Vuy. audiup. ixxix, note 1 deU pa^e
ou JANSÉNISME. 50?»
Noailles, au bas desquelles ils n'avaient plus qu'à mettre leur dom. De telles manœuvres dans des affaires profanes sont punies; elles furent découvertes , et n'en réussirent pas moins *•
La conscience du roi était alarmée par son confesseur autant que son autorité était blessée par l'idée d'un parti rebelle. En vain le cardinal de Noailles lui demanda justice de ces mys* tères d* iniquité; le confesseur persuada qu'il s'était servi des voies humaines pour faire réussir les choses divines; el comme en effet il défendait l'autorité du pape et celle de l'unité de TÉglise, tout le fond de l'affaire lui était favorable. Le cardinal s'adressa au Dauphin, duc de Bourgogne; mais il le trouva prévenu par les lettres et par les amis de l'arche^ vêque de Cambrai. La faiblesse humaine entre dans tous les coeurs. Fénelon n'était pas encore assez philosophe pour oublier que le cardinal de Noailles avait contribué à le faire condamner; et Quesnel payait alors pour M™« Guyon •.
Le cardinal n'obtint pas davantage du crédit de M"** de Main tenon. Cette seule affaire pourrait faire connaître le ca* ractère de cette dame, qui n'avait guère de sentiments à elle , et qui n'était occupée que de se conformer à ceux du roi.
1. « U est dit dans la Vi$ du duc d'Orléan», imprimée en 1737, que le cai^ dinal de Noailles accusa le P. LeTellier de venare les bcnétices, et que le jésuite dit au roi : « Je consens à être brûlé vif, si Ton prouve cette accusa- « tion , pourvu que le cardinal soit brûlé vif aussi , en cas qu'il ne la prouve « pas. N Ce conte est tiré des pièces qui coururent sur Taftaire de la Constitution^ et ces' pièces sont remplies d'autant d'absurdités que la Vie du duc d'Orléans. La plupart de ces écrits sont composés par des malheureux qui ne cherchent qu*a gagner de l'argent: ces gens-là ne savent pas qu'un homme qui doit ménager sa considération auprès d'un roi qu'il confesse, ne lui propose pas, pour se disculper, de faire brûler vif son archevêque. Tous les petits contes de celte espèce se retrouvent dans les Mé moires de Maintenon, U faut soigneusement distinguer entre les faits et les ouî-dire. » (Note de Voltaire.)
2. Dans ses lettres, écrites avec un grand air ae sincérité , Fénelon so. défend, il est vrai, de ces sentinients peu chrétiens. S'il a combattu le cardinal, c'est dans llntérét de l'Église et de la foi. • Plus M. de Noailles est élevé par sa dignité, pins il est essentiel de le déeréditer pour l'empêcher d'accréditer le jansénisme, s'il en demeuré le protecteur dans une placap^ de si grande autorité. » Lettre du 9 juin J7f 1.) Il dit ailleurs : « Il n'a tenu qu'à moi d'attaquer les livres du P. Quesnel avant tous les autres évêques . c'était une très-avantageose occasion de contenter mon ressentiment contre . M. le cardinal de Noailles ; mais Dieu m'a fait la grâce d'avoir une borreuf infinie de tout ressentiment. » (Lettre du 12 mars i7it.) Et ailleurs encore: m La personne de ce cardinal doit être épargnée autant qu'on le pourra. Dieu m'est témoin que personne ne le désire plus que moi : je rejette avec horreur tous les traits par lesquels il serait facile de le flétrir sans ressource
. dans le public. »(l^ttre du 8 mai 171f .)Gette insistance loyale avec laquelle l'archevêque de Cambrai répète qu'il veut être p'eiu de modération et de mesure prouve peut-être qu'il n'avait pas oublié le passé autant qu'il le croyait et qu'il faurait désii^ lui-même.
