‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 153 sur 168 · DU CALVINISME SOUS LOUIS XIY. A · texte numérisé non relu

DU CALVINISME SOUS LOUIS XIY. A

dance, les adoptèrent, les mitigèrent, et en composèrent une religion pour eux seuls. Le presbytérianisme établit en Ecosse dans les temps malheureux, une espèce de république dont le pédantisme et la dureté étaient beaucoup plus intolérable que la rigueur du climat , et même que la tyrannie des évoques qui avait excité tant de plaintes. Il n'a cessé d*ètre dangereux en Ecosse que quand la raison, les lois et la force Tont réprimé. La réforme pénétra en Pologne, et y fit beaucoup de progrès dans les seules villes où le peuple n'est point esclave. La plus grande et la plus riche partie de la république helvétique n'eut pas de peine à la recevoir. Elle fut sur le point d'être établie à Venise par la même raison ; et elle y eût pris racine, si Venise n'eût pas été voisine de Rome, et peut-être si le gouvernement n*eût pas craint la démocratie, à laquelle le peuple aspire naturellement dans toute république, et qui était alors le grand but de la plupart des prédicants. Les Hollandais ne prirent cette religion que quand ils secouèrent le joug de l'Espagne. Genève devint un État entièrement républicain en devenant calviniste.

Toute la maison d'Autriche écarta ces religions de ses États autant qu'il lui fut possible. Elles n'approchèrent presque point de l'Espagne. Elles ont été extirpées par le fer et par le feu dans les États du duc de Savoie ^ qui ont Aé leur berceau. Les habitants des vallées piémontaises ont éprouvé en 4655 ce que les peuples de Mérindol et de Cabrières éprouvèrent en France sous François I*'. Le duc de Savoie absolu a exterminé chez lui la secte des qu'elle lui a paru dangereuse : il n'en reste que quelques faibles rejetons ignorés dans les rochers qui les renferment. On ne vit point les luthériens et les calvinistes causer de grands troubles en France sous le gouvernement ferme de François I" et de Henri H; mais, dès que le gouvernement fut faible et partagé, les querelles de religion furent violentes. Les Condé et les Coligny, devenus calvinisleg parce que les Guise étaient catholiques, bouleversèrent l'État à lenvi. La légèreté et l'impétuosité de là nation, la fureur de la nouveauté et l'enthousiasme firent, pendant quarante ans, du peuple le plus poli un peuple de barbares.

I. Il faut dire qn'uo cardinal do l'Église i^maine montra alors plus de tolérance que le dac de Savoie. Mazarin qui gouvernait la France, écrivit à' Cliarlea-Emmaonel pour blâmer ces exécutions odieuses ; et son ambassadeur,, 4bel Senrien, obtint quelques adoucissements au sort «les Vaudois. (Voy- Sis-" roondi.année 16S5.)

Henri IV, né dans cette secte qu'il aimait sans être entêté d'aucune, ne put, malgré ses victoires et ses vertus, régner sans abandonner le calvinisme : devenu catholique, il ne fut pas assez ingrat pour vouloir détruire un parti si longtemps ennemi des rois, mais auquel il devait en partie sa couronne , et, s'il avait voulu détruire cette faction, il ne l'aïu'aît pas pu. Il la chérit, la protégea et la réprima.

I..es huguenots en France faisaient alors à peu près la douzième partie de la nation. Il y avait parmi eux des seigneurs puissants : des villes entières étaient protestantes. Ils avaient fait la guerre aux rois; on avait été contraint de leur donner des places de sûreté ; Henri lU leur en avait accordé quatorze dans le seul Dauphiné; Moutauban, Nîmes, dans le Languedoc; Saumur, et surtout la Rochelle, qui faisait une république à part, et que le commerce et la faveur de l'Angleterre pouvaient rendre puissante. Enfin Henri lY sembla satisfaire son goût , sa politique et même son devoir, en accordant au parti le célèbre édit de Nantes, en 1598. Cet édit n'était au fond que la confirmation des privilèges que les protestants de France avaient obtenus des rois précédents les armes à la main , et que Henri le Grand, affermi sur le trône, leur laissa par bonne volonté.

Par cet édit de Nantes, que le nom de Henri IV rendit plus célèbre que tous les autres, tout seigneur de fief haut justicier pouvait avoir dans son château plein exercice de la religion prétendue réformée; tout seigneur sans haute justice pouvait admettre trente personnes à son prêche. L'entier exercice de cette religion était autorisé dans tous les lieux qui ressortissalent immédiatement à un parlement.

