‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 166 sur 168 · DISGRACE DU CARDINAL DE BOUILLON · texte numérisé non relu

DISGRACE DU CARDINAL DE BOUILLON

13 a prêtre italien^ nommô Giori) qui était .auprès de lui Tespion de la faction contraire , s'introduisit dans sa confiance et ie calomnia dans ses lettres; et, poussant la perfidie jusqu'au bout, il eut la bassesse de lui demander un secours de mille ecus; et après l'avoir obtenu , il ne le revit jamais. Ce furent les lettres de ce misérable qui perdirent le carîdinai de Bouillon à la cour. Le roi l'accabla de reproches, comme s'il avait trahi l'État. Il parËiît pourtant, par toutes ses dépêches, qu'il s'était conduit avec autant de sagesse que de dignité.

Il obéissait aux ordres du roi en demandant la condamna* tion de quelques maximes pieusement ridicules des mystiques, qui sont les alchimistes doJa religion; mais il était fidèle à l'amitié en éludant les cou^s que l'on voulait porter à la personne de Fénelon. Suppcsé qu'il importât à l'Église qu'on n'aimât pas Dieu pour luVmême , il n'importait pas que l'archevêque de Cambrai fût flétri. Mais le roi malheureusement voulut que Fénelon fût condamné: soit aigreur contre lui, ce qui semblait au-dessous d'un grand roi ; soit asservissement au parti contraire, ce qui semble encore plus au-dessous de la dignité du trône. Quoiqu'il en soit, il écrivit au cardinal de Bouillon, le 46 mars 4609, une lettre de reproches très* mortifiante. Il déclare dans cette lettre qu'il veut la condamnation de l'archevêque de Cambrai : elle est d'un homme piqué. Le Télémame faisait alors un grand bruit dans toute l'Europe; et les Maximes dea saints, que le roi n'avait point lues, étaient punies des maximes répandues dans le Télémaque , qu'il avait lues*.

On rappela aussitôt le cardinal de Bouillon. II partit; mai» ayant appris, à quelques milles de Rome, que le cardinal doyen était mort, il fut obligé de revenir sur ses pas pour prendre possession de cette dignité qui lui appartenait de droit, étant, quoique jeune encore, le plus ancien des cardinaux.

La place de doyen du sacré collège donne à Rome de trèsgrandes prérogatives ; et, selon la manière de penser de ce temps-là, c'était une chose agréable pour la France qu'elle fût occupée par un Français.

Ce n'était point d'ailleurs nianquer au roi que de se mettre

I. Voltaire se trompe, car le Télémaque ne parut qu'après la condamnation des Maximes des saints : les premières feuilles de cet ouvrage, dérobées pa^ uu secréuire infidèle, furent imprimées au mois d'avril 1699» quelques semaines aprè» le bref du pape Innocent Xll. (Voy. au chap. xxiu les deux notes de la page 428.)

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en possession de. son bien, et départir ensuite. Cependant celte démarche aigrit le roi sans retour. Le cardinal en arrivant en France fut exilé, et cet exil dura dix années entières.

Enfin, lassé d'une si longue disgrâce , il prit le parti de sor* tir de France pour jamais en 4740, dans le temps qne Louis XIV semblait accablé par les alliés, et que le royaume était menacé de tous côtés.

Le prince Eugène et le prince d'Auvergne > ses parents , le reçurent sur les frontières de Flandre, où ils étaient victorieux. Il envoya au roi la croix de Tordre du Saint-Esprit, et la démission de sa charge de grand aumônier de France, en lui écrivant ces propres paroles : c Je reprends la liberté que me donnaient ma naissance de prince étranger , Gis d*un souverain , ne dépendant que de Dieu, et ma dignité de cardinal de la sainte Église romaine et de doyen du sacré collège.... Je tâcherai de travailler le reste de mes jours à servir Dieu et rÉglise dans la première place après la suprême, etc. »

Sa prétention de prince indépendant lui paraissait fondée, non-seulement sur l'axiome dé plusieurs jurisconsultes qui assurent que qui renonce à tmU n'est plus tenu à rien , et que tout homme est libre de choisir son séjour , mais sur ce qu'en effet ce cardinal était né à Sedan dans le temps que son père était encore souverain de Sedan : il regardait sa qualité de prince indépendant comme un caractère ineffaçable; el quant au titre de cardinal doyen , qu'il appelle la première place après la suprême , il se justifiait par lexemple de tous ses prédécesseurs, qui ont passé incontestablement avant les rois à toutes les cérémonies de Rome.

