écrivains français^ kla fln du chapitre, Voltaire dit âTec plas de rainon : « Il sera difllcile désormais qu'il s'élève des génies ■ooTeanx, à moins que d'autres mœura, une aaire sorte de genyernement ne donnent on tour nouveau aux esprits. » Avec cotte restriction judicieuse, la pensée de l'auteur nous semble à l'abri de la critiane.

440 CBAP. XXXII. DES BEAUX-AUTa EN FRANCE.

plus aisément se souteuir; et les arts de la main, comme la peinture, la sculpture, peuvent ne pas dégénérer, quand ceux qui gouvernent ont, à l'exemple de Louis XIV, Pattention de n'employer que les meilleurs artistes. Car on peut, ec peinture en en sculpture, traiter cent fois les mêmes sujets : on peint encore la Sainte Famille, quoique Raphaël ait déployé dans ce sujet toute la supériorité de son art; mais on ne serait pas reçu à traiter Cinna, Àndromaque^ VArt poétique, le Tartufe.

Il faut encore observer que, le siècle passé ayant instruit le siècle présent, il est devenu si facile d'écrire des choses médiocres, qu'on a été inondé de livres frivoles, et, ce qui est encore pis, de livres sérieux inutiles; mais parmi cette multitude de médiocres écrits, mal devenu nécessaire dans une ville immense, opulente et oisive, où une partie des citoyens s'occupe sans cesse à amuser l'autre, il se trouve dé temps en temps d'excellents ouvrages, ou d'histoire, ou de réflexions, ou de cette littérature légère qui délasse toutes

jsortes d'esprits.

^ La nation française est de toutes les nations celle qui a produit le plus de ces ouvrages. Sa langue est devenue la langue de l'Europe : tout y a contribué : les grands auteurs du siècle de Louis XIY, ceux qui les ont suivis; les pasteurs calvinistes réfugiés, qui ont porté l'éloquence, la méthode dans les pays étrangers; un Bayle surtout, qui, écrivant en Hollande, s'est fait lire de toutes les nations; un Rapîn de Thoyras, qui a donné en français la seule bonne histoire d'Angleterre; un Saint-Évremond, dont toute la cour de Londres recherchait le .commerce ; la duchesse de Mazarin, à qui l'on ambitionnait de plaire ; M™* d'Olbreuse, devenue duchesse de Zell, qui porta en Allemagne toutes les grâces de sa patrie. L'esprit de société est le partage naturel des Français : c'est un mérite et un plaisir dont les autres peuples ont senti le besoin. La langue française est de toutes les langues celle qui exprime avec le plus de facilité, de netteté et de délicatesse tous les objets de la conversation des honnêtes gens; et par là elle contribue, dans toute l'Europe, à un des plus grands agréments de la vie.

CBAP. XXXlIt. SUITB DES ARTS EN FRANCE 441

CHiPlTRE XXXIII'.

Saite des arts.

A l'égard des arts qui no dépendent pas uniquement de l'esprit, comme la musique, la peinture, la sculpture, Parchitecture, ils n'avaient fait que de faibles progrès en France avant le temps qu'on nomme le siècle de Louis XIV. La musique était au berceau : quelques chansons languissantes , quelques airs de violon, de guitare et de téorbo, la plupart même composés en Espagne, étaient tout ce qu'on connaissait. LuUi étonna par son goût et par sa science. Il fut le premier en France qui fît des basses , des milieux et des fugues. On avait d'abord quelque peine à exécuter ses compositions, qui paraissent aujourd'hui si simples et si aisées. 11 y a de nos jours mille personnes qui savent la musique, pour une qui la savait du temps de Louis XIII ; et l'art s'est perfectionné dans cette progression. Il n'y a point de grande ville qui n'ait des concerts publics ; et Paris même alors n'en avait pas : vingtquatre violons du roi étaient- toute la musique de la France.

Les connaissances qui appartiennent à la musique et aux arts qui en dépendent ont fait tant de progrès que, sur la fin du règne de Louis XIV, on a inventé l'art de noter la danse , de sorte qu'aujourd'hui il est vrai de dire qu'on danse à livre ouvert.

Nous avions eu de très-grands architectes du temps de la régence de Marie de Médicis. Elle fît élever le palais du Luxembourg dans le goût toscan, pour honorer sa patrie et pour embellir la nôtre. Le même de Brosse, dont nous avons le portail de Saint-Gervais, bâtit le palais de cette reine, qui n'en jouit jamais. 11 s'en fallut beaucoup que le cardinal de Richelieu, avec autant de grandeur dans l'esprit, eût autant de goût qu'elle. Le Palais-Cardinal, qui est aujourd'hui le Palais- Royal, en est la preuve. Nous conçûmes les plus grandes espérances quand nous vîmes élever cette belle façade du Lou-

I. Ce chapitre n'est qu'un résumé rapide et à peine complet d'une notice plus considérable que Voltaire avait consacrée, dans son Catalogue y aux artistes célèbres du siècle de Louis XIV. Nous regrettons de ne pouvoir la reprodiire en entier. Aujourd'hui que les œuvres de la plupart de ces artiste» ont été réunies par one main royale dans le nouveau Mus k) de Versailles, il n*est plus permis d'ignorer leur nom.