Les calvinistes pouvaient faire imprimer, sans s'adresseï aux supérieurs, tous leurs livres, dans les villes où leur religion était permise.

Ils étaient déclarés capables de toutes les chairs et dignités de l'État: et il y parut bien en effet, puisque le roi fit ducs et pairs les seigneurs de La Trimouille et de Rosny.

On créa une chambre exprès au parlement de Paris, composée d*un président et de seize conseillers, laquelle jugea tous les procès des réformés, non-seulement dans le district im> mense du ressort de Paris, mais dans celui de Normandie et de Bretagne. Elle fut nommée la chambre de Védit, Il n'y eut jamais, à la vérité, au'un seul calviniste admis de droit parmi

ou CALVINISME SOUS LOUIS XIV. 469

io6 conseillers de cette juridiction. Cependant^ comme elle était destinée à empêcher les vexations dont le parti se plaignait, et que les hommes se piquent toujours de remplir un devoir qui les distingue, cette chambre , composée de catho* liqucs, rendit toujours aux huguenots, de leur aveu même, la justice la plus impartiale.

Ils avaient une espèce de petit parlement à Castres, iudé» pendant de celui de Toulouse. Il y eut à Grehoble et à Bor deaux des chambres mi-partie catholiques et calvinistes. Leurs Églises s'assemblaient en synodes, comme TÉgliso gallicane. Ces privilœ;es et beaucoup d'autres incorporèrent ainsi les calvinistes au reste de la nation. C'était à la vérité attacher des ennemis ensemble; mais l'autorité, la bonté et l'adresse de ce grand roi les continrent pendant sa vie.

Après la mort à jamais effrayante et déplorable de Uenri IV, dans la faiblesse d'une minorité et sous une cour divisée , il était bien difficile que Pesprit républicain des réformés n'abu* sàt de ses privilèges , et que la cour, toute faible qu'elle était, ne voulût les restreindre. Les huguenots avaient déjà établi en France des cercles , à l'imitation de l'Allemagne. Les députés de ces cercles étaient souvent séditieux; et il y avait dans le parti des seigneurs pleins d'ambition. Le duc de Bouillon et surtout le duc de Rohan , le chef le plus accrédité des huguenots, précipitèrent bientôt dans la révolte l'esprit remuant des prédicants et le zèle aveugle des peuples. L'assemblée générale du parti osa, dès 4645, présenter à la cour un cahier par lequel, entre autres articles injurieux, elle demandait qu'on réformât le conseil du roi. Ils prirent les armes en quelques endroits dès 4646; et l'audace des huguenots se joignant aux divisions de la cour , à la haine contre les favoris , à Tinquié-. tude de la nation , tout fut longtemps dans le trouble. C'était des séditions , des intrigues, des menaces, des prises d'armes» des paix faites à la hâte et rompues de même ; c'est ce qui faisait dire au célèbre cardinal Bentivoglio , alors nonce en France, qu'il n'y avait vu que des orages.

Dans Tannée 46^4 , les Églises réformées de France offrirent à Lesdiguières, devenu depuis connétable, le généralat do leurs armées, et cent mille écus par mois. Mais Lesdiguiéres, plus éclairé dans son ambition qu'eux dans leurs factions, et qui les connaissait pour les avoir commandés, aima mieux alors les comballre que d'être à leur tète ; et pour réponse à

470 CHAPITRE xxxvr

leui-s offres^ il so 6t catholique. Les huguenots s'adressèrent ensuite au maréchal duc de Bouillon, qui dit qu'il était trop vieux ; enfin ils donnèrent cette malheureuse place au duc de Rohan, qui, conjointement avec son frère Soubise, osa faire la guerre au roi de France.

La même année, le connétable de Luynes mena Louis XIII de province en province. Il soumit plus de cinquante villes, presque sans résistance; mais il échoua devant Mon tauban : le roi eut Taffront de décamper. On assiégea en vain la Rochelle, elle résistait par elle-même et par les secoursde TAngleterre; et le duc de Uohan , coupable du crime de lèse-majesté, traita de la paix avec son roi. presque de couronne à couronne.