La cour de France et le parlement de Paris avaient des maximes entièrement différentes. Le procureur général d'Aguesseau, depuis chancelier, l'accusa devant les chambres assemblées, qui rendirent contre lui un décret de prise de corps, et confisquèrent tousses biens. Il vécut à Rome, honoré, quoique pauvre, et mourut victime du quiélisme qu'il méprisait, et de l'amitié qu'il avait noblement conciliée avec wn devoir.

Il ne faut pas omettre que, lorsqu*il se retira des Pays-Bas à Rome, on sembla craindre à la cour qu'il ne devînt pape. J'ai entre les mains la lettre du roi au cardinal de La Trimouille, du 26 mai 4740, dans laquelle il ma^ïifoste cette crain!e ' On peut tout présumer, dit4i, d'un sujet prévenu

disgràck do cardi^tal de bouillon. 529

de ropînion qa*il ne dépend que de lui seul. Il suffira que ia place dont le cardinal de Bouillon est présentement ébloui lui paraisse inférieure à sa naissance et à ses talents; il se croira Ipute voie permise pour parvenir à la première place de l'Ëglise» lorsqu'il en aura contemplé la splendeur de plus près. »

Ainsi, en décrétant le cardinal de Bouillon, et en donnant ordre qu'on le mit dans les prisons de la Conciergerie si on pouvait se saisir de /ui, on craignit qu'il ne montât sur un trône qui est regardé comme le premier de la terre par tous, ceux de la réUgioncatholiaue, et qu'alors, en s'unlssant avec les ennemis de Louis XIV, il ne se vengeât encore plus que le prince Eugène, les armes de l'Église ne pouvant rien par elles-mêmes, mais pouvant alors beaucoup par celles d'Autriche.

Disputes sur les cérémonieschinoises. Commentoes querelles contribuèrent à faire proserlre le christianisme à la Chine.

Ce n'était pas assez, pour l'inquiétude de notre esprit, que nous disputassions au bout de dix-sept cents ans sur des points de notre religion, il fallut encore que celle des Chinois entrât dans nos querelles. Cette dispute ne produisit pas de grands moDvements, mais elle caractérisa plus qu'aucune autre cet esprit actif, contentieux et querelleur qui règne dans nos climats.

Le jésuite Matthieu Ricci, sur la fin du xvii» siècle' , avait été un des premiers missionaires de la Chine. Les Chinois étaient et sont encore en philosophie et en littérature à peu près ce que nous étions il y a deux cents ans. Le respect pour leurs anciensmaltres leur prescrit des bornes qu'ils n'osent passer. Le progrès dans les sciences est l'ouvrage du temps et de la hardiesse de l'esprit ; mais la m<>Tale et la police étant plus aisées à comprendre que les sciences, et s'étant perfectionnées chez eux quand les autres arts ne l'étaient pas en* core, il est arrivé que les Chinois, demeurés depuis plus de

I. Voltaire aurait dû dire <tir la fin du rvf iiiele; car le P. Ricct 8*éta- Uit en Chine v^rs iS80 : il j mourut en 1610.

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ieox mille ans à tous les termes où ils étaient parvenus, sont restés médiocres dans les sciences , et le premier peuple de la terre dans la morale et dans la police, comme le plus ancien. Après Ricci , beaaoonp d'autres jésuites pénétrèrent dans ce Taste empire; et à la raveur des sciences de TEurope ik parvinrent à jeter secrètement quelques semences de la religion chrétienne parmi les enfants du peuple, qu*ils instruisirent comme ils pm-wit naa dominicains . qni partaffMignt la mission , accusèrent les jéspî*^ d» piwnmrftrft r^nMirift An precnant le cnnsiianisme. La question était délicate, ainsi que la conduite qu*il fallait tenir en Chine.

