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foutenu par un emprelfement de quelques perfonnes de crédit , ramena le cardinal ; & Montefquieu encra dans l'académie.
Il donna enfuïte le traité fur la grandeur & ta décadence des Romains ; matière ufée , qu'il rendit neuve par des réflexions très-fines , & des peintures très-fortes ; c'eft une hiftoire politique de l'empire Romain. Enfin , on vit paraître fon ejbrit des loix. On a trouvé dans ce livre beaucoup plus de génie que dans Grotius & dans Fuffendorjf. On fe fait quelque violence pour lire ces auteurs ; on lit Vefprit des loix autant pour fon plaifir que pour fon initrudhon. Ce livre eft écrit avec autant de liberté que les lettres perfannes ; & cette liberté n'a pas peu fervi au fuccès: elle lui attira des ennemis , qui augmentèrent (à réputation , par la haine qu'ils infpiraient contr'eux : ce font ces hommes nourris dans les factions obfcures , ja |£ des querelles eccléfiaftiques , qui regardent leurs opi- - * nions comme facrées, & ceux qui les méprifent comme facriléges. Ils écrivirent violemment contre le préfident de Montefquieu ; ils engagèrent la forbonne à examiner fon livre ; mais le mépris dont ils furent couverts arrêta la forbonne. Le principal mérite de Vefprit des loix , eft l'amour des loix qui règne dans cet ouvrage ; & cet amour des loix eft fondé fur l'amour du genre humain. Ce qu'il y a de plus fingulier, c'eft que l'éloge qu'il fait du gouvernement Anglais eft ce qui a plu davantage en France. La vive & piquante ironie qu'on y trouve contre Pinquifition , a charmé tout le monde, hors les inquifiteurs ; (es réflexions prefque toujours profondes font appuyées d'exemples tirés de l'hiftoire de toutes les nations, Il eft vrai qu'on lui a reproché de prendre trop fouvent fes exemples dans de petites nations fauvages & prefque inconnues, fur les relations trop fufpecles des voyageurs. Il ne cite pas toujours avec beaucoup d'exaôi*
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tude ; il fait dire , par exemple , à l'auteur du Teftament politique attribué au cardinal de Bickelieu , que s'il ft trouve dans le peuple quelque malheureux honnête homme , il ne faut pas s'en fervïr. Le Teftament politique dit feulement à l'endroit cité , qu'il vaut mieux fe fervir des hommes riches 6c bien élevés , parce qu ils font moins corruptibles. Montesquieu s'eii trompé dans toutes fes autres citations , jufqu'à dire que François J. (qui n'était pas né lorfque Chriftophe Colomb découvrit l'Amérique ) avait refufé ies offres de Chriftophe Colomb, Le défaut continuel de méthode dans cet ouvrée, la finguiière affectation de ne mettre fouvent que trois ou quatre lignes dans un chapitre , & encor de ne faire de ces quatre lignes qu'une plaifanterie , ont indifpofé beaucoup ds lecteurs ; on s'eft plaint de trouver trop fouvent des faillies où l'on attendait des raifonnemens ; on a reproché à l'auteur d'avoir donné trop d'idées douteufes pour des idées certaines ; mais s'il n'initruit pas toujours fon lecteur , il le fait toujours penfer , & c'eft-là un très-grand mérite. Ses exprefîions vives & ingénieufes dans lefquelles on retrouve l'imagination de Montagne fon compatriote , ont contribué fur-tout à la grande réputation de Vefprit des loix ; les mêmes chofes dites par un homme favant , & même plus favant que lui , n'auraient pas été lues. Enfin il n'y a guère d'ouvrages où il y ait plus d'efprit , plus d'idées profondes , plus de chofes hardies , & où l'on trouve plus à s'inftruire , loit en approuvant fes opinions , foit en les combattant. On doit le mettre au rang des livres originaux qui ont illuftré le fiècle de Louis XIV. & qui n'ont aucun modèle dans l'antiquité.
Il eft mort en 175 5 en phiîofophe comme il avait vécu.
Montfaucok (Bernard) né en 165 •>. Bénédictin. L'un des pius favans antiquaires de l'Europe : mort en 1741.
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mZ£:âii-> mm de Louis XIV.
MontpenSIER ( Anne- Marie- Louife d'Orlécns ) connue fous le nom de Mademoifellc , fille de Caflon d'Orléans , née à Paris en 1617 • Se* mémoires font plus d'une femme occupée d'elle , que d'une princeiTe témoin de grands événemens ; mais il s'y truuve des chofes très-curieufes : morte en 1693.
MONTREUIL (Matthieu de) l'un de ces écrivains agréables & faciles, dont le fiècle de Louis XIV. a produit un grand nombre , Se qui n'ont pas lailfé de réuffir dans le genre médiocre. Il y a peu de vrais génies : mais l'efprit du tems & l'imitation ont fait beaucoup d'auteurs agréables.
