‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 112 sur 189 · Chapitre XVII · texte numérisé non relu

Chapitre XVII

lie. Les Hollandais proposèrent le château de Rifvick près de la Haye, pour les conférences d'une paix générale. Quatre armées , que le roi avait fur pieds fervirent à hâter les conclurions. Quatre - vingt mille hommes étaient en Flandre fous Villeroi. Le maréchal de Chcifeul en avait quarante mille fur les bords du Rhin. Caûnat en avait encor autant en Piémont. Le duc de Vendôme , parvenu enfin au généralat, après avoir parlé par tous les degrés depuis celui de garde du roi, comme un foldat de fortune, commandait en Catalogne , où il g^gna un combat , & où il prit Barcelone. Ces nouveaux efforts & ces nouveaux fuccès furent la médiation la plus efficace. La cour de Rome offrit encor fon arbitrage, & fut refvfée comme à Nimègue. Le roi de Suède Charles XL fut le médiateur. Enfin la paix fe fit, non plus avec cette hauteur ^1 & ces conditions avantageufes qui avaient fignalé la S grandeur de Louis XIV. mais avec une facilité & un JJ relâchement de fes droits, qui étonnèrent également les Français & les alliés. On a cru long - tems que cecte paix avait été préparée par la plus profonde politique. •

On prétendait que le grand projet du roi de France était , & devait être , de ne pas laiifer tomber toute la fucceflion de la vafle monarchie Efpagnole , dans l'autre branche delajnaifon à? Autriche* Il efpérait , difait-on, que la maifon de Bourbon en arracherait au moins quelque démembrement, & que peut-être un jour elle l'aurait toute entière. Les renonciations authentiques de la femme & de la mère de Louis XIV. ne parafaient que de vaines fignatures , que des conjonctures nouvelles devaient anéantir. Dans ce deffein qui agrandiffait ou la France ou la maifon de Bourbon t il était néceffaire de montrer quelque modération à l'Europe , pour ne pas effaroucher tant de puhTances toujours foupçonneufes. La paix donnait le tems de fe faire de nouveaux alliés %

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Siècli de Louis XIV. *~J

de rétablir les finances , de gagner ceux dont on aurait befoin , & de laifler former dans l'état de nouvelles milices. Il fallait céder quelque chqfe , dans l'efpérance d'obtenir beaucoup plus.

On penfa que c'étaiem-îà les motifs fecrets de cette paix de Rifvick , qui en effet procura par l'événement le trône d'Efpagne au petit-fils de Louis XIV. Cette idée fi vraifemblable n'eft pas vraie, ni Louis. XIV. ni fon confeil , n'eurent ces vues qui femblaient devoir fe préfenter à eux. C'efl un grand exemple de cet enchaînement des révolutions de ce monde qui entraînent les hommes par lefquels elles femblent conduites. L'intérêt vifible de pofTéder bientôt PEfpagne , ou une partie de cette monarchie , n;influa en rien dans la paix de Rifvick. Le marquis de Torci en fait l'aveu dans fes mémoires ( I ) manufcrits. On fit la paix par laffitude de la guerre , & cette guerre avait été prefque fans objet : du moins elle n'avait été du côté des alliés, que lederTein vague d'abaifTer la grandeur de Louis XIV. & dans ce monarque que la fuite de cette même grandeur qui n'avait pas voulu plier. Le roi Guillaume avait entraîné dans fa caufe l'empereur , l'Empire , FEfpagne, les Provinces-Unies , la Savoie. Louis XIV, s'était vu trop engagé pour reculer. La plus belle partie de l'Europe avait été ravagée , parce que le roi de France avait ufé avec trop de hauteur de fes avantages après la paix de Nimègue. C'était contre fa perfonne qu'on s'était ligué plutôt que contre le France. Le roi croyait avoir mis en fureté la gloire que donnent les armes : il voulut avoir celle de la modération : & l'épuifement qui fe faifait fentir dans les finances ne lui rendit pas cette modération difficile.

Les affaires politiques fe traitaient dans le confeil :

(i) Ces mémoires de Torci ont été imprimés depuis , & confirment combien l'auteur du fiècle de Louis XIV. était inftrnit de tout ce qu'il avance. ^jj?

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