‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 162 sur 168 · Le système de Law, contrôleur général sous le RégenL · texte numérisé non relu

Le système de Law, contrôleur général sous le RégenL

3. « On peut voir, dans le SiècU de Louis XV, quelles flureot les Tues et la conduite du Ké^'eut.» (Nulc de Voltaire.)

W/LLK OU CONSTITUTION UNICENITUS. 51 1

que le grand conseil avait enregistré, mais tonjotirs avec les réserves d'usage, c*estrà-dire le maintien des libertés de l'Église gallicane el des lois du royaume.

Le cardinal archevêque , qui avait promis de se rétracter quand ^ parlement obéirait, se vit enfin obligé de tenir parole; et on afficha son mandement de rétractation lo 20 auguste 4720.

Le nouvel archevêque de Cambrai, Dubois, fils d'un apo* thicaire de Brives-là-^aillarde , depuis cardinal et premier ministre , fut celijii qui eut le plus de part à cette affaire, dans laquelle la puissance de Louis XIV avait échoué. Personne n'ignore quelles étaient la conduite, la manière de penser, les mœurs de ce ministre. Le licencieux Dubois subjugua le pieux Noailles. On se souvient avec quel mépris le duc d'Orléans et son ministre parlaient (des querelles qu'ils apaisèrent, quel ridicule ils jetèrent sur cette guerre de controverse. Ce mépris et ce ridicule servirent encore à la paix. On se lasse enfin de combattre pour des querelles dont le monde rit.

Depuis ce temps , tout ce qu'on appelait en France jansé> nisme.. qviétisme. bulles, querelles théologîques , baissa sensiblement. Quelques évêques appelants restèrent opiniâtrement attachés à leurs sentiments.

Mais il y eut quelques évêques connus et quelques ecclésiastiques ignorés qui persistèrent dans leur enthousiasme janséniste. Ils se persuadèrent que Dieu allait détruire la terre, puisqu'une feuille de papier, nommée bulle, imprimée en Italie, était reçue en France. S'ils avaient seulement considéré sur quelque mappemonde le peu de place que la France et l'Italie y tiennent, et le peu de figure qu'y font des évêques de province et des habitués de paroisse , ils n'auraient pas écrit que Dieu anéantirait le monde entier pour l'amour d'eux , et il faut avouer qu'il n'en a rien fait. Le cardinal de Fleury eut une autre sorte de folie, celle de croire ces pieux énergumènes dangereux à l'État.

Il voulait plaire d'ailleurs au pape Benoît XIII , de l'ancienne maison Orsini, mais vieux moine entêté, croyant qu'une bulle émane de Dieu même. Orsini et Fleury firent donc convoquer un petit concile dans Embrun , pour condamner Soanen, évêque d'un village nommé Senez ', âgé de quatre-

I. I/6vôché de Senez ^Basses-Alpes) a ctc supprime par le concordat de 1801.

5 ta CHAPITRE XXXVll.

vingt«nn ans, ci-devant prêtre de rOratoiref janséniste beaucoup plus entêté que le pape.

Le président de ce concile était Tencin , archevêque d'Embrun , homme plus entêté d'avoir le chapeau de cardinal que do soutenir une bulle. Il avait été poursuivi au parlement de Paris comme simoniaque, et regardé dans le public comme un prêtre incestueux q^ii friponnait au jeu. Mais il avait converti Law , le banquier, contrôleur général ; et de presbytérien écossais il en avait fait un Français catholique. Cette bonne œuvre avait valu au convertisseur beaucoup d'argent et l'archevêche d'Embrun.

Soanen passait pour un saint dans toute la province. Le simoniaque condamna le saint, lui interdit les fonctions d'évêque et de prêtre, et le relégua dans un couvent de bénédîc^ tins au milieu des montagnes , où le condamné pria Dieu pour le convertisseur jusqu'à Tâge de quatre-vingt-quatorze ans.

Ce concile, ce Jugement, et surtout le président du concile, indignèrent toute la France, et au bout de deux jours ou n'en parla plus.

