CHAPITRE lY. GUERRE aYlLI
dan étranger*. Uaisce qu'on ne doit pas croire « c'est que Pctier eût commencé son ministère passager par déclarer aux Hollandais c qu'il foUait qu'ils se fissent catholiques sTîls toulaient demeurer dans l'alliance de la France. » Il aurait donc dû faire la même proposition aux Suédois. Presque tous les historiens rapportent cette absurdité, parce qu'ils l'ont lue dans les Mémoires des courtisans et des Frondeurs. Il n y a que trop de traits dans ces Mémoires , ou falsifiés par la passion , ou rapportés sur des bruits populaires. Le puéril ne doit pas être cité, et l'absurde ne peut être cm. il est très-vraisemblable que le cardinal Mazarin était ministre désigné depois longtemps dans l'esprit de la reine , et même du vivant de Louis XIII. On ne peut en douter quand on a lu les Mémoires de La Porte , premier valet de chambre d*Ânne d'Autriche. Les subalternes , témoins de tout l'intérieur d'une cour * savent des choses que les parlements et les chefs, de parti même ignorent , ou ne font que soupçonner.
Mazarin usa d'abord avec modération de sa puissance. Il faudrait avoir vécu longtemps avec un ministre pour peindre son caractère, pour dire quel degré de courage ou de faiblesse^ if avait dans l'esprit, à quel point il était ou prudent ou fourbe.
1. On peut croire aassi, avec un grand nombre d'historiens, que la reine mère était sincère quand elle voulut d'abord s'appuyer sur le parti que Ri> chelieu arait combattu et abaissé. Elle ne pouvait oublier si y'iùi ses anciens amis, cruellement persécutés sous le dernier règne; d'ailleurs elle ayait besoin de leur appui pour renrerser les ministres que le testament de Louis XIII lui avait imposés dans le conseil de régence, et obtenir du parlement une autorité absolue. Après la mort du roi, tous ceux qui avaient souffert avec elle et pour elle se hâtèrent d'accourir, se crurent un instant les maîtres de l'État, et affectèrent des airs de supériorité et de protection. qui leur firent donner le nom d'Importants. Un de leurs chefs. Potier, grand * aumônier de la reine etévèque de Beauvais, que le cardinal de Reu appelle. dans on langage peu ecclésiastique , une bétt mitrée ei pius idiot que tous les idiots, lut choisi pour ministre principal. Mais bientôt Anne d'Autriche comprit tons les dangers de cette réaction aristocratique, quand sa vieille amiCf la duchesse de Chevreuse , eut réclamé au nom des Importants la restitution des charges, des places et des gouvernements que Richelieu avait enlevés aux grands seigneurs pour les confier à des hommes nouveaux et plus dévoués. « Pour les satisfaire, dit très-bien M. de Sainte-Aulaire, il eût nlln perdre toutes les conquêtes faites par Richelieu au profit de l'autoritc royale; et au moment oti Anne d'Autriche recevait le précieux dépôt de cette autorité ,\elle en devenait avare. » Elle rompit donc avec la cabale des Importants, les écarta par l'exil ou par la prison , et forma un nouveau ministère dont Mazarin eut la direction principale. L'abbé Arnauld raconte dans ses Mémoires que , vers cette époque , se trouvant à Ruel , dans la maisoD qui avait appartenu à Richelieu , elle s'arrêta devant son portrait et dit, après l'avoir considéré quelque temps en silène* : « Si oei honmie vivait encore, il serait plus puissant que jamais. » (Uiiiotre de In i-roiww,. chap. II.)
Ainsi, sans vouk)ir deviner ce qu*éLait Mazarin , on dira seulement ce qu'il fit*. II affecta, dans les commencements de sa grandeur, autant ie simplicité que Richelieu avait déployé de hauteur. Loin de prendre des gardes et de marcher avec un faste royal, il eut d*abord le train le plus modeste; il mit de ïaffabilité et mémo de la mollesse partout où son prédécesseur avait fait paraître une fierté inflexible. La reine voulait faire aimer sa régence et sa personne de la cour et des peuples, et elle y réussissait*. Gaston , duc d*Orléans, frère de Louis XÏII, et le prince de Condé appuyaient son pouvoir, et n*avaient d'émulation que pour servir TÉtat.
