‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 65 sur 168 · LOUIS XIV GOUVERNE PAR LUI-HÊMB · texte numérisé non relu

LOUIS XIV GOUVERNE PAR LUI-HÊMB

limes mellre en mer tous les ans, Tune contre l'autre, des flottes de plus de cent vaisseaux , et se détruire mutuellement parles batailles les plus opiniâtres qui se soient jamais données , dont tout le fruit était Taflaiblissement des deux partis. II s*en donna une qui dura trois jours (41, 42 et 43 juin 4G66). Ce fut dans ces combats que le Hollandais Ruytcr acquit la réputation du plus grand homme de mer qu'on eût vu encore. Ce fut lui qui alla brûler les plus beaux vaisseaux d'Angleterre jusque dans ses ports , à quatre lieues de Londres. 11 fit triompher la Hollande sur les mers, dont les Anglais avaient toujours çu l'empire, et où Louis XIV n'était rien encore.

La domination de l'Océan était partagée, depuis quelque temps, entre ces deux nations. L'art de construire les vaisseaux , et de s'en servir pour le commerce et pour la guerre, a*était bien connu que d'elles. La France, sous le ministère de Richelieu , se croyait puissante sur mer, parce que d'environ soixante vaisseaux ronds ' que l'on comptait dans ses ports, elle pouvait en mettre en mer environ trente, dont un seul portait soixante et dix canons. Sous Mazarin , on acheta des Hollandais le peu de vaisseaux que l'on avait. On manquait de matelots, d'officiers, de manufactures pour la construction et pour l'équipement. Le roi entreprit de réparer les ruines de la marine, et de donner à la France tout ce qui lui manquait, avec une diligence incroyable : mais, en 4664 et 4665, tandis que les Anglais et les Hollandais couvraient l'Océan de près de trois cents gros vaisseaux de guerre, il n'en avait encore que quinze ou seize du dernier rang, que le duc de Beaufort occupait contre les pirates de Barbarie; et lorsque les États-Généraux pressèrent Louis XIV de joindre sa flotté à la leur, il ne se trouva dans le port de Brest qu'un seul brûlot, qu'on eut honte de faire partir, et qu'il fallut pourtant leur envoyer sur leurs instances réitérées. Ce fut une honte que Louis XTV s'empressa bien vite d'effacer*.

t. Vaisseaux ronds. C'était la forme ordinaire des bâtiments de guerre â eelte époque, W» étaient moins allongés que les galères anciennes et que nos vaisseaux modeines.

2. On lit dans une lettre de Louis XI v au camte d*E.str8des,du 21 août tS^SiNégociationa relatives à la succession d'Espagne, partie II section in), (lue la Ooite française se oomposait déjà à cette époque de quarante vaisseaQx. Mais le roi n'avait pas voulu exposer sa marine /renaissante au milieu de ces terribles guerres; et le duc de Beaufort, maigre toutes les ré-

94 CBAP. vu. LOmS XIV GOnVEWNE PAR LUI-MÉMB.

(1665) Il donna aux États un secours de ses forces de ferre plus essentiel et plus honorable. 11 leur envoya six mille Français pour les défendre contre l'évêque de Munster, Christophe- Bernard Van-Galen, prélat guerrier et ennemi implacable, soudoyé par T Angleterre pour désoler la Hollande; mais il leur Gt payer chèrement ce secours, et les traita comme un homme puissant qui vend sa protection à des marchands opulents. Colbert mit sur leur compte non-seulement la solde de sestroupes, mais jusqu'aux frais d'une ambassade envoyée en Angleterre pour conclure leur paix avec Charles II. Jamais secours ne fut donné de si mauvaise grâce, ni reçu avec moins de reconnaissance.

Le roi, ayant ainsi aguerri ses troupes et formé de nouveaux officiers en Hongrie , en Hollande , en Portugal , respecté et vengé dans Rome, ne voyait pas un seul potentat qu'il dût craindre* L'Angleterre ravagée par la peste, Londres réduite en cendres par un incendie attribué injustement aux catholiques, la prodigalité et l'indigence continuelle de Charles II, aussi dangereuse pour ses affaires que la contagion et l'incendie, mettaient la France en sûreté du côté dos Anglais. L'empereur réparait à peine l'épuisement d'une guerre contre les Turcs. Le roi d'Espagne, PhilippelV, mourant, et sa monarchie aussi faible que lui , laissaient Louis XIV le seul puissant et le seul redoutable. Il était jeune, riche, bien servi, obéi aveuglément, et marquait l'impatience de se signaler et d'être conquérant.

damaUons des Hollandais, resta ayec son escadre dans l'Océan aans jamais dénasser le cap du Fitiisierro. Piufl tard, après la pait deBràda, Louis XlV fit valoir habilement cette Inaction calcnlée an près de Charles II qoMlToalait gagner à sa politique, et son ambassadenr, le marquis de Ruvigny, fut chargé de dire à Londres ( 1 1 août 1667 ) : '«> Sa Majesté a enroyé sa flotte à des noces , sans l'avoir jamais voulu joindre à celle de ses maîtres ( les États-Généraux), ce qui leur a fait perdre des batailles , et la déclaration de guerre n*a été qu'un parchemin. » On voit, par ces lettres diplomatiques du cabinet de Versailles, que le roi aurait pu joindre une flotte déjà oonsidé* rable à celle des Hollandais , si la politique ne lui avait inspiré une autre résolution, plus conforme, il faut l'avouer, aui intérêts Oe la France qu'<nu traité d'alliance et d'amitié qui l'unisait à la république.

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