Le pauvre parti janséniste eut recours à des miracles ; mais les miracles ne faisaient plus fortune. Un vieux prêtre de Reims , nommé Rousse , mort , comme on dit , en odeur de sainteté , eut beau guérir les maux de dents et les entorses ; le saint sacrement, porté dans le faubourg Saint -Antoine à Paris , guérit en vain la femme Lafos^e d'une perte de sang , au bout de trois mois , en la rendant aveugle *.

Enûn des enthousiastes s'imaginèrent qu'un diacre, nommé Paris , frère d'un conseiller au parlement , appelant et réappelant, enterré dans le cimetière de Saint-Médard , devait faire des miracles. Quelques personnes du parti , qui allèrent prier sur son tombeau , eurent l'imagination si frappée , que leurs organes ébranlés leur donnèrent de légères convulsions. Aussitôt la tonibe fut environnée de peuple : la foule s'y près-

f. Voltaire, encore jeune alors, avait éto voir M»* Lafosse avec la foule des curieux ou des enihousiasies, et il pouvait parler du miracle en connaissance de cause. H en plaisanie dans ses lettres > et il écrit à M"* la présidente de Bernières (20 août i725) : « J'ai dans le inonde un petit vernis de dévotion que le miracle du raui>ourg Saint-Antoine m'a donné. La femme aa miracle csi vNiue ce malin dans ma chambre. Voyez-vous quel honneur je fais à votre maison, et en quelle odeur de sainteté nous allons être? H. le cardinal de Noailles a fait i.n beau mandement à l'occasion du miracle; et, pour cuniMe ou d'l<onncur ou de ridicule, je suis cité dans le mandement on m'a invité er. ccrcmoni'» a assister \u T# 'Vuni q«ii sera cbanté ù Notre- Dame eu ucliDiis de srhcca. *

DECADENCE D0 JANSÉÎÏISME. 513

fiait jour et nuit. Ceux qai moiitatent sur la tombe donnaient à leurs corps des secousses qu'ils prenaient eux-mêmes pour des prodiges. Les fauteurs secrets du parti encourageaien cette frénésie. On priait en langue vulgaire autour du ton>* beau : on ne parlait que de sourds qui avaient entendu quel* ques paroles , d'aveugles qui avaient entrevu , d'estropiés qu avaient marché droit quelques moments. Ces prodiges étaient même juridiquement attestés par une foule de témoins qui la avaient presque vus , parce qu'ils étaient venus dans Tespé rance de les voir. Le gouvernement abandonna pendant un mois cette maladie épidémique à elle-même. Mais le concours augmentait; les miracles redoublaient; et il fallut enfin fermer le cimetière» et y mettre une garde *. Alors les mêmes enthousiastes allèrent faire leurs miracles dans les maisons. Ce tombeau du diacre Paris fut en effet le tombeau du jansénisme dans l'esprit de tous les honnêtes gens. Ces farces auraient eu des suites sérieuses dans des temps moins éclairés. II senU)lait que ceux qui les protégeaient ignorassent à quel siècle ils avaient affaire.

La superstition alla si loin , qu'un conseiller du parlement» nommé Carré, et surnommé Montgercn^ eu^a démence dQ présenter au roi en 4736 un recueil de tous ces prodiges» muni d'un nombre considérable d'attestations. Cet homme insensé , organe et victime d'insensés , dit , dans son mémoire au roi , « qu'il faut croire aux témoins qui se font égorger pour soutenir leurs témoignages. » Si son livre subsistait un jour » et que les autres fussent perdus, la postérité croirait que notre siècle a été un temps de barbarie.

Ces extravagances ont été en France les derniers soupirs d'une secte qui , n'étant plus soutenue par des Ârnauld , des Pascal et des Nicole, et n'ayant plus que des convulsion* naires , est tombée dans l'avilissement ; on n'entendrait plus parler de ces querelles qui déshonorent la raison et font tort à la religion , s'il ne se trouvait de temps en temps quelques esprits remuants , qui cherchent dans ces cendres éteintes quelques restes de feu dont ils essayent de faire un incendie. Si jamais ils y réussissent , la dispute du molinisme et du jahsé*

I I . On sait qu*un bel esprit écrivit sur les portes du cimetière : j De par le roi défense à Dieu

De faire miracle en ce lieu.

te fcepticisme profitait seul de ces malheureuses querelles.