11 fallait des impôts pour soutenir la guerre contre TEspagc» et contre Tempereur. Les Onances en France étaient, depuis la mort du grand Henri IV, aussi mal administrées qu'en Es- * pagne et en Allemagne. La régie était un chaos; Tignorance extrême; le brigandage au comble: mais ce brigandage ne s'étendait pas sur des objets aussi considérables qu'aujourd'hui. L'État était huit fois moins endetté; on n'avait point des ar-
1. On voit que Voltaire affecte de dédaigner les portraits historiques. Dans le Supplément au Siècle de Louis XIV, partie II, il répond k La Bean> nielle, qui lui reprochait de n'avoir pas semé assrz de portraits dans son ouvrage : •< J'ai toujours pensé que c'est une espèce ae charlaiancrie de peindre autrement que par les faits les hommes publics avec lesquels on n'a pu avoir de liaison.... Le cardinal de Retz a fait une espèce de galerie do portraits dans ses Mémoires; celle liberté lui était très-permise : il avait connu tous ceux dont il parlait. U serait seulement h souhaiter peut-èiro que son pinceau eût été quelquefois moins conduit par la passion, ne tou^ <:es caracières tracés par des contemporains, qu'il y en a peu d'entièrement fidèles t N'entend-on pas tous les jours porter des jugements différents d*un liomroe en place par la même personne, selon qu'elle est plus ou moins contente? J'eus une preuve bien forte de ce que j'avance, lorsqu'un jour à Bleinheim je suppliai M«" la duchesse de Marlburough de me montrer ses
. Mémoires. Elle me répondit : Attendez quelque temps, je suis occupée actuellement à réformer le caractère de la reitie Anne; je me suis remise à l'aimer depuis que ces gens-ci gouvernent, m — Malgré tout l'espritde Voltaire, on peut trouver cette sévéritë excessive. 11 fallait condamner l'abus sans proscrire ru.>«age des portraits historiques. Personne ne regrettera ceux (|ue ifous ont laisses les historiens anciens: et Voltaire lui-même, dans le Siècle de Louis XIV, iuAdèld à la loi quil s'était faite , en a tracé plus d'un qu'on lira avec intérêt.
2. <c Tous les exilés, dit le cardinal de Retz c Édition Petitot, tomeXLIV, pa^e 156), furent rappelés, tous les prisonniers remis en liberté, tous les criminels jusiiflés; tous ceux qui avaient perdu des charges y rentrèrent; on don-nait tout , on ne «-efusait rien. On voyait sur les degrés du trône, d'oh l'àiire et redoutable Richelieu avait foudroyé plutôt que gouverné les humains , un successeur doux et bénin, qui ne voulait rien, qui était au désespoir de ce que sa dignité de cardinal ne lui permettait pas de s'humilier autant qu'il l'eût souhaité devant tout le monde, qui marchait dans les rues avec deux petits laquais derrière son carrosse. » Toute la langue, disait-on, éuit réduite à ces deux petits mots : la reine est si bo7tne .
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mées de deux cent mille hommes à soudoyer, point de subsides immenses à payer, point de guerre maritime à soutenir. Les revenus de rèiat montaient, dans les premières années de Ja régence, à près de soixante et quinze millions do livres de ce temps. C'était assez s'il y avait eu de Téconomie dans le ministère ; mais en 4616 et 47 on eut besoin de nouveaux secours. Le surintendant était alors un paysan siennois, nommé Particelli Emeri , dont l'Âme était plus basse que la naissance, et dont le faste et les débauches indignaient la nation. Cet homme inventait des ressources onéreuses et ridicules. 11 créa des charges de contrôleurs de fagots , de jurés vendeurs de foin, de conseillers du roi crieurs de vin ; il vendait des lettres de noblesse. Les renies sur Thôtel de ville de Paris' ne se montaient alors qu'à près d*onze millions. On retrancha quelques quartiers aux rentiers; on augmenta les droits d'entrée*, on créa quelques charges de maîtres des requêtes; on retint environ quatre-vingt mille écus de gages aux magistrats.