Les lois et la tranquillité de ce grand empire sont fondées sur le droit le plus naturd ensemble et le plus sacré, le respect des enfants pour les pères. A ce respect ils joignent celai qu^ils doivent à leurs premiers maîtres de morale, et surtout a Confutzée, nommé par nous Confudus, ancien sage qui. près de six cents ans avant la fondation du christianisme , leur ensrîgna la vertu.

Les familles s*as8emblent en particulier à certains jours pour honorer leurs ancêtres; les lettrés en public, pour honorer Coofutzée. On se prosterne, suivant leur manière de saluer les supérieurs; ce que les Romains, qui trouvèrent cet usage dans toute TAsie, aj^lèrent autrefois adorer. On brûle des bougies et des pastilles. Des colaos *, que les Portugais ont nommés maniartfu, égoi^enl deux Ms l'an, autour de la salle où Ton vénère Confutzée, des animaux dont on fait en> suite des repas. Ces cérémonies sont-elles idolàtriques? sontelles purement civiles? reconnall-on ses pères et Confutzée pour des dieux? sontr-ils même invoqués seulement comme nos saints? est-ce enfin un usage politique dont qudques Chinois superstitieux abusent? Cest ce que des étrangers ne pouvaient que difficilonent démêler à la Chine, et ce qu'on ne pouvait décider en Europe.

Les dominicains déférèrent les usages de la Chine à l'inquisition de Rome eo 4645. Le saint office, sur leur ciposé, défendit ces cérémonies chinoises , jusqu'à ce que le pape «• décidât.

Les jésuites soutinrent la cause des Odùois et de leurs pratiques, qu'il semblait, qvi^on ne pouvait proscrire sans

i. Ctictt. sorte de Biaislres d'État m Ckiaa.

DISPUTES SLli LES CEKKMOMES CHINOISES. 531

fermer tonte entrée à la religion chrétieline dans un empire si jaloux de ses usages : ils représentèrent leurs raisons. L'inquisition , en 4 656 , permit aux lettrés de révérer Confutzée , et aux enfants chinois d*honorer leur pères, en protestant contre la superstition, s'il y en avait.

L'affaire étant indécise et les missionnaires toujours divisés, le procès fut sollicité à Rome de temps en» temps; et cependant les jésuites qui étaient à Pékin se rendirent si agréables à Fempereur Kang-hi, en qualité de mathématiciens , que ce prince , célèbre par sa bonté et par ses vertus, leur permit enfin d'être missionnaires , et d'enseigner publiquement le christianisme. Il n'est pas inutile d'observer que cet empereur si despotique, et petit-fils du conquérant de la Chine*, était cependant soumis par l'usage aux lois de Tempire; qu'il ne put de sa seule autorité permettre le christianisme : qu'il fallut s'adresser à un tribunal , et qu'il minuta lui-même deux requêtes aunomdes jésuites. Enfin, en 4692, le christianisme fut permis à la Chine , par les soins infatigables «t par l'habileté des seuls jésuites.

Il y a dans Paris une maison établie pour les missions étrangères. Quelques prêtres de cette maison étaient alors à la Chine. Le pape , qui envoie des vicaires apostoliques dans tous {es pays qu'on appelle les parties des infidèles , choisit un prêtre de cette maison de Paris, nommé Maigrol , pour aller présider en qualité de vicaire à la mission de la Chine, et lu. donna Tévêché de Conon , petite province chinoise dans le Fo kien. Ce Français, évêqueà la Chine, déclara non-seulement les rites observés pour les morts superstitieux et idolâtres, mais il déclara les lettrés athées : c'était le sentiment do tous les rigoristes de France. Ces mêmes hommes qui se sont tant récriés contre Bayle, qui l'ont tant blâmé d'avoir dit qu'une société d'athées pouvait subsister, qui ont tant écrit qu'un tel établissement est impossible, soutenaient froidement que cet établissement ilorissait à la Chine dans le plus sage des gouvernements. Les jésuites eurent alors à combattre les missionnaires, leurs confrères, plus que les mandarins et le peuple. Ils représentèrent à Rome quMl paraissait assez incompatible que les Chinois fussent à la fois athées et idolâtres. On

1. Les Tartare9 Handchoux venaient de conquérir la Chine quelqaen années aujKiravaDt, yen i64o, sous la condilte do Chaoun-tchi , grand-pere de KanîT'Oi.