^14 CBAP. XXXVII. DÉCADENCE DO JANSENISME.

nisme né sera phis l'objet des troubles. Ce qai est devenu ridicule ne peut plus être dangereux. La querelle changera de nature. Les hommes ne manquent pas de prétextes pour so nuire quand ils n'en ont plus de cause.

La religion peut encore aiguiser les poignards. Il y a toujours dans la nation un peuple qui n'a nul commerce avec les honnêtes gens , qui n'est pas du siècle , qui est inaccessible aux progrès de la raison , et sur qui l'atrocité du fanatisme conserve son empire , comme certaines maladies qui n'attaquent que la plus vile populace.

Les jésuites semblèrent entraînés dans la chute du jansénisme ; leurs armes émouasées n'avaient plus d'adversaires à combattre : ils perdirent à la cour le crédit dont Le Tellier avait abusé ; leur Journal de Trévoux^ ne leur concilia ni l'estime ni l'amitié des gens de lettres. Les évéques sur lesquels ils avaient dominé les confondirent avec les autres religieux^ et ceux-ci, ayant été abaissés par eux , les rabaissèrent à leur tour. Les parlements leur firent sentir plus d'une fois ce qu'ils pensaient d'eux en condamnant quelques-uns de leurs écrits qu'on aurait' pu oublier. L'Université , qui commençait alors à faire de bonnes études dans la littérature et à donner une excellente éducation , leur enleva une grande partie de la jeunesse; et ils attendirent , pour reprendre leur ascendant, que le temps leur fournit des hommes de génie et des conjonctures favorables; mais ils furent bien trompés dans leurs espérances: leur chute , l'abolition de leur ordre en France, leur bannissement d'Espagne , de Portugal , de Naples , a fait voir enfin combien Louis XIV avait eu tort de leur donner sa confiance.

Il serait très-utile à ceux qui sont entêtés de toutes ces disputes de jeter les yeux sur l'histoire générale du monde ; car en observant tant de nations , tant de mœurs , tant de religions différentes , on voit le peu de figure que font sur la terre un moliniste et un janséniste. On rougit alors de sa frénésie pour un parti qui se perd dans la foule et dansTimmensité des choses.

i. Ce journal littëraire, plui connu sous le nom de Mémo'ret de Trévoux, fut publié par les jésuites, à {>artir de 1701, à Trévoux (Ain), où le duc du Maine, prince de Dombei , aTait établi une imprimerie. Ses principaux rédacteurs furent Buffier, Toumemine et le P. Tellier lui-même. Voltaire juge sévèrement ici le journal de Trévoux. Cependant on voit, dans sa correspondance, qu'il envoya plus d'une fois ses ouvrages aux révérends pères, en leur demandant leur avis, c'est-à-dire quelques mots d'éloge.

CDAPITHE XXXVIII. DU QDIÉTISME. 515

Du qniétisme.

Au milieu des factions du calvinisme et des querelles du jansénisme, il y eut encore une division en France sur le quiétisme. C'était une suite malheureuse des progrès de l'esprit humain dans le siècle de Louis XIV , que Ton s'efforçât de pas» fier presque en tout les bornes prescrites à nos connaissances, ou plutôt c'étaiit une preuve qu'on n'avait pas fait encore assez de progrès.

