‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 7 sur 168 · TabUau du xviii* siècle, 16« leçon · texte numérisé non relu

TabUau du xviii* siècle, 16« leçon

NOTICE son LE SIÈCLE DE LOUIS XIV. VII

mettro constamment sous les yeux du lecteur. Les fôtes se seraient mêlées aux guerres, les lois aux conquêtes, la religion aux intrigues de cour, et les lettres à tout. On aurait suivi , sous toutes les formes i\ la fois, la grandeur croissante du souverain et de la nation , puis leur déclin et leur dernier ellbrt. » Sans nier la simplicité dramatique d'un plan pareil, on se demande s*il était possible de le suivre dans une histoire que remplissent tant d'événements et de nature si diverse. L'entreprise a été tentée de nos jours par le savant Sisniondi, dans les volumes qu'il a consacrés au règne de Louis XIV. La vérité , ou plutôt l'exactitude chronologique, y a gagné peut-être, mais l'intérêt et l'art y ont certainement perdu. Tout est divisé et rien n'est complet; l'attention, partagée tour à tour entre mille objets, ne saurait s'attacher puissamment à aucun d'eux; et l'esprit est fatigué de la succession rapide de tant de tableaux, qui se suivent sans s'appeler autrement que par les nécessités de la chronologie.

On ne peut regretter que Voltaire ait adopté un plan différent. 11 faut remarquer d'ailleurs qu'il ne s'est pas renfermé avec une rigueur systématique dans les divisions qu'il avait tracées : parfois les sujets viennent se mêler sous sa plume, quand la clarté du récit peut l'exiger. Tantôt, au début d'une campagne, il dira comment les ministres en avaient préparé le succès par le rétîiblissement des finances et la réforme de l'armée; tantôt, après un traité glorieux, il rappellera que les lettres, si florissantes alors, contribuaient encore à la grandeur du roi et de la France en Europe; ailleurs, au milieu des guerres malheureuses qui ont marqué les premières années du xviii* siècle , il montrera la monarchie de Louis XIV affaiblie devant ses ennemis et menacée dans l'intérieur môme du royaume par le réveil redoutable des passions religieuses.

La méthode suivie par Voltaire nous semble donc préférable à celle qu'on 'aurait voulu qu'il suivît; car

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îl a pu, en conservant l'unité dont son livre avaii besoin , exposer avec plus de suite et décrire dans leur ensemble les diverses parties de ce grand règne. Toul ce qu'on peut lui reprocher, c'est de n'avoir pas terminé une histoire aussi variée par une appréciation générale qui la résumât tout entière. Le Siècle de Louis XIV va finir en Chine, au milieu des querelles obscures de quelques missionnaires chrétiens : il manque de conclusion. On ne peut expliquer cette faute d'un écrivain, si habile d'ordinaire, qu'en rappelant que, dans sa pensée, le Siècle de Louis XIV n'était point un ouvrage séparé , mais seulement l'une des parties du grand monument qu'il voulait « élever à l'honneur de la vertu et des arts *. » Dans le Précis du Siècle de Louis XV, nous trouvons en effet, au premier chapitre, un jugement rapide du dernier règne, de môme que Tacite, suivant Texpression de M. Villemain, à l'ouverture des Annales, en peu de pages , a fait revivre tous les souvenirs de la vie et du génie d'Auguste ' Mais si l'auteur peut sembler excusable, on n'en regrettera pas moins que son œuvre soit restée incomplète, et que cette histoire si dramatique n'ait pas un dénoùment digne de la majesté d'une telle époque et de la beauté môme du livre,

ni. Exaclilude du Siècle de Louis XIV,

Voltaire a dit ' que les préjugés sont des grands seigneurs qu'il faut savoir parfois ménager. On nous permettra cependant de combattre ce vieux préjugé, qui ne veut voir dans l'auteur du Siècle de Louis XIV qu'un historien mal instruit, superficiel el inexact. Dans ses lettres, il parle souvent, avec un grand air de sincérité et sans charlatanerie, des immenses recherches qu'il avait faites, et du travail as-

t. T ettre à M. de Ciddeville, 9 janvier 1740.

2 Tableau du wiu* siècle , I6« leçon.

3 Lettre au président Uesnault, « janvier 1752.

sklu auquel il s'était livré. Cet écrivain si facile , qui achevait Zaïre en vingt-deux jours et Catilina en une semaine, qui se comparait lui-même en plaisantant « à un robinet qu'il suffit d'ouvrir pour remplir à l'instant '.out un bassin * , » employa vingt années à composer sa grande histoire, et seize autres à la revoir et à la corriger. 11 fit venir, il consulta , il demanda à ses amis tous les ouvrages qui pouvaient l'éclairer. Il leur répétait sans cesse et sous toutes les formes ce qu'il écrivait à M. Thieriot (24 septembre 1735) : « Si vous connaissez ' quelque livre où l'on puisse trouver de bons mémoires sur le commerce, je vous prie de me l'indiquer afin que je le fasse venir de Paris. Faites-moi connaître aussi tous les livres où l'on peut trouver quelques instructions touchant l'histoire du dernier siècle et le progrès des beaux-arts : je vous répéterai toujours cette antienne, ri \\ eut ainsi sous la main, pour l'édition défi- ' nitive de 1768, des matériaux sans nombre, abîme inépuisable qui aurait effrayé tout autre que lui. 11 avait lu tous les Mémoires qu'on avait publiés sur le siècle précédent*; les histoires générales de Louis XIV, parPellisson, Limiers, Riencourt, Reboulet, Larrey , La Bode et La Martinière, Roussel, Lamberty, le comte italien François- Marie Ottieri, le bénédictin Vittorio Siri, etc. ; les histoires particulières de quelques-uns des grands hommes de cette époque, aujourd'hui inconnues , si l'on en excepte celles de Turenne et deFénelonparRamsay: \q^ Abrégés chronologiques d\x P. Daniel et du président Hesnault ; les Lettres du cardinal Mazaiin, du comte d'Avaux, de M"'« de Sévigné, de M°" de Maintenon, de Fénelon et du vicomte de Rolingbroke; les Annales politiques de l'abbé de Saint-Pierre; les Recherches sur les finances (le France, par Forbonnais; les Mémoires des inten- (lants, publiés vers 1700, pour l'instruction du duc de Bourgogne; les Recueils littéraires du P. Nicéron', du

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