RÉVOLTE DES PROTESTANTS DANS LB MIDI
presque à côté de Tauteut de VApùotUypse et de sadnt Paul ; ses partisans ou plutôt ses enneâris firent frapper une médaille en Hollande avec cet exergue, Jurius Proplieia, Il promit la délivrance du peuple de Dieu pendant huit années. Son école de prophétie s'était établie dans les montagnes du Dauphfné, du Vivarais et des Cévennes, pays tout propre aux prédictions, peuplé d'ignorants et de cervelles chaudes , échauffées par la chaleur du climat, et plus encore par leurs prédicants.
La première école de prophétie fut établie dans une verrerie sur une montagne du Dauphiné, appelée Peira; un vieil hu* guenot, nommé de Serre, y annonça la ruine de Babylone et le rétablissement de Jérusalem. Il montrait aux enfants les paroles de l'Écriture qui disent : « Quand trois ou quatre sont assemblés en mon nom, mon esprit est parmi eux ; et avec un grain de foi on transportera des montagnes; » Ensuite il recevait l'esprit : on le lui conférait en lui soufflant dans la bouche, parce qu'il est dit dans saint Matthieu *que Jésus souffla sur ses disdples avant sa mort : il était hors de lui-même; il avait des convulsions ; il changeait de voix ; il restait immobile ; égarée les cheveux hérissés, selon l'ancien usage de toutes le^ nations, et selon ces règles de démence transmises de siècle en siècle. Les enfants recevaient ainsi le don de prophétie; et s'il^ ne transportaient pas des montagnes, c'est qu'ils avaient assez de foi pour recevoir l'esprit, et pas assez pour faire des miracles : ainsi ils redoublaient de ferveur pour obtenir ce dernier don.
Tandis que les Cévennes étaient ainsi l'école de l'enthousiasme, des ministres, qu'on appelait apd^es , revenaient en secret prêcher les peuples.
Claude Brousson, d'une famille de Ntmes considérée, homme éloquent et plein de zèle, très-estimé chez les étrangers, re* tourna dans sa patrie en 4698, y fut convaincu non-seulement d'avoir rempli son ministère malgré les édits, mais d'avoir eu dix ans auparavant des correspondances avec les ennemis de rÉtat. En effet, il avait formé le projet d'introduire des troupes anglaises et savoyardes dans le Languedoc. Ce projet, écrit de sa main et adressé au duc de Schomberg, avait été intercepté depuis longtemps, et était entre ies mains de l'intendant de la province. Brousson , errant de ville en ville, fut saisi à Oléron, et transféré à la citadelle de Montpellier. L'intendant et ses juges l'interrogèrent; il répondit qu'il *etait
Papôtre de Jésus-Christ, qu'il avait reçu le Saint-Esprit, qull ne devait pas trahir le dépôt de la foi, que son devoir était de distribuer le pain de la parole à ses frères. On lui demanda si les apôtres avaient écrit des projets pour faire révolter des provinces : on lui montra son fatal écrit, et les juges le condamnèrent tous d'une voix à être roué vif. (4698) Il mourut comme mouraient les premiers martyrs. Toute la secte , loin de le regarder comme un criminel d'État, ne vit en lui qu'un saint, qui avait scellé sa foi de son sang; et on imprima U Martyre dé M. de BnmsBùn,
Alors les prophètes se multiplient, et l'esprit de fureur redouble. Il arrive malheureusement qu'en 4703 un abbé de la maison du Ghaila, inspecteur des missions, obtient un ordre de la cour de faire enfermer dans un couvent deux filles d'un gentilhomme nouveau converti. Au lieu de les conduire au couvent, il les mène d'abord dans son château. Les calvinistes s'attroupent; on'' enfonce les portes; on délivre les deux filles et quelques autres prisonniers. Les séditieux saisissent l'abbé du Chaila ; ils lui offrent la vie, s'il veut être de leur religion. Il la refuse. Un prophète lui crie : < Meurs donc, l'esprit te condamne , ton péché est contre toi : » et il est tué à coups de fusil. Aussitôt après ils saisissent les receveurs de la capitation, et les pendent avec leurs rôles au cou. De là ils se jettent sur les prêtres qu'ils rencontrent et les massacrent. On les poursuit : ils se retirent au milieu des bois et des ro^ chers. Leur nombre s'accrott : leurs prophètes et leurs prophétesses leur annoncent de la part de Dieu le rétablissement de Jérusalem et la chute de Babylone. Un abbé de La Bourlie parait tout à coup au milieu d'eux dans leurs retraites sauvages, et leur apporte de l'argent et des armes.
C'était le fils du marquis de Guiscard, sous-goUvemeur du roi, l'un des plus sages hommes du royaume. Le fils était bien indigne d'un tel père. Réfugié en Holfande pour un crime, il va exciter les Cévennes à la révolte. On le vit quelque temps après passer à Londres, où il fut arrêté en 4744 pour avoir trahi le ministère anglais, après avoir trahi son pays. Amené devant le conseil , il prit sur la table un de ces longs canifs avec lesquels on peut commettre un meurtre; il en frappa le chancelier Robert Harley, depuis comte d'Oxford, et on le conduisit en prison chargé de fers. Il prévint son supplice eh se donnant la mort lui-même. Ce fut donc cet homme qui, an
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nom des Anglais, des Hollandais et du duc de Savoie, vint encourager les fanatiques, et leur promettre de puissants secours.