La dispute du quiétisme est une de ces intempérances d'es«prit et de ces subtilités théologiques qui n'auraient laissé aucune trace dans la mémoire des hommes, sans les noms des deux illustres rivaux qui combattirent. Une femme sans crédit, sans véritable esprit, et qui n'avait qu'une imagination échauffée , mit aux mains les deux plus grands hommes qui fussent alors dans l'Église. Son nom était Jeanne Bouvier du La Motte. Sa famille était originaire de Montargis. Elle avait épousé le fils de Guyon, entrepreneur du canal de Briare. De* venue veuve dans une assez grande jeunesse , avec du bien , de la beauté et un esprit fait pour le monde , elle s'entêta do ce qu'on appelle la spiritualité. Un barnabite ' du pays d'Annecy, près de Genève, nommé Lacombe, fut son directeur. Cet homme, connu par un mélange assez ordinaire de passions et de religion , et qui est mort fou , plongea l'esprit de sa pénitente dans des rêveries mystiques dont elle était déjà atteinte. L'envie d'être une sainte Thérèse* en France ne lui permit pas de voir combien le génie français est opposé au génie espagnol, et la ût aller beaucoup plus loin que sainte Thérèse. L'ambition d'avoir des disciples, la plus forte peut-être de toutes les ambitions, s'empara tout entière de son cœur.

Son directeur Lacombe la conduisit en Savoie dans son petit pays d'Annecy , où Tévêque titulaire de Genève fait sa résidence. G^était déjà une très-grande indécence à un moine do

1. Lea bamabites étaient des clercs réguliers de la congrégation de Saint- Barnabe, instituée à Milan, au milieu du xvi« siècle, pour contèsser, prùcbur, instruire la Jeunesse, etc.

- ?. Sainte Thérèse, née en 1515 à Ayila, dans la Vieille-Castille, morte en 1582, canonisée en i62l.Ses principaux ouvrages, dont ie titre seul indique assez les tendances mystiques, s<jiit le Chemin dt la perfection, le Château ue Vâme \q& Ventées sur l'amour de Dieu etc.

5t6 CHAPITRE XXXVIIl.

conduire une jeune leuve hors de sa patrie; mais c*e8t ainsi qu'en ont usé presqu3 tous ceux qui ont voulu établir une s^ecte : ils traînent presque toujours des femmes avec eux. La r jeune veuve se donna d*abord quelque autorité dans Annecy

par sa profusion en aumônes. Elle tint des conférences ; elle prêchait le renoncement entier à soi-même, le silence de l'Âme, . ^anéantissement de toutes ses puissances, le culte intérieur, i amour pur et désintéressé qui n*est ni avili par la crainte, ni iinimé de l'espoir des récompenses.

Les imaginations tendres et flexibles, surtout celles des Tommes et de quelques jeunes religieux , qui aimaient plus qu'ils ne croyaient la parole de Dieu dans la bouche d'une belle femme , furent aisément touchées de cette éloquence de paroles , la seule propre à persuader tout à des esprits préparés. Elle ût des prosélytes. L'évèque d'Annecy obtint qu'on la fit sortir du pays , elle et son directeur. Ils 8*en altèrent à Grenoble. Elle y répandit un petit livre intitulé le Moyen court \ et un autre sous le nom des Torrenls, écrits du style dont elle parlait , et fut encore obligée de sortir de Grenoble.

Se flattant déjà d'être au rang des confesseurs, elle eut une vision, et elle prophétisa. Elle envoya sa prophétie au P. La-^ combe. « Tout l'enfer se bandera, dit-elle, pour empêcher les progrès de Tin teneur et la formation de Jésus-Christ dans les âmes. La tempête sera telle qu'il ne restera pas pierre sur pierre, et il me semble que dans toute la terre il y aura trouble, guerre et renversement. La femme sera enceinte de l'esprit intérieur, et le dragon se tiendra debout devant elle. »

La prophétie se trouva vraie en partie : Tenfer ne se banda point; mais étant revenue à Paris, conduite par son directeur, et lun et l'autre ayant dogmatisé en 4 G87, l'archevêque de llarlay de Chanvalon obtint un ordre du roi pour faire en- \ fermer Lacombe comme un séducteur, et pour mettre dans un

couvent M*"* Guyon comme un esprit aliéné qu'il fallait guérir; mais M"** Guyon, avant ce coup, s'était fait des proteaions qui la servirent. Elle avait oAnâ la maison de Saint-Cyr, encore naissante, une cousitlè, nommée M""* de La Maisonfort, favorite de M*"* de Main^enon. Elle s'était insinuée dans l'esprit des duchesses de Chevrcuse et de Beauvilliers. Toutes ses amios se plaignirent hautement que l'archevêque de llarlay,

1* Ce livre est luliiuli^: Moyen court et irèi-f^iU âefairt Voraiton. (Grenotle, 16810

MADAME GDYON. 5l7

connu pour aimer trop les femmes,' persécutât une femme qui ne parlait que de l'amour de Dieu.

