‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 149 sur 189 · Chapitre XXIII · texte numérisé non relu

Chapitre XXIII

viennent négocier avec plus d'égalité, le maréchal de Villars , retiré derrière des lignes, couvrait encor Arras & Cambrai. Le prince Eugène prenait la ville du Quênoi , & il étendait dans le pays une armée d'environ cent mille combattans Les Hollandais avaient fait. un effort ; & n'ayant jamais encor fourni à toutes les dépenfes qu'ils étaient obligés de faire pour la guerre , ils avaient été au-delà de leur contingent cette année. La reine Anne ne pouvait encor fe dégager ouvertement elle avait envoyé à l'armée du prince Eugène, le duc à'Ormond avec douze mille Anglais , & payait encor beaucoup de troupes Allemandes. Le prince Eugène ayant brûlé le fauxbourg d'Arras, s'avançait fur l'armée Françaife. Il propofa au ducd'<9r/72o/2<f de livrer bataille. Le général Anglais avait été envoyé pour ne point combattre. Les négociations particulières, entre l'Angleterre & la France avançaient. Une fufpenlion d'armes fut publiée entre les deux couronnes Louis XIV, fit remettre aux Anglais la ville de Dunkerque , pour fureté de fes engagemens. Le duc à'Ormond fe retira vers Gand. Il voulut emmener avec les troupes de fa nation, celles qui étaient à la folde de fa reine ; mais il ne put fe faire fuivre que de quatre efcadrons de Holilein , & d'un régiment Liégeois. Les troupes du Brandebourg, du Palatinat de Saxe, de Helle, de Dannemarck, refièrent fous les drapeaux du prince Eugène, & furent payées parles Hollandais. L'électeur de Hanovre même , qui devait fuccéder à la reine Anne , laifTa malgré elle fes troupes aux alliés, & fit voir que fi fa famille attendait la couronne d'Angleterre , ce n'était pas fur la faveur de la reine Anne qu'elle comptait. ,

Le prince Eugène privé des Anglais , était encor fupérieur de vingt mille hommes à l'armée Françaife ; il l'était par fa pofition , par l'abondance de (es magafins, & par neuf ans de victoires.

Le maréchal de Villars ne put l'empêcher de faire le liège de Landreci. La France épuifée d'hommes & d'argent, écait dans la confternation. Les efprits ne fe raiïuraient point par les conférences d'Utrecht, que les fuccès du prince Eugène , pouvaient rendre infructueufes. Déjà même des détachemens confidérables avaient ravagé une partis de la Champagne, & pénétré jufqu'aux portes de Reims.

Déjà l'alarme était à Verfailles , comme dans le reite du royaume. La mort du fils unique du roi , arrivée depuis un an ; le duc de Bourgogne , la ducheffe de Bourgogne, leur fils aine, enlevés rapidement depuis quelques mois, & portés dans le même tombeau; le dernier de leurs enfans moribond; toutes ces infortunes domeftiques , jointes aux étrangères & à la misère publique, faifaient regarder la fin du règnede Louis XIV» comme un tems marqué pour la calamité ; & l'on s'attendait à plus de défaftres , que l'on n'avait vu auparavant de grandeur & de gloire.

Précifément dans ce terns-là , mourut en Efpagne le duc de Vendôme. L'efprit de découragement , généralement répandu en France , & que je me fouviens d'avoir vu,faifait encor redouter que l'Efpagne, foutenuepar le duc de Vendôme ne retombât par fa perte.

Landred ne pouvait pas tenir long - tems. Il fut agité dans Verfailles , fi le roi fe retirerait à Chambort fur la Loire. Il dit au maréchal d'Harcourt , qu'en cas d'un nouveau malheur, il convoquerait toute la noblefie de fon royaume , qu'il la conduirait à l'ennemi malgré fon âge de foixante - quatorze ans , & qu'il périrait à la tête.

Une faute que fit le prince Eugène , délivra le roi 8c la France de tant d'inquiétudes. On prétend que (es lignes étaient trop étendues ; que le dépôt de fes maga- 4j fins dans Marchiennes était trop éloigné ; que le général ]{ Albemarle , poïté à Dénain entre Marchiennes & le fâ camp Çj|

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