‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 159 sur 168 · RÉVOLTE DES PROTESTANTS DANS LE MIDI · texte numérisé non relu

RÉVOLTE DES PROTESTANTS DANS LE MIDI

ne resta pas trois cents hommes de ces régiments. Le marécha\ deBerwick contait souvent avec étonnement cette aventure.

Cavalier est mort officier général et gouverneur de File de lersey, avec une grande réputation de valeur, n'ayant de ses fureurs conservé que le courage, et ayant peu à peu substitué la prudence à un fanatisme qui n'était plus soutenu par l'exemple.

Le maréchal de Villars, rappelé du Languedoc, fut remplacé par le maréchal de Berwick. Les malheurs des armes du roi enhardissaient alors les fanatiques du Languedoc, qui espéraient les secours du ciel et en recevaient des alliés. On leur faisait toucher de l'argent par la voie de Genève. Ils attendaient deç officiers qui devaient leur être envoyés de Hollande et d'An^ gleterre. Ils avaient des intelligences dans toutes les villes dé la province.

On peut mettre au rang des plus grandes conspirations celle qu'ils formèrent de saisir dans Nhnes le duc de Berwidc et l'intendant Bâville, de faire révolter le Languedoc et le Dauphiné et d'y introduire les ennemis. Le secret fut gardé par plus de mille conjurés. L'indiscrétion d'un seul fit tout découvrir. Plus de deux cents personnes périrent dans les supplices. Le maréchal de Berwick fit exterminer par le fer et le feu tout ce qu'on rencontra de ces malheureux. Les uns moururent les armes à la main, les autres sur les roues ou dans les flammes. Quelques-uns, plus adonnés à la prophétie qu'aux armes, trouvèrent moyen d'aller en Hollande. Les réfugiés français les y reçurent comme des envoyés célestes. Us marchèrent audevant d'eux, chantant des psaumes, et jonchant leur cnemin de branches d'arbres. Plusieurs de ces prophètes allèrent en Angleterre ; mais , trouvant que l'Église épiscopale tenait trop de l'Église romaine, ils voulurent faire dominer la leur. Leur persuasion était si pleine que , ne doutant pas qu'avec beaucoup de foi on ne fît beaucoup de miracles, ils offrirent de ressusciter un mort, et même tel mort que Ton voudrait choisir. Partout le peuple est peuple ; et les presbytériens pouvaient se joindre à ces fanatiques contre le clergé anglican. Qui croirait qu'un des plus grands géomètres de l'Europe, Fatio de Duiller et un homme de lettres fort savant nommé Daudé, fussent b ta tète de ces énergumènes? Le fanatisme rend la science même sa complice et étouffe la raison.

Le minbtère anglais prit le parti qu'on aurait dû toujours prendre avec les hommes à miracles. On leur permit de déter

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rer un mort dans le cimetière de l'église cathédrale. La place fut entourée de gardes. Tout se passa juridiquement. La scène finit par mettre au pilori les prophètes '.

Ces excès du fanatisme ne pouvaient guère réussir en Angleterre, où la philosophie commençait à dominer. Ils ne troublaient plus TAUemagne depuis que les trois religions, la catholique, l'évangélique et la réformée y étaient également protégées par les traités de Westphalie. Les Provinces-Unies admettaient dans leur sein toutes les religions par une tolérance politique. EnGnil n*y eut, sur la fin de ce siècle, que la France qui essuya de grandes querelles ecclésiastiques, malgré les progrès de la raison. Celte raison , si lente à s'introduire chez îes doctes, pouvait à peine encore percer chez les docteurs, encore moins dans le commun des citoyens. Il faut d'abord qu'elle soit établie dans les principales tètes; elle descend aux autres de proche en proche, et gouverne enfin le peuple mêm? qui ne la connaît pas, mais qui, voyant que ses supérieurs son* modérés, apprend aussi à Tôtre. C'est un des grands ouvraga« du temps, et ce temps n'était pas encore venu.

1. Vktlo de Dalller et qnelqaea-uns ses adhérents furent condamné en effetau pilori, année I707.

Du jansénisme.

Le calvinisme devait nécessairement enfanter des guerres civiles et ébranler les fondements des ÈUts. Le jansénisme ne pouvait exciter que des querelles théologiques et des guerres de plume; car, les réformateurs du xvi* siècle ayant déchiré tous les liens par qui l'Église romaine tenait les hommes, ayant traité d'idolâtrie ce qu'elle avait de plus sacré, ayant ouvert les portes de ses cloîtres et remis ses trésors dans les mains des séculiers, il fallait qu'un des deux partis périt par i'autre. Il n'y a point de pays en effet où la religion de Calvin et de Luther ait paru sans exciter des persécutions et des guerres. Mais les jansénistes n'attaquant point l'Église, n'en voulant ni aux dogmes fondamentaux ni aux biens, et écrivant sur des questions abstraites, tantôt contre les réformés, tantôt contr*

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