LOUIS XIV GOUVERNE PAR LUKMÊME
(f663) Louis fit travailler trente mille hommes à fortifier Dunkerque du côté de la terre et de la mer. On creusa entre la Tille et !a citadelle in bassin capable de contenir trente vaisseaux de guerre, de sorte qu*à peine les Anglais eurent vendu cette ville, qu*elle devint Tobjet de leur terreur.
(30 auguste 4663) Quelque temps après le roi força le duc de Lorraine à lui donner la forte ville de Marsal. Ce malheureux Charles IV, guerrier assez illustre, mais prince faible, inconstant et imprudent, venait de faire un traité par lequel L donnait la Lorraine à la France après sa mort, à condition que le roi lui permettrait de lever un million sur l'État qu'il abandonnait, et que les grinces du sang de Lorraine seraient réputés princes du sang de France. Ce traité , vainement vérifié au parlement de Paris, ne servit qu'à produire de nouvelles inconstances dans le duc de Lorraine, trop heureux ensuite de donner Marsal , et de se remettre à la clémence du roi.
Louis augmentai! ses États même pendant la paix , et se tenait toujours prêt pour la guerre, faisant fortifier ses frontières, tenant ses troupes dans la discipline, augmentant leur nombre, faisant des revues fréquentes.
Les Turcs étaient alors très^redoutables en Europe ; ils attaquaient à la fois Tempereur d'Allemagne et les Vénitiens. La politique des rois de France a toujours été, depuis François !•', d'être alliés des empereurs turcs, non-seulement pour It^ avantages du commerce, mais pour empêcher la maison d'Autriche de trop prévaloir. Cependant un roi chrétien ne pouvait refuser du secours à l'empereur, trop en danger ; et l'intérêt de la France était bien que les Turcs inquiétassent la Hongrie, mais non pas qu'ils l'envahissent : enfin ses traités avec l'Empire lui faisaient un devoir de cette démarche honorable. Il envoya donc six mille hommes en Hongrie, sous les ordres du comte de Coligny, seul reste de la maison de ce Co* lijgny,' autrefois si célèbre dans nos guerres civiles, et qui mé* rite peut-être une aussi grande renommée que cet amiral, par son courage et par sa vertu. L'amitié Favait attaché au grand Condé, et tous les efforts du cardinal Mazarin n'avaient jamais pu l'engager à manquer à son ami *. Il mena avec lui l'élite de la noblesse de France, et entre autres le jeune La Feuil<-
1. Nous voyons en efifet dans les Mémoires de Choisy (édit Petiiot, t. l<XIir» p. 205) qa'après la baiaille des Dunes, oii Coligny avait été faii prisonnier
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lade , homme entreprenant et avide do gloire et de fortune (4664) Ces Français allèrent servir en Hongrie sous le gênénéral Montecuculii , qui tenait alors tête au grand vizir Kiu< perli ou Kouprogli, et qui depuis, en servant contre la France, balança la réputation de Turenne. Il y eut un grand combat à Saint-Gotliard, au bord du Raab, entre les Turcs et l'armée de l'empereur. Les Français y firent des prodiges de valeur ; les Allemands mêmes, qui ne les aimaient point, furent obligés de leur rendre justice ; mais ce n'est pas la rendre aux Âl* lemands, de dire, comme on a fait dans tant de livres, que le» Français eurent seuls l'honneur de la victoire.
Le roi, en mettant sa grandeur à secourir ouvertement Fempereur et à donner de l'éclat aux armes françaises, mettait sa politique à soutenir secrèli&ment le Portugal contre l'Espagne. Le cardinal Mazarin avait abandonné formellement les Portugais par le traité des Pyrénées; mais l'Espagnol avait fait plusieurs petites infractions tacites à la paix. Le Français en fit une hardie et décisive : le maréchal de Schomberg, étranger et huguenot, passa en Portugal avec quatre mille soldats français, qu'il payait de l'argent de Louis XIV, et qu'il feignait de soudoyer au nom du roi de Portugal. Ces quatre mille soldats français, joints aux troupes portugaises, remportèrent à Viila-Viciosa (47 juin 4665) une victoire complète, qui affermit le trône dans la maison de Bragance. Ainsi Louis XIV passait déjà pour un prince guerrier et politique, cl l'Europe le redoutait même avant qu'il eût encore fait la guerre.
Ce fut par cette politique qu'il évita, malgré ses promesses, de joindre le peu de vaisseaux qu'il avait alors aux flottes hollandaises. Il s'était allié avec la Hollande en 1662. Cette république , environ vers ce temps-là , recommença la guerre contre l'Angleterre, au sujet du vain et bizarre honneur du pavillon, et des intérêts réels de son commerce dans lea Indes. Louis voyait avec plaisir ces deux puissances marl-
« le cardinal lui envoya M. LeTclItcr peur lui proposer de quitter le «enric» de M. le prince et de s*altacher à lui, avec ordre, sMl acceptait le parti de bonne grâce, de lui dire tout de suite que sonËminence lui donnait sa nièce et qu*il le déclarait son héritier. ColiguT répondit fièrementquMl n^abandounerait point M. le prince dans son malheur. » Il faut croire quUl se repentit plits tard de sa lidclité; car dans ses Mémoires il attaque avec la plus grande Vivacité son ancien ami, et il lut prête les projets les plus crimineta. Voy. la Doie 1 de la page 50.