‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 52 sur 168 · SUITE DE LA GUERRE CII^ILE · texte numérisé non relu

SUITE DE LA GUERRE CII^ILE

greur ot la manie de tant de partis et de tant de haines, on ne commit pas autant de grands crimes, les chefs de parti furent moins cruels, et les peuples moins furieux que du temps de la Ligue; car ce n'était pas une guerre de religion^

(Décembre 1651) L'esprit de vertige qui régnait on ce temps .posséda si bien tout le corps du parlement de Paris, qu'après avoir solenLellement ordonné un assassinat dont on se moquait, il rendit un arrêt par lequel plusieurs conseillers devaient se transporter sur la frontière pour informer contre l'armée du cardinal Ma zarin, c'est-à-dire contre l'armée royale.

Deux conseillers furent assez imprudents pour aller avec quelques paysans faire rompre les ponts par où le r ardinal devait passer : l'un d'eux, nommé Bitaut, fut fait prisonnier par les troupes du roi , relâché avec indulgence et moqué de tous les partis.

(6 auguste 4652) Cependant le roi majeur interdit le parlement de Paris et le transfère à Pontoise. Quatorze membres attachés à la cour obéissent, les autres résistent. Voilà deux parlements qui , pour mettre le comble à la confusion , se foudroient par des arrêts réciproques, comme du temps de Henri IV et de Charles VL

Précisément dans le temps que cette compagnie s'abandonnait à ces extrémités contre le ministre du roi, elle déclarait criminel de lèse-majesté le prince de Condé , qui n'était armé que contre ce ministre ; et , par un renversement d'esprit que toutes les démarches précédentes rendent croyable, elle ordonna que les nouvelles troupes de Gaston, duc d'Orléans, marcheraient contre Mazarin , et elle défendit en même temps qu'on prit aucuns deniers dans les receltes publiques pour les soudoyer.

On ne pouvait attendre autre chose d'une compagnie de magistrats qui, jetée hors de sa sphère, et ne connaissant ni ses droits, ni son pouvoir réel, ni les affaires politiques, ni la guerre, s'assemblant et décidant en tumulte, prenait des partis auxquels elle n'avait pas pensé le jour d'auparavant, et dont elle-même s'étonnait ensuite *•

t. M de Sainle-Âulaire a jugé le parlement avec moins de séTérilé. Selon lai, leB magisiraia de Paris voulaient former un tiers parti, qui, appuyé par les milices des villes , résisterait en môme temps aux princes et à la cour. Le cardinal de Retz, qui partageait les mômes opinions, avec moins de désicicressement peut-être, essaya en vain de gagner le duc d'Orléans h, la cause parlenieutairet en le flânant de l'espoir séduisant de devenir te maître du

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Le parlement de Bordeaux servait alors le prince de Condéi mais il tint une conduite un peu plus uniforme, parce qu'étant plus éloigné de la cour, il était moins agité par des factions opposées. Des objets plus considérables intéressaient toute la France.

Gondé, ligué avec les Espagnols, était en campagne contre le roi ; et Turenne, ayant quitté ces mêmes Espagnols, avec lesquels il avait été battu à Héthel , venait de faire sa paix avec la cour et commandait l'armée royale. L'épuisement des finances ne permettait ni à l'un ni à l'autre des deux partis d'avoir de grandes armées ; mais de petites ne décidaient pas moins du sort de l'Ëtat. Il y a des temps où cent mille hommes en campagne peuvent à peine prendre deux villes; il y en a d'autres où une bataille entre sept ou huit mille hommes peut renverser un trône ou l'affermir.

Louis XIV, élevé dans l'adversité , allait avec sa mère, son frôre etlecai^inal Mazarin de province en province, n'ayant pas autant de troupes autour de sa personne, à beaucoup près, qu'il en eut depuis en temps de paix pour sa seule garde. Cinq à six mille hommes, les uns envoyés d'Espagne, les autres levés par les partisans du prince de Condé, le poursuivaient au cœur de son royaume.

Le prince de Condé courait cependant de Bordeaux à Montauban , prenait des villes et grossissait partout son parti.

Toute l'espérance de la cour était dans le maréchal de Turenne. L'armée royale se trouvait auprès de Gien sur la Loire. Celle du prince de Condé était à quelques lieues sous les ordres du duc de Nemours et du duc de Beaufort. Les divisions de ces deux généraux allaient être funestes au parti du prince. Le duc de Beaufort était incapable du moindre commandement. Le duc de Nemours passait pour être plus brave et plus aimable qu'habile. Tous deux ensemble ruinaient leur armée. Les soldats savaient que le grand Gondé était à cent heues de là et se croyaient perdus, lorsqu'au milieu de la nuit un cour-

TÉlat. Gomme le prince hésitait : « Que deviendrons-nous, lai dit-il enfin, si la cour triomphe? — Je serai fils de France et vous cardinal-archevènue de Parif, répondit le duc avec un geste dMnsouciance. — Vous serez Ûls de France à Blois, et moi cardina* au bois de Vincennea, * repartit le coadju- «sur, comme s'il prévoyait Tuvenir. On peut croire, avec M. de Sainte-Aulaire, aux intentions loyales du parlement; mais il faut avouer avec Voltaire que cette compagnie, jetée hors de sa sphère, n'était guère capable à ooiia «poque de tenir .a balance 3ntre la cour et les princes.

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