‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 57 sur 168 · ETAT DE LA FRANCE JUSQU*EN · texte numérisé non relu

ETAT DE LA FRANCE JUSQU*EN

•eût délesté le meurtre de Charles I", entra dans l'alliance d'un tyran qu'elle estimait.

Mazarin et don Louis de Haro prodiguèrent à Tenvi leurpo> litique pour s'unir avec le Protecteur. Il goûta quelque temps la satisfaction de se voir courtisé par les deux plus puissants royaumes de la chrétienté.

Le ministre espagnol lui offrait de Taider à prendre Calais; Mazarin lui proposait d'assiéger Dunkerque, et de lui remettre celte ville. Cromwell avait à choisir entre les clefs de la France et celles de la Flandre. Il fut beaucoup sollicité aussi par Condé ; mais il ne voulut point négocier avec un prince qui n'avait plus pour lui que son nom , et qui était sans parti en France et sans pouvoir chez les Espagnols.

Le Protecteur se détermina pour la France , mais sans faire de traité particulier , et sans partager des conquêtes par avance : il voulait illustrer son usurpation par de plus grandes entreprises. Son dessein était d'enlever le Mexique aux Espagnols; mais ils furent avertis à temps; Les amiraux de Cromwell leur prirent du moins la Jamaïque (mai 4655), fie que les Anglais possèdent encore, et qui' assure leur commerce dans le Nouveau Monde. Ce ne fut qu'après l'expédition de la Jamaïque que Cromwell signa son traité avec le roi de France, mais sans faire encore mention de Dunkerque. Le Protecteur traita d'égal à égal ; il força le roi à lui donner le titre de frère dans ses lettres. ( 8 novembre 4655) Son secrétaire signa avant le plénipotentiaire de France dans la minute du Iraité qui resta en Angleterre; mais il traita véritablement en supérieur, en obligeant le roi de France de faire sortir de ses États Charles II et le duc d'York , petits-fils de Henri IV, à qui la France devait un asile. On ne pouvait faire un plus grand sacrifice do l'honneur à la fortune.

Tandis que Mazarin faisait ce traité, Charles II lui demaniait une de ses nièces en mariage. Le mauvais état de ses afaires, qui obligeait ce prince à cette démarche, fut ce qui 'ui attira un refus. On a même soupçonné le cardinal d'avoir voulu marier au (ils de Cromwell celle qu'il refusait au roi d'Angleterre. Ce qui est sûr, c'est que, lorsqu'il vit ensuite le chemin du trône moins fermé à Charles II , il voulut renouer ce mariage; mais il fut refusé à son tour.

La mère de ces deux princes, Henriette de France, fille de Henri le Grand, demeurée en Franco sans secours, fut réduite

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à conjurer le cardinal d*obtenir au moins de Cromwell qu'on lui payât son douaire. C'était le comble des humiliations les plus douloureuses , de demander une subsistance à celui qui avait versé le sang de son mari sur un échafaud. Mazarin fit de faibles instances en Angleterre au nom de cette reine, et lui nnonça qu'il n'avait rien obtenu. Elle resta à Paris dans la pauvreté, et dans la honte d'avoir imploré la pitié de Cromwell, tandis que ses enfants allaient dans l'armée de Condé et de don Juan d'Autriche apprendre le métier de la guerre contre la France qui les abandonnait.

Les enfants de Charles I*% chassés de France, se réfugièrent en Espagne. Les ministres espagnols éclatèrent dans toutes les cours et surtout à Rome, de vive voix et par écrit, contre un cardinal qui sacriGait, disaient-ils, les lois divines et humaines, l'honneur et la religion , au meurtrier d'un roi , et qui chassait de France Charles II et le duc d'York , cousins de Louis XIY, pour plaire au bourreau de leur père. Pour toute réponse aux cris des Espagnols , on produisit les offres qu'ils avaient faites eux*mémes au Protecteur.

La guerre continuait toujours en Flandre avec des succès divers. Turenne, ayant assiégé Valenciennes avec le maréchal de La Ferté , éprouva le même revers que Condé avait essuyé devant Arras. Le prince , secondé alors de don Juan d'Autriche , plus digne de combattre à ses côtés que n'était l'archiduc, força les lignes du maréchal de La Ferté, le prit prisonnier *, et délivra Valenciennes. Turenne Ctce que Condé avait fait dans une déroute pareille. ( 47 juillet 4 656 ) H sauva l'armée battue , et fît tête partout à l'ennemi ; il alla même un mois après assiéger et prendre la petite ville de La Capelle : c'était peut-être la première fois au'une armée battue avait osé faire un siège.

