‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 163 sur 168 · CONDAMNATION M FÉNELON · texte numérisé non relu

CONDAMNATION M FÉNELON

ments de la société que de théologie, avait persécuté Moiinos pour plaire aux ennemis de ce malheureux prêtre. Il avair même engagé le roi à solliciter à Rome la condamnation qu'il obtint aisément: de sorte que Louis XIV se trouvait, sans le savoir, Tennemi le plus redoutable de l'amour pur des mystiques.

Bien n'est plus aisé, dans ces matières délicates, que do trouver dans un livre qu'on juge des passages ressemblants à ceux d'un livre déjà proscrit. L'archevêque de Cambrai avait pour lui les jésuites, le duc de Beauvilliers, le duc de Chevreuse, et le cardinal de Bouillon, depuis peu ambassadeur de Franco à Rome. M. de Meaux avait son grand nom et Tadhésion des principaux prélats de France. Il porta au roi les signatures de plusieurs évoques et d'un grand nombre de docteurs, qui tous s'élevaient contre le livre des Maximes des saints.

Telle était l'autorité de Bossuet, que le P. de La Chaise n'osa soutenir l'archevêque de Cambrai auprès du roi son pénitent, et que M** de Maintenon abandonna absolument son ami. Lg roi écrivit au pape Innocent XII qu'on lui avait déféré le livre de l'archevêque de Cambrai comme un ouvrage pernicieux, qu'il l'avait fait remettre aux mains du nonce, et qu'il pressait Sa Sainteté de juger.

On prétendait, on disait même publiquement à Rome, et c'est un bruit qui a encore des partisans, que l'archevêque de Cambrai n'était ainsi persécuté que parce qu'il s'était opposé à la déclaration du mariage secret du roi et de M"* de Maintenon. Les inventeurs d'anecdotes prétendaient que cette dama avait engagé le P. de La Chaise à presser le roi 'de la reconnaître pour reine; que le jésuite avait adroitement remis cette commission hasardeuse à l'abbé de Fénelon, et que ce pré* cepteur des enfants de France avait préféré l'honneur de la France et de ses disciples à sa fortune; qu'il s'était jeté au:< pieds de Louis XIV pour prévenir un éclat dont la bizarrerie lui ferait plus de tort dans la postérité qu'il n'en recueillerait de douceurs pendant sa vie *.

Il est très-vrai que, Fénelon ayant continué l'éducation du duc de Bourgogne depuis sa nomination à l'archevêché de Cambrai, le roi, dans cet intervalle, avait entendu parler confusément de ses liaisons avec M"* Guyon et avec M*"* de La

i.«Ce conte se retronve dSins^V Histoire de Louis XIV imprimce à Avignon. Ceux qui ont approclié de ce monarque et de M""» de Maintenon, savent à quel point tout cela est éloigné de la vérité, m ( Note de VoV* taire.)

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Uaisonfort. Il crut d'ailleurs qu'il inspirait au duc de Boor* ^ogne des maximes un peu austères, et des principes de gouvernemen*. et de morale qui pouvaient peutrétre devenir un jour une jcnsure indirecte de cet air de grandeur, de cette avidité c' j gloire, de ces guerres légèrement entreprises, de ce goût pour les fêtes et pour les plaisirs, qui avaient caractérisé son rogne.

n voulut avoir nue conversation avec le nonrel archevêque sur ses principes de politique. Fénélon, plein de ses idées, lalssi entrevoir au roi une partie des maximes qu'il développa ensuite dans les endroits du TéUmaque où il traite du gonver* nement; maximes plus approchantes de la république de Platon que de la manière dont il faut gouverner les hommes. Le roi, après la conversation, dit qu'il avait entretenu le plus bel espritet le plus chimérique de son royaume '.

Le duc de Bourgogne fut instruit de ces paroles du roi. Il les

redit quelque temps après à M. deMaiezieu, qui lui enseignait

la géométrie. Cest ce que je tiens de M. de Maiezien, et ce

que le cardinal de Fleury m*a confirmé.

Depuis cette conversation , le roi crat aisément que Fé-

1. Nous n avons pas à exposer les principes politiques de Fénelon et dans le Télémaque et dans ses autres ouvrages t disons sealement que de nos jours on a fait honneur à Tarcnevèque de Cambrai d'un libérahtme qui n'était pas dans sa pensée. Fénelon est libéral comme le duc de Saint-Simon. A côté de maiimcs excellentes et véritablement chrétiennes, on voit percer un attachement exclusif pour la noblesse à laqueUe il appartenait, et on dédain mal dissimulé pour le tiers état. 11 suffit de rappeler quelques-unes des rcTornies quMl proposa au duc de Bourgogne, après la mort du grand Dauphin, alors que ce jeune prince semblait appelé à succéder à son grandpère : « Maison du roi remplie des seuls nobles choisis : gardes, gendarme-:, cnevaii- légers. Nulle place militaire vénale : nobles préférés, llattres d'hôtel, i;eniilshon;mes ordinaires, tous nobles vérifiés; seulement valets ou garçons de la chambre pour le grossier service : toutes autres charges plus considérables aux nobles vérifiés. — Ordre du Saint-Esprit pour les seules maisons distinguées par leur éclat, par leur ancienneté sans origine connue; ordrede Saint-Michel pour honorer le service de bonne noblesse inférieure : ni Tun nî l'autre pour les militaires sans naissance proportionnée.— Lechancelier,cber du tiers état, devrait avoir un moindre rang, comme autrefois. Grand choix des premiers prcs^idents et des procureurs généraux ; préférence des nobles aux roturiers, à mérite égal, pour les places de présidents et de conseillers ; m^isirats d'cpce et avec Tépée au côté au lieu de robe, quand on pourra ; rétablir le droit da bailli d'épée ; lieutenant général et lieutenant criminel, nobles, s'il se peut; conservation aux seigneurs de certains droiu sur leurs vassaux pour leurs fiefs, ainsi oue les droits de garde et service militaire sur leurs paysans, eu:., etc. » (Plant de gouvernement, concertés avec le duc de Chevreuse, f)r,dr être proposés au duc de Bouri^ogne, novembre 171 1 . ) Voilà le libéralisme de Fénelon, dont on a voulu faire un des précurseurs de la Révolution française dans notre temps de paradoxes et d'erreurs histonques. Le contraire serait bien plutôt la vérité : c'est dans le passé, ec dans on pansé de trois siècles, que l'auteur du Télémaque et son illustre ami cherchaient le modèl^ de )a monarchie et l'idéal do la France moderne

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