Après cette paix et après la mort du connétable de Luynes, il fallut encore recommencer la guerre et assiéger de nouveau (a Rochelle, toujours liguée contre son souverain avec l'Angleterre et avec les calvinistes du royaume. Une femme (c'était la mère du duc de Rohan) défendit cette ville pendant un an contre l'armée royale, contre l'activité du cardinal de Richelieu et contre l'intrépidité de Louis XIII, qui affronta plus d'une fois la mort à ce siège. La ville souffrait toutes les extrémités de la faim ; et on ne dut la reddition de la place qu'à cette digue de cinq cents pieds de long que le cardinal de Richelieu ùl construire , à l'exemple de celle qu'Alexandre fît autrefois élever devant Tyr. Elle dompta la mer et les Rochellois. Le maire Guiton, qui voulait s'ensevelir sous les ruines de la Rochelle, eut l'audace, après s'être rendu à discrétion, de paraître avec ses gardes devant le cardinal de Richelieu. Les maires des principales villes des huguenots en avaient. On ôta les siens à Guiton , et les privilèges à la ville. Le duc de Kohan, chef des hérétiques rebelles , continuait toujours la guerre pour son parti ; et , abandonné des Anglais , quoique protestants , il se liguait avec les Espagnols, quoique catholiques. Mais la conduite ferme du cardinal de Richelieu força les huguenots, battus de tous côtés, à se soumettre.

Tous les édits qu'on leur avait accordés jusqu'alors avaient été des traités avec les rois. Richelieu voulut que celui qu'il fit rendre fût appelé l'édit de grâce. Le roi y parla en souverain qui pardonne. On ôta l'exercice de la nouvelle religion à la Rochelle, à l'Ile de Ré , à Oléron, à Privas, à Pamiers; du reste on laissa subsister l'édit de Nantes, que les calviniste:! regardèrent toujours comme leur loi fondamentale.

DO CALVINISME SOUS LOtflSUjfV. 471

li parait étrange que le cardinal de lUchelieu^^sî absDhrbt si audacieux, n'abolît pas ce fameux édit : il eut alors une autre vue, plus difficile peut-ôtre à remplir, mais non moins conforme à l'étendue de son ambition et à la hauteur do ses pensées. Il rechercha la gloire de subjuguer les esprits ; il s'en croyait capable par ses lumières, par sa puissance et par sa politique. Son projet était de gagner quelques prédicants que les réformés appelaient alors ministres, et qu'on nomme aujourd'hui pasteurs; de leur faire d'abord avouer que le culte catholique n'était pas un crime devant Dieu , de les mener ensuite par degrés, de leur accorder quelques points peu importants, et de paraître aux yeux de la cour de Rome ne leur avoir rien accordé. Il comptait éblouir une partie des réformés, séduire l'autre par les présents et par les grâces, et avoir enfin toutes les apparences de les avoir réunis à l'Église, laissant au temps à faire le reste, et n'envisageant que la gloire d'avoir ou fait ou préparé ce grand ouvrage, et de passer pour l'avoir fait. Le fameux capucin Joseph d'un côté, et deux ministres gagnés de l'autre, entamèrent cette négociation. Mais il parut que le cardinal de Richelieu avait trop présumé, et qu'il est plus difficile d'accorder des théologiens que de faire des digues sur l'Océan.

Richelieu rebuté se proposa d'écraser les calvinistes *. D'autres soins l'en empêchèrent. Il avait à combattre à la fois les grands du royaume, la maison royale, toute la maison d'Autriche, et souvent Louis XllI lui-même. Il mourut enfin, au milieu de tous ces orages, d'une mort prématurée. Il laissa tous ses desseins encore imparfaits, et un nom plus éclatant que cher et vénérable.

Cependant, après la prise de la Rochelle et Tédit de grâce, ies guerres civiles cessèrent, et il n'y eut plus que des disputes. On imprimait de part et d'autre de ces gros livres qu'on ne lit plus. Le clergé et surtout les jésuites cherchaiejit à convertir des huguenots. Les ministres tâchaient d'attirer quelques catholiques à leurs opinions. Le conseil du roi était occupé à

i. Rien ne inrouve que Richelieu te soit proposé d'écraser les mloinUtes. Il avait délruil leurs privilèges politiques : il respecta leurs opiiiiuns leUgienses. Pendant tout son ministère, il les encouragea à se livrer au corumerce et à l'Industrie, les protégea dans leurs biens et dans leurs persnnr.es; et il n'eut olus à les combattre, au milieu de tant de cnnspiraiions qui semblaient le» invitera de nouvelles révoltes. C'est un fuit digne de remarqua que Richelieu, et après lui Mazarin. avaient donné à Louis XIV et à son (pouYememeot l'exempte de la modération et de la tolérance religieuse.

