‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 51 sur 168 · Sur la guerre des Barherint, voy. la noie 2 de la p iG · texte numérisé non relu

Sur la guerre des Barherint, voy. la noie 2 de la p iG

2. Dont on se servit pour U soulever. Le cardinal de ftetz . qui se vantait d'avoir étudié l'art des conspirations dans les Vies de Plutarqiie et le Catt' lina de Salluste, avoue lui-môme avec une f^'anchise singulière qu'il se servit du duc de Beaufort pour soulever le peuple : « Il me fallait un faniOme, mais il ne me fallait qu'un fantôme; et, par bonheur pour moi, il se trouva que ce fantôme était poiii-fils de Henri le Grand, qu'il parlait comme on parle aux halles» ce qui n*est pas ordinaire aux enfants de Henri le Grand et qu'il avait de grands cheveux bien longs ei bien blonds ; vous ne pouvci

kk CHAPITRE V

prince populaire , mais d'un esprit borné , était publiquement l'objet des railleries de la cour et de la Fronde même. On no parlait jamais de lui que sous le nom de rot des halles. Une balle lui ayant fait une contusion au bras, il disait que ce n'était qu'une confusion. '

La duchesse de Nemours rapporte , dans ses Mémoires, que le prince de Gondé présenta à la reine un petit nain bossu, armé do pied en cap. « Voilà , dit-il , le généralissime de l'armée parisienne. » Il voulait par là désigner son frère , le prince de Conti, qui était en effet bossu , et que les Parisiens vivaient choisi pour leur général. Cependant ce même Condé .<'ut ensuite général des mêmes troupes; et M"*« de Nemours ajoute qu'il disait que toute cette guerre ne méritait d'être écrite qu*en vers burlesques. Il rappelait aussi la guerre des pots de chambre.

Les troupes parisiennes, qui sortaient de Paris et revenaient toujours battues, étaient reçues avec des huées et des éclats de rire. On ne réparait tous ces petits échecs que par des cou* plets et des épigrammes. Les cabarets et les autres maisons de débauche étaient les tentes où l'on tenait les conseils de guerre au milieu des plaisanteries, des chansons et de la gaieté la plus dissolue. La licence était si ciïrénée, qu'une nuit les principaux officiers de la Fronde, ayant rencontré le saint sacrement qu*on portait dans les rues à un homme qu'on soupçonnait d*étre mazarin *, reconduisirent les prêtres à coups de plat d'épée.

Enfin on vit le coadjuteur, archevêque de Paris, venir prendre séance au parlement avec un poignard dans sa poche, dont on apercevait la poignée, et on criait : Voilà le brMaire de notre archevêque.

11 vint un Itérant d'armes à la porte Saint-Antoine, accompagné d'un gentilhomme ordinaire de la chambre du roi*, pour signifier des propositions (4649). Le pariement ne voulut point le recevoir; mais il admit dans la grand'chambre un envoyé do l'archiduc Léopold , qui faisait alors la guerre à la Franco.

Au milieu de tous ces troubles, la noblesse s'assembla en

TOUS imaginer le poids de ces circonstances, et voua ne puuver concevoir r«:il'ct qu'elles tirent dans fe peuple.... Le feu prit en nioius d*ur instant. • (Kdiiion Peutot, t. XMV, p. 318.) a. lyétre mazarin. c'est-à-dire partisan de Mazarin.

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corps aux Auguslins \ nomma des syndics, tint publiquement des séances réglées. On eût cru que c'était pour réformer la France • et pour assembler les états généraux : c'était pour^un tabouret* que la reine avait accordé à M"* de Pons. Peut-être n*y a-t-il jamais eu une preuve plus sensible de la légèreté d'esprri qu*on reprochait aux Français.

Les discordes civiles qui désolaient TAngleterre, précisémeut en même temps/ servent bien à faire voir les caractères des deux nations. Les Anglais avaient mis dans leurs troubles civils un acharnement mélancolique et une fureur raisonnée : ils donnaient de sanglantes batailles; le fer décidait tout; les échafauds étaient dressés pour les vaincus; leur roi, pris en combattant, fut amené devant une cour de justice , interrogé sur Tabus qu*on lui reprochait d*avoir fait de son pouvoir, condamné à perdre la tête, et exécuté devant tout son peuple {9 février 4649), avec autant d'ordre et avec le même appareil de justice que si on avait condamné un citoyen criminel, sans que, dans le cours de ces troubles horribles, Londres se fût ressentie un moment des calamités attachées aux guerres civiles.