Cotte marche de Turenne, si estimée, après laquelle il prit La Capelle , fut éclipsée par une marche plus belle encore du prince de Condé. (Avril 4 657 ) Turenne assiégeait à peine Cambrai , que Condé, suivi de deux mille chevaux, perça à travers l'armée des assiégeants, et ayant renversé tout ce qui voulait l'arrêter, il se jeta dans la ville. Les citoyens reçurent à genoux

f. Le orit prisonnier. Expression familière à Tantear da Siècle dp. LùutB Xlv; elle est tombée en désuétude, et avec raison. On remployait communément an zvii* siècle ; Fabbé de Choisy, par exemple, dit danr ses Mémoires : « Coligny, qoi avait été prit prisonnier.... »

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leur libérateur. Ainsi ces deux hommes opposés Tun à l'autre déployaient les ressources de leur génie. Od les admirait dans leurs retraites comme dans leurs victoires , dans leur bonne conduite et dans leurs fautes mêmes qu'ils savaient toujours réparer. Leurs talents arrêtaient tour à tour les progrès de Tune et de l'autre monarchie; mais le désordre des Gnances en Espagne et en France était encore un plus grand obstacle à leurs succès.

La ligue faite avec Cromwell donna enfin à la France une supériorité plus marquée': d'un côté, l'amiral Blake alla brûler les galions* d'Espagne auprès des îles Canaries, et leur fit perdre les seuls trésors avec lesquels la guerre pouvait se soutenir; de l'autre, vingt vaisseaux anglais vinrent bloquer le port de Dunkerque , et six mille vieux soldats , qui avaient ^it la révolution d'Angleterre , renforcèrent l'armée de Turenne.

Alors Dunkerque, la plus importante place de la Flandre, fut assiégée par mer et par terre. Gondé et don Juan d'Autriche, ayant ramassé toutes leurs forces, se présentèrent pour la secourir. L'Europe avait les yeux sur cet événement. Le cardinal Mazarin mena Louis XIV auprès du théâtre de la guerre, sans hii permettre d*y monter, quoiqu'il eût près de vingt ans. Ce prince se tint dans Calais. Ce fut là que Cromwell lui envoya une ambassade fastueuse, à la tète de laquelle était son gendre, lord Falconbridge. Le roi lui envoya le duc de Créqui, et Mancini, duc de Nevers, neveu du cardinal, suivis de deux cents gentilshommes. Mancini présenta au Protecteur une lettre du cardinal. Cette lettre est remarquable; Mazarin lui dit «qu'il est affligé de ne pouvoir lui rendre en personne les respects dus au plus grand homme du monde.» C'est ainsi qu'il parlait à Tassassin du gendre de Henri IV et de Toncle de Louis XIV, son maître.

Cependant le prince maréchal de Turenne attaqua l'armée d'Espagne, ou plutôt l'armée de Flandre, près des dunes. Elle était commandée par don Juan d'Autriche, fils de Philippe IV <t d'une comédienne, et qui devint deux ans après beau-frère de Louis XIV. Le prince de Condé était dans cette armée, mais îl ne commandait pas : ainsi il ne fut pas difficile à Turenne

I. On donnait le nom de galions à des liâlinients de fort tonr.açc, et quelquefois armés en guerre, dont les Espairnols se servaient pour rapporter tes produits des mines du Mexique et du Pérou.

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(ie vaincre. Les six mille Anglais conlribuèrent à la victoire: elle fut complète ( \ 4 juin 4658). Les deux princes d* Angleterre^ qui furent depuis rois, virent leurs malheurs augmentés danscette journée par l*ascendant de Cromwell.

Le génie du grand Condé ne put rien contre les meilleure» troupes de France et d'Angleterre. L*armée espagnole fut détruite. Dunkerque se rendit bientôt après. Le roi accourut avec son ministre pour voir passer la garnison. Le cardinal ne laissa paraître Louis XIV ni comme guerrier ni comme roi ; il n'avait point d'argent à distribuer aux soldats; à peine étahil servi : il allait manger chez Mazarin ou chez le maréchal de Turenne, quand il était à l'armée. Cet oubli de la dignité royale n'était pas dans Louis XIV l'effet du mépris pour le faste, mais celui du dérangement de ses affaires , et du soin que le cardinal avait de réunir pour soi-même la splendeur et l'autorité.

