‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 66 sur 168 · MAP1TK.E VIII. CONQUÊTE DE LA FLANDRE · texte numérisé non relu

MAP1TK.E VIII. CONQUÊTE DE LA FLANDRE

CHANTRE VlU.

ConquAte de la Flandre.

L'occasion se présenta bientôt à un roi qui la cherchait. Philippe IV, son beau-père, mourut (4665) : il avait eu de sa première femme, sœur de Louis XÏII, cette princesse Marie- Thérèse , mariée à son cousin Louis XIV ; mariage par lequel la monarchie espagnole est enfin tombée dans la maison de Bourbon , si longtemps son ennemie. De son second mariage avec Marie-Anne d'Autriche était né Charles II, enfant faible et malsain *, héritier de sa couronne, et seul reste do trois enfants mâles, dont deux étaient morts en bas âge Louis XIV prétendit que la Flandre, le Brabant et la Franche-Comté, provinces du royaume d'Espagne, devaient, selon la jurisprudence de ces provinces, revenir à sa femme, malgré sa renonciation'. Si les causes des rois pouvaient se juger par les lois des nations à un tribunal désintéressé, l'affaire eût été un peu douteuse.

Louis ût examiner ses droits par son conseil et par des théologiens, qui les jugèrent incontestables; mais le conseil et le confesseur de la veuve de Philippe IV les trouvaient bien mau-

I. Enfant faihle et malsain, Voîci je portrait qu'en traçait l'archevêque d'Embrun , amlmssadeur de France à Madrid, aprC-s sa première entrevue avec le jeune prince (lettre du 20 novembre 1665; : « Le roi d'Espaçne était debout, appuyé sur les genoux de la seAora Miguel de Texada, menine, qm le soulevait par les cordons de sa robe. 11 porie sur la tôle un petit bonnet à ranglaise qu'il n'a pas la force d'ôier;.nuu8 n'en pûmes tirer aucune parole, ■inoD qu'il me dit, cuhrioa (couvrez-vous). Il parati extrêmement faible, le visage olëme et la bouche tout ouverte ; et quoique l'on dise qu'il marche sur ses pieds et que la menine le tient seulement par les cordons pour Tempe- «her de faire de mauvais pas , j'en douterais fort, et je vis qu^il prit la main de sa gouvernante pour s'^appuyer en se retirant; quoi qu'il en soit, les mé~ decins augurent mal de sa longue vie. » ^Négociations relatives, etc., partie II, section ii.)

î. C'est le droit de dévolution. « Ce droit, dit M. Mignet (Inlroduotion , p. 581, résuluit d'une coutume en vigueur dans quelques provinces de a Pays-Bas , qui donnait rbéritage paternel aux enfanu du premier lit , préferablemeni à ceux du second. Louis XIV détourna celte coutume de son application civile pour la transporter dans Tordre oolitique et lui faire régir la transmiaslun des couronnes ou tout au moins des provinces. Marie-ïncrôse, sa femme, étant du premier lit, tandis que Charles 11 était du second , il revendiqua pour elle la partie dos Pays-Bas qui admettait le droit de dcvolation. 9

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vais. Elle avait pour elle une puissante raison, la loi expresse de Charles-Quint; mais les lois de Charles-Quint n'étaient guei o suivies par la cour de France.

Un des prétextes que prenait le conseil du roi était que les cinq cent mille écus donnés en dot à sa femme n avaient point été payés ' ; mais on oubliait que la dot de la fille de Henri IV ne l'avait pas été davantage. La France et l'Espagne combattirent d*abord par des écrits, où Ton étala des calculs de banquier et des raisons d'avocat ; mais la seule raison d'État était écoutée. Cette raison d'Ëtat fut bien extraordinaire. Louis XIV allait attaquer un enfant dont il devait être naturellement le protecteur, puisqu'il avait épousé la sœur de cet enfant. Com< ment pouvait-il croire que l'empereur Léopold, regardé comme le chef de la maison d'Autriche , le laisserait opprimer celte maison, et s'agrandir dans la Flandre? Qui croirait que l'empereur et le roi de France eussent déjà partagé en idée les dépouilles du jeune Charles d'Autriche, roi d'Espagne? On trouve quelques traces de cette triste vérité dans les Mémoires du marquis de Torcy * ; mais elles sont peu démêlées. Le temps a enfin dévoilé ce mystère, qui prouve qu'entre les rois la convenance et le droit du plus fort tiennent lieu de justicQ, surtout quand cette justice semble douteuse.

Tous les frères de Charles H, roi d'Espagne, étaient morts. Charles était d'une complexion faible et malsaine. Louis XIV et Léopold firent, dans son enfance, à peu près le même traité de parte ge qu'ils entamèrent depuis à sa mort. Par ce traité, qui est actuellement dans le dépôt du Louvre, Léopold devait laisser Louis XIV se mettre déjà en possession de la Flandre, à condition qu'à la mort de Charles l'Espagne passerait sous la

I . Nous avons vu (au chap. vi, note 2 de h page 79) que dans le traité des Pyrénées la validité des renonciatioDS avait été formellement subordonnée au payement exa a de la dot. Les NégociattonM publiées par M. Mignet prouvent que Mazarin avait laissé un habile successeur dans te ministre des affaires étrangères, de Lionne. De Lionne pressa longtemps et avec instances le payement de la dut, en laissant entrevoir au cabinet espagnol que, si cette condition n'était pas remplie, la France se croirait autorisée à faire valoir, même par les armes, les prétentions de Marie -Thérèse. Puis, quand il vit que la cour de Madrid semblait disposée à faire les plus grands sacritîres pour acquitter cette dette d'honneur, il cessa d'insister. Le roi écrivit le i3 novembre 166I à l'archevêque d'Embrun son ambassadeur :« Quant au payement de la dot de la reine, si on n*y a pas pourvu sur vos instances, vous n'avez qu'à en laisser présentement la poursuite. » Le roi voulait sans doute se ménager un prétexte et une apparence de justice : la négligence ou la pénurie de l'Espagne le servit à souhait.

3. DuM les Mémoires du marqwa de Torcy. « Tome I, page tC« édiiioo KupiKjsée de la Haye. » (Note de Yoluûre.}

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