Les Français, au contraire, se précipitaient dans les séditions par caprice et en riant; les femmes étaient à la tête des nations; Tamour faisait et rompait les cabales. La duchesse deLoDÇueville engagea Turenne, à peine maréchal de France, à faire révolter l'armée qu'il commandait pour le roi.

C'était la mémo armée que le célèbre duc de Saxe^Weiniar

i. AucB Auguttins. Grêlait le nom d'un convent situé près du Pont-Neuf, et qui servait souvent, sous rancienne monarchie, aux assemblées de la noblesse et du clergé.

2. Il parait que Yaffaire du tabouret était une grave question pour la no- Messe. A la cour, la manière de saluer, de traverser les appartements et surtout de s'asseoir, variait suivant le rang des nobles visiteurs. Le roi et la reine avaient seuls droit à un fauteuil ; lea fils de France, à un fauteuil à dos, sans bras; les princes du sang et les ducs et pairs, à un tabouret : leurs femmes jouissaient du même privilège. M">« de Puns , mariée à François d'Albret, comte de Pons, ne pouvait donc prétendre à l'honneur d'être attise, pour nous servir d'une expression familière à Saint-Simon. Louis XIV, scrupuleux observateur de Tétiqueite, en imposa le respect à tout le monde : la femme du chancelier, comte de Pontcbartrain , ayant pris un jour le thbouret à la toilette de la duchesse de Bourgogne, « le roi, qui le sut, lui lav» la tête, et avertit le chancelier que sa femme avait fait une sottise, qu'il ne trouverait pas bon qu'elle recommençât : aussi s'en garda-t-elle bien depuis. Cela fit grand bruit à la cour. i. (Saint-Simon, chap. lxx.) On voit aussi, dans les Hémoires de Louis XIV (uU, p. 64) que Monsieur, firère du roi, demanda en vain un fanteuU à dos pour sa femme : ses prières, ses plaintes et même ses pleurs ne purent rien obtenir. (Voy. ^%s loin, au chap. ix,la note 2 de la page io3.)

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avilit rassemblée, Eile était commandée, après la mort du duc de Weimar, par le comte d'Erlach, d*une ancienne maison du canton de Berne. Ce fut ce comte d'Erlach qui donna cette armée à la France, et qui lui valut la possession de FÂlsace. Le vicomte de Turenne voulut ie séduire; l'Alsace eût été perdue pour Louis XIY : mais il fut inébranlable; il contint les troupes weimariennes dans la fidélité qu'elles devaient à leur sermenU Il fut même chargé' par le cardinal Mazarin d*arrètcr lo vicomte. Ce grand homme, infidèle alors par faiblesse, fut obligé de quitter en fugitif l'armée dont i! était général pour plaire à une femme qui se moquait de sa passion ; il devint, dégénérai du roi de France, lieutenant de don Estevan de Gamare, avec lequel il fut battu à Réthel par le maréchal du Plessis-Praslin.

On connaît ce billet du maréchal d'Ilocquincourt à la duchesse de Montbazon : Péronne est à la belle des belles» On sait ces vers du duc de La Rochefoucauld pour la duchesse de Longueville, lorsqu'il reçut, au combat de Saint-Antoine, un coup de mousquet qui lui fit perdre quelque temps la vue:

Pour tnéWter son cœur, pour plaire à ses beaux yeux, J'ai fait la guerre aux rois; Je l'aurais faite aux dieux *•

On voit, dans les Mémoires de Mademoiselle, une lettre de Gaston, duc d'Orléans, son père , dont l'adresse est : A mesiiames les vomtesses^ maréchales de camp dans V armée de ma fille contre le Mazarin.

