‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 53 sur 168 · SUITE OE LA GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

SUITE OE LA GUERRE CIVILE

rier se présenta dans la forêt d'Orléans devant les grandes gardes. Les sentinelles reconnurent dans ce courrier le pnnc« de Gondé lui-même, qui venait d*Agen, à travers mille aventures et toujours déguisé, se mettre à la tête de son armée.

Sa présence faisait beaucoup, et cette arrivée imprévue encore davantage. 11 savait que tout ce qui est soudain et inespéré transporle les hommes. Il profita à l'instant de la confiance et de Taudace qu'il venait d'inspirer. Le grand talent de ce prince dans la guerre était de prendre en un instant les résolutions les plus hardies, et de lés exécuter avec non moins de conduite que de promptitude.

(7 avril -If^Sâ J L'armée royale était séparée en deux corps. Condé fondit sur celui qui était à Bléneau , commandé par le maréchal d'Hocquincourt; et ce corps fut dissipé en même temps qu'attaqué. Turenne n'en put être averti. Le cardinal Mazarin efÇrayé courut à Gien , au milieu de la nuit, réveiller le roi qui dormait, pour lui apprendre cette nouvelle. Sa petite cour fut consternée; on proposa de sauver le roi par la fuite, et de le conduire secrètement à Bourges. Le prince de Condé victorieux approchait de Gien ; la désolation et la crainte augfnen talent. Turenne par sa fermeté rassura les esprits, et sauva la cour par son habileté; il lit, avec le peu qui lui restait de troupes , des mouvements si heureux , proGta si bien du terrain et du -temps, qu'il empêcha Condé de poursuivre son avantage. Il fut difficile alors de décider lequel avait acquis le plus d'honneur, ou de Condé victorieux, ou de Turenne qui lui avait arraché le fruit de sa victoire. Il est vrai que dans ce combat de Bléneau , si longtemps célèbre en France , il n'y avait pas eu quatre cents hommes de tués; mais lo prince de Condé n'en fut pas moins sur le point de se rendre maître de toute la famille royale , et d'avoir entre ses mains son ennemi , le cardinal Mazarin. On ne pouvait guère voir un plus petit combat, de plus grands intérêts, et un danger plus pressant.

Condé, qui ne se flattait pas de surprendre Turenne comme il avait surpris d'Hocquincourt , fit marcher son armée vers Paris; il se hâta d'aller dans cette ville jouir de sa gloire et des dispositions favorables d'un peuple aveugle. L'admiration qu'on avait pour ce dernier combat, dont on exagérait encore toutes les circonstances, la haine qu'on portait à Mazarin , le nom et la présence du grand Condé semblaient d'abord le rendre maître absolu de la capitale ; mais dans le

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fond tous les esprits étaient divisés ; chaque parti était subàmsé en factions, comme il arrive dans tous les troubles. Le roadjuteur, devenu cardinal de Retz , raccommodé en apparence avec la cour, qui le craignait et dont il se défiait, n'était plus le maître du peuple , et ne jouait plus le principal rôle. Il gouvernait le duc d'Orléans, et était opposé à Condé. Le parlement flottait entre la cour, le duc dOrléans et le prince : «fuoique tout le monde s'accord&t à crier contre Mazarin , chacun ménageait on secret des intérêts particuliers ; le peuple était une mer orageuse, dont les vagues étaient poussées au hasard par tant de vents contraires. On flt promener dans Paris la châsse de sainte Geneviève , pour obtenir l'expulsion du cardinal ministre; et la populace ne douta pas que cette sainte n'opérât ce miracle , comme elle donne de la pluie.

On ne voyait que négociations entre les chefs de parti , députations du parlement, assemblées de chambres, séditions dans la populace, gens de guerre dans la campagne. On montait la garde à la porte des monastères. Le prince avait appelé les Espagnols à son secours. Charles IV, ce duc de Lorraine chassé de st3S États, et à qui il restait pour tout bien une armée de huit mille hommes qu'il vendait tous les ans au roi d'Espagne, vint auprès do Paris avec cette armée. Le cardinal Mazarin lui ofl'rit plus d'argent pour s'en retourner que le prince de Condé ne lui en avait donné pour venir. Le duc de Lorraine quitta bientôt la France , après l'avoir désolée sur son passage , emportant l'argent des deux partis.

Condé resta donc dans Paris, avec un pouvoir qui diminua tous les jours , et une armée plus faible encore. Turenne mena le roi et sa cour vers Paris. Le roi , à l'âge de quinze ans, vit (juillet 4652) de la hauteur de Charonne la bataille de Saint- Antoine, où ces deux généraux Grent avec si peu de troupes de si grandes choses , que la réputation de l'un et de l'autre, qui semblait ne pouvoir plus croître, en fut augmentée.

Le prince de Condé, avec un petit nombre de seigneurs do son parti , suivi de peu de soldats , soutint et repoussa l'effort de l'armée royale. Le duc d'Orléans , incertain du parti qu'il devait prendre, restait dans son palais du Luxembourg. Le cardinal de Retz était cantonné dans son archevêché. Le parlement attendait l'issue de la bataille pour donner quelque arrêt. La reine en larmes était prosternée dans une chapelle anx Carmélites. Le peuple, qui craignait alors également et

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léâ troupes du roi et GeHcs de Monsieur le Prince, avait fermé les portes do la ville, et ne laissait plus entrer ni sortir pei*- Bonne , pendant que ce qu'il y avait de plus grand en France s'acharnait au combat et versait son sang dans le faubourg. Ce fut là que le duc de La Rochefoucauld , si illustre par son courage et par son esprit , reçut un coup au-dessus des yeux , qui lui fît perdre la vue pour quelque temps '. Un neveu du cardinal Mazarin y fut tué, et le peuple se crut vengé. On no voyait que jeunes seigneurs tués ou blessés qu'on rapportait à la porte Sainl-Âaloine, qui ne s*ouvrait point.

Enfîn Mademoiselle, fîlle de Gaston, prenant le parti de Condé , que son père n*osa secourir, fît ouvrir les portes aux blessés • et eut la hardiesse de faire tirer sur les troupes du roi le canon de la Bastille. L'armée royale se retira : Condé n'acquit que de la gloire ; mais Mademoiselle se perdit pour jamais dans l'esprit du foi, son cousin, par cette action violente ; et le cardinal Mazarin , qui savait l'extrême envie qu'avait Mademoiselle d'épouser une tête couronnée , dit alors : Ce canon-là vient de tuer son mari,

La plupart de nos historiens n'étalent à leurs lecteurs que ces combats et c«s prodiges de courage et de politique ; mais ' qui saurait quel^ ressorts honteux il fallait faire jouer, dans quelles misères on était obligé de plonger les peuples, et à quelles bassesses on était réduit, verrait la gloire des héros de ce temps-là ayec plus de pitié que d'admiration. On en peut juger par les seuls traits que rapporte Gourville , homme attaché à Monsieur Te Prince. Il avoue que lui-même, pour lui procurer de l'argent, vola celui d'une recette, et qu'il alla prendre dans son logis un directeur des postes, à qui il fit payer une rançon; et il rapporte ces violences comme des choses ordinaires.

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