Chapitre XXI
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fortifiée que Lille , fans, être maître de Gand y fans pouvoir tirer fes convois que d'Oftende , fans les pouvoir conduire que par une chauffée étroite, au hafard d'être à tout marnent furpris ; c'eft ce que l'Europe appella une action téméraire , mais que la mésintelligence & l'efprir d'incertitude , qui régnaient dans l'armée Françaife, rendirent excufable. Ceft enfin ce que le fuccès juftifia. Leurs grands convois , qui pouvaient être enlevés , ne le furent point. Les troupes qui les efcortaient , & qui devaient être battues par un nombre fupérieur , furent victorieufes. L'armée du duc de Bourgogne , qui pouvait attaquet les retranchemens de l'armée ennemie encor imparfaits , ne les attaqua pas. Li)le fut prife , au grand étonnement de toute l'Europe , qui croyait le duc de Bourgogne plus en état d'afiiéger Eugène & Marlboroug , que ces généraux en état d'ailïéger Lille. Le maréchal de Boufflcrs fit la défendit pendant près de quatre mois. >â
Les habitans s'accoutumèrent tellement au fracas du canon , & à toutes les horreurs qui fuivent un fiége , qu'on donnait dans la ville des fpectacles aufîi fréquentés qu'en tems de paix : & qu'une bombe , qui tomba près de la falle de la comédie , n'interrompit point le fpectacle.
Le maréchal de Boufflers avait mis fi bon ordre à tout , que les habitans de cette grande ville étaient tranquilles fur la foi de fes fatigues, Sa défenfe lui mérita l'eftime des ennemis , les cœurs des citoyens & les réçompenfes du roi. Les hiftoriens, ou plutôt les écrivains de Hollande , qui ont affe&é de le blâmer , auraient du f e fouvenir que quand on contredit la voix publique , il faut avoir été témoin Sç témoin éclairé § ou prouver ce qu'on avance ( 1 ),
(1) Telle eft l'hifloire qu'un libraire, nommé Van-Durtn , fié écrire par le jéfuite La Motte réfugié en Hollande fous le nom de La Hode ; continuée par La Martinière ; le tout fur les prétendus mémoires d'un comte, de,., feçretaire d'état, L,esmémoires de madamç
Cependant l'armée, qui avait regardé faire le liège de Lille , fe fondait peu-à-peu ; elle laifTa prendre enfuite Gand , Bruges, & tous {es portes l'un après l'autre. Peu de campagnes furent auffi fatales. Les officiers , attachés au duc de Vendôme , reprochaient toutes Tces fautes au confeil du duc de Bourgogne; & ce confeil rejetait tout fur le duc de Vendôme. Les efprits s'aigrifTaient par le malheur. Un ( 1 ) courtifan du duc de Bourgogne dit un jour au duc de Vendôme : Voilà ce que c'ejl , que de n'aller jamais à la mejje ; aujji vous voyei quelles font nos difgraces. » Croyez-vous, » lui répondit le duc de Vendôme , que Marlboroug y » aille plus fouvent que moi ? » Les facces rapides des alliés enflaient le cœur de l'empereur Jofeph. Defpotique dans l'Empire , maître de Landau , il voyait le chemin de Paris prefque ouvert par la prife de Lille. Déjà même un parti Hollandais avait eu la hardiefle de pénétrer de Courtrai jufqu'à l'avenue de Verfailles , & avait ( prefque fous les fenêtres du château ) enlevé le premier écuyer du roi , croyant fe faiiir de la perfonne du dauphin , père du duc de Bourgogne, ( 2 ) La terreur était dans Paris,
de Maintenon , encor plus remplis de menfonges , difent , tome IV. page 119. que les aflîégeans jetaient dans la ville des billets conçus en cestermes: Rajfure\-voust Français^la Maintenon ne fera pas votre reine ; nous ne lèverons pas Ufiège. On croira, ajoute-t-il , que Louis dans la ferveur du plaifer que Lui donnait la certitude d>une victoire inattendue, offrit oupromit\le trône à madame de Maintenon. Comment dans la ferveur de l'impertinence peut-on mettre fur le papier ces nouvelles & ces difeours des halles ? comment cetinfenfé a-t-il pu pouffer l'effronterie jufqu'à dire que le duc de Bourgogne trahit le roi fon grand père & fit prendre Lille par le prince Eugène, de peur que madamede Maintenon ne fût déclarée reine ?
(1) Le marquis d'O.
(2) Ce furent des officiers au fervice de Hollande qui firent ce coup hardi. Prefque tous étaient àes Français que la révocation fatale de l'édit de Nantes avait forcés de choifir une nouvelle patrie ; ils prirent la chaife du marquis de Beringhen pour celle du dauphin , parce qu'elle avait l'écuffon de France. L'ayant enlevé , ils Je rirent monter à cheval j mais comme il était âgé & infirme , ils eurent la
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