Malheureuiemtnt pour Lonii XTV
2. Alei ou Alcih ( et non pas Alais ) est une petite ville du Languedoc jprès de Ltmoux, auioui'd'htti dans le dépariemer.i de l'Aude. L'évéché d Alelh em un de ceux quf ont été supprimés par le concordat de 1801.
3. Les pourvus en régatt , c'esl^-dire ceux qui éuient pourvus de béné- 4re$ an vertu de la réffale.
chevèque de Toulouse , à qui cette affaire ressortit de droit , donne en vain des sentences contre ces prétendus grands vicaires : ils en ap^pellent à Borne, selon l'usage de portera la cour de Borne les causes ecclésiastiques jugées par lés archevêques de France; usage qui contredit les libertés gallicanes : mais tous les gouvernements des hommes sont des contradictions. Le parlement donne des arrêts. Un moine, nommé Cerle, qui était l'un de ces grands vicaires, casse et les sentences du métropolitain et les arrêts du parlement. Ce tribunal le condamne par contumace à perdre la tête et à être traîné sur la claie. On Texécute en effigie. Il insulte du fond de sa retraite à Tarchevèque et au roi, et le pape le.soutient. Ce'pontife fait plus : persuadé , comme l'évêque de Pamiers , que le droit de régale est un abus dans TÉglise, et que le roi n'a aucun droit dans Pamiers, il casse les ordonnances de Tarchevéque de Toulouse; il excommunie les nouveaux grands vicaires que ce prélat a nommés , et les pourvus en régale et leurs fauteurs.
Le roi convoque une assemblée du clergé, composée du trente-cinq évêques et d'autant de députés du second ordre. Les jansénistes prenaient pour la première fois le parti du pape ; et ce pape , ennemi du roi, les favorisait sans les aimer. Il se 6t toujours un honneur de résister à ce monarque dans toutes les occasions ; et depuis même, en 4689, il s'unit avec les alliés contre le roi Jacques, parce que Louis XIV protégeait ce prince : de sorte qu'alors on dit que, pour mettre fin aux troubles de l'Europe et de l'Église, il fallait que le roi Jacques se fît huguenot* et le pape catholique.
Cependant l'assemblée du clergé de 4681 et 4682, d'une voix unanime, se déclare pour le roi. Il s'agissait encore d'une autre petite querelle devenue importante : l'élection d'un prieuré dans un faubourg de Paris commettait ensemble le roi et le pape. Le pontife romain avait cassé une ordonnance de l'archevêque de Paris et annulé sa nomination à ce prieuré. Le parlement avait jugé la procédure de Bome abusive. Le pape avait ordonné par une bulle que l'inquisition fit brûler l'arrêt du parlement, et le parlement avait ordonné la suppression de la bulle. Ces combats sont depuis longtemps les effets ordinaires et inévitables de cet ancien mélange de la liberté natu-
1. Il fallait que le roi Jacques se fit huguenot , etc. La Fontaine , dans une lettre au duc de Vendôme ( septembre 1689) , attribue ce bon mot an chevalier depuis marquis de Slllery.
AFFAlAfi D£ LA RAGALS. 461
relie de se gouverner soi-même dans son pays et de la sonmisuon à une puissance étrangère.
L'assemblée du clergé prit un parti qui montre que des hommes sages peuvent céder avec dignité à leur souverain, sans Fintervention d'un autre pouvoir. Elle consentit à Textension du droit de régale à tout le royaume; mais ce fut autant une concession de la part du clergé, qui se relâchait de ses prétentions par reconnaissance pour son protecteur, qu'un aveu formel du droit absolu de la couronne.