La protection toute-puissante de M"** de Maintenon imposa silence à Tarchevéque de Paris, et rendit la liberté à M"»* Guyon. Elle alla à Versailles, s'introduisit dans SaintCyr, assista à des conférences dévotes que faisait l'abbé do Fénelon , apreâ avoir dîné en tiers avec M"** de Maintenon. La princesse d'Har* court, les duchesses de Cbevreuse , de Beauvilliers et de Cha* rost étaient de ces mystères.

L'abbé de Fénelon, alors précepteur des enfants de France, était l'homme de la cour le plus séduisant. Né avec un cœur tendre et une imagination douce et brillante, son esprit était nourri de la fleur des belles-lettres. Plein dégoût et de grâces, il préférait dans la théologie tout ce qui a Tair touchant et sublime à ce qu'elle a de sombre et d'épineux. Avec tout cola, il avait je ne sais quoi de romanesque, qui lui inspira, non pas les rêveries de M""* Guyon , mais un goût de spiritualité qui ne s'éloignait pas des idées de cette dame.

Son imagination s'échauffait par la candeur et par la vertu, comme les autres s'enflamment par leurs passions. Sa passion était d'aimer Dieu pour lui-même. Il ne vit dans M"* Guyon qu'une âme pure éprke du même goût que lui, et se lia sans scrupule avec elle *.

Il était étrange qu'il fût séduit par une femme à révélations, à prophéties et à galimatias, qui suffoquait de la grâce intérieure, qu'on était obligé de délacer, et qui se vidait (à ce qu'elle disait) de la surabondance de grâce pour en faire enfler le corps de l'élu qui était assis auprès d'elle ; mais Fénelon, dans l'amitié et dans ses idées mystiques , était ce qu'on est en amour : il excusait les défauts, et ne s'attachait qu'à ia conformité du fond des sentiments qui Tavaient charmé.

M'"* Guyon, assurée et fîèred'un tel disciple qu'elle appelait son fils, etcoraptanUmêmesurM"* de Maintenon, répandit dans Saint-Cyr toutes ses idées. L'évoque de Chartres, Godet, dans le diocèse duquel est Saint-Cyr, s'en alarma, et s'en plaignit. L'archevêque de Paris menaça encore de recommencer SCS premières poursuites.

1. M Dans ces temps-là , obscur encore , il entendit parler de M"* Gayon , oui a fait depuis tant de bruit dans le monde. 11 la vit , leur esprit se plut v\zn à Tautre, leur sublime s'amalgama. Je ne sais s'ils s'entendirent bien clairement dans ce système et cette langue nouvelle (ju'on vit éclore d'o.:x diuii les suites; mais ils se le persuadèrent, et la liaison se forma entre eux.» CSaint-Siffion, cbap. xxxi.)

11°" de Maintenon , qui ne pensait qu*à faire de Saint-Cyr i un séjour de paix, qui savait comlûen ie roi était ennemi d« toute nouveauté, qui n'avait pas besoin pour se donner de la considération de se mettre à la tète d'une espèce de secte, et qui enfin n'avait en vue que son crédit et son repos , rompit tout commerce avec M"" Guyon et lui défendit le séjour de Saint-Cyr.

L'abbé de Fénelon voyait un orage se former, et craignît de manquer les grands postes où il aspirait. Il conseilla à son amie de se mettre elle-même dans les mains du célèbre Bossuet, évéque de Meaux, regardé comme un Père de TËglise. Elle so soumit aux décisions de ce prélat, communia de sa main, et lui donna tous ses écrits à examiner.