La guerre finit et recommença à plusieurs reprises ; il n'y eut personne qui ne changeât souvent de parti. Le prince de Condé, ayant ramené dans Paris la cour triomphante, se livra au plaisir de la mépriser après lavoir défendue ; et no trouvant pas qu'on lui donnât des récompenses proportionnées à sa gloire et à ses services , il fut le premier à tourner Mazarin en ridicule, à braver la reine, et à insulter le gouvernement qu'il dédaignait. Il écrivit, à ce qu'on prétend, au car-

1. Voltaire dit ailleurs {Supplémmt au Siècle de Louis XIV, partie I,) que cen vers sont tirés de la tragéaie é'Àlcyonée, par du Ryer, mauvais poète du règne précédent; il ajoute que le duc de La Rocliefoucaala, après sa rupture ayec U»* de Longueville , parodia ainsi ces yers :

Pour ce cœur inconstant, 4u'eQfin je connais mieux, i*ai fait la guerre aux rois : J*eo ai perdu les yeux,

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dinai, aW illustrissimo signor Faquino. II lui dit un jour : Adieu , Mars, II encouragea un marquis de Jarsai à faire une déclaration d'amour à la reine, et trouva naauvais qu'elle osât s'en offenser. Il se ligua avec le prince de Conti , son frère, et le duc de Longueville , qui abandonnèrent le parti de la Fronde. On avait appelé la cabale du duc de Beaufort, au commencement de la régence , celle des impartants ; on appelait celle de Condé le parti des petits-madres , parce qu'ils voulaient être lesmaitrcs de l'Ëtat. Il n'est resté de tous ces troubles d'autres traces que ce nom de petit-maUre, qu'on applique aujourd'hui à la jeunesse avantageuse et mai élevée, et le nom de frondeurs au'on donne aux censeurs du gouvernement.

On employa de tous côtés des moyens aussi bas qu'odieux. ioly, conseiller au Chàtelot, depuis secrétaire du cardinal de Ketz, imagina de se faire une incision au bras et de se faire tirer un coup de pistolet dans son carrosse, pour faire accroire que la cour avait voulu l'assassiner.

Quelques jours après , pour diviser le parti du prince de Condé et les Frondeurs, et pour les rendre irréconciliables, on tire des coups de fusil dans les carrosses du grand Condé, et on tue un de ses valets de pied, ce qui s'appelait une joliade r0ftforcée. Qui fit cette étrange entreprise? Est-ce le parti du cardinal Mazarin? il en fut très-soupçon né. On en accusa le cardinai de Retz, le duc de Beaufort et le vieux Broussel, en plein parlement, et ils furent justifiés.

Tous les partis se choquaient, négociaient, se trahissaient tour à tour. Chaque homme important, ou qui voulait Tètre, prétendait établir sa fortune sur la ruine publique ; et le bien public était dans la bouche de tout le monde. Gaston était jaloux de la gloire du grand Condé et du crédit de Mazarin» Condé ne les aimait ni ne les estimait. Le coadjuteur de l'archevêché de Paris voulait être cardinal par la nomination de la reine, et il se dévouait alors à elle * pour obtenir cette dignité

1. NoD-ieulement le coadjuteur, mais la vieille Fronde et le parlement étaient disposés à s^anir avec la cour contre le prince de Condé, dont les insolences n'étaient du goût de personne. On voit dans VHistoire de lu Frfmde que le prince ne cachait pas son mépris pour ces bourgeuiH qui • prétendaient à gouverner l'État. • Un iour. en oléine assemblée, il Injuria et menaça du poing le conseiller Quatre-Sons. gui ayait parié contra son opinion; une autre fois, il Jurk qu'il f ferait périr suus le bâton » une députation du parlement d'Aiz qui était venue dénoncer à la reine les violences du comte u'Alais, gouverneur de Provence, ami du prinee. Sa

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étrangère qui ne donnait aucune autorité, mais an grand relief, l'elle était alors la force du préjugé, que le prince de Gonti, frère du grand Condé, voulait aussi couvrir sa couronne de prince d'un chapeau rouge. Et tel était en même temps le pouvoir des intrigues, qu*un abbé sans naissance et sans mérite, nommé La Rivière, disputait ce chapeau romain au prince. Ils ne l'eurent ni Tun ni Tautre : le prince, parce qu'enfin il sut lé mépriser, La Rivière, parce qu*on se moqua de son ambition ; mais le coadjuteur Tobtint pour avoir abandonné le prince de Condé aux ressentiments de la reine.