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Trois lignes de sa main au cardinal de Noailles développont tout ce qu'il faut penser et d'elle et de Tinlrigue du P. L« Tellier. et des idées du roi, et de la conjoncture, c Vous me connaissez assez pour savoir ce que je pense sur la découverte nouvelle ; mais bien des raisons doivent me retenir de parler. Ce n*est point à moi à juger et à condamner; je n'ai qu'à me taire et à prier pour l'élise, pour le roi et pour vous. J'ai donné votre lettre au roi; elle a été lue : c'est tout ce que je puis vous en dire, étant abattue de tristesse. »
Le cardinal archevêque, opprimé par un jésuite, ôta les pouvoirs de prêcher et de confesser à tous les jésuites, excepté à quelques-uns des plus sages et des plus modérés. Sa place lui donnait le droit dangereux d'empêcher Le Tellier de confesser le roi ; mais il n*osa pas irriter à ce point son ennemi *. t Je crains, écrivit-il à M"** de Maintenon, de marquer au roi trop de soumission , en donnant les pouvoirs à celui qui les mérite le moins. Je prie Dieu de lui faire connaître le péril qu'il court en confiant son âme à un homme de ce caractère *. »
On voit dans plusieurs Mémoires que le P. Le Tellier dît qu'il fallait qu'il perdit sa place , ou le cardinal la sienne. Il est très- vraisemblable qu'il le pensa , et peu qu'il Tait dit.
Quand les esprits sont aigris, les deux partis ne font plus, que des démarches funestes. Des partisans du P. Le Tellier, des évèques qui espéraient le chapeau «nployèrent l'autorité royale pour enflammer ces étincelles qu'on pouvait éteindre. Au lieu d'imiter Rome , qui avait plusieurs fois imposé silence aux deux partis; au lieu de réprimer un religieux, et de conduire le cardinal ; au lieu de défendre ces combats conune les duels, et de rédaire tous les prêtres, comme tous les seigneurs , à être utiles sans être dangereux; an lieu d'accabler
1. « Consultes les Xclfret de M"* de Maintenon. On Toit que ces lettres étaient connues de Tanteur avant qu'on les eût imprimées , et qu*U s'a rien hasardé. » ( Note de Voltaire. )
3. « Quand on a des lettres aussi authentiques , on peut les citer : ce sont les plus précieux matériaux de l'histoire. Mais quel fond faire sur une lettre qu*ou suppose écrite au roi par le cardinal de Noailles : « ....J'ai traTaillé le « premier à la ruine du clergé pour sauver votre Étal et pour soutenir votre ■ trône.... Il ne vous est pas j^ermis de demander comi^ de ma conduite. » Rst-il vraisemblable qu'un sujet aussi sage et aussi modéré que le cardinal de Noailles ait écrit à son souverain une lettre si insolente et si outrée? C« n'est qu'une impuuUon maladroite : elle se trouve page i4i, tome v, des Mémotret de Maintenon : et comme elle n'a ni antheaticiié ai vraisemWanoe on ne doit y agouter aucune foi. > CNote de Voltaire.)
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enfin les deux partis sous le poids de la puissance suprême, soutenue par la raison et par tous les magistrats, Louis XIV crut bien faire de solliciter lui-même à Rome une déclaration de guerre , et de faire venir la fameuse constitution Vnigenù tuSf qui remplit le reste de sa vie d'amertume.
Le jésuite Le Tellier et son parti envoyèrent à Rome cent trois propositions à condamner. Le saint office en proscrivit cent et une. La bulle fut donnée au mois de septembre 47431 Elle vint, et souleva contre elle presque toute la France. Le roi Tavait demandée pour prévenir un schisme; et elle fut prête d'en causer un. La clameur fut générale, parce que, parmi ces cent et une propositions, il y en avait qui paraist saient à tout le monde contenir le sens le plus innocent et la plus pure morale. Une nombreuse assemblée d'évêques fut convoquée à Paris. Quarante acceptèrent la bulle pour le bien de la paix, mais ils en donnèrent en même temps des explications, pour calmer les scrupules du public. L'acceptation pure et simple fut envoyée au pape, et les modifications furent pour les peuples. Us prétendaient par là satisfaire à la fois le pontife, le roi et la multitude; mais le cardinal de Noailles et sept autres évêques de l'assemblée, qui se joignirent à lui, ne voulurent ni de la bulle ni de ses correctif. Ils écrivirent au pape pour demander ces correctifs mêmes à Sa Sainteté. C'était un aiïront qu'ils lui faisaient respectueusement. Le roi ne le souffrit pas : il empêcha que la lettre no parût , renvoya les évêques dans leurs diocèses, défendit au cardinal de paraître à la cour. La persécution donna à cet archevêque une nouvelle considération dans le public. Sept autres évêques se joignirent encore à lui. C'était une véritable division dans l'épiscopat, ddins tout le clergé, dans les ordres religieux. Tout le monde avouait qu'il ne s'agissait pas des points fondamentaux de la religion : cependant il y avait une guerre civile dans les esprits, comme s'il eût été question du renversement du chris-* tianismO; et on fît agir des deux côtés tous les ressorts de la politique, comme dans l'affaire la plus profane.