Louis n'entra dans Dunkerque que pour la rendre au lord Lockhart, ambassadeur de Cromwell. Mazarin essaya si par quelque finesse il pourrait éluder le traité et ne pas remettre la place; mais Lockhart menaça, et la fermeté anglaise l'emporta sur l'habileté italienne.

Plusieurs personnes ont assuré que le cardinal, qui s'était attribué l'événement d'Arras , voulut engager Turenne à lui céder encore l'honneur de la bataille des Dunes. Du Bec-Crépin, comte de Moret, vint, dit-on, de la part du ministre, proposer au générai d'écrire une lettre par laquelle il parût que le cardinal avait arrangé lui-même tout le plan des opérations. Turenne reçut avec mépris ces insinuations, et ne voulut point donner un aveu qui eût produit la honte d'un général d'armée et le ridicule d'un homme d'église. Mazarin, qui avait eu cette faiblesse, eut celle de rester brouillé jusqu'à sa mort avec Turenne.

Au milieu do ce premier triomphe, le roi tomba malade k Calais, et fut plusieurs jours à la mort. Aussitôt tous les courtisans se tournèrent vers son frère Monsieur. Mazarin prodigua les ménagements, les flatteries et les promesses au maréchal Du Plessis-Praslin , ancien gouverneur de ce jeune prince, et au comte de Guiche, son favori. Use forma dans Paris une cabale assez hardie pour écrire à Calais contre le cardinal, h prit ses mesures pour sortir du royaume, et pour meilie à couvert ses richesses immenses. Un empirique d'Abb«-

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ville ' guérit le roi avec du vin émëtique que les médecins d^ la cour regardaient comme un poison. Ce bonhomme s'asseyait sur le lit du roi, et disait : « Voilà un garçon bien malade , mais il n*en mourra pas. » Dès quMI fut convalescent, lé cardinal ipxila tous ceux qui avaient cabale contre lui.

(13 septembre 4658) Peu de mots après mourut Cromwell , à rage de cinquante-cinq ans, au milieu des projets qu'il faisait pour raffermissement de sa puissance et pour la gloire de sa nation. II avait humilié la Hollande, imposé les conditions d'un traité au Portugal, vaincu l'Espagne, et forcé la France à briguer son alliance. Il avait dit depuis peu, «n apprenant avec quelle hauteur ses amiraux s'étaient conduits à Lisbonne : « Je veux qu'on respecte la république anglaise çutant qu*on a respecté autrefois la république romaine. » Les médecins lui annoncèrent la mort. Je ne sais s'il est vrai qu'il fit dans ce moment l'enthousiaste et le prophète, et s'il leur répondit que Dieu ferait un miracle en sa faveur. Thurloe, son secrétaire, prétend qu'il leur dit : La nature peut plus que les médecins. Ces mots ne sont point d'un prophète, mais d'un homme trèssensé. Il se peut qu'étant eonvaincu que les médecins pouvaient se tromper, il voulût, en cas qu'il en réchappât, se donner auprès du peuple la gloire d'avoir prédit sa guérison , et rendre par là sa personne plus respectable et même plus sacrée.

Il fut enterré en monarque légitime , et laissa dans l'Europe la réputation d'un homme intrépide, tantôt fanatique, tantôt fourbe, et d'un usurpateur qui avait su régner.

Le chevalier Temple prétend que Cromwell avait voulu, avant sa mort, s'unir avec l'Espagne contre la France, et se faire donner Calais avec le secours des Espagnols , comme il ava\t eu Dunkerque par les mains des Français. Rien n'était plus dans son caractère et dans sa politique. Il eût été l'idole du peuple anglais, en dépouillant ainsi l'une après Vautre deux nations que la sienne haïssait également. La mort renversa ses grands desseins, sa tyrannie et la grandeur de l'Angleterre.

Il est à remarquer qu'on porta le deuil de Cromwell à la cour de France, et que Mademoiselle fut la seule qui ne rendit point cet hommage à la mémoire du meurtrier d'un roi son parent.

I. Cet empirique était un célèbre médecin d*AbbeviUe, nommé du^Sauay: I 11*, prendre aa ' * ' • '-' . » .. s.i^ .1.. .^.. «.^

decio Vallot,eil

Il ft*, prendre aa roi du vin émétique^ malgré Topposition du premier mé- ' ' " ■' ' I le guérit en quelques jours. ( Sismondi • année I6&ft.)