472 CHAPITRE XXXVl

rendre des arrêts peur un cimetière que les deux religions se disputaieat dans un village, pour un temple bâti sur un fonds appartenant autrefois à l'Eglise, pour des écoles, pour des droits de châteaux, pour des enterrements, pour des cloches; et rarement les réformés gagnaient leurs procès. Il n'y eut plus, après tant de dévastations et de saccagements, que ces petites épines. Les huguenots n*eurent plus de chef depuis que le duc do Koban cessa de Tètre, et que la maison de Bouillon n'eut plus Sedan. Ils se firent même un mérite de rester tranquilles au milieu des factions de la Fronde et des guerres civiles que des princes, des parlements et des évoques excitèrent, en prétendant servir le roi contre le cardinal Mazarin.

Il ne fut presque point question de religion pendant la vie de ce ministre. Il ne fît nulle difficulté de donner la place de contrôleur général des finances à un calviniste étranger, nommé Hervart. Tous les réformés entrèrent dans les fermes, dans les sous-fermes, dans toutes les places qui en dépendent.

Colbert, qui ranima l'industrie de la nation, et qu'on peut regarder comme le fondateur du commerce, employa beaucoup de huguenots dans les arts, dans les manufactures, dans la marine '. Tous ces objets utiles qui les occupaient adoucirent peu à peu dans eux la fureur épidémique de la contre* verse ; et la gloire qui environna cinquante ans Louis XIV, sa puissance, son gouvernement ferme et vigoureux, ôtèrent au parti réformé, comme à tous les ordres de l'État, toute idée de résistance. Les fêtes magnifiques d'une cour galante jetaient même du ridicule sur le pédantisme des huguenots. A mesure que le bon goût se perfectionnait, les psaumes de Marot et de Bèze ne pouvaient plus insensiblement inspirer que du dégoût. Ces psaumes, qui avaient charmé la cour de François II, n'étaient plus faits que pour la populace sous Louis XIV. La •aine philosophie , qui commença vers le milieu de ce siècle à percer un peu dans le monde , devait encore dégoûter à la longue les honnêtes gens des disputes de controverse.

Mais, en attendant que la raison se fit peu à peu écouter des

1. Culbert, pendant son ministère, protégea toujours les protestants, comme des sujets utiles etinduRirieux ^ et il les défendit plus d'une fois dans le conseil du roi. M'»* de Mainienon écrivait à la comtesse de Saiiit-Gcran, août 1681 : u he rui cumnicnce à ytenser sérieusement à son salut et à oelur de ses sujets; si Dieu nous le conserve, il n'y aura plus qu'une relig>on dans son ntyaumc. C'est le scnlimeni de M. de Louvois,ct ie le crois Tànlessus plus volonlicrs uuc M. Colhcrl. qui ne pcnao qu^à ses ttuancetf «i praaque

DD CALVINISME SOUS LOUIS XiV. 473

hommes, Tesprit même de dispute pouvait servir à entretenir ia tranquillité de l'État; car, les jansénistes commençant alors à paraître avec quelque réputation , ils partageaient les suf* fragesde ceux qui se nourrissent de ces subtilités : ils écrivaient contre les jésuites et contre les huguenots; ceux-ci répondaient aux jansénistes et aux jésuites; les luthériens de la province d*AIsace écrivaient contre eux tous. Une guerre de plume entre tant de partis, pendant que TÉtat était occupé de grandes choses et que le gouvernement était tout-puissant, ne pouvait devenir en peu d'années qu'une occupation de gens oisifs, qui dégénère tôt ou tard en indifférence.

Louis XIV était animé contre les réformés par les remon* trances continuelles de son dergé, par les insinuations des jésuites, par la cour de Rome, et enfin par le chancelier Le Tellier et Louvois son fils, tous deux ennemis de Colbert, et qui voulaient perdre les réformés comme rebelles, parce que Colbert les protégeait comme des sujets utiles. Louis XIV, nulles ment instruit d'ailleurs du fond de leur doctrine, les regardait, non sans quelque raison, comme d'anciens révoltés soumis avec peine. Il s'appliqua d'abord à miner par degrés * de tous côtés l'édifice de leur religion ; on leur ôtait un temple sur le moindre prétexte ; on leur défendit d'épouser des filles catholiques, et en cela on ne fut pas peut-être assez politique : c'était ignorer le pouvoir d'un sexe que la cour pourtant connaissait si bien. Les intendants et les évêques tâchaient, par les moyens les plus plausibles, d'enlever aux huguenots leurs enfants. Colbert eut ordre, en 4684, de ne plus recevoir aucun homme de cette religion dans les fermes. On les exciut, autant

