‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 105 sur 189 · Chapitre XVI. 36l · texte numérisé non relu

Chapitre XVI. 36l

forte place des Pays-Bas , par fa fituation au confluent de la S'ambre 6c de la Meufe , & par une citadelle bâtie fur des rochers. Il prit la ville en huit jours , & les châteaux en vingt-deux , pendant que le duc de Luxembourg empêchait le roi Guillaume de pafler laMehaigne à la tête de quatre - vingt mille hommes , & de venir faire lever le frége. Louis retourna encor à Verfailles après cette conquête ; & Luxembourg tint encor tête à toutes les forces des ennemis. Ce fut alors que fe donna la bataille de Sceinkerque , célèbre par l'artifice & la valeur. Un efpion , que le gênerai Français avait auprès du roi Guillaume; eft découvert. On le force, avant de le faire mourir , d'écrire un faux avis au maréchal de Luxembourg. Sur ce faux avis, Luxembourg prend avec raifon des mefures , qui le devaient faire battre. Son armée endormie eft attaquée à la pointe du jour : une brigade eft déjà mife en fuite, & le général le fait à peine. Sans un excès de diligence & de bravoure , tout était perdu.

Ce n'était pas affez d'être grand général , pour n'être pas mis en déroute : il fallait avoir des troupes aguerries , capables de fe rallier ; des officiers généraux , allez habiles pour rétablir le défordre , & qui euflent la bonne volonté de le faire ; car un feul officier fupérieur , qui eût voulu profiter de la confufion pour faire battre fon général, le pouvait aifément fans fe compromettre.

Luxembourg était malade; circonftance funefte , dans un marnent qui demande une activité nouvelle : le danger lui rendit fes forces : il fallait des prodiges pour n'être pas vaincu , & il en fit. Changer de terrain , donner un champ de bataille à fon armée qui n'en avait point, rétablir la droite toute en défordre , rallier trois fois fes troupes , charger trois fois à la tête de la maifon du roi, fut l'ouvrage de moins de deux heures. Il avait dans fon armée Philippe duc d'Orléans , alors duc de Chartres , depuis régent du royaume , petit - fils de

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France , qui n'avait pas alors quinze ans. Il ne pouvait être utile pour un coup déciûf ; mais c'était beaucoup pour animer les foldats , qu'un petit - fils de France encor enfant ; chargeant avec la maifon du roi , bleffé dans le combat, & revenant encor à la charge malgré fa blefïure.

Un petit-fils & un petit neveu du grand Condê , fervaient tous deux de lieutenans-généraux : l'un était Louis de Bourbon , nommé monjieur le duc ; l'autre, François- Louis prince de Conîi ; rivaux de courage , d'efprit , d'ambition , de réputation ; moniieur le duc , d'un naturel plus auftère , ayant peut-être des qualités plus folides , & le prince de Conti de plus brillantes. Appelles tous deux par la voix publique au commandement des armées , ils déliraient paffionnément cette gloire ; mais ils n'y parvinrent jamais , parce que Louis , qui connaiflait leur ambition , comme leur mérite , fe fouvenait toujours que le prince de Condê lui avait fait la guerre.

Le prince de Conti fut le premier qui rétablit le défordre, ralliant des brigades, en en faifant avancerd'autres. Monfieurle duc faifait la même manœuvre, fans avoir befoin d'émulation. Le duc de Vendôme , petit-fils de Henri IV* était aufli lieutenant-général dans cette armée. Il fervait depuis l'âge de douze ans ; & quoiqu'il en eût alors quarante , il n'avait pas encor commandé en chef. Son frère le grand-prieur était auprès de lui.

Il fallut que tous ces princes fe mifTent à la tête de la maifon du roi , avec le duc de Choifeul , pour chaffer un corps d'Anglais , qui gardait un pofte avantageux , dont le fuccès de la bataille dépendait. La maifon du roi & les Anglais étaient les meilleures troupes qui •fuffent dans le monde. Le carnage fut grand. Les Français, encouragés par cette foule de princes & de jeunes feigneurs qui combattaient autour du général,

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