Chapitre XVI
l'emportèrent enfin. Le régiment de Champagne défit les gardes Anglaises du roi Guillaume; & quand les Anglais furent vaincus , il fallut que le refte cédât.
Boufflsrs , depuis maréchal de France , accourait dans ce moment même de quelques lieues du champ de bataille, avec des dragons, & acheva la victoire. Le roi Guillaume y ayant perdu environ fept mille hommes , fe retira avec autant d'ordre qu'il avait attaqué ; & toujours vaincu, mais toujours à craindre , U tint eacor la campagne. La victoire, due à la valeur de tous ces jeunes princes & de la plus floriflante noblefie du royaume , fit à la cour , à Paris & dans les provinces , un effet qu'aucune bataille gagnée n'avait fait encor.
Monfieur le duc , le prince de Conti , meffîeurs de Vendôme & leurs amis, trouvaient, en s'en retournant, les chemins bordés de peuples. Les acclamations & la joie allaient jufqu'à la démence. Toutes les femmes s'emprelfaient d'attirer leurs regards. Les hommes portaient alors des cravates de dentelle , qu'on arrangeait avec afiez de peine & de tems. Les princes s'étant habillés avec précipitation pour le combat , avaient pane négligemment ces cravates autour du cou : les femmes portèrent des ornemens faits fur ce modèle ; on les appella des Steinkerques. Toutes les bijouteries nouvelles étaient à la Steinkerque. Un jeune homme , qui s'était trouvé à cette bataille , était regardé avec empreffement. Le peuple s'attroupait par-tout autour des princes ; on les aimait d'autant plus , que leur faveur à la cour n'était pas égale à leur gloire.
Ce fut à cette bataille qu'on perdit le jeune prince de Tureruie , neveu du héros tué en Allemagne , il donnait déjà des efpérances d égaler fon oncle. Ses grâces & fon efprit l'avaient rendu cher à la ville, à la cour & à l'armée.
Le général en rendant compte au roi de cette ba-
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taille mémorable , ne daigna pas feulement Finftruirë qu'il était rmlade quand il fut attaqué.
Le même général , avec les mêmes princes & ces mêmes troupes furprifes & viâorieufes à Steinkerque, alla furprendre la campagne fuivante , le roi Guillaume par une marche de fept lieues, & l'atteignit à Nervinde. Nervi nde efr un village près de la Guette , à quelques lieues de Bruxelles. Guillaume eut le tems de fe retrancher la nuit & de fe mettre en bataille. On l'attaque à la pointe du jour , on le trouve à la tête du régiment de Ruvighi , tout compofé de geotilshommes Français que li fatale révocation de l'édit de Nantes & les dragonades avaient forcés de quitter & de haïr leur patrie. Ils fe vengeaient fur elle des intrigues du jéfuite La Chaife & des cruautés de Louvois. Guillaume fuivi d'une troupe fi animée renverfa d'abord les efcadrons qui fe préfentèrent contre lui. Mais enfin il fut renverfé lui-même fous fon cheval tué. Il fe releva , & continua %£ le combat avec les efforts les plus obftinés.
. Luxembourg entra deux fois l'épée à la main dans le village de Nervinde. Le duc de V Merci fut le premier qui fauta dans les retranchemens des ennemis. Deux fois le village fut emporté & repris.
Ce fut encor à Nervinde que ce même Philippe duc de Chartres fe montra digne petit-fils de Henri IV, Il chargeait pour la troifième fois à la tête d'un efcadron. Cette troupe étant repoufTée , il fe trouva dans un terrain creux environné de tous côtés d'hommes & de chevaux tués ou bleffés. Un efcadron ennemi s'avance à lui , lui crie de fe rendre; on le faifit \ il fe défend feul, il blette l'officier qui le tenait prifonnier , iî s'en débarrafte. On revole à lui dans le moment , & on le dégage. Le prince de Coudé qu'on nommait monfieur le duc y le prince de Conti fon émule, qui s'étaient tant fignalés à Steinkerque, combattaient de même à Nervinde pour leur vie comme pour leur gloire , & furent
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