Ces ressentiments n'avaient d'autre fondement que de petites querelles d'intérêt entre le grand Condé et Mazarin. Nul crime d'État ne pouvait être imputé à Condé; cependant on l'arrêta dans le Louvre, lui, son frère de Conti, et son beau-frère de Longuevilie, sans aucune formalité, et uniquement parce que Ifazarin le craignait (48 janvier 4 650). Cette démarche était, à la vérké, contre toutes les lois ; mais on ne connaissait les lois dans aucun des partis.

Le cardinal, pour se rendre maître de ces princes, usa d'une fourberie qu'on appela politique. Les Frondeurs étaient accusés d'avoir tenté d'assassiner le prince de Condé ; Mazarin lui fait accroire qu'il s'agit d'arrêter un des conjurés et de tromper les Frondeurs ; que c'est à son altesse à signer l'ordre aux gendarmes de la garde de se tenir prêts au Louvre. Le grand Condé signe lui-même l'ordre de sa détention. On ne vit jamais mieux que la politique consiste souvent dans le mensonge, et que l'habileté est de pénétrer le monteur.

On lit dans la Vie de la duchesse de Longuevilie que la reine mère se retira dans son petit oratoire pendant qu'on se saisissait des princes, qu'elle fit mettre à genoux le roi son fils, âgé de onze ans, et qu'ils prièrent Dieu dévotement ensemble pour l'heureux succès de cette expédition. Si Mazarin en avait usé ainsi, c'eût été une momerie atroce. Ce n'était dans Anne d'Autriche qu'une faiblesse ordinaire aux femmes. La dévotion, chez elles, s'allie avec l'amour, avec la politique, avec la cruauté même. Les femmes fortes sont au-dessus de ces petitesses.

Le prince de Condé eût pu gouverner l'État s'il avait seule-

Difcœ. U dachesse de Nemours dit avec raison, dans ses Mémoires, •• qu'il savait mieax gacDor des batailles que des cœurs. » ( Éditiua PeiitoU l. XXXIV. p. 43T,)

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mant voulu plaire; mais îl se contentait d*élre admiré. Le peuple de Paris, qui avait fait des barricades pour un conseiller-clerc presque imbécile, fit de» feux de joie lorsqu'on mena au donjon de Vincennes le défenseur et le héros de la France.

Ce qui montre encore combien les événements trompent les hommes, c'est que cette prison de trois princes, qui semblait . devoir assoupir les factions, fut ce qui les releva. La mère du prince de Condé, exilée, resta dans Paris malgré la cour, et porta sa requête au parlement (4650). Sa femme, après mille périls, se réfugia dans la ville de Bordeaux ; aidée des ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld, elle souleva cette ville et arma l'Espagne.

Toute la France redemandait le grand Condé. S'il avait paru alors, la cour était perdue. Gourville, qui, de simple valet de chambre du duc de La Rochefoucauld, était devenu un homme considérable par son caractère hardi et prudent, imagina un moyen sûr de délivrer les princes enfermés alors à Vincennes. Un des conjurés eut la bêtise de se confesser à un prêtre de la Fronde. Ce malheureux prêtre avertit le coadjuteur, persécuteur en ce temps-là du grand Condé. L'entreprise échoua par la révélation de la confession « si ordinaire dans les $;uerres civiles*.

Ou voit par les Mémpires du conseiller d'Etat Leof.t, plus curieux que connus, combien, dans ces temps de licence effrénée « de troubles, d'iniquités et même d'impiétés, les prêtres avaient encore de pouvoir sur les esprits. Il rapporte qu'en Bourgogne le doyen de la Sainte-Chapelle, attaché au prince de Condé, offrit pour tout secours de faire parler en sa faveur tous les prédicateurs en chaire, et de faire manœuvrer tous les prêtres dans la confession.

Pour mieux faire connaître encore les mœurs du temps, il dit que lorsque la femme du grand Condé alla se réfugier dans

I. l/anecdote a éic rapporiée autrement par Gourville lui-mèmej dans ses Mémoires : « l^ vendredi, an des quatre (conjurés), ayant été saisi do peur, tit semblant le même jour d'aller à confesse à l'église de Notre-Dame , au pénitencier ; et, s'étant accasé d'un vol dont 11 voulait faire la restitution , U lui dontia uo paquet ob il avait mis quelque argent , et lui dit qu'il y trouverait le nom de la personne. Le pénitencier étant rentré chez lui ouvrit le pa<iaet et y trouva écrit : Dimanche, à trois heures, on doit mettre \e^ princes en liberté; U y a vne intelligence dans Vincennes pour cela. Le pénitencier alla aussitôt porter le billet à M. le coadiiuieur, et Vexécuiion du cooiidol Ait impossible. » (Édition Petiloi , t. LU , p. no.)

dO CHAPITRE IV. tiUKRRE CIVILE.