Nous avons vu déjà* que Richard CromweU succéda paisiblement et sans contradiction au protectorat de son père, comme un prince de Galles aurait succédé à un roi d'Angleterre. Richard Gt voir que du caractère d'un seul homme dépend souvent la destinée de TËtat. Il avait un génie bien contraire à celui d'Olivier Cromwell, toute la douceur des vertus civiles, et rien de cette intrépidité féroce qui sacrifie tout à ses intérêts. Il eût conservé l'héritage acquis par les travaux de son père , s^il eût voulu faire tuer trois ou quatre principaux olOciers de Tarmée, qui s*opposaient à son élévation *. Il aima mieux se démettre du gouvernement que de régner par des assassinats; il vécut particulier, et même ignoré, jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix ans, dans le pays dont il avait été quelques jours le souverain. Après sa démission du protectorat , il voyagea en France : on sait qu'à Montpellier le prince do Conli, frère du grand Coudé, en lui parlant sans le connaître, lui dit un jour: « Olivier CromweU était un grand homme ; mais son Gis Richard est un misérable ae n'avoir pas su jouir du fruit des crimes de son père. » Cependant ce Richard vécut heureux , et son père n'avait jamais connu le bonheur.

Quelque temps auparavant la France vit un autre exemple bien plus mémorable du mépris d'une couronne. Christine, reine de Suède , vint à Paris. On admira en elle une jeune reine, qui à vingt-sept ans avait renoncé à la souveraineté dont elle était digne, pour vivre libre et tranquille. Il est honteux aux écrivains protestants d'avoir osé dire, sans la moindre preuve, qu'elle ne quitta sa couronne que parce qu'elle ne pouvait plus la garder. Elle avait formé ce dessein dès l'âge de Vingt ans, et l'avait laissé mûrir sept années. Cette résolution, si supérieure aux idées vulgaires et si longtemps méditée,^ de-

1. « Dans VEssaisur les Mœurs, cbap. clxxxi. »• (Note de Voltaire.)

2. On peut Toir dans Thistoire de Monk par M. Guizot quels obstacles . puissants s'opposaient à l élévati<m de Richard. Produit violent et factice

de "esprit protestant et des passions religieuses mises au service d*uc capjitaine heureux et d'un )}arti exalté, la république ne pouvait prendre raciiie dans un pays de traditions monarchiques et de granaes fortunes; la royauté et Tarisiocratie tenaient trop de place, non-seulement dans les institutions, mais encore dans les habitudes et les souvenirs du peuple. Un ■ gouvernement qui avait supprimé Tune et voulait se passer de Vautre ne pouvait être qu^un accident, une nécessité momentanée : il ne pouvait pas durer. CromweU, en écrasant les Niveleurs, en disciplinant la fougue des Indépendants, avait préparé lui-même le retour de la dynastie proscrite, et la restauration ^es Stuarts 8*accoiuplii avec une facilité qui étonna les exilés »'ux-mêmes.

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vait fermer la bouche à ceux qui lui reprochaient de la légèreté et une abdication involontaire L*un de ces deux reproches détruisait Tautre ; mais il faut toujours que ce qui est grand soit attaqué par les petits esprits.

Pour connaître le génie unique de cette reine, on n'a qu'à lire ses lettres. Elle dit dans celle qu'elle écrivit à Chanut, autrefois ambassadeur de France auprès d'elle : « J'ai possédé sans faste, je quitte avec facilité. Après cela ne craignez pas pour moi ; mon bien n'est pas au pouvoir de la fortune. » Elle écrivit an prince de Condé : « Je me tiens autant honorée pur votre estime que par la couronne que j'ai portée. Si, après l'avoir quittée, vous m'en jugez moins digne, j'avouerai que le repos que j'ai tant souhaité me coûte cher; mais je ne me repentirai pourtant point de l'avoir acheté au prix d'une couronne , et je ne noircirai jamais une action qui m'a semblé si belle par un lâche repentir ; et s'il arrive que vous condamniez cette action, je vous dirai pour toute excuse que je n'aurais pas quitté les biens que la fortune m'a donnés, si je les eusse crus nécessaires à ma félicité, et que j'aurais prétendu à l'empire du monde , si j'eusse été aussi assurée d'y réussir ou de mourir, que le serait le grand Condé. »

