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Chapitre XVI

Il vint, avec l'électeur de Brandebourg, balancer la fortune du roi de France. Il reprit Bonn & Mayence , très-mal fortifiées , mais défendues dune manière qui fut regardée comme un modèle de défenfe de places; Bonn ne fe rendit quau bout de trois mois & demi de fiége , après que le baron tfAsfdd , qui y commandait , eut été blefTéa mort dans un affaut général.

Le marquis d' Uxelles , depuis maréchal de France , l'un des hommes les plus fages & les plus prévoyans , fit, pour défendre Mayence, des dilpofitions fi bien entendues , que fa garnifon n'était prefque point fatiguée en fervant beaucoup. Outre les foins qu'il eut audedans , il fit vingt - une fortïe fur les ennemis, & leur tua plus de cinq mille hommes. Il fit même quelquefois deux forties en plein jour, enfin il fallut fe rendre faute de poudré, au bout de fept femaines. Cette défenfe mérite place dans Phiftoire, & par ellemime & par la manière dont elle fut reçue dans le public. Paris, cette ville immenfe pleine d'un peuple oifif qui veut juger de rout , & qui a tant d'oreilles & tant de langues avec fi peu d'yeux , regarda d' Uxelles comme un homme timide & fans jugement. Cet homms, à qui tous les bons officiers donnaient de jufies éloges , étant au retour de la campagne à la comédie fur le théâtre, reçut des huées du public : on lui cria , Mayence, Il fut obligé de fe retirer , non fans méprifer , avec les gens fages, un peuple fi mauvais eftimateur du mérite, dont cependant on ambitionne les louanges.

Environ ce tems-ïà, le maréchal d'Rumieres fut battu à Valcour fur la Sambre aux Pays-Bas , par îe prince de Valdeck; mais cet échec, qui fit tort à, fa réputation, en fit peu aux armes de la France. Louvoisf dont il était la créature & l'ami , fut obligé de lui ôter le commandement de cette armée. Il fallait le remplacer.

Le roi choifit le maréchal de Luxembourg malgré fon miniftre qui le haïflait comme il avait haï Tur enne. Je vous

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promets , lui die le roi , que j'aurai foin que Louvois aille droit. Je l'obligerai de facrijier au bien de mon ( 1 ) fervice la haine qu'il a pour vous : vous n'écrire^ qu'à moi, vos lettres ne paieront point par lui, Luxembourg commanda donc en Flandre, & Catinat en Italie. Qn (e défendic bien en Allemagne fous le maréchal de Lorges, Le duc de Noailles , avait quelques fuccès en Catalogne ; mis en Flandre fous Luxembourg , & en Italie fous Catinat , ce ne fut qu'une fuite continuelle de vidtoires. Ces deux généraux , étaient alors les plus eftimés en lurope.

Le maréchal duc de Luxembourg , avait dans le caractère des traits du grand Condé, dont il était l'élève j un génie ardent, une exécution prompte, un coup d'œil jufte , un efprit avide de connauTances , mais vafte & peu réglé : plongé dans les intrigues des femmes ; toujours amoureux , & même fouvent aimé , quoique contrefait & d'un vifage peu agréable, ayant plus de qualités d'un héros que d'un fage. ( 2. )

( 3 ) Catinat avait dans l'efprit une application & une égalité , qui le rendaient capable de tout , fans qu'il fe piquât jamais de rien. Il eut été bon minifrre , bon chancelier , comme bon général. Il avait commencé par être avocat , & avait quitté cette profefiion à vingttrois ans, pour avoir perdu une caufe qui était jufte. il prit le parti des armes , & fut d'abord enfeigne aux gardes-françaifes. En 1667 il fit aux yeux du roi, à l'attaque de la contrefearpe de Lille, une action qui dernandait de la tête & du courage. Le roi la remarqua , §i ce fut le commencement de fa fortune. Il s'éleva par

(1) Mémoires du maréchal de Luxembourg..

(2) Voyez les anecdotes à l'article de la chambre ardente.

(3) On voit par les lettres de. madame de Maintenon , qu'elle n'ai-* mait pas le maréchal de Catinat. Elle n'efpère rien de lui ; elle appelle fa modeflie orgr.eil. Il paraît que le peu de connaiffance qu'avait cette dame des affaires & des hommes , & les mauvais choi^

3j. qu'elle fit a contribuèrent depuis aux malheurs de la France.