Bordeaux, les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld allèrent au-devant d'elle à la tôte d'une foule de jeunes gentilshommes qui crièrent à ses oreilles vive Condé , ajoutant un mot obscène pour Mazarin, et la priant de joindre sa voix aux leurs.

(43 février 4651) Un an après, les mêmes Frondeurs qui avaient vendu le grand Condé et les princes à la vengeance timide de Mazarin forcèrent la reine à ouvrir leurs prisons, et à chasser du royaume son premier ministre. Mazarin alla luimême au Havre, où ils étaient détenus ; il leur rendit leur liberté, et ne fut reçu d'eux qu'avec le mépris qu'il en devait attendre; après quoi il se relira à Liège. Condé revint dans Paris aux acclamations de ce même peuple qui l'avait tant liai. Sa présence renouvela les cabales, les dissensions et les meurtres.

Le royaume resta dans cette combustion encore quelques années. Le gouvernement ne prit presque jamais que des partis faibles et incertains : il semblait devoir succomber; mais le» révoltés furent toujours désunis, et c'est ce qui sauva la cour. Le coadjutcur, tantôt ami , tantôt ennemi du prince de Condé, suscita contre lui une partie du parlement et du peuple : il osa en même temps servir la reine en tenant tète à ce prince, et l'outrager en la forçant d'éloigner le cardinal Mazarin , qui se retira à Cologne. La reine, par une contradiction trop ordinaire aux gouvernements faibles, fut obligée de recevoir à la fois ses services et ses offenses, et de nommer au cardinalat co même coadjuteur, l'auteur des barricades, qui avait contraint la famille royale à sortir de la capitale et à l'assiéger.

Suiic de la guerre civile jusqu'à la Un de la rébellion eu 1653.

Enfin le prince de Condé se résolut à une guerre qu'il eût dH commencer du temps de la Fronde, s'il avait voulu être le maître de l'État, ou qu'il n'aurait dû jamais faire, s'il avait été citoyen. Il part de Paris; il va soulever la Guyenne, le Poitou et l'Anjou, et mendier contre la France le secours des Espagnols, dont il avait été le fléau le plus terrible '.

I. Oo lit dans VHistoire dé mon temps ^r Burnei, évèque anglican de Salisbury, que Condé avait songé d'abora à reformer le parti calviniste dont

CBAPITKK V. SUITE D£ LA CUEHRS «CIVILS. 5l

Rien ne marque mieux la manie de ce temps, et le dérégiement qui déterminait toutes les démarches, que ce qui arriva alors à ce prince. La reine lui envoya un courrier de Paris avec des propositions qui devaient l'engager au retour et à la f)aix. Le courrier se trompa ; et au lieu d aller à Angervilie, où était le prince, il alla à Augerville '. La lettre vint trop tard. Condé dit que, s'il Tavait reçue plus tôt, il aurait accepté les propositions de |)aix ; mais que , puisqu'il était déjà assez loia de Paris, ce n'était pas la peine d'y retourner. Ainsi la mépris» d'un courrier et le pur caprice de ce prince replongèrent la France dans la guerre civile.

( Décembre 4651 ) Alors le cardinal Mazarin, qui du fond da son exil à Cologne avait gouverné la cour, rentra dans le royaume, moins en ministre qui venait reprendre son poste qu'en souverain qui se remettait en possession de ses États; il était conduit par une petite armée de sept mille hommes levés à ses dépens , c'est-à-dire avec l'argent du royaume qu'il s'était approprié.

