‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 94 sur 168 · TESTAMENT DE CHARLES T · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE CHARLES T

siOD. Le roi de Franoa, qui en avait pressé la signature, attendait les événements avec incerlilude. Quand ce nouvel affront Tut connu à la cour de Madrid, le roi fut sur le point de succoînber à sa douleur; et la reine, sa femme, fut transportée d'une si vive colère qu elle brisa les meubles de son appartement, et surtout les glaces elles autres ornements qui venaient de France : tant les passions sont les mêmes dans tous les rangs! Ces partages imaginaires, ces intrigues, ces querelles, tout (iela n'était qu'un intérêt personnel. La nation espagnole était comptée pour rien. On ne la consultait pas, on ne lui demandait pas quel roi elle voulait. On proposa d'assembler las cartes f les états généraux, mais Charles frémissait à ce seul nom.

Alors ce malheureux prince, qui se voyait mourir à la ûeur de son âge, voulut donner tous ses États à Tarchiduc Charles, neveu de sa femme, second fils de rempereurLéopold. Il n'osait les laisser au Ois aîné, tant le système de l'équilibre prévalait dans les esprits, et tant il était sûr que la crainte de voir l'Espagne, le Mexique, le Pérou, de grands établissements dans I Inde, l'Empire, la Hongrie, la Bohême, la Lombardie, dans les mêmes mains, armerait le reste de l'Europe I II demandait que Temperenr Léopold envoyât son second fils Charles à Madrid , à la tête de dix mille hommes; mais ni la France, ni l'Angleterre, ni la Hollande, ni l'Italie, ne l'auraient alors souffert : toutes voulaient le partage. L'empereur ne voulait point envoyer son ûls seul à la merci du conseil d'Espagne , et ne pouvait y faire passer dix mille hommes. Il voulait seulement faire marcher des troupes en Italie, pour s'assurer cette partie des Ëtats de la monarchie autrichiennorespagnole. Il arriva, pour le plus important intérêt entre deux grands rois, ce qui arrive tous les jours entre des particuliers pour des affaires légères. On disputa, on s'aigrit : la fierté allemande révoltait la hauteur castillane. La comtesse de Perlipz*, qui gouvernait la femme du roi mourant, aliénait les esprits qu'elle eût dû gagner à Madrid ; et le conseil de Vienne les éloignait encore davantage par ses hauteurs.

Le jeune archiduc, qui fut depuis l'empereur Charles VI.

appelait toujours les Espagnols d'un nom injurieux. Il apprit

alors combien les princes doivent peser leurs paroles. Un évé-

i. Ailleurs , aux Anecdotes , chap. xxvi , Voltaire l'appelle Ptrnitt, Saint- Simon écrit Bertipt ( cbap. liv).

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que de Lérida, ambassadeur de Madrid à Vienne, mécontent des Allemands, releva ces discours, les envenima dans ses dépêches, et écrivit lui-même des choses plus injurieuses pour le conseil d'Autriche que l'archiduc n'en avait prononcé conlie les Espagnols. « Les ministres de Léopold, écrivait-il, ont l'esprit fait comme les cornes des chèvres de mon pays, petit, dur et tortu. x Cette lettre devint publique. L'évéque de Lérida fui rappelé; et, à son retour à Madrid, il ne fit qu'accroître Taversion des Espagnols contre les Allemands.

Autant le parti autrichien révoltait la cour de Madrid, autant le marquis depuis duc d'Harcourt, ambassadeur de France, se conciliait tous les cœurs par la profusion de sa magniGcence. par sa dextérité et par le grand art de plaire. Reçu d'abord fort mal à la cour de Madrid , il souffrit tous les dégoûts sans se plaindre; trois mois entiers s'écoulèrent sans qu'il pût avoir audience du roi '. Il employa ce temps à gagner les esprits. Ce fut lui qui le premier fît changer en bienveillance cette antipathie que la nation espagnole nourrissait contre la française depuis Ferdinand le Catholique ; et sa prudence prépara les temps où la France et TEspagne ont renoué les anciens nœuds qui les avaient unies avant ce Ferdinand , de couronne à couronnât dépeuple à peuple y et d'homme à homme, H accoutuma la cour espagnole à aimer la maison de France; ses ministies , à ne plus s'effrayer des renonciations de Marie-Thérèse et d'Anne d'Autriche; et Charles II lui-même, à balancer entre sa propre maison et celle de Bourbon. Il fut ainsi le premier mobile de la plus grande révolution dans le gouvernement et dans les esprits. Cependant ce changement était encore éloigné.

L'empereur priait, menaçait. Le roi de France représentait ses droits, mais sans oser jamais demander pour un de st^s petit-fils la succession entière. Il ne s'occupait qu'à ûatter le malade. Les Maures assiégeaient Ceuta. Aussitôt le marquis d'Harcourt offre des vaisseaux et des troupes à Charles, qui en

t. M Ileboulet suppose que cet ambassadeur fut reçu d'abord magDÎflqtte-. ment. Il Tait un grand éloge de sa livrée , de son beau carrosse doré et de l'accueil tout à Tait gracieux de Sa Majesté. Mai& le marquis , dans ses dépècbes , avoue qu'on ne lui flt nulle civilité , et qu'il ne vit le roi qu'un moment dans une chambre trôs-sombre, éclairée do deux bougies, de peur

Volteire.)

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