11 est aisé déjuger combien les esprits furent soulevés contre deux Italiens, venus tous deux en France sans fortune, enrichis aux dépens de\a nation , et qui donnaient tant de prise sur eux. Le parlement de Paris, les maîtres des requêtes*, les
1. En :S22, François !•' avait emprunté 300 OOO livres à 1« tîHc de Paris, avec un intérêt annuel de 8 pour roo. Ce tarent les premières rmt$i perpétuelles «tir l'hôtel de ville, portées peu à peu sous ses successeurs josqu'è la somme de onze millions.
2. H. de Sainte- A ulaire, dans VBietoire de la Fronde (chap. ui) a pitmvé que ParUcelli Emeri n'était pas un administrateur aussi méprisable que le pense Voltaire. Son édit du tarif éXaM une innoration beorense. « H Tonlait sul)stituer aux vieilles routines, a des espédienU empreints de ions lesTice» de l'ordre social du moyen âge, un plan de finances en harmonie avec l'étai et les besoins de lu société nouvelle. * Depuis i*origine de la monarchie, ic peuple et le tiers étal payaient seuls l'impôt direct, la taille, qui, augmentant de siècle en siècle, avait atteint sons Louis XIII la somme, énorme pour le temps, de quarante-quatre millions. Les ordres priTiiénés, la noblesse et le clergé, cuient <!nccmpts de la taille; Emeri imafODR «rétablir un droit sur tontes les niarchaudises qui servaient a la eoosonoiataon de. Paria: ce droit éevait être payé à l'entrée, sans disliociion de personnes, conformément à un tarif, Dana la pcnaée du surintendant, cet édit n'était qu'un premier pas, et la mesure devait être étendue suœeasivement à toutes les villes du royaume. C'était alléger la taille, oui pesait si lourdement sur le peuple, en créaut les impôts indirects, auxquels tous contribuaient. Emeri iuttina devant le parlement, avec une netteté remarquable, la iuslice et la nécessité de cette rÀ forme; mais rassemblée, prévenue contre le ministre, ou trop ig norante, la 'épousas.
3. Les institutions de notre vieille France lootsi peueonnues aujourd'hui <|o'll ne sera pas inutile de dire quelques mots sur les attributions du parlement de Paris. La ffranttehambre jugeait les causes des pairs de France, Ici crimes de lèse-maiesté et toutes les affaires capitales. Les chambrée des en^ ^étee recevaient les appels des tribunaux inférieurs en matière ci«ile et correctionnelle ; elles étaieut au nombre de cinq. Deux chambrée de» rv-
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aatres cours, les rentiers s*ameutèr6nt. En vain Mazarin ôta ia surintendance à son confident Emeri, et le relégua dans une de ses terres; on sindignait encore que cet homme eût des (erres en France, et on eut le cardinal Mazarin en horrear, ({uoiquedansce temps-là même il consommât le grand ouvrage de la paix de Munster : car il faut bien remarquer que ce fameux traité et les barricades sont de la même année 4618.
Les guerres civiles commencèrent à Paris comme elles avaient commencé à Londres, pour un peu d'argent.
(1647) Le parlement de Paris, en possession do vérifier les édits de ces taxes, s'opposa vivement aux nouveaux édits; ii acquit la confiance des peuples par les contradictions dont il fatigua le ministère.
On ne commença pas d'abord par la révolte ; les esprits ne «'aigrirent et ne s'enhardirent que par degrés. La populace peut d'abord courir aux armes et se choisir un chef, comme on avait faitàNaples; mais des magistrats, des hommes d'État procèdent avec plus de maturité , et commencent par observer les bienséances, autant que l'esprit de parti peut le permettre.
