‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 50 sur 168 · GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

GUERRE CIVILE

On ne veut poinl répéter ici tout ce qui a été écrit sur ces troubles, et copier des livres pour remettre sous les yeux tant de détails alors si chers et si importants, et aujourd'hui pres- ^ que oubliés ; mais on doit dire ce qui caractérise Tesprit de la nation, et moins ce qui appartient à toutes les guerres civiles que ce qui distingue celle de la Fronde.

Deux pouvoirs établis chez les hommes uniquement pour le maintien de la paix, un archevêque et un parlement de Paris, ayant commencé les troubles, le peuple crut tous ses emportements jusUGés. La reine ne pouvait ))ara{tre en public sans ôtre outragée; on ne l'appelait que Dame Anne, et, si Ton y ajoutait quelque titre, c'était un opprobre. Le peuple lui reprochait avec fureur de sacrifier l'État à son amitié pour Mazarih ; et, ce qu'il y avait de plus insupportable, elle entendait de tous côtés ces chansons et ces vaudevilles ', monumuots de plaisanterie et de malignité qui semblaient devoir éterniser le doute où Ton affectait d'être de sa vertu. M"** de Motteville* dit, avec sa noble et sincère naïveté, que a ces insolences faisaient horreur à la reine, et que les Parisiens trempés lui faisaient pitié. »

(6 janvier 4649] Elle s'enfuit de Paris avec ses enfants, son ministre, le duc d'Orléans, frère de Louis XIÏl, le grand Condé lui-même, et alla à Saint-Germain, où presque toute la cour coucha sur la paille. On fut obligé de mettre en gage chez les usuriers les pierreries de la couronne.

Le roi manqua souvent du nécessaire. Les pages do sa chambre furent congédiés, parce qu'on n'avait pas do quoi les nourrir. En ce temps-là même la tante de Louis XIV, fitie de Henri le Grand, femme du roi d'Angleterre, réfugiée à Paris, y était réduite aux extrémités de la pauvreté; et sa Glle, depuis mariée au frère dé Louis XIV, restait au lit, n'ayant pas de quoi se chauffer, sans que le peuple de Paris, enivré de ses fureurs, fit seulement attention aux afflictions de tant de personnes royales.

1. On appelait anciennement vaudevilles des couplets satiriques sur les personnes ou sur les événements politiques, m Un recueil de vaudevilles, dit Ménage, est indispensable à qui vent bien connaître Thistoire. »

2. « Motteville (Françoise Bertaut de). né<> en 164 5, en Normandie. Celle dame a écrit des Mémoires qui regardent particulièrement la reine Anne, mère de Louis XIV. On 7 trouve beaucoup de petits faiis avec un grand a«r de sincérité. Morte en 1689. » (, Voltaire, Liste des écrivains françats.)-^ Voltaire aurait pu ajouter que M">« de Muiieville est un de nos plus charmants auteurs, et que peu de Mémoires ont été écrits avec plus degr&ce «t d'esprit que les siens.

Anne d*Autricbe» dont on Tantait Tesprit, les grAces, la bonté, n'avait presque jamais été en France que malheureuse. Longtemps traitée comme une criminelle par son époux, persécutée par le cardinal de Richelieu, elle avait vu ses papiers saisis au Val-de-Gràce; elle ayait été obligée de signer en plein conseil qu'elle était coupable envers le roi son mari. Quand elle accoucha de Louis XIV, ce môme mari ne Toulut jamais l'embrasser selon Tusage» et cet affront altéra sa santé au point de mettre en danger sa Tie. Enfin, dans sa régence, après avoir comblé de grâces tous ceux qui l'aTaient implorée, elle se voyait chassée de la capitale par un peuple Tolage et furieux. Elle et la reine d'Angleterre, sa belle-sœur, étaient toutes deux un mémorable exemple des réiolutions que peuvent éprouver les têtes couronnées ; et sa belle-mère^ Marie de Médicis, avait été encore plus malheureuse.

