‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 119 sur 189 · Chapitre XVII · texte numérisé non relu

Chapitre XVII

monarchie d'Efpagne entre les mains de fon petit-fils , femblait devoir armer néceffairement contre lui les puifTances maritimes. Quelques membres du parlement gagnés n'auraient pas arrêté le torrent de la nation. C'eft un problême à réfoudre , fi madame de Maintenon tte penfa pas mieux que tout le confeil , & fi Louis XIV. n'eut pas raifon de laiffer agir la hauteur & la fenfibiîité de fon ame.

L'empereur Léopold Commença d'abord cette guerre en Italie des le printems de l'année 1701. L'Italie a tou^ jours été le pays le plus cher aux intérêts des empereurs. C'était celui où fes armes pouvaient le plus aifément pénétrer par le Tirol & par l'état de Venife ; car Venife , quoique neutre en apparence , penchait plus cependant pour la maifon d'Autriche, que pour celle de France. Obligée d'ailleurs par des traités de donner paiTage aux troupes Allemandes, elle accomplirait fes traités fans peine.

L'empereur , pour attaquer Louis XIV. du côté de l'Allemagne , attendait que le corps Germanique fe fût ébranlé en fa faveur. Il avait des intelligences &l un parti en Efpagne* : mais les fruits de ces intelligences ne pouvaient éclore , fi l'un des fils de Léopold ne fe présentait pour les recueillir ; & ce fils de l'empereur ne pouvait s'y rendre qu'à l'aide des flottes d'Angleterre & de Hollande. Le roi Guillaume hâtait les préparatifs. Son efprit , plus agifTant que jamais dans un corps fans force & prefque fans vie, remuait tout , moins pour fervir la maifon $ Autriche , que pour abailTer Louis XIV.

Il devait au commencement de 1702 fe mettre- à la tête des armées. La mort le prévint dans ce deffein. Une chute de cheval acheva de déranger fes organes affaiblis ; une petite fièvre l'emporta. Il mourut , ne répondant rien à ce que les prêtres Anglais , qui étaient auprès de fon lit , lui dirent fur leur religion,, & ne

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marquant d'autre inquiétude , que celle que lui donnaient les affaires de l'Europe.

Il laiffa la réputation d'un grand politique , quoiqu'il n'eût point été populaire ; & d'un général à craindre , quoiqu'il eût perdu beaucoup de batailles. Toujours mefuré dans fa conduite, & jamais vif que dans un jour de combat, il ne régna paifiblement en Angleterre, que parce qu'il ne voulut pas y être abfolu. On l'appellait , comme on fait, le fkdthouder des Anglais, & le roi des Hollandais. Il favait toutes les langues de l'Europe , & n'en parlait aucune avec agrément, ayant beaucoup plus de réflexion dans l'efprit que d'imagination. Son caraclère était en tout l'oppolé de Louis XIV. fombre, retiré, févère, fec, filencieux autant que Louis était affable. Il haïflait les femmes ( 1 ) autant que Louis les aimait. Louis faifait la guerre en roi , & Guillaume en foldat. Il avait combattu contre le grand Condé & contre Luxembourg , laifîant la victoire indécife entre Condé & lui à Senef, & réparant en peu de tems fes défaites à Fleurus , à Steinkerque , à Nervinde ,* aulîi fier que Louis XIV. mais de cette fierté trille & mélancolique qui rebute plus qu'elle n'impofe. Si les beaux -farts fleurirent en France par le foin de fon roi , ils furent négligés en Angletterre où l'on ne connut plus qu'une politique dure & inquiète conforme au génie du prince.

(i) On a imprimé que félon Burnet évêque de Salisburi , Guillaume n'aimait que les portes de derrière. Cette baffe & infâme équivoque, ni rien de femblable , ne fe trouve dans les ouvrages de cet évêque , qui aflifta Guillaume à la mort.

Gn a fait dire auffi à Guillaume , Le roi de France ne devrait point me haïr , je l'imite en beaucoup de chofes , je le crains en plufieurs , & je V admire en tout. On cite fur cela les mémoires de M. deDangeau.Je ne me fouviens point d'y avoir vu ces paroles : elles ne font ni dans le caractère , ni dans le fryle du roi Guillaume. Elles ne fe trouvent dans aucun mémoire anglais concernant ce prince , & il n'eft pas poflible qu'il ait dit qu'il imitait Louis XiV. lui dont les mœurs , les goûts , la conduite dans la guerre & dans la paix furent en tout l'oppofé de ce monarque. ^jfr

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