t. Louis XIV nous a exposé lui-môme dans ses Mémoires ( 1. 1, p. 84)» queUe fut d'abord sa conduite envers les protestants. « Dès 166I , je formai le plan de toute ma conduite envers mes sujets de la religion prétendue réformée. Il me semble que ceux qui voulaient employer des remèdes vio-» lents ne connaissaient pas la nature de ce mal , causé en partie par la chaleur des es})riis qu'il faut laisser passer et s'éteindre insensiblement , au lieu de rexciter de nouveau par des contradictions aussi fortes. Je crus que le meilleur moyen pour réduire peu à peu les huguenots de mon royaume était, en premier lieu , de ne les point presser du tout par aucune ligueur nouvelle contre eux , de faire observer ce qu'ils avaient obtenu de mes çré* décesseurs, mais de ne leur rien accorder au delà et d'en renfermer même l'exécution dans les plus étroites bornes que la justice et la bienséance le pouvaient permettre. Quant aux grâces qui dépendaient de moi seul , je résolus de ne leur en faire aucune, pour les obliger ]>ar là & conaidérerde temps en temps, d'eux-mêmes et sans violence, si tétait avec quelque bonn» raison qu'ils se privaient volontairement des avantages oui pouvaient leur (.tre communs avec tous mes autres sujets. »'Bieat6t il alla beaucoup ping loin cotume l'historien va le raconter.

474 CHAPim xxxvi.

qu'on le put, des communautés des arts et métiers. Le roî, er. les tenant ainsi sous le joug, ne l'appesantissait pas toujours. On défendit par des arrêts toute violence contre eux *. On mêla les insinuations aux sévérités, et il n'y eut alors de rigueur qu'avec les formalités de la justice.

On employa surtout un moyen souvent efficace de conversion : ce fut l'argent ; mais on ne fit pas assez d'usage de ce ressort. Pellisson fut chargé de ce ministère secret. C'est ce même Pellisson longtemps calviniste , si connu par ses ouvrages, par une éloquence pleine dtabondance, par son attachement au surintendant Fouquet, dont il avait été le premier commis, le favori et la victime. Il eut le bonheur d'être éclairé et de changer de religion, dans un temps où ce changement pouvait le mener aux dignités et à la fortune. Il prit l'habit eo> clésiastique, obtint des bénéfices et une place de maître des requêtes. Le roi lui confia le revenu des abbayes de Saint^ermain des Prés et de Cluny vers Tannée 4677, avec les revenus du tiers des économats *, pour être distribués à ceux qui vou* draient se convertir. Le cardinal Le Camus , évêque de Grenoble, s'était déjà servi de cette méthode. Pellisson, chargé de ce département , envoyait l'argent dans les provinces. On ta' cbait d'opérer beaucoup de conversions pour peu d'argent. De petites sommes distribuées à des indigents enflaient la liste que Pellisson présentait au roi tous les trois mois, en lui persuadant que tout cédait dans le monde à sa puissance ou à ses bienfaits.

Le conseil, encouragé par ces petits succès, que le temps eût rendus plus considérables, s'enhardit en 4684 à donner une déclaration par laquelle les enfants étaient reçus à re-

I. En 1683, le roi recommaiule en effet aax intendants dans ane lettre circulaire «de ménager les esprits avec douceur et sagesse, de n'einpioyei que la force des raisons , et de ne donner aucune atteinte aux édita concernant la tolérance.» Quelques années auparavant. M"** de Maintenon , qui n'était pas encore la femme de Louis le Grand, écrivait elle-même k son frère qui faisait alors la guerre en Hollande (1S72) t « On m'a porté sur votre compte des plaintes qui ne vous font pas honneur : vous mAltraiiei les huguenots , vous en cherches les moyens , vous en faites naître les occasions; cela n'est pas d'un homme de qualité. Ayex pitié de gens plus malheureux que coupables; ils sont dans des erreurs oh nous avons été nousmêmes et d'oh la violence ne nous aurait pas tirés. Ne les inquiétez donc pas: il faut attirer les hommes par la douceur et la charité; Jésus -Christ nous en a donné l'exemple, et telle est ^intention du roi. » Hais le roi et M* de Maintenon furent débordés par les passions qu'ils avaient exci- :ées eux-mêmes ou tolérées.

*i. On appelait économat l'administration des revenus d'uae abbayr., d'un évêché. ou de tout autre bénéfice pondant la vacasod.

Page 1