Le cardinal Mazarin avait cru qu'en divisant adroitement la magistrature il préviendrait tous les troubles ; mais on opposa l'inflexibilité à la souplesse. Il retranchait quatre années de gages à toutes les cours supérieures*, en leur remettant la
qutlet avaient une juridiction spéciale sur les ecclésiastiques, les commu nauiés religieuses et les privilégiés. Il faut ajouter deux chambres mixtes, celle de la foumelle pour les appels au criminel , composée de dix magistrats de la grand'chanibre et dix des enquêtes; celle at l'Édit, tirée oe la grand'chambre, avec un conseiller protestant pour connaître des contestations entre les catholiques et les protestants. Hais le parlement de Paris n'u. vaii pas seulement des attributions judiciaires : il avait le droit, depuis Cliaries V, d^tnregistrtr le» loi», édits et ordonnances de la couronne; dans ce cas, toutes les chambres devaient se réunir pour donner une sanction solennelle aux volontés royales.
( . Les cour» supérieures s'appelaient aussi compagnies souveraines : en 1671, un édii de LouisXlV leur enleva ce dernier tItre,commes'il eût été une injure à la souveraineté royale. Elles étaient au nombre de quatre : le parlement de Paris; la cour des compta) qui devait vérifier la comptabilité des recettes et des dépenses publiques; la cour des aides ^ chargée a enregistrer les aides nouvelles établies par le roi ( on appelait aides des contributions sur les denrées et sur les marchandises ) ; le grand conseil , nommé aussi conseil privé au conseil des parties, qui venait le dernier dans la hiérarchie de la magistrature , parce qu il datait seulement de Charles Vlll. Ce conseil connaissait en général des conflits d'attributions entre les administrations locales, jugeait depuis François l*' lesaflkires ecclésiastiqaes relatives an Concordat, et môme, dans certains cas , pouvait casser, en tribunal d appel, les arrêts des parlements; mais ce dernier droit, mal défini et surtout contesté, donnait lieu à des réclamations firéquentes du parlement de Paris» qui n'avait jauTsia voulu rcconnaStre de juridiciion supcrfcure à la<3ieane«
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paulette, c'est-à-dire en les exemptant de payer la taxe inventée par Paulet sous Henri IV, pour s'assurer la propriété de leurs charges. Ce retranchement n'était pas une lésion, mais il conservait les quatre années au parlement, pensant le désarmer par cette faveur. Le parlement méprisa cette grâce qui l'exposait au reproche de préférer son intérêt à celui des autres compagnies. (4648) li n'en donna pas moins son arrêt d*union * avec les autres cours de justice. Mazarin, qui n'avait jamais bien pu prononcer le français , ayant dit que cet arrêt d'o^non était attentatoire, ot Tayant fait casser par le conseil , ce seul mot d'o^on le rendit ridicule ; et comme on ne cède jamais à ceux qu'on méprise, le parlement en devint plus entreprenant.
II demanda hautement qu*on révoquât tous les intendants, regardés par le peuple comme des exacteurs , et qu'on abolît cette magistrature de nouvelle espèce, instituée sous Louis XIII 6aos l'appareil des formes ordinaires : c'était plaire à la nation autant qu'irriter la cour. Il voulait que, selon les anciennes lois, aucun citoyen ne fût mis en prison sans que ses juges oaturels en connussent dans les vingt-quatre heures; et rien ne paraissait si juste *.
Le parlement fit plus; il abolit (U mai 4648) les intendants par un arrêt, avec ordre aux procureurs du roi de son ressort d'informer contre eux.
1. Le 13 mai K48, les ooara supérieures se réunirent dans la diambre de Saint-Louis , au Palais de Justice, « pour senrir le public et le particulier, et réformer les abus de TÊtat. » Le premier ministre se montra d'abord effrayé (le cette formation d'une assemblée délibiranie sans l'areu de la couronne , et il fit casser Védit d'union par le conseil du roi. Puis , sTec cette souplesse dont 11 a donné tant d'exemples , il permit ce qu'il avait défendu , espérani sans doute désarmer l'opposition des cours supérieures , et en obtenir l'argent nécessaire k la continuation de la guerre étrangère. La régente roulait d'abord recourir aux moyens extrêmes ; « H. le cardinal est trop bon, disaiieile; il «àtera tout pour vouloir toujours ménager ses ennemis. — Vou? êtes vaillante, lui répondit Mazarin, comme un soldat qui ne connaît pas le danger. » (ir«mo»re« de M-« de Motteville, Édit. Petitot, t. XXXVII, p. 387.)