442 CHAPiTHR XXXIÏI.

vre qui fait tant dfeîrer Tachèvement de ce palais. Beaucoup de citoyens ont construit des édifices magnifiques , mais plus recherchés pour l'intérieur que recommandables par des dehors dans le grand goût, et qui satisfont le luxe des particuliers encore plus qu'ils n'embellissent la ville.

Colbert, le Mécène de tous les arts, forma une académie d'architecture en 4671. C'est peud*avoir des Vitruves, îl faut que les Augustes les emploient.

Il faut aussi que les magistrats municipaux soient animés par le zèle et éclairés par le goût. S'il y avait eu deux ou trois prévôts des marchands comme le président Turgot\ on ne re* prêcherait pas à la ville de Paris cet Hôtel de ville mal construit et mal situé, cette place si petite et si irrégulîère, qui n'est célèbre que par des gibets et de petits feux de joie, ces rues étroites dans les quartiers les plus fréquentés, et enfin un reste de barbarie au milieu de la grandeur et dans le sein de tous les arts.

La peinture commença sous Louis XIII avec le Poussin. Il ne faut point compter les peintres médiocres qui l'ont précédé. Nous avons eu toujours depuis lui de grands peintres ; non pas dans cette profusion qui fait une des richesses de l'Italie : mais, sans nous arrêter à un Lesueur, qui n'eut d'autre maître que lui-même , à un Lebrun, qui égala les Italiens dans le dessin et dans la composition, nous avons eu plus do trente peintres qui ont laissé des morceaux très-dignes de recherche. Les étrangers commencent à nous les enlever. J'ai vu chez un grand roi* des galeries et des appartements qui ne sont ornés que de nos tableaux, dont peut-être nous ne voulions pas connaître assez le mérite. J'ai vu en France refuser douze mille livres d'un tableau de Santerre. Il n'y a guère dans l'Europe de plus vaste Ouvrage de peinture que le plafond de Lemoine à Versailles, et je ne sais s'il y en a do plus beaux. Nous avons eu depuis Yanloo, qui, chez les étran* gers mêmes, passait pour le premier de son temps.

Non-seulement Colbert donna à l'académie de peinture la forme qu'elle a aujourd'hui, mais en 4 667 il engagea Louis XIV à en établir une à Rome. On acheta dans cette métropole un palais, où loge le directeur. On y envoie les élèves qui ont

1. M!ctel-Ëtienne Turgot, prévôt des marchands sous Louis XIV, esi le père d'j célèbre Turgot, ministre de Louis XVL

2. Frédéric II, roi de Prusse, dont Voltaire était l'hôte et le commensaJ, au moment même où il con' posait le Siècle de LouitXlV

ren porté des prix à Tacadémie de Paris. Ils y sont conduits el entretenus aux frais du roi : ils y dessinent les antiques; ils étAidient Raphaël ctMichel-Ânge. C'est un noble hommage que rendit à Rome ancienne et nouvelle le. désir de Timiler, et on ii*a pas même cessé de rendre cet hommage depuis que les immenses collections de tableaux d'Italie, amassées par le roi et par le duc d'Orléans, et les chefs-d'œuvre de sculpture que la France a produits, nous ont mis en état de ne point chercher ailleurs des maîtres.

C'est principalement dans la sculpturo que nous avons excellé, et dans l'art de jeter en fonte d'un seul jet des figures équestres colossales.

Si Ton trouvait un jour, sous des ruines, des morceaux teia que les bains d'Apollon, exposés aux injures de l'air dans les bosquets de Versailles; le tombeau du cardinal de Richelieu, trop peu montré au public, dans la chapelle de Sorbonne * ; la statue équestre de Louis XIV, faite à Paris pour décorer Bordeaux ; le Mercure dont Louis XV a fait présent au roi de Prusse, et tant d'autres ouvrages égaux à ceux que je cite ; il est à croire que ces productions de nos jours seraient mises à côté de la plus belle antiquité grecque.

Nous avons égalé les anciens dans les médailles. Warîn fut le premier qui tira cet art de la médiocrité sur la fin du règne de Louis XllI. C'est maintenant une chose admirable que ces poinçons et' ces carrés qu'on voit rangés par ordre historique dans l'endroit de la galerie du Louvre occupé par les artistes*. Il y en a pour deux millions, et la plupart çont des chefs-d'œuvre.

On n'a pas moins réussi dans l'art de graver les pierres précieuses. Celui de multiplier les tableaux, de les éterniser par le moyen des planches en cuivre, de transmettre facilement à la postérité toutes les représentations de la nature et de l'art, était encore très-informe en France avant ce siècle. C'est un des arts les plus agréables et les plus utiles. On le doit aux Florentins, qui l'inventèrent vers le milieu du xv» siècle; et il a été poussé plus loin en France que dans le lieu même de sa naissance, parce qu'on y a fait un plus grand nombre d'ouvra* ges en ce genre. Les recueils des estampes du roi ont été sou*

f . Le tombeau da cardinal de Richelieu et les bains d'ApoUon sont l'œuvre 4e Girardon, né en 1630 et mort, dit-on le même jour aue l^uis XIV. 2. Ces poinçons et ces carres sont atiJourd'hui à la Monnaie,

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