ÉTAT DE LA FRANCE JUSQU^EN
ceux qui oi^t gouverné des «mpireâ avec quelque succès. Ce n'est point une pénétration supérieure qui fait les hommes d*£tat, c'est leur caractère. Les hommes , pour peu qu'ils aient de bon sens, voient tous à peu près leurs intérêts. Un bour^ geois d*Ai9sterdam ou de Berne en sait sur ce point autant que Séjan, Ximénès, Buckingham, Richelieu ou Mazarin , mais notre conduite et nos entreprises dépendent uniquement de la trempe de notre âme , et nos succès dépendent de la fortune.
Par exemple, si un génie tel que le pape Alexandre VI. ou Borgia son fils, avait eu la Rochelle à prendre, il aurait invité dans son camp les principaux chefs, sous un serment sacré, et se serait défait d'eux ; Mazarin serait entré dans la ville deux où trois ans plus tard, en gagnant et* en divisant les bourgeois ; don Louis de llaro n'eût pas hasardé l'entreprise. Hichelîeu fit une digue sur la mer, à l'exemple d'Alexandre, et entra dans la Rochelle en conquérant; mais une marée un peu forte, ou un peu plus de diligence de la part des Anglais, délivraient la Rochelle, et faisaient passer Richelieu pour un téméraire.
On peut juger du caractère des hommes par leurs entreprises. On peut bien assurer que l'âme de Richelieu respirait h hauteur et la vengeance, que Mazarin était sage , souple et avide de biens ; mais pour connaître à quel point un ministre a de l'esprit, il faut ou l'entendre souvent parler, ou lire ce qu'il a écrit. II arrive souvent parmi les hommes d'Ëtat ce qu'on voit tous les jours parmi les courtisans : celui qui a le plus d'esprit échoue, et celui qui a dans le caractère plus de patience, de force, de souplesse et de suite, réussit.
En lisant les Lettres du cardinal Mazarin et les Mémoires; du cardinal de Retz, on voit aisément que Retz était le génie supérieur '. Cependant Mazarin fut tout-puissant, et Retz fut
j Bossiiet a parlé aussi avec éloge du cardinal de Retz dans VOraiton (unèhre de Michel Le Tilliei . « Puiâ-je oublier celui que ie vois partout dans le récit de nos malheurs , cet homme si fidèle aux particuliers, si redoutabli k TÊtaty d'un caractère si haut qii'nn ne pouvait ni l'estimer, ni le craindre, ni Taimer , ni le haïr à demi ; ferme génie que nous avons vu , en ébranlant runivers, s'attirer une dignité qu*à la fin il voulut quitter comme trop chèrement achetée et comme peu capable de contenter ses désirs? Hais, pendant qu'il voulait acquérir ce qu'il devait un jour mépriser, il remua tout par de lecrets et puissants ressorts; et après que tous les partis furent •battus, il sembla encore se soutenir seul, et seul encore menacer le favori victorieax de tes tristes et intrépides regards. » La postérité n'a pas con<* fiiiné tous ces éloges de l'orateur sacré et de l'historien. Le cardinal de Rcti,
M CHAPITRE VI. ÉTAT DB LA FRANCE JUSQU'eN 1661.
accablé. Enfîn il est (rôd-vrat que , poar faire un puissant ministre, il ne faut souvent qu*un esprit médiocre, du bon sens et de la fortune ; mais, pour être un bon ministre, il faut avoir pour passion dominante Tamoisr du bien public. Le grand homme d*État est celai dont il reste de grands monuments utiles à la patrie.
Le monument qui immortalise le cardinal Mazann est l'acquisition de TÂlsace. Il donna cette province à la France dans le temps que la France était déchaînée contre lui ; et, par une fatalité singulière, il fit plus de bien au royaume lorsqu'il y était persécuté que dans la tranquillité d'une puissance absolue.
étaU un homiBe et sartontun écrivain d'infiniment d'esprit; mais il fit un déplorable usage de tant de qualités brillantes, ternies par Tambitioa et par aue conduite qui ne fut pas toujours di^^ne d*un prélat.
Louis XIV gouverne psr lui-même. Il force la branche d'Autriche espagnole à lui cc(}er partout la préséance, et la cour de Rome à lui faire satisfaction. 11 achète Dunkerque. Il donne des secours à Tempereur, au Portugal, aux Étals-Généraux, et rend son royaume florissant et redoutable.
Jamais il n*y eut dans une cour plus d'intrigues et d'espé* rances que durant l'agonie du cardinal Mazarin. Les femmes qui prétendaient à la beauté se flattaient de gouverner un prince de vingt-deux ans, que l'amour avait déjà séduit jus* qu'à lui faire offrir sa couronne à sa maîtresse. Les jeunes courtisans croyaient renouveler le règne des favoris. Chaque ministre espérait la première place. Aucun d'eux ne pensait qu'un roi élevé dans l'éloignement des affaires osât prendre sur lui le fardeau du gouvernement. Mazarin avait prolongé t'enfance de ce monarque autant qu'il l'avait pu. Il ne l'instruisait que depuis fort peu de temps, et parce que le roi avait voulu être instruit '.
I. La Porte et Saint-Simon ont adressé à Mazarin des reproches plus graves encore : ils l'ont accusé, non-seulement d'avoir élevé le ieune roi dans l'éloignement des affaires, ce qui semble vrai , mais même d avoir négligé k dessein son éducation. « Le croira-t-on? dit Saint-Simon, il était ne juste et bon, et Dieu lui avait donné asses pour être un bon roi, et pcut- Itro mtaie un asses grand roi. Tout le mal lui vint d'ailleurs. Sa première