ETAT DE TA FRANCE JDSQU'EN
Après la mort de Cromweli et la déposition de son fils, l'Angleterre resta un an dans (a conrusion de l'anarchie. Charles- Gustave, à qui la reine Christine avait donné le royaume de Suède, se faisait redouter dans le Nord et dans FÂllemagne. L'empere^ir Ferdinand lïl était mort en i 657 ; son filsLéopold , â^é de dix^sept ans, déjà roi de Hongrie et de Bohême, n'avait point été élu roi des Romains du vivant de son père. Mazarin voulut essayer de faire Louis XIV empereur. Ce dessein était cliimérique; il eût fallu ou forcer les électeurs ou les séduiro. La France n'était ni assez forte pour ravir TEmpire, ni assez riche pour l'acheter ; aussi les premières ouverturtîs , faites à Francfort par le maréchal de Gramont et par Lionne , furentelles abandonnées aussitôt que proposées. Léopold fut élu. Tout ce que put la politique de Mazarin, ce fut de faire une ligue avec des princes allemands pour l'observation des traités de Munster, et pour donner un frein à Tautoritéde l'empereur Bur l'Empire (auguste i 658).
La France, après la bataille des Dunes, était puissante au dehors par la gloire de ses armes, et par l'état où étaient réduites les autres nations : mais le dedans soDfTrait; il était épuisé d'argent; on avait besoin de la paix.
Les nations, dans les monarchies chrétiennes, n'ont presque jamais d'intérêt aux guerres de leurs souverains. Des armées mercenaires, levées par ordre d'un ministre, et conduites par un général qui obéit en aveugle à ce ministre, font plusieurs campagnes ruineuses, sans que les rois au nom desquels elles combattent aient l'espérance ou même le dessein de ravir tout le patrimoine l'un de l'autre. Le peuple vainqueur ne proGte jamais des dépouilles du peuple vaincu : il paye tout; il souffre dans la prospérité des armes comme dans
ses généraux lai BYaU menti, B*écria qn'il avait été tenté de le fondre en deux d'un coup de r>abre; qu*alors un marchand anglais avait dit au czar qu*on aurait condamné Sa Majesté à être pendue.
« On est oblige de relever ici l'insolence absurde d'un pareil conle. Peut-on imaginer que le czar Pierre aille dire, dans un café, qu'un de ses généraux lui a menti ? Fend-on aujoui'd'hui un homme en deux d'un coup de sabre ? Un empereur va-t-il se plaindre à un marchand anglais de ce qu un général loi a menti ? En quelle langue parlaiv-il à ce marchand , lui qui ne savait paa l'anglais? Gomment ce faiseur de notes peut-il dire que Christine, après sou abdiculion, était en droit de faire assassiner un Italien à Fontainebleau, el ajouter, pour le prouver, qu'on aurait pendu Pierre le Grand à Londres?, On sera forcé de remarquer quelquefois les absurdités de ce même éditeur J En fait d'histoire, il ne faut pas dédaigner de répondre: il n'y a que trop de lecteurs qui se laissent séduire par les mensonges d'un écrivain sans pudeur, sans retenue, sans science et sans raison. » (Note de Voltaire.)
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Tadversité; et la paix lui est presque aussi nécessaire, après l«i plus grande victoire, que quand les ennemis ont :pris ses places frontières.
Il fallait deux choses au cardinal pour consommer heureusement son ministère; faire la paix et assurer le repos de TÉtat par le mariage du roi. Les cabales pendant sa maladie Ini faisaient sentir combien un héritier du trône était nécessaire à la grandeur du ministre. Toutes ces considérations le déterminèrent à marier Louis XIV promptement. Deux partis se présentaient, la fille du roi d*Espagne et la princesse de Savoie. Le cœur du roi avait pris un autre engagement ; il aimait éperdûment M"* Mancini, Tune des nièces du cardinal; né avec un cœur tendre et de la fermeté dans ses volontés, plein de passion et sans expérience, il aurait pu se résoudre à épouser sa maîtresse.
M"* de Mptteville, favorite de la reine mère, dont les Mémoires ont un grand air de vérité, prétend que Mazarin fut tenté de laisser agir Tamour du roi, et de mettre sa nièce sur le trône. Il avait déjà marié une autre nièce au prince de Conti, une au duc de Mercœur : celle que Louis XIV aimait avait été demandée en mariage par le roi d'Angleterre. Quêtaient autant de litres qui pouvaient justifier son ambition. Il pressentit adroitement la reine mère : « Je crains bien, lui ditil, que le roi ne veuille trop fortement épouser ma nièce. » La reine, qui connaissait le ministre, comprit qu'il souhaitait ce qu'il feignait de craindre. Elle lui répondit avec la hauteur d'une princesse du sang d'Autriche, Olle, femme et mère de rois, et avec l'aigreur que lui inspirait depuis quelque temps un ministre qui affectait de ne plus dépendre d'elle. Elle lui dit : < Si le roi était capable de cette indignité, je me mettrais avec mon second fils à la tête de toute la nation contre le roi et contre vous. »
Mazarin ne pardonna jamais, dit>on , cette réponse à la reine; mais il prit le parti sage de penser comme elle : il se fjt lui-même un honneur et un mérite de s'opposer à la passion de Louis XIV *. Son pouvoir n'avait pns besoin d'une reine de son sang pour appui. Il craignait même le carac*
I. D*après M-« de MottevîHe (ÊditSoo Petttot, t. XL, p. li\ H déclara à Louis XIV M qu'il poignarderait sa nièce plutôt que de relever par une si grande trahison. » Comme le Jeune roi semblait persister dans sa résolution, U lui écrîTit plusieurs lettres, paternelles et té?ères, qui ont été recueiUies