2. L'institution des Intendants est une des réformes qui font le plus d'honneur à Richelieu. Avant loi, les provinces étaient sous la direction de gouverneurs, qui, appartenant aux plus illustres familles de la noblesse francise, se regardaient presque comme les héritiers de l'aristocratie féodale, et n'obéissaient pas toujours aux volonté» royales. Richelieu , pour sur» veiller les gouverneurs et réduire leurs attributions , institua des officiers Bopérieursde instice, police et finances, appelés intendcmts^ nommés et révoqués par le roi. « Cette créatloa, dit M. de Sainte-Anlaire, dans son introductionkVHiatoiredela Fronds, changeait la forme de l'administration intérieure, portait Tordre, la célérité, l'économie, là oii il n'existait auparavant que confusion, lentearet gaspillage. • Le parlementétait mieux inspiré quand Il réclamait des garanties sérieuses en faveur de la liberté individuelle* une 'ustice plus prompte et rabolition de tous les tribunaux exceptionnels.
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Ainsi la haine contre le ministre, appuyée do l'amour du bien public, menaçait la cour d*une révolution. La reine céda ; elle offrit de casser les intendants, et demanda seulement qu'on lui en laissât trois : elle fut refusée'.
(20 auguste 4648) Pendant que ces troubles commençaient, le prince de Gondé remporta la célèbre victoire de Lens, qui mettait le comble à sa gloire. Le roi, qui n'avait alors que dix ans, s'écria : La 'parlement sera bien fâché. Ces paroles fai* saient voir assez que la cour ne regardait alors le parlement de l^aris que comme une assemblée de rebelles.
Le cardinal et ses courtisans ne lui donnaient pas un autre nom. Plus les parlementaires se plaignaient d'être traités de rebelles, plus ils faisaient de résistance.
La reine et le cardinal résolurent de faire enlever trois dés plus opiniâtres magistrats du parlement , Novion Blancménil, président qu'on appelle à mortier*, Charton, président d'une chambre des enquêtes, etBroussel, ancien conseiller-clerc de la grand'chambre.
Ils n'étaient pas chefs de parti, mais les instruments des chefs. Charton, homme tres-borné, était connu par le sobriquet du président Je dis ça, parce qu'il ouvrait et concluait toujours ses avis par ces mots. Droussel n'avait de recommandàble que ses cheveux blancs, sa haine contre le ministère, et la repu* tation d'élever toujours la voix contre la cour sur quelque sujet que ce fût. Ses confrères en faisaient peu de cas, mais la populace l'idolâtrait.
Au lieu de les enlever sans éclat dans le silence de la nuit, le cardinal crut en imposer au peuple en les faisant arrêter en plein midi , tandis qu'on chantait le Te Deum à Notre-Dame pour la victoire de Lens, et que les suisses de la chambre ap* portaient dans l'église soixante et treize drapeaux pris sur les
1. Voltaire n'a pas fait connaître toutes les demandes des compagnies ; on peut les trouver dans VHiatoire de la Fronde. Elles étaient au nombre de vingt-sept. La plus iraporiunte peut-être était qu'à l'avenir les impôts ne
pourraient être perçus légalement, s'ils n'avaient été enregistrés {torem^tU et volontairement, c'est-à-dire discutés en toute indépendance par le parlement. C'était changer la forme du gouvernement ; c'était faire passer une partie du pouvoir législatif, le droit de vute et d'examen, non pas aux états généraux, la véritable réprésentation en la France, mais à one compagnie de magistraU inamovibles ; c'était substituer à la monarchie des derniers flfècles le gouvernemen timpossible d'nneoUgarchie bourgeoise de deux cents individus.
2. Le mortier était une sorte de bonnet en forme de moruer. que portaient les piésid^nts dechambre, et qui est encore anjonrd'bni la coiffure des cours de ]t stice.
