‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 79 sur 168 · Voy. plut) loin , aux Anecdotes , chap. xxvi · texte numérisé non relu

Voy. plut) loin , aux Anecdotes , chap. xxvi

MORT DE TURKNNE. 141 ,

Né calviniste , il s*était fait catholique Pan 4668. Aucun protestant et même aucun philosophe ne pensa que ta persuasion seule eût fait ce changement dans un homme de guerre, dans un politique âgé de cinquante années, qui avait encore des maîtresses. On sait que Louis XIV, en le créant maréchai général de ses armées*, lui avait dit ces propres paroles rap^ portées dans les lettres de Pellisson et ailleurs : « Je voudrais que vous m'obligeassiez à faire quelque chose de plus pour vous. » Ces paroles (selon eux) pouvaient, avec le temps, opérer une conversion. La place de connétable pouvait tenter un cœur ambitieux. Il était possible aussi que cette conversion fût sincère. Le cœur humain rassemble souvent la politique, Tambition, les faiblesses de l'amour, les sentiments de la religion. Enfin il était très-vraisemblable que Turenne ne quitta la religion de ses pères que par politique ; mais les catholiques, qui triomphèrent de ce changement, ne voulurent pas croire l'âme de Turenne capable de feindre *.

1. La charge de maréchal général des camps et armées de France a\uh éié créée autrefois, sous le ministère du duc de Luynes, pour le duc de l^sdigulères, qui détint plus tard connétable. Mazarin rétablit celte char^^e, le 7 avril i660, en faveur de Turenne. « L'épée de connétable, dit Saint- Simon, était bien le but du modeste héros, mais la timidité du cardinal Mazarin ne put se résoudre à la mettre entre des mains si puissantes et si habiles.)» (Chap. clxvii.) On sait que la charge de connétable avait été abolie par \e cardinal de Richelieu, k la mon deLesdiguiôres, en 1626.

2. Dans une lettre du 8 janvier i752, Voltaire répond au président Hénault , qui l'aorusait d'avoir parlé trop légèrement de la conversion du grand Turenne : « Si vous pouvez croire sérieusement que le vicomte de Turenne changea de religion a cinquante ans par persuasion, vous avez assurément une bonne àme. Cependant si , en faveur du préjugé, il faut adoucir ce trait, de tout mon cœur : je ne veux point choquer d'aussi grands seigneurs que les préjugées. » il ne paraît |)as que l'auteur du Siècle deZouis XI rail changé on adouci son opinion dans aucune des éditions de son ouvrage. Le maréchal avait cinquante - sept ans quand il abjura le protestantisme. Nous voyons dans quelques-unes de ses lettres, publiées seulement de nos jours , que depuis longtemps déjà sa conscience n'était plus tranquille : après la mort de sa femme, la duchesse de Caumont La Force, calviniste conmic loi, et calviniste ardente, les instances de son neveu le cardinal de Bouillon ci surtout la lecture du célèbre traité de Bossuet sur VExposilion de la doctrine de l'Eglise le décidèrent à se convertir au catholicisme. Depuis cette époque, la correspondance de M»* de Sévigné nous le montre préoccupé de SCS devoirs religieux jusqu'à la dévotion ; elle écrit à sa fille , le 2 août 1675 : « Je reviens à M. de Turenne, qui , en disant adieu à M. le cardinal de Retz, loi dit : « Monsieur, je ne suis pas un diseur; mais je vous prie de croire • sérieusement que, sans ces affaires-ci ob peut-être on a besoin de moi, je « me tetirerais comme vous; et je vous donne ma parole que, si j'en reviens, «je ne mourrai pas sur le coffre, et îe mettrai, à votre exemple, quelque 1 tempA entre la vie et la mort. » Et ailleurs, dans la lettre du 23 août : « i* voulait se confesser, et en se cachetant, il avait donné ses ordres pour le •oir, et devait communier le lendemain dimanche, qui était le jo or qu'il croyait donner sa bataille. »

Ce qui arriva en Alsace, immédiatement après la mort de Turenne, rendit sa perte encore plus sensible '. Montecuculli, retenu par Thabileté du général français trois mois entiers au delà du Rhin , passa ce fleuve dès qu'il sut qu*il n'avait plus Turenne à craindre. Il tomba sur une partie de l'armée qui demeurait éperdue entre les mains de Lorges et de Vaubrun, deux lieutenants-généraux désunis et incertains. Cette armée, se défendant avec courage, ne put empêcher les Impériaux de pénétrer ôans T Alsace, dont Turenne les avait tenus écartés. Elle avait besoin d'un chef, non-seulement pour la conduire, mais pour réparer la défaite récente du maréchal de Créqui, homme d'un courage entreprenant, capable des actions le^ plus belles et les plus téméraires, dangereux à sa patrie autant qu'aux ennemis.

Créqui venait d'élre vaincu, par sa faute, à Consarbmck. (44 auguste 4675) Un corps de vingt mille Allemands, qui assiégeait Trêves, tailla en pièces et mit en fuite sa petite armée. Il échappe à peine lui quatrième. Il court, à travers de nouveaux périls, se jeter dans Trêves, qu'il aurait dû secourir avec prudence, et qu'il défendit avec courage. Il voulait s'ensevelir sous les ruines de la place ; la brèche était praticable : il s'obstine à tenir encore. La garnison murmure. Le capitaine Bois- Jourdain, à la tête des séditieux, va capituler sur la brèche. On n'a point vu commettre une lâcheté avec tant d'audace. Il menace le maréchal de le tuer s'il ne signe. Créqui se retire, avec quelques officiers fidèles, dans une église : il aima mieux être pris à discrétion que de capituler *.

Pour remplacer les hommes que la France avait perdus dans tant de sièges et de combats, Louis XIV fut conseillé de ne se

1. M"« âe Sévigné cite on exemple bien remarquable de la confiance que Tnreiine inspirait aux provinces de l'est: « Le premier président de la cour des aides a une terre en Champagne; son fermier lui vint signifier l'autre jour ou de la rabaisser considérablement , ou de rompre le bail qui en fat failli y a deux ans; on lui demande pourquoi, on dit que ce n'est point la coutume ; il répond que du temps de M. de Turenne on pouvait recueillir avec sûreté et compter sur les terres de ce pays-là; mais que depuis sa mort tout le monde quittait, croyant que les ennemis vont entreren Champagne. Voilà des choses simples ei naturelles qui font son éloge aussi magnmqae. ment que les Flccliier et les Mascaron. » (Lettre du 21 août, à sa fllle.)

2. « Reboulet dit que le marquis de Créqui eut la faiblesse de eigAer la capitulation ; rien n'est plus faux ; il aima mieux se laisser prendre à discrétion , et il eut ensuite le bonheur d'échapper. Qu'on lise tous les mémoirer du temps ; eue l'on consulte VAbréqé chronologique du président fiénault ; « Bois-Jourdain, dit-il , fit la capitulation à IMnsu du maréchal, etc. » (Note de Voltaire.)

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