On fait dire au roi, dans une déclaration de ce temps-là, que le cardinal avait en effet levé ces troupes de son argent; ce qui doit confondre l'opinion de ceux qui ont écrit qu'à sa première sortie du royaume Mazarin s'était trouvé dans l'indigence. Il donna le commandement de sa petite armée au maréchal d'Hocquincourt. Tous les officiers portaient des écharpes vertes ; c'était la couleur des livrées du cardinal. Chaque parti avait alors son écharpe : la blanche était celle du roi ; Tisabelle, celle du prince de Condé. 11 était étonnant que le cardinal Mazarin, qui avait jusqu'alors affecté tant de modestie, eût la hardiesse de faire porter ses livrées à une armée, comme

ses ancêtres avaieni été les chefs, ei à s'allier avec Cromwell : il proiuetui; de se faire protePianl, si l'Angleierre voulait lui fournir une flotte et un« armée. U Protecteur envoya en France uo de ses agents, nommé Stoupe, q'ii s assura que les calvinistes éUient partout satisfaits du nouveau gouyerccmeni et que les édiis en leur faveur étaient scrupuleusement observés ; u refusa les propositions de Condé, qui se tourna alors vers les Espagnols et conclut avec la cour de Madrid un traité que les mœurs de celle époque expliquent sans le justifier. H deSainte-Aulaire, qui a cité ce passage cuneux de Tévèque Bumei ( ctiap. xvi ), ajoute une accusation lieaucouii |>lns grave, si elle éuit fondée : il prétend d'après les Mémoires du comt« 0» Çoligny, que le prince de Condé avait formé le projet de renverser W)ui8 XIV et de placer sa famille sur le trône de France. Ces Mémoire*, pobhés pour la preiuière fois en i826, avaient été écrits sur les marges d'uA missel.

-uî; An«ervll!e est une petite ville voisine d'Éiampes ; Augerville était iw «Mteau en G&tinais , près de Montargis.

8 il avait un parti différent de celui de son mattre, mais il ne put résister à cette vanité : c'était précisément ce qu'avait fait le maréchal d'Ancre, et ce qui contribua beaucoup à sa perte. La même témérité réussit au cardinal Mazarin : la reine l'approuva. Le roi, déjA majeur', et son frère allèrent au-devani de lui *.

(Décembre 4654} Aux premières nouvelles de son retour, Gaston d'Orléans, frère de Louis Xni, qui avait demandé Vé* loîgnement du cardinal, leva des troupes dans Paris sans savoir à quoi elles seraient employées. Le parlement renouvela ses arrêts; il proscrivit Mazarin et mit sa tète à prix. Il fallut chercher dans les registres quel était le prix d'une tête en nemie du royaume. On trouva que sous Charles IX on avait promis, par arrêt, cinquante mille écus à celui qui représenterait l'amiral Coligny mort ou vif. On crut très-sérieusement procéder en règle en mettant ce même prix à 1 assassinat d^m cardinal premier ministre.

Cette proscription ne donna à personne la tentation de mériter les cinquante mille écus, qui après tout n'eussent point été payés. Chez une autre nation et dans un autre temps, un tel Brréi eût trouvé des exécuteurs; mais il ne servit qu'à faire de nouvelles plaisanteries. Les Blot et les Marigny, beaux esprits qui portaient la galté dans les tumultes de ces troubles, firent afficher dans Paris une répartition des cent cinquante mille livres : tant pour qui couperait le nez au cardinal, tant pour une oreille, tant pour un œil, etc. Ce ridicule fut tout TefTet de la proscription contre la personne du ministre; mais ses meubles et sa bibliothèque furent vendus par un second arrêt : cet argent était destiné à payer un assassin; il fut dissipé par les dépositaires, comme tout l'argent qu'on levait alors. Le cardinal, de son côté, n'employait contre ses ennemis ni le poison ni l'assassinat; et, malgré l'ai-

1. On Bail qae la majorité des rois de France avait été fixée par une ordonnance de Cbaitoa V à treize ans accomplis. Louis XIV était donc majeur depuis quelques mois.

2. On a reproché arec raison au cardinal Mazarin ce retour prématuré, qui indiquait trop d'ambition et peu de prudence. Bossuet lui-même a osé le condamner , dans VOraison funèbre de Michel Letellier : « Deux fois , dii-il, en grand politique, ce judicieux favori sut céder an temps et 8*éloinier de la cour; mais , il le faut dire, toujours il y voulait revenir trop tôt. Letellier s'opposait à ses impatiences jusqu'à se rendre suspect, etc. » U est certain que ce premier retour de Mazarin fut une faute : il souleva de nouveau le parlement, qui semblait réconcilié avec la cour, et qui venait de déclarer le prince de Coodé criminel de lèse-majesté.

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