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ennemis. Ce fat précisément ce qui causa la subversion du royaume. Cbarton s*esquiva; on prit Blancméhîl sans peine; il n'en fut pas de même de Broussel. Une vieille servante seule, en voyant jeter son maître dans un carrosse par Gomminges, lieutenant des gardes du corps, ameute le peuple; on entoure le carrosse; on le brise; les gardes françaises prêtent mam- /orte. Le prisonnier est conduit sur le chemin de Sedan. Son enlèvement, loin d'intimider le peuple , Tirrite et Tenhardit. On ferme les boutiques, on tend les grosses chaînes de fer qui étaient alors à rentrée des rues principales, on fait quelques barricades; quatre cent mille voix crient : Liberté et Broussel, Il est difficile de concilier tous les détails rapportés par le cardinal de Retz, M""' de Molteville, Tavocat général Talon, et tant d'autres ; mais tous conviennent des principaux points. Pendant la nuit qui suivit Témeute, la reine faisait venir environ deux mille hommes de troupes cantonnées à quelques lieues de Paris, pour soutenir la maison du roi. Le chancelier Séguier se transportait déjà au parlement, précédé d'un lieutenant et de plusieurs hoquetons ', pour casser tous les arrêts et même, disait-on, pour interdire ce corps. Mais, dans la nuit même , les factieux s'étaient assemblés chez le coadjuteur de Paris, si fameux sous le nom de cardinal de Retz, et tout était disposé pour mettre la ville en armes. Le peuple arrête le carrosse du chancelier et le renverse. Il put à peine s'enfuir avec sa fille, la duchesse de Sully, qui, malgré lui, l'avait voulu accompagner ; il se retire en désordre dans fhôtel de Luynes, pressé et insuRé par la populace. Le lieutenant civil ^ vient le prendre dans son carrosse, et le mène au Palais^Royal, escorté de deux compagnies suisses et d'une escouade de gendarmes ; le peuple tire sur eux, quelques-uns sont tués : la duchesse do Sully est blessée au bras (26 auguste 4648). Deux cents barricades sont formées en un instant, on les pousse jusqu'à cent pas (lu Palais-Royal. Tous les soldats, après avoir vu tomber quel i (jucs-uns des leurs, reculent et regardent faire les bourgeois :
I Et de plusieurs Jvoquetons. On appelait hoquetons^ du nom de lear casaque bredée, les arcbers du grand prévôt et du cliancelicr.
3. Le lieutenant civil , second magistral de la juridiction duCIiàtelet à PariA , connaissait des causes civiles.
3. U faut lire dans les Mémoires de M"* de MotteviUe une satire piquante des bourgeois de Paris , dérenseurs des barricades : « Les bourgeois , qui araieot pris les armes, n'étaient guère plus sages que le peuple, et demandaient Broussel d'aussi bon cœur que le crocheieur ; car, outre qu^is étaient ialéctéf du bien publie , Ils étaient remplis de joie de penser qu*il8 étaient
Le parlement en corps marche à pied vers la reine , à traver» les barricades qui s'abaissent devant loi , et redemande se» membres emprisonnés. La reine est obligée de les rendre , el pai cela même elle invite les factieux à de nouveaux outrages.
Le cardinal de Retz se vante d*avoir seul armé tout Pari» dans cette journée, qui fut nommée des barricades , et qui était la seconde de cette espèce*. Cet homme singulier est lèpre, mier évèque en France qui ait fait une guerre civiie sans avoir .'a religion pour prétexte. Il s'est peint lui-même dans ses Mémoires , écrits avec un air de grandeur , une impétuosité de génie et une inégalité qui sont Timage de sa conduite. Cétaît un homme qui, du sein de la débauche, et languissant encore des suites infâmes qu'elle entraine , prêchait le peuple et s'en faisait idolâtrer. Il respirait la faction et les complots; il avait été, à rage de vingt-trois ans, Tâme d'une conspiration contre la vie de Richelieu ; il fut l'auteur des barricades ; il précipita le parlement dans les cabales, et le peuple dans les séditions. Son extrême vanité lui faisait entreprendre des crimes téméraires , afin qu'on en parlât. C'est cette même vanité qui lui a fait répéter tant de fois : « Je suis d'une maison de Florence auâsi ancienne que celle des plus grands princes ; » lui dont tes ancêtres avaient été des marchands, comme tant de ses compatriotes.