(4703) Une grande partie du pays les favorisait secrètement. Leur cri de guerre était : Point d'impôts et liberté de con» science. Ce cri séduit partout la populace. Ces fureurs justifiaient aux yeux du peuple le dessein qu'avait eu Louis XIV d'oxlirper le calvinisme; mais , sans la révocation de Tédit da Nantes, on n'aurait pas eu à combattre ces fureurs. .
Le roi envpie d'abord le maréchal de Montrevel avec quelques troupes. Il fait la guerre à ces misérables avec une barbarie qui surpasse la leur. On roue, on brûle les prisonniers ; mais aussi les soldats qui tombent entre les mains des révoltés périssent par des morts cruelles. Le roi , obligé de soutenir la guerre partout, ne pouvait envoyer contre eux que peu de troupes. Il était difficile de les surprendre dans des rochers presque inaccessibles alors, dans des cavernes, dans des bois où ils se rendaient par des chemins non frayés, et dont ils descendaient tout à coup comme des bêtes féroces. Ils défirent même dans un combat réglé des troupes de la marine. On em. ploya contre eux successivement trois maréchaux de France.
Au maréchal de Montrevel succéda en 4704 le maréchal de Villars. Comme il lui était plus difficile encore de les trouver que de les battre, le maréchal de Villars, après s'être fait craindre, leur fît proposer une amnistie. Quelques-uns d'entre eux y consentirent, détrompés des promesses d'être secourus par le duc de Savoie, qui, à l'exemple de tant de souverains, les persécutait chez lui, et avait voulu les protéger chez ses ennemis.
Le plus accrédité de leurs chefs, et le seul qui mérite d'être nommé, était Jean Cavalier. Je l'ai vu depuis en Hollande et en Angleterre. C'était un petit homme blond, d'une physionomie douce et agréable. On l'appelait David dans son parti. De garçon boulanger, il était devenu chef d'une assez grande multitude, à l'âge de vingt-trois ans, par son courage, et à l'aide d'une prophétessc qui le fit reconnaître sur un ordre exprès du Samt-Esprit. On le trouva à la tète de huit cents hommes qu'il enrégimentait, quand on lui proposa l'amufelie. 11 demanda des otages : on lui en donna. Il vint suivi d'un des chefs à Nîmes, où il traita avec le maréchal de Villars.
,M704j 11 promit de former quatre régiments des révoltes.
^ni serviraient le roi soub quatre colonels, dont il serait ie premier, et dont il nomma les trois autres. Ces régiments devaient avoir rexercice libre de leur religion, comme les troupes étrangères à la solde de France; mais cet exercice ne devait poinl ôtre permis ailleurs. On acceptait ces conditions , quand des émissaires de Hollande vinrent en empêcher Teffet avec de l'argent et des promesses. Ils détachèrent de Cavalier les principaux fanatiques ; mais ayant donné sa parole au maréchal de Viilars, il la voulut tenir. 11 accepta le brevet de colonel^ et commença à former son régiment avec cent trente hommes qui lui étaient affectionnés.
J'ai entendu souvent de la bouche du maréchal de Viilars qu'il avait demandé à ce jeune homme comment il pouvait à son âge avoir eu tant d'autorité sur des hommes si féroces et si indisciplinables. Il répondit que, quand on lui désobéissait, sa prophétesse , qu'on appelait la grande Marie, était sur-lechamp inspirée, et condamnait à mort les réfractaires , qu'on tuait sans raisonner '. Ayant fait depuis la même question a Gavalier, j'en eus la même réponse.
Cette négociation singulière se faisait après la bataille d'Hochstedt. Louis XIV, qui avait proscrit le calvinisme avec tant de hauteur, fit la paix, sous le nom d'amnistie, avec un garçon boulanger ; et le maréchal de Viilars lui présenta le brevet de colonel et celui d'une pension de douze cents livres.
Lo nouveau colonel alla à Versailles; il y reçut les ordres du ministre de la guerre. Le roi le vit et haussa les épaules. Cavalier, observé par le ministère, craignit, et se retira en Piémont. De là il passa en Hollande et ep Angleterre. Il fit la guerre en Espagne et y commanda un régiment de réfugiés français à la bataille d'Almanza. Ce qui arriva à ce régiment sert à prouver la rage des guerres civiles, et combien la religion ajoute à cette fureur. La troupe de Cavalier se trouva opposée à un régiment français. Dès qu'ils se reconnurent, ils fondirent l'un sur l'autre avec la baïonnette, sans tirer. On a déjà remarqué que la baïonnette agit peu dans les combats. La contenance de la première ligne, composée de trois rangs, après avoir fait feu, décide du sort de la journée ; mais ici la fureur fit ce que ne fait presque jamais la valeur. Il
,1. « Ce trait doit se trouver dans les véritables Mémoires du maréchal de Viilars. Le premier tume est certainement de lui ; il est conforme au maniMcrit que j'«i vu : les deux antres sont d'une maio étraDgôre «t bien tijfférente. » (Noie de Voltaire.)