‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 157 sur 168 · REVOCATION DB LEDIT DE NANTES · texte numérisé non relu

REVOCATION DB LEDIT DE NANTES

franco, ftirent fabriqués par eux. Un faubourg entier de Londres fut peuplé d'ouvriers français en soie; d'autres y por* tèrent l*art de donner la perfection aux cristaux, qui fut alors perdu en France. On trouve encore trè^ommunément dans TAUemagne Tor qUe les réfugiés y répandirent*. Ainsi la France perdit environ cinq cent mille habitants , une quantité prodigieuse d'espèces, et surtout des arts dont ses ennemis s'enrichirent. La Hollande y gagna d'excellents officiers et des soldats. Le prince d'Orange et le duc de Savoie eurent des régiments entiers de réfugiés. Ces mêmes souverains de Savoie et de Piémont, qui avaient exercé tant de cruautés contre les réformés de leur pays, soudoyaient ceux de France; et ce n'était pas assurément par zèle de religion que le prince d'Or range les enrôlait. Il y en eut qui s'établirent jusque vers le cap de Bonne-Espérance. Le neveu du célèbre Duquestie, lieutenant général de la marine, fonda une petite colonie à cette extrémité de la terre ; elle n'a pas prospéré ; ceux qui s'embarquèrent périrent pour la plupart. Mais enfin il y a en* oore des restes de cette colonie voisine des Uottentots. Lei Français ont été dispersés plus loin que les Juifs

Ce fut en vain qu'oa remplit les prisons et les galères de ceux qu'on arrêta dans leur fuite. Que faire de tant de malheureux, affermis dans leur croyance par les tourments? Comment laisser aux galères des gens de loi , des vieillards infirmes? On en fit embarquer quelques centaines pour TAmé* rique. Enfin le conseil imagina que, quand la sortie du ) oyaume ne serait plus défendue , les esprits n'étant plus animés par le plaisir secret de désobéir , il y aurait moins de désertions. On se trompa encore ; et apr^ avoir ouvert les passages, on les referma inutilement une seconde fois.

.On défendit aux calvinistes, en 4685, de se faire servir par des catholiques , de peur que les maîtres ne pervertissent les domestiques ; çt l'année d'après, un autre édit leur ordonna de se défaire des domestiques huguenots , afin de pouvoir les arrêter comme vagabonds. Il n'y avait rien de stable dans la manière de les persécuter , que le dessein de les opprimer pour les convertir.

* Tous les temples détruits , tous les ministres bannis, il s'a-

f . « T.e comte d'Ayanx, dans ses Ictlrcs, ditqu*oc !ai rapporta qu'à Londres Mil frappa soixante mille guincc» de Tor que les réfugies y avaient fait passer ; »D lui avait fait un rapport trop cxagérô. » (Note de Voltaire.)

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gissait de retenir dans la communion romaine tons oeox qui avaient changé par persuasion ou par crainte. Il en restait plus de quatre cent mille dans le royaume *. Us étaient obli* gés d'aller à la mess^et de communier. Quelques-uns, qui rejetèrent rhostie après Tavoir reçue , furent condamnés à être brûlés vife. Les corps de ceux qui ne voulaient pas recevoir les sacrements à la mort étaient traînés sur la claie , et jetés à la voirie.

Toute persécutiDn tait des prosélytes, quand elle frappe pendant la chaleur de Tenthousiasme. Les calvinistes s'assemblèrent partout pour chanter leurs psaumes, malgré la peine de mort décernée contre ceux qui tiendraient des assemblées. li y avait aussi peine de mort contre les ministres qui rentreraient dans le royaume, et cinq mille cinq cents livres de récompense pour qui les dénoncerait. Il en revint plusieurs qu'on fit périr par la corde ou par la roue.

La secte siibsista en puraissant écrasée. Elle espéra en vain, dans la guerre de 1689, que le roi Guillaume, ayant détrôné son beau-père catholique, soutiendrait en France le calvinisme. Mais, dans la guerre de 4701 , la rébellion et le fanatisme éclatèrent en Languedoc et dans les contrées voisines.

Celte rébellion fut excitée par des prophéties. Les prédictions ont été de tout temps un moyen dont on s*est servi pour séduire les simples et pour enflammer les fanatiques. De cent événements que la fourberie ose prédire, si la fortune er. amène un seul, les autres sont oubliés, et celui-là reste comme un gage de la faveur de Dieu, et comme la preuve d'un prodige. Si aucune prédiction ne s'accomplit, on les explique, on leur donne un nouveau sens; les enthousiastes l'adoptent, et les imbéciles le croient.

Le ministre Jurieu fut un des plus ardents prophètes. li commença par se mettre au-dessus d'un Cotterus, de je ne sais quelle Christine, d'un Justus Yelsius, d'un Drabitius*, qu'il regarde comme gens inspirés de Dieu. Ensuite il se mi:

1. « On a impnmé plasieurs fois qa*il y a encore en France trois millions de réformés. Cette exagération est intolérable. M. de Bàville n'en comptait pas cent mille en Languedoc, et il était exact. Il n'y en a pas quinze mille dans Paris i beaucoup de villes et des provinces entières n'en ont point. ^ (Note de Voltaire.)

2. Christophe Kotter on Cotterus, corroyeur et prophète, mort en i$^7 ; Christine Poniatowia, fille d'un moine polonais déiroqué, morte en 16444 Jnstas Voisins ou Welsens, médecin et prophète, mort dans la deuxiètne moiué du XVII» siècle; Nicolas Drabitins décapité en leii.

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