‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 44 sur 168 · L EUROPE AYANT LOUIS XIV · texte numérisé non relu

L EUROPE AYANT LOUIS XIV

ser la puissance autrichienne, avait été rédait à taiei les portes oochères de Paris à fournir chacune un laquais pour aller à la guerre , et pour repousser les ennemis des portes do !a capitale.

Les Français avaient donc fait beaucoup de mal aux Espagnols et aux Allemands, et n*en avaient pas moins essuyé.

FORCES DE LA FRANCE APRÈS LA MORT DE LOUIS Xllf, ET MOEURS DU TEMPS.

Les guerres avaient produit des généraux Hlustres, tels qu*un Gustave-Adolphe, unWalstein, un ducdeWeimar, Piccolomini, Jean de Wert, le maréchal de Guébriant, les princes d*Orange, le comte d.'Harcourt. Des ministres d'État ne s*étaient pas moins signalés. Le chancelier Oxenstiern, le comte duc d*OIivarès, mais surtout le cardinal de Richelieu, avaient attiré sur eu\ Faltention de l'Europe. Il n'y a aucun siècle qui n'ait eu des nommes d'État et de guerre célèbres : la politique et les armes semblent malheureusement être les deux professions les plus naturelles à l'homme ; il faut toujours ou négocier ou se battre. Le plus heureux passe pour le plus grand, et le public attribuo souvent au mérite tous les succès de la fortune.

La guerre ne se faisait pas comme nous Tavons vu faire du temps de Louis XiV ; les armées n'étaient pas si nombreuses : aucun général, depuis le siège de Metz par Charles-Quint, ne s'était vu à la tète de cinquante mille hommes; on assiégeail et on défendait les places avec moins de canons qu'aujourd'hui. L'art des fortiûcations était encore dans son enfance. Les piques et les arquebuses étaient encore en usnge; on se servait beaucoup de i'épée, devenue inutile aujourd'hui. 11 restait encore des anciennes lois des nations celle de déclarer la guerre par un héraut. Louis XIII fut le dernier qui observa cette coutume : il envoya un héraut d'armes à Bruxelles déclarer la guerre à l'Espagne en 4635.

Vous savez que rien n'était plus commun alors que de voir des prêtres commander des armées : le cardinal infant, le cardinal de Savoie, Richelieu, La Valette, Sourdis, arche- Têque de Bordeaux », le cardinal Théodore Trivulce, corn-

1. Le cardinal infant, Ferdinand d*Eapagne, était frère de Philippe IV, et gouverneur des. Paya-Bas. Le cardinal de Savoie, Maurice, était l'un dc9

20 CIIAPITRE II

mandant de la cavalcno espagnole, avaient endossé la cuirasse et fait la guerre eux-mêmes. Un évéque de Mende avait été sou* Tant intendant d'armées. Les papes menacèrent quelquefois d'excommunication ces prêtres guerriers. Le pape Urbain VIII, fâché contre la France, fit dire au cardinal de La Valette qu'il le dépouillerait du cardinalat s'il ne quittait les armes; mais, réuni avec la France, il le combla de bénédictions '.

Les ambassadeurs, non moins ministres de paix que les ecclésiastiques, ne faisaient nulle difficulté de servir dans les armées des puissances alliées, auprès desquelles ils étaient employés, Charnacé, envoyé de France en Hollande, y commandait un régiment en 4637, et depuis même l'ambassadeur d'Estrades fut colonel à leur service.

La France n'avait en tout qu environ quatre-vingt mille hommes effectifs sur pied. La marine, anéantie depuis des siècles , rétablie un peu par le cardinal de Richelieu , fut ruinée sous Mazarin/ L(3uis XIII n'avait qu'environ quarante-cinq millions réels de revenu ordinaire ; mais l'argent était à vingtsix livres le marc : ces quarante-cinq millions revenaient à environ quatre-vingt-cinq millions de notre temps, oii la valeur arbitraire du marc d'argent monnayé est poussée jusqu'à quarante-neuf livres et demie, celle de l'argent fin à cinquante-quatre livres dix-sept sous : valeur que l'intérêt public et la justice demandent qui ne soit jamais changée.

Le commerce, généralement répandu aujourd'hyui , était en très-peu de mains ; la police du royaume était entièrement négligée, preuve certaine d'une administration peu heureuse. Le cardinal de Richelieu , occupé de sa propre grandeur attachée à celle de TËtat, avait commencé à rendre la France formidable au dehors, sans avoir encore pu la rendre bien

frères de Victor-Amédée I*'. Escoubleau deSourdis, archevêque de Bordeaux, prit part à l'expédition de la Rochelle (1679 >, et dirigea plus d'uue fols avec succès nosesi'adres de la Médiierranée. Ces habitudes guerrières du clergé ne doivent pas nous étonner, quelque étranges qu'elles paraissent aujourd'hui. C'était un reste des mœurs féodales. Lesévèques, vassaux du roi pour les terres que possédaient les églises, lui devaient le service militaire an môme titre que les seignei rs laïques : quelquefois ils se faisaient remplacer dxcs le commandement de leurs hommes par an vidame ou. avoué, cnar^ de Tadministration temporelle des domaines ecclésiastiques; souvent ils remplissaient en personte le service dont leur fief éuit chargé.

1. // le combla de bénédictions. Il faut croire qu'Urbain VIU changea encore d'avis dans la suite; car, apprenant que Ka Valette était mort à la lôtc d'une armée r 1639 ), il ne voulut pas qu'on fit à Kome pour lui les prières publiques qu'on a coutume de faire pour les cardinaux decédés. Telles sent les dernières bénédictions dont le pape combla le cardinal guerrier.

Page 1