DE LÀ MORT DE TURBNNE A LK PAIX DE NIMÈGUE
de succès dus à sa prudence; et 11 eût peut-être' acquis une réputation égale à celle de Turenne , s'il eût vécu.
Le prince d'Orange ne fut pas plus heureux en Flandre que le duc de Lorraine eh Allemagne : non-^ulement il fut obligé de lever le si^e de Maëstricht et de Charleroi ; mais , après avoir laissé tomber Condé , Bouchain et Yalenciennes sous la puissance de Louis XIV, il perdit la bataille de Mont-Cassel contre Monsieur (44 avril 1677), en voulant secourir Saint- Orner. Les maréchaux de Luxembourg et d'Humières commandaient l'armée sous Monsieur. On prétend qu'une faute du prince d'Orange et un mouvement habile de Luxembourg décidèrent du gain de la bataille. Monsieur chargea avec une valeur et une présence d'esprit qu'on n'attendait pas d'un prince efféminé. Jamais on ne vit un plus grand exemple que le courage n'est point incompatible avec la mollesse. Ce prince , qui s'habillait souvent en femme , qui en avait les inclinations, agit en capitaine et en soldat. Le roi , son frère, parut jaloux de sa gloire. H "paria peu à Monsieur de sa victoire. 11 n'alla pas même voir le champ de bataille, quoiqu'il se trouvât tout auprès. Quelques serviteurs de Monsieur, plus pénétrants que les autres , lui prédirent alors qu'il ne commanderait plus d'armée , et ils ne se trompèrent pas.
Tant de villes prises , tant de combats gagnés en Flandre et en Allemagne n'étaient pas les seuls succès do Louis XIV dans cette guerre. Le comte de Schomberg et le maréchal de Navailles battaient les Espagnols dans le Lampourdan, au pied des Pyrénées. On les attaquait jusque dans la Sicile.
La Sicile, depuis le temps des tyrans de Syracuse , sous lesquels au moins elle avait été comptée pour quelque chose dans le monde, a toujours été subjuguée par des étrangers; asservie successivement aux Romains , aux Vandales , aux Arabes, aux Normands, sous le vasselage des papes, aux Français, aux Allemands , aux Espagnols ; haïssant presque toujours ses maîtres, se révoltant contre eux sans faire de véritables efforts dignes de la liberté, et excitant continuellement des séditions pour changer de chaînes.
Les magistrats de Messine venaient d'allumer une guerre civile contre leurs gouverneurs, et d'appeler la France à leur secours. Une flotte espagnole bloquait leur port. Ils étaient réduits aux extrémités de la Camine.
D*abord le chevalier de Valbelle vint avec quelques frégates
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à traverâ la*flotte espagnole. Il apporte à Messine des vivres^ des armes et .des soldats. Ensuite le duc de Vivonne arrive avec sept vaisseaux de guerre de soixante pièces de canon , deux de quatre-vingts, et plusieurs brûlots; il bat la flotte ennemie (9 février 4675), et entre victorieux dans Messine.
L'Espagne est obligée d'implorer, pour la défense de la Sicile, les Hollandais ses anciens ennemis , qu'on regardait toulours comme les maîtres de la mer.Ruyter vient à son secours du fond du Zuyderzée, passe le détroit , et joint à vingt vaisseaux espagnols vingt-trois grands vaisseaux de guerre.
Alors les Français qui , joints avec les Anglais , n'avaient pu battre les flottes de Hollande , l'emportèrent seuls sur les Hollandais et les Espagnols réunis. (8 janvier 4676) Le duc de Vivonne, obligé de rester dans Messine pour contenir le peuple déjà mécontent de ses défenseurs, laissa donner cette bataille par Duquesne , lieutenant général des armées navales, homme aussi singulier que Ruyter, parvenu comme lui an commandement par son seul mérite, mais n'ayant encore jamais commandé d*armée navale , et plus signalé jusqu'à ce moment dans Tart d'un armateur que dans celui d'un général. Mais quiconque a le génie de son art et du commandement passe bien vite et sans effort du petit au grand. Duquesne se montra grand général de mer contre Ruyter. C'était l'être que de remporter sur ce Hollandais un faible avantage. Il livra encore une seconde bataille navale aux deux flottes ennemies près d'Agouste (42 mars 4676). Ruyter, blessé dans cette ba- ' taille, Y termita sa glorieuse vie. C'est un des hommes dont la mémoire est encore dans \^ plus grande vénération en Hollande. Il avait commencé par être valet et mousse de vaisseau; il n'en fut que plus respectable. Le nom des princes de Nassau n'est pas au-dessus du sien. Le conseil d'Espagne lui donna le titre et les patentes de duc, dignité étrangère et frivole pour un républicain. Ces patentes ne vinrent qu'après sa mort. Les enfants de Ruyter, dignes de leur père , refusèrent ce titre , si brigué dans nos monarchies, mais qui n'est pas préférable au nom de bon citoyen.