Ce qui paratt surprenant , c'est que le parlement, entraîné par lui, leva l'étendard contre la cour, avant même d'être appuyé par aucun prince •.
ncoessalreB à quelque diosc. Ils croyaient avoir part an gouTcrnement, paisqti'ils gardaient les portes de la ville, et chacun dans sa boutique raisonnait Bur les aflaii-es de ITiat : ils ne faisaient pas autant de bruit que les autres ; mais ils demandaient Broussel gravement,» etc. (Édition Petitot, t. XXXVIII, p. 24.)
1. Qui était la seconde de cette espèce. La prenière est du 12 mai 1 588, sous Henri III, à l*époouede la Ligue. Il paraît que les Parisiens étaicni déjà fortexpertsen l'art des barricades sous l'ancienne monarchie. Celles de i648(«étaieni dressées avec autant d'intelligence que si des gens de guerre avaient dirigé !e8 travaux : elles étaient formées de barriques pleines de sal)le, et liées entre elles par les chaînes de fer scellées au coin de toutes les rues. Une ouverture pratiquée au milieu n'admettait qu'une personne à la fois, et les fenêtres de toutes les maisons voisines étaient garnies de pavés et de grès pour assommer les assaillants. >• (Sismondi, Histoire des Fratiça t« , année 1648.) « On no vit jamais, dit naïvement M'"« de Moiteville, un désordre mieux ordonné. »
2. La paix avait semblé un imitant rétablie « quelques semaines après la journée des barricades. Anne d'Auirsche, par la déclaration de Saint-Germain , accepta toutes les réformes que les cours supérieures avaient réclamées , le 24 octobre 1648, le jour même où Mazarin signait la oaix de Wcstpbalie. C'était une véritable révolution qui associait la magistrature à la
GUSRRE cnriLE. 3^)
Cette compagnie» depuis longtemps, était regardée bien différemment par la cour et par le peuple. Si l'on en croyait la voix de tous les ministrds et de la cour, le parlement de' Paris élait une cour de justice faite pour juger les causes des citoyens : il tenait cette prérogative de la seule volonté des rois , il n'avait sur les autres parlements du royaume d'autre prééminence que celle de Tancienneté et d'un ressort plus considérablo; il n'était la cour des pairs que parce que la cour résidait à Paris '; il n'avait pas plus de droit de faire des remontrances que les autres corps, et ce droit élait encore une pure grâce : il avait succédé à ces parlements qui représentaient autrefois la nation française ; mais il n'avait de ces anciennes assemblées rien que le seul nom ; et pour preuve incontestable, c'est qu'en effet les états généraux étaient substitués à la place des assemblées de la nation ; et le parlement de Paris ne res-
puissance IcgisIatÏTc et souveraine. Mais la reine mère ii^vatt tooIq que gagner du temps , et elle était décidée à ne \mA exécuter l'ordonnance du 2 i octobre , qu'elle regardait, dit M"* de Motieville, « comme un assassinat Contre l'autorité royale.» (Edition Petitot, LXXXVIIi, p. 84.) D*un autre côté, ]cs cours supérieures n'étaient pas assez paissantes pouren imposer Tekéculion à la couronne. La lutte recommença bientôt, mais avec un autre caractère. Voltaire n*a pas môme mentionné la déclaration de Saint>Germain. M. de Sainie-Aulaire, dans \*Hitloire de la Fronde , en a montré toute rinaportance ; peut-être même Ta-t-il exagérée, quand il a dit que « les articles délibérés en lachamlTe de Saint-houis avaient proclamé les vrais primTÎpes de la liberté et posé lea bases d'un gouvernement légal et d'une administration régulière. • (Chap v. ) Sans doute les intentions des cuurs supérieures avaient été loyales et quelques-unes de leurs demandes excellentes; mais la magistrature s'était trompée quand elle avait cru pouvoir fonder une sorte da monarchie coastiiuiiunnelle et bourgeoise, au xvii* siôde, entre lUcbelieu et Louis XIV. Le'^ faits qui suivent prouveront assez combien cette tentative était prématurée et ces prétentions chimériques.