La reine^ les larmes aux yeux, pressa le prince de Condé de servir de protecteur au roi. Le vainqueur de Kocroi, de Fribourg, de Lens et de Nordlingen, ne put démentir tant de services passés : il fut flatté de l'honneur de défendre une cour qu'il croyait ingrate, contre la Fronde qui recherchait son appui. Le parlement eut donc le grand Condé à combattre, et il osa soutenir la guerre.

Le prince de Gonti, frère du grand Condé, aussi jaloux de son aîné qu'incapable de l'égaler, le duc de Longueville , le duc de Beaufort, le duc de Bouillon, animés par l'esprit remuant du coadjuteur et avides de nouveautés, se flattant d*é]ever leur grandeur sur les ruines de l'État, et de faire servir à leurs desseins particuliers les mouvements aveugles du parlement, vinrent offrir leurs services^. On nomma, dans la grand'chambre, les généraux d'une armée qu'on n'avait pas. Chacun se taxa pour lever des troupes. Il y avait vingt conseillers pourvus de charges nouvelles, crées par le cardinal de Richelieu : leurs confrères, par une petitesse d'esprit dont toute société est susceptible, semblaient poursuivre sur eux la

1. Dès ce moment, 1a Fronde chan^^e de caraclère : grave et sérieuse jusqu'alors, elle va devenir frivole et ridicule. Quand le parlement, incapable de lutter contre l'autorité royale, eut accepté les services des princes du sang, ces jeunes seigneurs dénaturèrent lo mouvement commencé par les coiuv souveraines et inauguré par la déclaration de Samt-^ermain, donnèrent à l'insurrection par leur luxe et leur galanterie les apparences d'une fêle, et s'amusèrent de la guerre civile. La Fronde mérite alors le nom que l'histoire lui a conservé, celui d'un jeu d'enfants, et les plaisanteries moïdaclcs de Voltaire dans les pages qui vont suivre.

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mémoirtj do Richelieu ; ils les accablaient de dégoûts , et ne les regardaient pas comme membres du parlement : il fallut qu'ils donnassent chacun quinze mille livres pour les frais de ia guerre , et pour acheter la tolérance de leurs confrères.

La grand^chambre, les enquêtes , les requêtes, la chambre des comptes, la cour des aides, qui avaient tant crié contre des impôts faibles et nécessaires, et surtout contre Taugmen* tatlon du tarif, laquelle n'allait qu'à deux cent mille livres, fournirent une somme de près de dix millions de notre monnaie d'aujourd'hui pour la subversion de la patrie. On rendit un arrêt par lequel il fut ordonné de se saisir de tout l'argent des partisans de la cour. On en prit pour douze cent mille de nos livres. On leva douze mille hommes par arrêt du parleaiient (15 février 4649) : chaque porte cochère fournit un homme et un cheval. Celte cavalerie fut appelée la cavalerie des portes'cochères. Le coadjuteur avait un régiment à lui, qu*on noiïïm9\t régiment de Corinthe, parce que le coadjuteur était archevêque titulaire de Corintho.

Sans les noms de rôi dû France, do grand Condé , de capitale du royaume, cette guerre de la Fronde eût été aussi ridicule que celle des Barberins'; on ne savait pourquoi on était en armes. Le prince de Condé assiégea cent mille bour> geois avec huit mille soldats. Les Parisiens sortaient en campagne, ornés de plumes et de rubans ; leurs évolutions étaient lo sujet de plaisanterie des gens de métier. Ils fuyaient dès qu'ils rencontraient deux cents hommes de l'armée royale. Tout se tournait en raillerie; le régiment de Corinlhe ayant clé battu par un petit parti , on appela cet échec la fyrèmièr» aux Corinthiens.

Ces vingt conseillers, qui avaient fourni chacun quinze mille livres, n'eurent d'autre honneur que d'être appelés les quinze-vingts.

Le duc de Beaufort-Vendôme , pelit-fils de Henri IV, l'idole du peuple et l'instrument dont on se servit pour le soulever*,

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