L'évêque de Meaux, avec Fagrément du roi, s'associa pour cet examen Tévèque de Cbâlons, qui fut depuis le cardinal de Noailles, et Tabbé Tronson, supérieur de Saint-Sulpice. Ils s'assemblèrent secrètement au village d'Issy, près de Paris L'archevôque de Paris, Chanvalon, jaloux que d'autres que lui se portassent pour juges dans son diocèse, fît afficher une censure publique des livres qu'on examinait. M"* Guyon se retira dans la ville de Meaux même ; elle souscrivit à tout ce quo l'évéque Bossuet voulut , et promit de ne plus dogmatiser.

Cependant Fénelon fut élevé à l'archevêché de Cambrai en 4 695, et sacré par l'évéque de Meaux. Il semblait qu'une affaire assoupie, dans laquelle il n'y avait eu jusque-là que du ridicule, ne devait jamais se réveiller. Mais M™» Guyon, î accusée de dogmatiser toujours, après avoir promis le silence, fat enlevée par ordre du roi, dans la même année 4695, et mise en prison à Vincennes, comme si elle eût été une personne dangereuse dans l'État. Elle ne pouvait l'être, et ses pieuse rêveries ne méritaient pas l'attention du souverain. Elle composa à Vincennes un gros volume de vers mystiques, plus • mauvais encore que sa prose; elle parodiait les vers des opéras. Elle chantait souvent :

I/ainour pur et parfait va plus loin qu'un ne pense ;

< )n ne sait pas, lorsqu'il commence,

Tout ce qu'il doit coûter un jour.

Blon cœur n^aurait connu Vincennes ni souQTrance,

S'il n'eût connu le pur amour '.

4 . Ces vers soot parodiés de OuinmlL TkétH* acte II. sccne l

CONDAMNATION DE FENELON. 519

Les opinions des hommes dépendent des temps, des lieux et des circonstances. Tandis qu'on tenait en prison M"» Guyon, qui avait épousé Jésus-Christ dans une de ses extases , et qui depuis ce temps-là ne priait plus les saints, disant que la maîtresse de la maison ne devait pas s'adresser aux domestiques; <ians ce temps- là, dis-je, on sollicitait à Rome la canonisation de Marie d'Agréda, qui avait eu plus de visions et de révélations que tous les mystiques ensemble : et pour mettre le comble aux contradictions dont ce monde est plein, on poursuivait en Sorbonne cette même d'Agréda, qu'on voulait faire «ainte en Espagne. L'université de Salamanque condamnait la Sorbonne, et en était condamnée. Il était difficile de dire de quel côté il y avait le plus d'absurdité et de folie ; mais c'en 9st sans doute une très-grande d*avoir dmné à toutes les extravagances de celte espèce le poids qu'elles ont encore quelquefois *.

Bossuet, qui s'était longtemps regardé comme le père et le maître de Fénelon, devenu jaloux de la réputation et du crédit de son disciple, et voulant toujours conserver cet ascendant qu'il avait pris sur tous ses confrères, exigea que le nouvel archevêque de Cambrai condamnât M"* Guyon avec lui et souscrivît à ses instructions pastorales. Fénelon ne voulut lui sacrifier ni ses sentiments ni son amie. On proposa des tempéraments; on donna des promesses : on se plaignit de part et d'autre qu'on avait manqué de parole. L'archevêque de Cambrai , en partant pour son diocèse , fit imprimer à Paris son livre des Maximes des saints, ouvrage dans lequel il crut rectifier tout ce qu'on reprochait à son amie, et développer les idées orthodoxes des pieux contemplatifs qui s'élèvent audessus des sens, et qui tendent à un état de perfection où les âmes ordinaires n'aspirent guère L'évêque de Meaux et ses amis se soulevèrent contre le livre. On le dénonça au roi , comme s'il eût été aussi dangereux qu'il était peu intelligible^.