1. On sait que k cour des pairs avait été instituée par Philippe Auguste: elle se composait dedouzc pairs, laloues ou ecclésiastiques, les représentants les plus illustres de la société féodule; et elle avait eu d'abord des attribul'ions fort étendues, jugeant les vassaux de la couronne et faisant des ordonnances pour tout le rovaume. Plus urd . quand les Capétiens eurent conquis la plupart des grands nefs, ils remplacèrent les pairs par des barons, et la coQr perdit déjà de son imporunce. Entin, sous Philippe le Bel, une nouvelle révolutioti en changea tout à fait le caractère : le roi garda pour lui seul ia puissance législative, substitua les légistes aux barons; et îa cour des pairs, aprielée désormais parlement, ne fut pins qu*une assemt)léc de justice. Cependant les seigneurs n'en furent pas encore absolumcni exclus : quand le roi se rendait au parlement de Pans pour y faire enregistrer des édlis ou tenir un lit de justice, les ducs et pairs l'accompagnaient et se plaçaient à ses côtés, sur les hauts sièges, au-dessus des magistrats. « C'est de là, dit ^\n\-simon, qu'il a usurpé le nom de cour des pairs : je dis usurpé , parce qu il ne lui est pas propre, et que , partout oh il a plu à nos rois d'asseRii)Ier jn pairs pour y juger des afl'aires majeures ou faire les sanctions les plus importantes, son cahinct, une maison de campagne, un parlement autre quf> celui de Paris, tous ces lieux différents ont été pour ce jour-l la cour des pairs ; ci de cola l)eaacoup d'exemples, depuis que le parlement de Paris s'en est attribué le nom. » (Cbap. ccclxxi.)
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semblait pas plus aux parlements tenus par nos premiers rois, qu'un consul de Srayrne ou d*Âlep ne ressemble à un consul romain.
Celte seule erreur de nom était le prétexte des prétentions ambitieuses d'une compagnie d'hommes de loi, qui tous , pour avoir acheté leurs offices de robe, pensaient tenir la place des conquérants des Gaules et des seigneurs des fîefs de la couronne. Ce corps, en tous les temps, avait abusé du pouvoir que s*arroge nécessairement un premier tribunal, toujours subsistant dans une capitale. Il avait osé donner un arrêt contre Charles VU et le bannir du royaume ; il avait commencé un procès criminel contre Henri III ' : il avait en tous les temps résisté, autant qu'il Favait pu, à ses souverains; et dans cette minorité de Louis XIY, sous le plus doux des gouvernements et sous la plus indulgente des reines, il voulait faire la guerre civile à son prince, à Texemple de ce parlement d'Angleterre qui tenait alors son roi prisonnier , et qui lui fit trancher la tète. Tels étaient les discours et les pensées du cabinet.
Mab les citoyens de Paris, et tout ce qui tenait à la robe, voyaient dans le parlement un corps auguste, qui avait rendu la justice avec une intégrité respectable, qui n'aimait que le bien de l'État et qui l'aimait au péril de sa fortune, qui bornait son ambition à la gloire de réprimer l'ambition des favo * ris, et qui marchait d'un pas égal entre le roi et le peuple ; et, sans examiner l'origine de ses droits et de son pouvoir, on lui supposait les droits les plus sacrés et le pouvoir le plus incontestable : quand on le voyait soutenir la cause du peuple Gon« H*e les ministres détestés, on l'appelait le père de VÈtal ; et on faisait peu de différence entre le droit qui donne la couronne aux rois, et celui qui donnait au parlement le pouvoir de modérer les volontés des rois.
Entre ces deux extrémités, un milieu juste était impossible à trouver; car enfin il n'y avait de loi bien reconnue que colle de l'occasion et du temps. Scus un gouvernement vigoureux ie parlement n'était rien : il était tout sous un roi faible; et l'on pouvait lui appliquer ce que dit M. de Guéméné, quand cette compagnie se plaignit, sous Louis XIII, d'avoir été précédée par les députés de la noblesse : « Messieurs, vous prendrez bien votre revanche dans la minorité. »
I. n V07 IJiitûirt du Parlement, cbap. xxx » (Note de Voltaire.)
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