L'assemblée se justi6a auprès du pape par une lettre dans laquelle on trouve un passage qui seul devrait servir do règle éternelle dans toutes les disputes : c'est ce qu'il vaut mieux «acrifier quelque chose de ses droits que de troubler la paix. » Le roi, TËglise gallicane , les parlements furent contents. Les jansénistes écrivirent quelques libelles. Le pape fut inflexible : il cassa par un bref toutes les résolutions de l'assemblée, et manda aux évéques de se rétracter. II y avait là de quoi séparer à jamais l'Église de France de celle de Rome. On avait parlé , sous le cardinal de Richelieu et sous Mazarin , de faire un patriarche. Le vœu de tous les magistrats était qu'on ne payât plus à Rome le tribut des annates ; que Rome ne nommât plus, pendant six mois de l'année, aux bénéGces de Bretagne; que les évéques de France ne s'appelassent plus évèques par la permission du saint-siége. Si le roi l'avait voulu, il n'avait qu'à dire un mot : il était maître de l'assemblée du clergé, et il avait pour lui la nation. Rome eût tout perdu par l'inflexibilité d'un pontife vertueux, qui, seul de tous les papes de ce siècle, ne savait pas s'accommoder aux temps ; mais il y a d'anciennes bornes qu'on ne remue pas sans de violentes secousses. 11 fallait déplus grands intérêts, de plus grandes passions et plus d'effervescence dans les esprits, pour rompre tout d'un coup avec Rome ; et il était bien difQcile de faire cette scission , tandis qu'on voulait extirper le calvinisme. On crut même faire un coup hardi lorsqu'on publia les quatre fameuses décisions de la même assemblée du clergé, en 46SS, dont voici la substance :
4. Dieu n'a donné à Pierre et à ses successeurs aucune puissance ni directe ni indirecte sur les choses temporelles.
2. L'Église gallicane approuve le concile de . Constance , qui déclare les conciles généraux supérieurs au pape dans le spirituel.
i^ CHAPITRS XXXT.
3. Losrègles, les usages, les pratiques reçoes'dansle royaume et dans i Église gallicane doivent demeurer inébranlables.
4. Les décisions du pape, en matière de foi, ne sont sûres qu'après que l'Église les a acceptées.
Tous les tribunaux et toules les facultés de théologie enregistrèrent ces quatre propositions dans toute leur étendue; el il fut défendu par un édit de rien enseigner jamais de codtraire. Cette fermeté fut regardée à Rome comme un attentat de rebelles, et par tous les protestants de TEarope comme un faible effort d'une Église née libre, qui ne rompait que quatre chaînons de ses fers.
Ces quatre maximes furent d*abord soutenues avec enthousiasme dans la nation , ensuite avec moins de vivacité. Sur la fin du r^e de Louis XIV , elles commencèrent à devenir problématiques; et le cardinal de Fleury les fit depuis désavouer en partie par une assemblée du clei^é, sans que ce désaveu causât le moindre bruit, parce que les esprits n'étaient pas alors échauffés, et que dans le ministère du cardinal do Fleury rien n'eut de Téciat. £lles ont repris enfin une grande vigueur.
Cependant Innocent XI s'aigrit plus que jamais : il refusa des bulles à tous les évoques et à tous les abbés commenda> taires que le roi nomma ; de sorte qu'à la mort de ce pape, en 4689, il y avait vingt-neuf diocèses en France dépourvus d'évèques. Ces prélats n'en touchaient pas moins leurs revenus; mais ils n'osaient se faire sacrer ni faire les fonctions épiscopales. L'idée de créer un patriarche se renouvela. La querelle des franchises des ambassadeurs à Rome, qui acheva d'envenimer les plaies, fit penser qu'enfin le temps était venu d'établir en France une Église catholique-afiostoliquê qui ne serait point romaine. Le procureur général de Harlay et l'avocat général Talon le firent assez entendre quand ils appelèrent comme d'abus, en 4687, de la bulle contre les franchises* , et qu'ils éclatèrent contre l'opiniâtreté du pape, qui laissait tant d'églises sans pasteurs; mais jamais le roi ne voulut consentir à cette démarche, qui était plus aisée qu'elle ne paraissait hardie.
La cause d'Innocent XI devint cependant la cause du saintsiége. Les quatre propositions du clergé do France attaquaient