I. •MivMxrîi de GourvUle.*{Ho\» de Voltaire
SUITE DE LA GUERRE CIVILE. tit
rcuse. 11 restait encore des factions dans Bordeaux , mais elles furent bientôt apaisées.
Ce calme du royaume était Teffet du bannissement du cardi* nal Mazarin ; cependant, à peine fut-il chassé par le cri général des Français et par une déclaration du roi , que le roi le fit revenir (3 février 4653). Il fut étonné de rentrer dans Paris tout-puissant et tranquille. Louis XIY le reçut comme un père, et le peuple comme un maître. On lui fit un festin à Thôtel de ville, au milieu des acclamations des citoyens : il jeta de l'argent à la populace ; mais on dit que, dans la joie d'un si heureux changement, il marqua du mépris pour Tinconstance, ou plutôt pour la folie des Parisiens. Les officiers du parlement, après avoir mis sa tète à prix comme celle d'un voleur public, briguèrent presque tous Thonneur de venir lui demander sa protection ; et ce même parlement, peu de temps après, condamna par contumace le prince de Condé à perdre la vie (27 mars 4653) ; changement ordinaire dans de pareils temps, et d'autant plus humiliant que l'on condamnait par des arrêts celui dont on avait si longtemps partagé les fautes. On vit le cardinal, qui preésait cette condamnation de Condé, marier au prince deConti, son frère, l'une de ses nièces (22 février 4654) : preuve que le pouvoir de ce ministre allait être sans bornes.
Le roi réunit les parlements de Paris et de Pontoise : il défendit les assemblées des chambres*. Le parlement voulut re-
1 Voltaire a raconté plus loin, au cliap. xxv, la fameuse séance oti liOuis XIV, à utine âge de seize ans, défendit avec tant de hauteur au parlement de eWembler & l'avenir sans la permission royale. On a re-
Ï)roclié avec raison à Ttiistorien d'avoir relégué à la An de Touvrage, parmi es Ànecdolet , un événement qui était toute une révolution dans le gouvornement. Au reste, la reine mère aurait désiré des mesures plus rigonreases encore que celles qui firent prisea : « En entrant ce môme Jourla dans sa chambre, dit M**de Motteville, elle me fit l'honneur, en me voyant, de s'approcher de moi, et de me dire tout bas, avec un visage fiant t Madame ^1 y en a dix d'exilés ou de prisonniers. Je lui répondis de même en riant : Votre Majefl*.é en est donc bien aise? — Je le suis eu vérité, me dit-elle; mais pas tout à fait ; car Je voulais (ju'on les mtt tour* à la Bastille, et par la douceur ordinaire de M. le cardinal, il n'y en a qu'un. » (Édition Petiiot, t. XXXIX, p. 364.) fl faut ajouter que le jeuni» roi , comme sa mère , se montra plus vindicatif que le ministre, ei qu'il ne iwrdoona Jamais aux auteurs ou même aux souvenirs de la Fronde. Ou peut lire dans les Mémoires de Saint-Simon IHiifltoire du muliieureux de Fargpes. C'était un gentilhomme de bonne maison, qui avait pris part aux demierH troubles, et qui depuis cette époque vivait obscurément dans ses domaines à quelques Houes de Saint-Germain. Un jour quelques seigneurs do la coar, et parmi eux le duc de Lauzan, qui le conta depuis à Sain - Simon, s'égarèrent à la' chasse et trouvèrent un asile dans sa maison. Quand le roi apprit le nom de leur hôte : « Comment! dit-il, Fargucs csi-il si près d'ici? » Passé chez la reine mère, U lui parla de cette aveu-
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montrer; on mit en prison un conseiller, on en exila quelques aulres , le parlement se tut : tout était déjà changé.
tare, et tous deux trouvèrent que Fargues était bien hardi d'habiter ai près de la cour : « Us nnuidèrent le premier préaident, ajoute Sainte Simon ( cbap. eu ) , ei le chargèrent d'éplucher secrètement la vie et la conduite de Fargues; ils lu! contèrent l'aventure de la chasse, et tenioiffnèrent à Laraoïgnon nn extrême désir qu'il p6t trouver des moyens iuridiques de le perdre.» Qjoelque temps après, de Fargues fut implique dani» un meurtre commis à Paris au plus fort des troubles, jugé sans upjiel et pendu. C'était en I66S, quatorze ans après la Fronde.
£uii de la France jasqa*à la mort du cardinal Blazarin, eo 16«1.
Pendant que TËtat avait été ainsi déchiré au dedans, il avait été attaqué et affaibli au dehors. Tout le fruit des batailles de Rocroi, de Lens et de Nordlingen fut perdu. (1651) La place importante de Dunkerque fut reprise par les Espagnols ; ils chassèrent les Français de Barcelone ; ils reprirent Casai en Italie.
Cependant, malgré le> tumultes d'une guerre civile et le poids d'une guerre étrangère, le cardinal Mazarin avait été assez habile et assez heureux pour conclure cette célèbre paix de Westphalie par laquelle Tempereur et l'Empire vendirent au roi et à la couronne de France la souveraineté de l'Alsace pour trois millions de livres payables à l'archiduc, c'est-à-dire pour environ six millions d'aujourd'hui. (1648) Par ce traité, devenu pour l'avenir la base de tous les traités, un nouvel éleclorat fut créé pour la maison de Bavière. Les droits de tous les princes et des villes impériales, les privilèges des moindres gentilshommes allemands furent conGrmés. Le pouvoir de Tempereurfut restreint dans des bornes étroites, et les Français, joints aux Suédois, devinrent les législateurs de FEmpire. Cette gloire de la France étiitdue au moins en partie aux armes de la Suède. Gustave-Adolphe avait commencé d'ébranler l'Empire. Sesgénéraux avaient encore poussé assez loin leurs conquêtes sous le gouvernement de sa fille Christine. Son général Wrangel était prêt d'entrer en Autriche. Le comte de Kœnigsmarck était maître de la moitié de la ville de Prague et assiégeait l'autre, lorsque cette paix fut conclue. Pour accabler ainsi l'empereur, il n'en coûta guère à la France qu'environ vn million par an donné aux Suédois.