DV CALVINISME SOUS LOUIS XIV
floncer à leur religion à l'âge de sept ans ' ; et à l'appui de cette déclaration , on prit dans les provinces beaucoup d'enfants pour les faire abjurer *, et on logea des gens de guerre chez les parents.
Ce fut cette précipitation du chancelier Le Tellier et de Louvois son fils qui fit d'abord déserter en 4^1 beaucoup de familles du Poitou , de la Saintonge et des provinces voisines. Les étrangers se hâtèrent d'en profiter.
Les rois d'Angleterre et de Danemark , et surtout la ville d'Amsterdam , invitèrent les calvinistes de France à se réfugier dans leurs États, et leur assurèrent une subsista/ice. Amsterdam s'engagea même à bâtir mille maisons pour les fugitifs
Le conseil vit les suites dangereuses de l'usage trop prompt de l'autorité, et crut y remédier par l'autorité même. On sentait combien étaient nécessaires les artisans dans un pays où le commerce florissait, et les gens de mer dans un temps où l'on établissait une puissante marine. On ordonna la peine des galères contre ceux de ces professions qui tenteraient de s'échapper.
On remarqua que plusieurs familles calvinistes vendaient leur immeubles. Aussitôt parut une déclaration qui confisqua tous ces immeubles, en cas que les vendeurs sortissent dans un an du royaume. Alors la sévérité redoubla contre les ministres. On interdisait leurs temples sur la plus légère contravention. Toutes les rentes laissées par testament aux consistoires furent appliquées aux hôpitaux du royaume.
On défendit aux maîtres d'école calvinistes de recevoir des pensionnaires. On mit les ministres à la taille *; on ôta la noblesse aux maires protestants. Les ofiiciers de la maison du roi, les secrétaires du roi qui étaient protestants, eurent
f. A rage de sept ans, « Age auquel, disait le préambule de l'cdit ( 17 juin 1681), ils sont capables de raison et de choix dans une matière aussi importante que celle de leur salut. »
2. C'est principalement pour placer les jeunes filles nobles arrachées à leur famille, que fut fondé Saint-Cyr. M"* de Caylus, fille du marauis de Villetie et cousiiie de M"« de Mainienon, raconte ainsi son entrée aans I4 maison : «Je pleurai d'abord beaucoup; mais je trouvai le lendemain la messe du roi si belle que je consentis & me faire catholique, à condition que le l'entendrais tous les jours et qu'on me garaniirail du fouet : c'est là toute la controverse qu'on employa et la seule abjuration que je fis. » iSouvenin de M>« de Gaylus, Édition Petitot, t. LXVI, p. 3t3.;
3. Offt mit les ministres à la taille, c'est-à-dire on imposa les ministres jusqu'alors exempts de la taille, comme les prêtres cathoiiquet.
ordre de se défaire de leurs charges. On n*admit plus ceux de celte religion, ni parmi les notaires, les avocats, ni même dans la fonction des procureurs '.
Il était enjoint à tout le clergé de faire des prosélytes , et il était défendu aux pa^^ieurs réformés d'en faire, sous peine de bannissement perpétuel. Tous ces arrêts étaient publiquement sollicités par le clergé de France. C'était, après tout, les enfants de la maison, qui ne voulaient point do partage avec de» étrangers introduits par force.
Pellisson continuait d'acheter des convertis ; mais M*^* Uervart, veuve du contrôleur général des finances, animée de ce zèle de religion qu'on a remarqué de tout temps dans les femmes, envoyait autant d'argent pour empêcher les conver* sions que Pellisson pour en faire.
(4682) Enfin, les huguenots osèrent désobéir en quelques endroits. Ils s'assemblèrent dans le Vivarais et danls le Dauphiné , près des lieux où Ton avait démoli leurs temples. On les attaqua; ils se défendirent. Ce n'était qu'une très-légère étincelle du feu des anciennes guerres civiles. Deux ou trois cents malheureux , sans chefs , sans places et même sans desseins, furent disperses en un quart d'heure : les supplices suivirent leur défaite. L'intendant du Dauphiné fit rouer le petit-fils du pasteur Charnier, qui avait dressé l'édit de Nantes. Il est au rang des plus fameux martyrs de la secte, et ce nom de Charnier a été longtemps en vénération chez les protestants.
( 4 683) L'intendant du Languedoc • fît rouer vif le prédicanl Chomel. On condamna trois autres au même supplice, et dix à être pendus : la fuite qu'ils avaient prise les sauva, et ils ne furent exécutés qu'en effigie.
Tout cela inspirait la teireur, et en même temps augmentait Topiniâtreté. On sait trop que les hotnmes s'attachent à leur religion à mesure qu'ils souflrent pour elle.
1. Les choses furent poussées beaucoup plus loin après la mort de Colbert. n fut défendu aux calvinistes de se faire experts (1684), libraires, impri meurs (9 juillet 1685), médecins, chirurgiens, et môme apothicaires. Les femmes ne furent pas mieux traitées : déjà, en août 1 665, un arrêt du conseil avait Dorlé qu'aucune fille ou femme ne pourrait « être reçue marchaode lingère, si elle ne faisait profession de la religion calliolique. »
2. C'était Henri d'Aguesseau, père du chancelier r il eut pour successeur, en 1685, Nicolas Lamoignon de Bàville, qui traita les protestants avec plis de rigueur encore, et que M»** de Sévigné appelle la terreur du Lan/jutâùc- (Uiire à M"*de Grignaii, 2 octobre (689. )