‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 54 sur 168 · Voyez pegc · texte numérisé non relu

Voyez pegc

3. Elle reçut le orince de Condé dans une maison voisine de la Baslillo, et 'lie a raconté avec nne émoUon qu'on rencontre rarement dans ses Mémoires, la première entrevue qu'ils eurent ensemble : « Il m'y vint voir; il était dans un état pitoyable; il avait deux doigts de poussière sur le vi- &>Se; ses cheveux tout mêlés; son coUct et sa chemise étaient pleins de fKing, quoiqu'il n'eût pas été blessé ; sa cuirasse était pleine de coups, et u tenait son ëpée nue à sa main, ayant perdu le fourreau. Il me dit : Vous voyez un homme au désespoir, j'ai perdu tous mes amis; MM. de Nemours, de La Rochefoucauld et de Clinchamp sont i Icsscs à mort. Je 1 assurai ou'ils étaient en meilleur état qu'il ne les croyait ... cela le réjouit V** peu. li était tout à fait affligé; lorsau'il erttra, il se jeta sur un siège; il pleurait et me disait : Pardonnez à la douleur où je suis. » (Édition Pctilot, »• ALI, p. 262.)

La livre de pain valait alors à Paris vingt^iuatre de nos sous. Le peuple souffrait, les aumônes ne suffisaient pas; plusieurs provinces étaient dans la disette.

Y a^-il rien de plus funeste que ce qui se passa dans cette guerre devant Bordeaux? Un gentilhomme est pris par les troupes royales, on lui tranche la tête. Le duc de La Hochefoucauld fait pendre par représailles un gentilhomme du parti du roi ; et ce duc de La Rochefoucauld passe pourtant pour un philosophe *. Toutes ces horreurs étaient bientôt oubliées |X)ur les grands intérêts des chefs de parti.

Mais en même temps y a-t-il rien de plus ridicule que • de voir le grand Condé baiser la châsse de sainte Geneviève dans une procession , y frotter son chapelet , le montrer au peuple , et prouver par cette facétie que les héros sacrifient souvent à la canaille?

Nulle décence, nulle bienséance, ni dans les procédés, ili dans les paroles. Orner Talon rapporte qu'il entendit des conseillers appeler, en opinant, le cardinal premier ministre faquin. Un conseiller, nommé Quatre-Sous, apostropha rudement le grand Condé en plein parlement; on se donna des gourmades dans le sanctuaire de la justice.

Il y avait eu des coups donnés à Notre-Dame pour une place que les présidents des enquêtes disputaient au doyen de la grand'chambre en 4644. On laissa entrer dans le parquet des gens du roi, en 4615, des femmes du peuple qui demandèrent à genoux que le parlement fit révoquer les impôts.

Ce désordre en tout genre continua depuis 4644 jusqu'en 4653, d'abord sans trouble, enfin dans des séditions continuelles d'un bout du royaume à l'autre.

(4652) Le grand Condé s'oublia jusqu'à donner un soufflet au comte de Rieux, fils dû prince d'Elbeuf, chez le duc d'Orléans : ce n'était pas le moyen de regagner le cœur des Parisiens. Le comte de Rieux rendit le soufïlet au vainqueur de Hocroi , de Fribourg, de Nordlingen et de Lens. Cette étrange aventure ne produisit rien ; Monsieur Gt mettre pour quelques jours le fils du duc d'Elbeuf à la Bastille, et il n'en fut plus parlé.

La querelle du duc de Beaufort et du duc de Nemours, son

:. « Rochefoucauld (François, duc de La), né en 1613. Ses Mcnioiressont \9&, ei on sait par cœur ses Pensées. Mort en 1680. » (Voltaire. X.ûl« des xcrivaiuê français.)

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beau-frère . fut sérieuse. Ils s'appelèrent en duel , ayant chacun quatre seconds. Le duc de Nemours fut tué par le duc de Beaufort; et le marquis de Yillars* , surnommé Orondate^ qui secondait Nemours, tua son adversaire, Héricourt, quil n'avait jamais vu auparavant. De justice, il n'y en avait pas l'ombre. Les duels étaient fréquents , les déprédations continuelles, les débauches poussées jusqu'à Timpudence publique ; mais au milieu de ces désordres il régna toujours une gatté qui les rendit moins funestes.