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degrés , fans aucune brigue , philofophe au milieu de la grandeur & de la guerre , les deux plus grands écueils de la modération ; libre de tous préjugés , & n'ayant point l'affectation de paraître trop les méprifer. La galanterie & le métier de courtifari furent ignorés de lui ; il en culciva plus l'amitié, & en fut plus honnête homme. Il vécut , aufîï ennemi de l'intérêt que du fafte ; philofophe en tout, à fa mort comme dans fa vie. '

Catinat commandait alors en Italie. Il avait en tête le duc de Savoie , Vicior - Amédée , prince alors fage , politique, & encorplus malheureux ; guerrier plein de courage, conduifant lui-même fes armées, s'expofant en folJat, entendant, aufli-bien que perfonne, cette guerre de chicane qui fe fait fur des tetrains coupés & montagneux, tels que fon pays ; ac~lif, vigilant, aimant l'ordre, mais faifant des fautes & comme prince & comme gé- <J j neral. Il en fit une , à ce qu'on prétend , en difpofant

mal fon armée devant celle de Catinat. Le générai Fran- S çais en profita , & gagna une pleine viéloire à la vue de Saluces , auprès de l'abbaye de Stafarde , dont cette bataille a eu le nom. Lorfqu'il y a beaucoup de morts d'un coté & prefque point de l'autre , c'elt une preuve inç mettable que l'armée battue était dans un terrain où elle devait être néceflairement accablée. L'armée Françaife n'eut que trois cents hommes de tués, celle des alliés , commandée par le duc de Savoie, en eut quatre mille. Après cette bataille, toute la Savoie, excepté Montmélian , fut fcumife au roi. Catinat rpaife dms le Piémont, force les lignes des ennemis retranchés près de Suze , prend Suze , Ville-Franche , Montalban, Nice réputée imprenable, Veillane, Carmagnole, & revient enfin à Montmélian , dont il fe rend maître par un fiége opiniâtre.

Après tant de fuccès , le miniftère diminua l'armée qu'il commandait ; & le duc de Savoie augmenta la fienne. Catinat , moins fort que l'ennemi vaincu 3 fut

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long-rems fur la défenfive ; mais enfin , a^ant reçu des renforts , il defcendit des Alpes vers la Marfaille , & là il gagna une féconde bataille rangée , d'autant plus glorieufe , que le prince Eugène de Savoie "était un des généraux ennemis.

A l'autre bout de la France, vers les Pays-Bas, le maréchal de Luxembourg gagnait la bataille de Fleurus ; & de l'aveu de tous les officiers, cette victoire était due à la fupériorité de génie que le général Français avait fur le prince de Valdeck , alors général de l'armée des alliés. Huit mille prifonniers , fix mille morts , deux cents drapeaux ou étendards, le canon, les bagages, la fuite des ennemis , furent les marques de la victoire.

Le roi Guillaume , victorieux de fon beau - père , venait de repafïer la mer. Ce génie fécond en reilburces , tirait plus d'avantage d'une défaite de fon parti , $1 que fouvent les Français n'en tiraient de leurs victoires. fjt 11 lui fallait employer les intrigues , les négociations, pour avoir des troupes & de l'argent , contre un roi qui n'avait qu'à dire , Je veux. Cependant après la défaite de Fleurus , il vint oppofer au maréchal de Luxembourg une armée aufli forte que la Françaife.

Elles étaient compofées chacune d'environ quatrevingt mille hommes ; mais Mons était déjà invefti par le maréchal de Luxembourg ; & le roi Guillaume ne croyait pas les troupes Françaifes forties de leurs quartiers. Louis XIV» vint au fiége. Il entra dans la ville au bout de neuf jours de tranchée ouverte , en préfence de l'armée ennemie. Aufli-tôt il reprit le chemin de Verfailles, & il iaiiîa Luxembourg difputer le terrain , pendant toute la campagne, qui finit par le combat de Leuze , action très - fingulière , où vingthuit efcadrons de la maifon du roi & de la gendarmerie , défirent foixante - quinze efcadrons de l'armée ennemie.

Le roi reparut encor au fiége de Namur, la plus

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