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reprochait aux lettrée de n'admettre que la matière ; en ce caa il était difficile qu'ils invoquassent les âmes de leurs pères et celle de Gonfutzée. Un ie ces reproches semble détruire l'autre, à moins qu'on ne prétende qu'à la Chine on admet le contradictoire, comme il arrive souvent parmi nous; mais il fallait être bien au fait de leur langue et de leurs' mœurs pour démêler ce contradictoire. Le procès de l'empire de la China dura longtemps en cour de Rome : cependant on attaqua les [ésuites de tous côtés.

Un de leurs savants missionnaires , le P. Lecomte , avait écrit dans ses Mémoires de la Chine « que ce peuple a conservé pendant deux mille ans la connaissance du vrai Dieu ; qu'il a sacriGé au Créateur dans le plus ancien temple de l'univers; que la Chine a pratiqué les plus pures leçons de la molale, tandis que l'Europe était dans l'erreur et dans la corruption. »

Nous avons vu que cette nation remonte , par une histoire authentique et par une suite de trente-six éclipses de soleil calculées, jusqu'au delà du temps où nous plaçons d'ordinaire le déluge universel. Jamais les lettrés n'ont eu d'autre religion que l'adoration d'un être suprême. Leur culte fut la justice. Ils ne purent connaître les lois successives que Dieu donna à Abraham, à Moïse, et enfin la loi perfectionnée du Messie, Inconnue si longtemps aux peuples de l'Occident et du Nord. Il est constant que les Gaules, la Germanie, l'Angleterre , tout le Septentrion , étaient plongés dans l'idolâtrie la plus barbare, quand les tribunaux du vaste empire de la Chine cultivaient les mœurs et les lois, en reconnaissant un seul Dieu , dont le culte simple n'avait jamais changé parmi eux. Ces vérités évidentes devaient justifier les expressions du jésuite Lecomte. Cependant, comme on pouvait trouver dans cor propositions quelque idée qui choque un peu les idées reçues,, on les attaqua en Sorbonne.

L'abbé Boileau, firère de Despréaux, non moins critique que son frère, et plus ennemi des jésuites, dénonça en 4700 cet éloge des Chinois comme un blasphème. L'abbé Boileau était un esprit vif et singulier, qui écrivait comiquement des choses sérieuses et hardies. Il est l'auteur du livre des Flagellants et de quelques autres de cette espèce. Il disait qu'il les écrivait en latin , de peur que les évéques ne le censurassent; et Des» préaux, son frère» disait do lui : t S*il n'avait été docteur de

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Sorbonne, il aurait été docteur de la comédie italienne. » Il déclama violemment contre les jésuites et les Chinois, et commença par dire « que Téloge de ces peuples avait ébranlé son cerveau chrétien. » Les autres cerveaux de rassemblée furent ébranlés aussi. Il y eut quelques débats : un docteur» nommé Lesage , opina qu'on envoyât sur les lieux douze de ses confrères les plus robustes s'instruire à fond delà cause. La scène fut violente, mais enfin la Sorbonne déclara les louanges des Chinois fausses, scandaleuses, téméraires, impies et hérétiques'.

Cette querelle, qui fut aussi vive que puérile , envenima celle des cérémonies; et enfin le pape Clément XI envoya, l'année d'après, un légat à la Chine. Il choisit Thomas Maillard de Tournon , patriarche titulaire d'Ântioche. Le patriarche ne put arriver qu'en 4705. La cour de Pékin avait ignoré jusque-là qu'on la jugeait à Rome et à Paris. Cela est plus absurde que si la république de Saint-Marin se portait pour médiatrice entre le Grand Turc et le royaume de Perse.