1 . « Ce qu'on aurait dû remarquer, c'est que le quiétisme est dans don i^uichotte. Ce chevalier errant dit qu'on doit servir Dulcinée sans autre récompense que celle d'ôtre son chevalier. Sancho lui répond : « Con esta . « mancra de amor he oido yo predîcar que se ha de amar à Nuestro Seflor

« por si solo, sinque nos mueva esperanza de gloria, ô temor de pena : aunque « yo le qnerria amar y servir por lo que pudiese. » (Note de Voltaire.) — Le texte espagnol signifie ; J'ai entendu prêcher qu'il faut aimer Noire-Seigneur pour Im-même, et d'un amour qui ne soit inspiré ni par l'espérance de« t)éatitude8 célestes ni par la crainte des châtiments : et cependant jo voudraiit l'aimer et le servir par quelque motif que ce fût.

2. « Il fit a* hvre inintelligible à qui n'est pas théoloKien versé dans le

520 CHAPITRE XXXVIU.

Le roi en parla à Bossuet , dont il respectait la réputation et les lumières. Celui-ci, se jetant aux genoux do son prince, lui demanda pardon de ne l'avoir pas averti plus tôt de la fatale hérésie de M. de Cambrai.

Cet enthousiasme ne parut pas sincère aux nombreux amis de Fénelon. Les courtisans pensèrent que c'était un tour do rx)urtisan. Il était bien difficile qu'au fond un homme comme Bossuet regardât comme une hérésie fatale la chimère pieuse d'aimer Dieu pour lui-même. Il se peut qu'il fût de bonne foi dans sa haine pour cette dévotion mystique, et encore plus dans sa haine secrète pour Fénelon , et que, confondant Tune avec l'autre, il portât de bonne foi celte accusation contre son confrère et son ancien ami , se figurant peut-être que des délations qui déshonoreraient un homme de guerre honorent un ecclésiastique, et que le zèle de la religion sanctiGe les procédés lâches.

Le roi et M""' de Maintenon consultent aussitôt le P. de La Chaise; le confesseur répond que le livre de l'archevêque est fort bon, que tous les jésuites en sont édifiés, et qu'il n'y a que les jansénistes qui le désapprouvent. L'évoque de Meaux n'était pas janséniste ; mais il s'était nourri de leurs bons écrits. Les jésuites ne l'aimaient pas, et n'en étaient pas aimés.

La cour et la ville furent divisées, et toute l'attention tournée de ce côté laissa respirer les jansénistes. Bossuet écrivit contre Fénelon. Tous deux envoyèrent leurs ouvrages au pape Innocent XII, et s'en remirent à sa décision. Les circonstances ne paraissaient pas favorables à Fénelon : on avait depuis peu condamné violemment à Rome, dans la personne de l'Espagnol Molinos, le quiélisme dont on accusait l'archevêque de Cambrai. C'était le cardinal d'Estrées, ambassadeur de France à Rome, qui avait poursuivi Molinos. Ce cardinal d'Estrées, que nous avons vu dans sa vieillesse plus occupé des agré-

plug mystique , qu'il intitula Maximes des saints^ et le mit en deux colonnes t la première contenait les maximes qu'il donne pour orthodoxes ei pour celles des saints 'fTautre, les maximes dangereuses, suspectes ou erronées, qui est Tabus qu'on a fait et qu'on peut faire de la bonne et saine mysticité. Si on fut choqué de ne le trouver appuyé d'aucune approbation , on le fut bien davantage du style confus et embarrassé, de la barbarie des termes oui faisait comme une langue étrangère, enfin de rélévation et do la recj.erche dos pensées qui faisaient perdre haleine, comme dans l'air trop subtil de la moyenne région. On ne parlait d'autn^ chose jusque cnéi les dames : à proims de quoi on renouvela ce mot échappé à M»'« de Scvigué lors de la ciia- Icor deâ disputes sut la sràce : « Ëpaississcz^moi un peu la religion, qui y B'ôvauore toute à force d être substilisco. » (Sumi-Simou , chap. xlv. )

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