‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 150 sur 189 · D C H*A PITRE- -XXIII · texte numérisé non relu

D C H*A PITRE- -XXIII

.camp du prince , n'était pas à portée d'êrre fecouru allez tôt, s'il était attaqué. On m'a afïuré qu'une Italienne fort belle, que je vis quelque tems après à la Haye, & qui était alors entretenue par le prince Eugène , était dans Marchiennes , & qu'elle avait été caufe qu'on avait choifi ce lieu pour fervir d'entrepôt. Ce n'était pas rendre juftice au prince Eugène, de penfer qu'une femme pût avoir part à fes arrangemens de guerre.

Ceux qui favent qu'un curé, & un conseiller de Douai nommé le Févre d'Orval, fe promenant enfembïe vers ces quartiers , imaginèrent les premiers qu'on pouvait aifément attaquer Dénain & Marchiennes, ferviront mieux à prouver par quels fecrets & faibles refTorts les grandes affaires de ce monde font fouvent dirigées. Le Févre , donna fon avis à l'intendant de. la province ; celui-ci , au maréchal de Montefquîeu , qui commandait fous le maréchal de Villars ; le général l'approuva , & l'exécuta. Cette action fut en effet le falut de la France , plus encor que la paix avec l'Angleterre. Le maréchal de Villars donna le change au prince Eugène. Un corps de dragons s'avança à la vue du camp ennemi , comme fi on fe préparait à l'attaquer ; & tandis que ces dragons fe retirent enfuite vers Guife , le maréchal marche à Dénain avec fon armée fur cinq colonnes. On force les retranchemens du général Albe-* marie, défendus par dix-fept bataillons; tout eft tué, ou pris. Le général fe rend prifonnier avec deux princes de Najfau , un prince de Holiîein, un prince d'Anhalt, & tous les ofSciers. Le prince Eugène arrive à la hâte i mais à la fin de l'action , avec ce qu'il peut amener de troupes ; il veut attaquer un pont qui conduirait à Dénain , & dont les Français étaient maîtres ; il y perd du monde , & retourne à fon camp après avoir été té-* moin de cette défaite.

Tous les poftes , vers Marchiennes le long de la Scarpe , font emportés l'un après l'autre avec rapidité. On

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pouffe à Marchiennes défendue par quatre mille hommes; on en prefle le fiége avec tant de vivacité , qu'au bout de trois jours on ies fait prifonniers , & qu'on fe rend maître de toutes les munitions de guerre & de bouche , amaffées par les ennemis pour la campagne. Alors toute la fupéricrité eft du côté du maréchal de Villars, L'ennemi déconcerté lève le fiége de Landreci , & voit reprendre Douai , le Quênoi , Bouchain. Les frontières font en fureté. L'armée du prince Eugène fe retire , diminuée de près de cinquante bataillons , dont quarante furent pris , depuis le combat de Dénain jufqu'à la fin de la campagne. La victoire la plus fignalée n'aurait pas produit de plus grands avantages.

Si le maréchal de Villars avait eu cette faveur populaire qu'ont eu quelques autres généraux , on l'eût appelle à haute voix le reflaurateur delà France ; mais on avouait à peine les obligations qu'on lui avait ; & dans la joie publique d'un fuccés inefpéré , l'envie prédominait encor. ( 1 )

Chaque progrès du maréchal de Villars hâtait la paix d'Utrecht. Le miniftère de la reine Anne ? refponfable

(1) Le maréchal de Villars eut à Verfailles une partie de l'appartement qu'avait occupé Monfeigneur , & le roi vint l'y voir. L'auteur des mémoires de Maintenon , qui confond tous les tems , dit tome V. page 119 de ces mémoires, que le maréchal de Villars arriva dans les jardins de Marli , & que le roi lui ayant dit qu'il était très-cor.tent de lui , le maréchal fe tournant vers les courtifans > leur dit , Meffieurs , au moins vous l'entende-^. Ce conte , rapporté dans cette occafion ferait tort à un homme qui venait de rendre de fi grands fervices. Ce n'eft pas dans ces momens de gloire qu'on fait ainfi remarquer aux courtifans que le roi eft content. Cette anecdote défigurée eft de l'année 171 1. Le roi lui avait ordonné de ne point attaquer le duc de Marlhoroug. Les Anglais prirent Bouchain. On murmurait contre le maréchal de Villars. Ce fut après cette campagne de 171 1 , que le roi lui dit qu'il était content , & c'eft alors qu'il pouvait convenir à un général d'impofer filence aux reproches des courtifans , en leur difant que fon fouverain était fatisfait de fa conduite , quoique malheureufe.

Ce fait eft très-peu important ; mais il faut de la vérité dans les û * plus petites chofes.

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