Louis XIV eut assez de grandeur d'âme pour être affligé de sa mort. On lui représenta qu'il était défait d'un ennemi dangereux. Il répondit « qu'on ne pouvait s'empêcher d'être sensible à la mort d'un grand homme. »
Duquesne, le Ruyter de la France, attaqua me troisième
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fois les deux flottes après la mort du général hollandais. l\ leur coula à fond , brûla et prit plusieurs vaisseaux. Le ma*^ réchal duc de Yivonne avait le commandement en chef de cette bataille; mais ce n'en fut pas moinsDuquesne qui remporta la victoire*. L'Europe était étonnée que la France fût devenue en si peu de temps aussi redoutable sur mer que sur terre. U est vrai que ces armements et ces batailles gagnées ne servirent qu'à répandre l'alarme dans tous les Ëtats. Le roi d'Angleterre, ayant commencé la guerre pour l'intérêt de la France» était prêt enfin de se liguer avec le prince d'Orange, qui venait d*épouser sa nièce*. De plus, la gloire acquise en Sicile coûtait trop de trésors. Enfin les Français évacuèrent Messine (8 avriH678), dans le temps qu'on croyait qu'ils se rendraient maîtres de toute l'Ile. On blâma beaucoup Louis XIV d'avoir fait dans cette guerre des entreprises qu'il ne soutint pas , et d'avoir abandonné Messine, ainsi que la Hollande, après des victoires inutiles.
Cependant c'était être bien redoutable de n'avoir d'autre malheur que de ne pas conserver toutes ses conquêtes. II pressait sesennemisd'un bout de l'Europe à l'autre. La guerre de Sicile lui avait coûté beaucoup moins qu'à l'Espagne épuisée et bat^ tue en tous lieux. Il suscitait encore de nouveaux ennemis è la maison d'Autriche. Il fomentait les troubles de Hongrie; et ses ambassadeurs à la Porte ottomane la pressaient de porter la guerre dans l'Allemagne, dût>il envoyer encore par bienséance quelque secours contre les Turcs, appelés par sa politique. U accablait seul tous ses ennemis. Car alors la Suède, son unique alliée , ne faisait qu'une guerre malheureuse contre l'électeur de Brandebourg. Cet électeur, père du premier roi
i. Le duc de Viyonne ^tait le frère de M"* de Montespan, mats il n'avait pas une frrandc réputation d'habileté. On Ut dans les Mémoires de Tabbé de Choisy (Édition Petilot, t. LXIII, p. 247) : « Le maréchal de Vivonne écrivait de Messine au roi et finissait sa lettre par ces mots : Nous avon$ besoin ici de dix mille hommes pour soutenir Va/faire. U la donna à cacheter à l'intendant Colbert du Terron, oui ajouta après les dix mille hommes : Et d'un général. Ce du Terron avait bien de l'esprit. »
2. Louis XIV avait essayé vainement do retenir Charles II dans son parti, et par ses négocintions et par son argent. Les adversaires de Talliance française devenaient tous les Jours plus nombreux dans le pays et plus influent!» dans le parlement. Le roi d'Angleterre ' disait lui-mémo tristement à l'am^ bassadeur de Louis XIV, M de Rnvi^iiy (6 juin 1675), « qu'il était pressé de toute part par ses sujets, et qu'il était comme une place assiégée, qui ne peut plus se défendre. » U fut obligé enfin de consentir au mariage de sa nièce, Marie, fille éfi Jacques II, avec le prince d'Orange, et bientôt après de s'allier aTec les Ëtats-^énéraux (10 Janvier 1678).
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de Prusse , commençait à donner à son pays une considéra* tion qui s'est bien augmentée depuis ; a enlerait alors )a Po« méranie aux Suédois.
Il est remarquable que dans le cours de cette guerre il y eut presque toujours des conférences ouvertes pour la paix : d'abord à Cologne, par la médiation inutile de la Suède; ensuite à Nimègue , par celle de TAngleterre. La médiation an* glaise fut une cérémonie presque aussi vaine que l'avait été Farbitrage du pape au traité d'Aix-la-Chapelle. Louis XTV fut en effet le seul arbitre. Il fît ses propositions, le 9 d'avril 4678, au milieu de ses conquêtes, et donna à ses ennemis jusqu'au 4 0 de mai pour les accepter* Il accorda ensuite un délai de six semaines aux États-Généraux, qui le demandèrent avec soumission.
Son ambition ne se tournait plus alors du côté de la Hollande. Cette république avait été assez heureuse ou assez adroite pour ne paraître plus qu'auxiliaire dans une guerre entreprise pour sa ruine. L'Empire et l'Espagne, d'abord auxiliaires, étaient devenus les principales parties.
Le roi, dans les conditions qu'il imposa, favorisait le corn* merce des Hollandais : il leur rendait Maëstricht , et remettait aux Espagnols quelques villes qui devaient servir de barrières aux Provinces-Unies, comme Charleroi, Courtrai, Oudenarde, Ath, Gand, Limbourg ; mais il se réservait Bouchain , Condé, Ypres, Valenciennes , Cambrai , Maubeugo , Aire, Saint-Omer, Cassel, Chariemont, Poperinghe, Baiileul, etc. ; ce qui faisait une bonne partie de la Flandre. Il y ajoutait la Franche- Comté, qu'il avait deux fois conquise; et ces deux provinces étaient un assez digne fruit de la guerre.
Il ne voulait dans l'Allemagne que Friboui^ ou Philippsbourg, et laissait le choix à l'empereur. H rétablissait dans l'évôché de Strasbourg et dans leurs terres les deux frères Furstenberg, que Tempereur avait dépouillés, et dont l'un était en prison .
Il fut hautement le protecteur de la Siiède, son alliée, et alliée malheureuse, contre le roi de Danemark et l'électeur do Brandebourg. Il exigea que le Danemark rendît tout ce qu'il avait pris sur la Suède, qu'il modérât les droits de passage dans la mer Baltique, que le duc de Holstein fût rétabli dans ses États, que le Brandebourg cédât la Poméranie qu'il avait conquise, que les traités de Westpbalie fussent rétablis de