Telle était l'âme de cette personne si singulière ; tel était son style dans notre langue , qu'elle avait parlée rarement. Elle savait huit langues ; elle avait été disciple et amie de Descartes, qui mourut à Stockholm, dans son palais, aprèa n'avoir pu obtenir seulement une pension en France, où ses ouvrages furent môme proscrits pour les seules bonnes choses qui y fussent. Elle avait attiré en Suède tous C€ux qui pouvaient l'éclairer. Le chagrin de n'en trouver aucun parmi SCS sujets l'avait dégoûtée de régner sur un peuple qui n'était que soldat. Elle crut qu'il valait mieux vivre avec des hommes qui pensent que de commander à des hommes sans lettres ou sans génie. Elle avait cultivé tous les arts dans un climat où ils étaient alors inconnus. Son dessein était d'aller se retirer au milieu d'eux en Italie. Elle ne vint en France que pour y passer, parce que ces arts ne commençaient qu'à y naître. Son goût la fixait à Home. Dans cette vue elle avait quitté la religion luthérienne pour la catholique; indilTérente pour Tune et pour Tautre , elle ne 6t point scrupule de se conformer en iBpparonce aux sentiments du peuple chez lequel elle voulait passer sa vie. Elle avait quitté son royaume en 4654, et fait

publiquement à Inspruck la cérémonie de son abjuration. Elle plut à la cour de France, quoiqu'il ne s*y trouvât pas une femme dont lé génie pût atteindre au sien *. Le roi la vit, et lui rendit de grands honneurs ; mais il lui parla à peine. Élevé dans l'ignorance, le bon sens avec lequel il était né le rendait timide.

La plupart des Tommes et des courtisans n'observèrent autre chose dans cette reine philosophe, sinon qu'elle n'était pas coiffée à la française, et qu'elle dansait mal. Les sages ne condamnèrent dans elle que le meurtre de Monaldeschi, son écuyer, qu'elle fit assassiner à Fontainebleau dans un second voyas;e. De quelque faute qu'il fût coupable envers elle, ayant renoncé à la royauté , elle devait demander justice, et non se la faire. Ce n'était pas une reine qui punissait un sujet; c'était une femme qui terminait une galanterie par un meurtre , c'était un Italien qui en faisait assassiner un autre par l'ordre d'une Suédoise dans un palais d'un roi de France. Nul ne doit être mis à mort que par les lois. Christine, en Suède, n'aurait eu le droit de faire assassiner personne; et certes ce qui eût été un crime à Stockholm n'était pas permis à Fontainebleau. Ceux qui ont justifié cette action méritent de serv r do pareils maîtres. Cette honte et cette cruauté ternirent la philosophie de Christine, qui lui avait fait quitter un trône. Elle eût été punie en Angleterre, et dans tous les pays où les lois régnent ; mais la France ferma les yeux à cet attentat contre l'autorité du roi, contrôle droit des nations et contre l'humanité*.

1. L'histoire n*a pas ratiflé tous ces éloges. Voltaire était plus indul^rcri c^ue Molière pour les femmes savantes, et la reine de Suède lui rappeiuit eans doute la marc^uise du Chàtelet. CbristiDe avait de Tesprit, de la mémoire, des connaissances étendues, et une certaine fierté de caractère: elle plut d*abord à la cour de France; mais elle la choqua bientôt par la bizarrerie de son costume, son mépris des bienséances, le pédantisme et la licence de sa conversation, ses galanteries mêlées à une dévotion apparente.

■ chante du P. LebeUqui assista le grand écayer à ses derniers instants. « Cette barbare princesse, après une action aussi cruelle que celle-là, demeura dan^ sa chambre à rire et à causer aussi tranquillement que si cU» eût fait UDC choie indifférente nu fort louable. » ' M"** de Mctieville. Êdiiioa Petitot,t. XXXlX,p. 420.)

2. « Un nommé La Beaumelte, qui falsifia le Sitcte ae Louis XlVy et qui t» ftt imprimer à Francfort avec des notes aussi scandaleuses q\ic fausses, difa à ce sujet que Christine était en droit de faire assassiner Monaldeschi, pare" Qu'elle ne voyageait pas incognito; et il ajoute que Pierre le Grand, entrant dans un café à Londres, tout éoumant de colèi-e, parce que, disait-il, on d&

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