Ces ressorts furent employés pour faire accepter la constitution par la Sorbonne. La pluralité des suffrages ne fut pas pour elle, et cependant elle y fut enregistrée. Le ministère avait peine à suffire aux lettres de cachet qui envoyaient en prison ou en exil les opposants.
(nu ] Cette bulle avait été enregistrée au parlement, avec
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Iti réserve des droits ordinaires de la couronne , des fibertés ck> l'Église gallicane, du pouvoir et de la juridiction des évèques; mais le ci*i public perçait toujours à travers Tobéissance. Le cardinal de Bissy, l'un des plus ardents défenseurs de la bulle, avoua, dans une de ses lettres , qu*elle n'aurait pas été reçue avec plus d'indignité à Genève qu'à Paris.
Les esprits étaient surtout révoltés contre le jésuite Le Tellier. Rien ne nous irrite plus qu'un religieux devenu puissant. Son pouvoir nous parait une violation de ses vœux; mais, s'il «buse de ce pouvoir, il est en horreur. Toutes les prisons étaient pleines depuis longtemps de citoyens accusés de. jansénisme. On faisait accroire à Louis XIV, trop ignorant dans ces matières, que c'était le devoir d'un roi très-chrètien, et qu'il ne pouvait expier ses péchés qu'en persécutant les hérétiques*. Ce qu'il y a de pliis honteux, c'est qu'on portait à ce jésuite Le Tellier les copies des interrogatoires faits à ces infortunés. Jamais on ne trahit plus lâchement la justice; jamais la bassesse ne sacrifia plus indignement au pouvoir. On a retrouvé en 1768, à la maison professe des jésuites, ces monuments de leur tyrannie, après qu'ils ont porté enGn la peine de leurs excès , et qu'ils ont été chassés par tous les parlements du royaume, par les vœux de la nation et en(in par un édit de Louis XV •.
(1715) Le Tellier osa présumer de son crédit jusqu'à proposer do faire déposer le cardinal de Noailles dans un concile national. Ainsi un religieux faisait servir à sa vengeance son roi , son pénitent et sa religion.
Pour préparer ce concile , dans lequel il s'agissait de déposer un homme devenu Tidole de Paris et de la France par la pureté de ses mœurs, par la douceur de son caractère, et plus encore par la persécution, on détermina Louis XIV à faire enregistrer au parlement une déclaration par laquelle tout évéque qui n'aurait pas reçu la bulle purement et simplement serait tenu d'y souscrire , ou qu'il serait poursuivi suivant la
t . Cette opinion est tellement invraisemblable qu'on no peut Taccepter. Elle paraît cependant avoir été accréditée à cette époque, car on la retrouve dans les Ménjoires de SaintrSimon (chap. cdxiii) : « On lui voila avec soin ee que TÊvangile, et d'après cette divine loi les apôtres et tous les Pères enseignent sur la manière do prêcher Jésuft-Christ , de convertir les infidèles et les hérétiques, et de se conduire en ce qui regarde la religion. On toucha un dévot de la douceur de faire aux dipent d^autrui une pénitence facile^ qu'on lui persuada sûre pour l'autre monde. »
2. ÈàH de novembre 1764, enregistré au parlement de Paris, le l* dé éémbro de la mémo année, sous le ministère du duc de Choiscul.