Après le sanglant et inutile combat de Saint-Antoine, le roi ne put rentrer dans Paris, et le prince n'y put demeurer longtemps. Une émotion populaire et le meurtre de plusieurs citoyens, dont on le crut l'auteur, le rendirent odieux au peuple*. Cependant il avait encore sa brigue au parlement. ( 20 juillet 4652) Ce corps, peu intimidé alors par une cour errante et chassée en quelque façon de la capitale, pressé par les cabales du duc d'Orléaus et du prince, déclara par un arrêt le duc d'Orléans lieutenant général du royaume , quoique le roi fût majeur : c'était le même titre qu'on avait donné au duc de Mayenne du temps de la Ligue. Le prince deCondé fut nommé généralissime des armées. Les deux parlements de Paris et de Pontoise se contestant l'un à l'autre leur autorité, donnant des arrêts contraires, et qui par là se seraient rendus le mépris du peuple, s'accordaient à demander Texpulsion de Mazarin: tant la haine contre ce ministre semblait alors le devoir essentiel d'un Français.

Il ne se trouva dans ce temps aucun parti qui ne fût faible : celui de la cour Pétait autant que les autres; Pargent et les forces manquaient à tous; les factions se multipliaient; les combats n'avaient produit de chaque côté que des pertes et des regrets. La cour se vit obligée de sacrifier encore Ma/arin, que tout le monde appelait la cause des troubles et qui n'en était «

1. Le marquis de YiUan, C'est le père da maréchal de VUlars, le futar fainqaear de Denain.

2. Condé et le duo de Beaafort s'étaient rendos à l'hôte! devUle^àtraTers une foule d'ouTriers ivres et de soldats déguisés en artisans: ils essayèrent ▼ainement de gagner l*assemblée à la cause des princes. Condé, en se retiraDt, s'avança sur le perron et dit i hante voix : c ces gens ne veulent rien faire pour nous : ce sont des Maiarins; faites en ce que vous voudrez. • Aussitôt Thôtel de vUie fat attaqué, les portes brûlées, un grand nombre de magistrats égorgés: la nuit seule mit fin au massacre. Ces violences criminelles achevèrent de rendre Condé odieux au parlement et à la bourgeoisie de Paris. {Mémoiret de M"« de Montpensier, Édition Petitot, t. XLl, pages 276-384; et da cardinal de Retz, Éd. Petitot, t. XLVI, p. 12S.)

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que le prétexte. Il sortît une seconde fois du rojaume (12 auguste 1652). Pour surcroît de honte, il fallut que le roi donnât une déclaration publique, par laquelle il renvoyait son ministre, en vantaut ses services et en se plaignant de son exil.

Charles l^r^roi d'Angleterre, venait de perdre la tète sur un échdfaud, pour avoir, dans le commencement des troubles, abandonné le sang de StraiTord, son ami, à son parlement : Louis XIV, au contraire, devint le maître paisible de son royaume en souffrant Texil de Mazarin. Ainsi les mêmes faiblesses eurent des succès bien différents. Le roi d'Angleterre, en abandonnant son favori, enhardit un peuple qui respirait la guerre, et qui baissait les rois; et Louis XIV, ou plutôt la reine mère, en renvoyant le cardinal, ôta tout prétexte de révolte à un peuple las de la guerre, et qui aimait la royauté.

(20 octobre 1652) Le cardinal ^ peine parti pour aller à Bouillon, lieu de sa nouvelle retraite , les citoyens de Paris, de leur seul mouvement, députèrent au roi pour le supplier de revenir dans sa capitale. Il y rentra; et tout y fut si paisible quileûtété difficile d'imaginer que quelquesjours auparavant tout avait été dans la confusion. Gaston d'Orléans, malheureux dans ses entreprises, qull ne sut jamais soutenir, fut relégué à Blois, où il passa le reste de sa vie dans le repentir ; et il fut le deuxième fils de Henri le Grand qui mourut sans beauc<)up de gloire. Le cardinal de Retz, aussi imprudent qu'audacieux, fut arrêté dansle Louvre, et, après avoir été conduit de prison en prison, il mena longtemps une vie errante qu'il finit enfin dans la retraite, où il acquit des vertus que son grand courage n'avait pu connaître dans les agitations de sa fortune.

Quelques conseillers qui avaient le plus abusé de leur ministère payèrent leurs démarches par Texil; lesautresse renfermèrent dans les bornes de la magistrature, ^t quelques-uns s'attachèrent à leur devoir par une gratification annuelle de cinq cents écus, que Fouquel , procureur général et surintendant des finances , leur fit donner sous main '.

Le prince de Gondé cependant, abandonné en France de 'presque tous ses partisans et mal secouru des Espagnols , continuait sur les frontières de la Champagne une guerre malheu-

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