L'empereur Kang-hi reçut d'abord le patriarche de Tournon avec beaucoup de bonté. Mais on peut juger quelle fut sa surprise, quand les interprètes de ce légat lui apprirent que les chrétiens qui prêchaient leur religion dans son empire ne s'accordaient point entre eux, et que ce légat venait pour terminer une querelle dont la cour de Pékin n'avait jamais entendu parler. Le légat lui fit entendre que tous les missionnaires, excepté les jésuites, condamnaient les anciens usages de l'empire, et qu'on soupçonnait même Sa Majesté chinoise et les lettrés d'être des athées qui n'admettaient que le ciel matériel. Il ajouta qu'il y avait un savant évêque de Conon qui expliquerait tout cela, si Sa Majesté daignait l'entendre. La surprise du monarque redoubla, en apprenant qu'il y avait des évêques dans son empire. Mais celle du lecteur ne doit pas être moindre, en voyant que ce prince indulgent poussa la bonté jusqu'à permettre à l'évêquede Conon de venir lui parler contre la religion, contre les usages de son pays et contre lui-même. L'évêque de Conon fut admis à son au-

1. Le p., Tellicr ou T.e Tellier avait composé qvelques livres dans le même «sprit : ils furent condamnés comme cenx du P. Lecomte, et en même temps. Cependant la destinée des deux théologiens fut bien différente : Lecomte, directeur de la ducliesse de Bourgogne, fut disgracié et renvoyé à Rome, et TeUier devint plus tard le confesseur du roi. (Voy. les Mémoires de Saint- Simon, cbap. Lxxvui. )

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dience. H savait Irès-peu do chinois. L'empereur lui demanda d'abord Texplication de quatre caractères peints en or andessus de son trône. Maigrot n*en put lire que deux ; mais il soutint que les mots king-tienj que Tempereur avait écrits luimême sur des tablettes, ne signifiaient pas adorez le Seigneur du cieL L'empereur eut la patience de lui expliquer par interprètes que c'était précisément le sens de ces mots. Il daigna entrer dans un long examen. Il justifia les honneurs qu'on rendait aux morts. L'évêque fut inflexible. On peut croire que les jésuites avaient plus de crédit à la cour que lui. L'empereur, qui par les lois pouvait le faire punir de mort, se contenta de le bannir. Il ordonna que tous les Européans qui voudraient rester dans le sein de l'empire viendraient désormais prendre de lui des lettres patentes, et subir un examen.

Pour le légat de Tournon , il eut ordre de sortir de la capitale. Dès qu'il fut à Nankin , il y donna un mandement qui condamnait absolument les rites de la Chine à l'égard des morts , et qui défendait qu'on se servit du mot dont s'était servi l'empereur pour signifier le Dieu du ciel.

Alors le légat fut relégué à Macao , dont les Chinois sont toujours les maîtres, quoiqu'ils permettent aux Portugais d'y avoir un gouverneur. Tandis que le légat était confiné à Macao, le pape lui envoyait la barrette; mais elle ne lui servit qu'à le faire mourir cardinal. Il finit sa vie en 4710. Les ennemis des jésuites leur imputèrent sa mort. Ils pouvaient se contenter de leur imputer son exil.

Ces divisions .parmi les étrangers qui venaient instruire t'empire décréditèrent la religion qu'ils annonçaient. Elle fut encore plus décriée lorsque la cour , ayant apporté plus d'attention à connaître les Européans, sut que non-seulement les missionnaires étaient ainsi divisés , mais que parmi les négociants qui abordaient à Canton il y avait plusieurs sectes ennemies jurées l'une de l'autre.

L empereur Kang-hi mourut en 1722. C'était un prince atnateur de tous les arts de l'Europe. On lui avait envoyé des jésuites très-éclairés, qui par leurs services méritèreni son affection , et qui obtinrent de lui , comme on l'a déjà dit , la permission d'exercer et d'enseigner publiquement le christia* nisme.

Son quatrième fils, Young-tching ; nommé par lui à Tempire , au préjudice de ses aînés , prit posses^on du trône sans

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