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rigueur des canons. Le chancelier Voisin , secrétaire d*État de la guerre , dur et despotique , avait dressé cet édit. Le procureur généiral d*Aguesseau, plus versé que le chancelier Voisin dans les lois du royaume, et ayant alors ce courage d'esprit que donne la jeunesse , refusa absolument de se charger d'une telle pièce. Le premier président de Mesme en remontra au* roi les conséquences. On traîna l'affaire en longueur. Le roi était mourant; ces malheureuses disputes troublèrent et avancèrent ses dernier^ moments. Son impitoyable confesseur fa^ tiguait sa faiblesse par des exhortations continuelles à consommer un ouvrage qui ne devait pas faire chérir sa mémoire. Les domestiques du roi indignés lui refusèrent deux fois l'entrée de la chambre , et enfin ils le conjurèrent de ne point parler au roi de constitution. Ce prince mourut, et tout changea,
Leduc d'Orléans , régent du royaume , ayant renversé d'abord toute la forme du gouvernement deXouis XIV, et ayant substitué des conseils aux bureaux des secrétaires d'État, composa un conseil de conscience, dont le cardinal de Noailles fut le prudent. On exila le jésuite Le Tellier, chargé de la haine publique, et peu aimé de ses confrères. . Les évéques opposés à la bulle appelèrent à un futur concile, dût-il ne se tenir jamais. La Sorbonne, les curés du diocèse de Paris, des corps entiers de religieux firent le même appel ; et enfin le cardinal de Noailles fit le sien en 4747, mais il ne voulut pas d'abord le rendre public. On l'imprima, diton, malgré lui. L'Église de France resta divisée en deux factions, les acceptants et les refusante. Les acceptants étaient les cent évoques qui avaient adhéré sous Louis XIV avec les jésuites et les capucins. Les refusants étaient quinze évéques et toute la nation. Les acceptants se prévalaient de Rome ; les autres, des universités, des parlements et du peuple. On imiprimait volume sur volume, lettres sur lettres. On se traitait léciproquement de schisma tique et d'hérétique.
Un archevêque de Reims, du nom de Mailly, grand et heureux partisan de Rome , avait mis son nom au bas de deux écrits que le parlement fit brûler par le bourreau. L'archevêque l'ayant su fit chanter un Te Deum pour remercier Dieu d'avoir été outragé par des schismatiques. Dieu le récompensa : il fut cardinal. Un évéque de Soissons, nommé Languet , ayant essuyé le même traitement du [.arlement ^ «t ayant
signifié à ce corps qae < ce n*était pas à lui à le juger, même pour un érime de lèse-majesté , » il fut condamné à (Àx mille livres d'amende. Mais le régent ne voulut pas qu*il les payât, de peur, dit-il , qu'il ne devint cardinal aussi.
Rome éclatait en reproches; on se consumait en n^ociations; on appelait , on réappelait: et tout cela pour quelques passages , aujourd'hui oubliés , du livre d'un prêtre octogénaire t qui vivait d'aumônes à Amsterdam *.
La folie du système des finances* contribua plus qu'on ne croit à rendre la paix à l'Ëglîse. Le public se jeta avec tant de fureur dans le commerce des actions; la cupidité des hommes, excitée par cette amorce , fut si générale , que ceux qui parlèrent ensuite de jansénisme et de bullé ne trouvèrent personne qui les écoutât. Paris n'y pensait pas plus qu'à la guerre qui se faisait sur les frontières d'Espagne. Les fortunes rapides et incroyables qu'on faisait alors, le luxe et la volupté portés au dernier excès, imposèrent silence aux disputes ecclésiastiques; et le plaisir fit ce que Louis XIV n'avait pu faire.
Le duc'd'Orléans saisit ces conjonctures pour réunir l'Église de France. Sa politique y était intéressée. Il craignait des temps où il aurait eu contre lui Rome , l'Espagne et cent évêques ^
Il fallait engager le cardinal de Noailles non-seulement à recevoir cette constitution, qu'il regardait comme scandaleuse, mais à rétracter son appel* qu'il regardait comme légitime. II fallait obtenir de lui plus que Louis XIV, son bienfaiteur, ne lui avait en vain demandé. Le duc d'Orléans devait trouver les plus grandes oppositions dans le parlement, qu'il avait exilé à Pontoise ; cependant il vint à bout de tout. On composa un corps de doctrine qui contenta presque les deux partis. On lira parole du cardinal qu'enfin il accepterait. Le duc d'Orléans alla lui-même au grand conseil, avec les princes et les pairs, faire enregistrer un édit qui ordonnait l'acceptation de la bulle, la suppression des appels, l'unanimité et la paix. Le parlement , qu'on avait mortifié en portant au grand conseil des déclarations qu'il était en possession de recevoir, menacé d'ailleurs d'être transféré de Pontoise à Blois, enregistra ce
f . Le p. QucsDoI moanit en I7i9 : « Trente pages changées et adoucies dans son liTre auraient épar^^nô des querelles a sa patrie; mais il eût été ttûins célèbre. » (Voltaire, Lttlt des écrivainM français.)