Moreri ( Louis ) né en Provence en 1643. ®n ne s'attendait pas que l'auteur du pays d 'amour , 8c le traducteur de Rodriguei , entreprît dans fa jeunefTe îe premier dictionnaire de faits , qu'on eût encor vu. Ce grand travail lui coûta la vie. L'ouvrage réformé & très- augmenté porte encor fon nom , ëc n'eit plus de lui. C'eft une ville nouvelle bâtie fur le plan ancien. Trop de généalogies fufpectes ont fait tort fur-tout à cet ouvrage fi utile : mort en 1680. On a fait des fupplémens remplis d'erreurs.
Morin ( Michel- Jean-Baptifie) né en Beaujolois en 1 583. Médecin , mathématicien , & par les préjugés du tems aftrologue. Il tira l'horofcope de Louis XIV. Malgré cette charlatanerie , il était favant : mort en 1656.
Morin (Jean) né à Blois en 15 91 , très-favant dans les langues orientales & dans la critique : mort à l'oratoire en 1659.
Morin (Simon) né en Normandie en 160.3. On ne parle ici de lui, que pour déplorer fa fatale folie & celle de Saint-Sorlin Defmarets fon accufateur, Saint-Sorlin fut un fanatique , qui en dénonça un autre, Morin , qui ne méritait que les petites-maifons , fut brûlé vif en 1663, avant que la philofopbie eut fait
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allez de progrès pour empêcher les favans de dogmatifer, & les juges d'être fi cruels.
La Motte-Houdart ( Antoine ) né à Paris en 1 672 , célèbre par fa tragédie â'înés de Caftro , Tune des plus intéreffantes qui foient reftées au théâtre , par de très-jolis opéras , & fur-rcut par quelques odes qui lui rirent d'abord une grande réputation ; il y a prefque autant de chofes que de vers ; il eft pbilofophe & poëte. Sa profe eft encor très-eftimee. ïi nr les difco'jrs du marquis de Mimur & du cardinal du Bois lorfqu'ils furent reçus à l'académie Françaife : le manifefte de la guerre de 1718; le difeours que prononça le cardiml de Tentin au petit concile d'Embrun. Ce fait eft mémorable : an archevêque cond nne un évêque , & c'eft un auteur d'opéras & de comédies qui fait le fermon de l'archevêque. Il avait beaucoup d'amis , c'eft-à-dire qu'il y avait beaucoup de gens qui fe plaifaient dans fa fociété. Je l'ai vu mourir fans qu'il eût perfonne auprès de fon lit en 1731. L'abbé Trublet dit qu'il y avait du monde; apparemment il y vint à d'autres heures que moi.
L'intérêt feul de la vérité oblige à palier ici les bornes ordinaires de ces articles.
Cet homme de mœurs fi douces, & de qui jamais perfonne n'eut à fe plaindre, a été aceufe après fa mort prefque juridiquement d'un crime énorme, d'avoir compofé les horribles couplets qui perdirent Roujfeau en 1710, & d'avoir conduit plufieurs années toute la manœuvre qui fit condamner un innocent. Cette aceufation a d'autant plus de poids qu'elle eft faite par un homme très-inftruit de cette affaire, & faite comme une efpèce de teftament de mort. N. Boindin procureur - général des tréforiers de France , en mourant en 175a, laiffe un mémoire très-circonftancié dans lequel il charge après plus de quarante années La Motte-Houdart de l'académie françaife ,
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Jofeph-Saurin de l'académie des fciences , & Malafairt marchand bijoutier , d'avoir ourdi toute cette trame, & le châteîet & le parlement d'avoir rendu confécuti veinent les jugemens les plus injuftes.
i°. Si N, Boindin était en effet perfuadé de l'innocence de Roujfeau y pourquoi tant tarder à la faire connaître ? pourquoi ne la pas manifefler au moins immédiatement 2près la mort de fes ennemis? pourquoi ne pas donner ce mémoire écrit il y a plus de vingt années.
a*. Qui ne voit clairement que le mémoire de Boindin eu un libelle diïFamatoire , & que cet homme haïfiait également tous ceux dont il parle dans cette dénonciation faite à la pofrérité ?
3y. il commence par des faits dont on connaît toute la fauiîeté. Il prétend que le comte de Noce, & N. Melon fecretaire du régent , étaient le? afîbciés de Malafaire, petit marchand jouaillier. Tous ceux qui *£ les ont fréquentés favent que c'eiî une infigne ca- h Jomnie; enfuite il confond N, la Faye fecretaire du \ cabinet du roi avec fon frère le capitaine aux gardes. Enfin comment peut-on imputer à un jouaillier d'avoir eu part à toute cette manœuvre des couplets ?
4?. Boindin prétend que ce jouaillier & Saurin le géomètre s'unirent avec La Motte pour empêcher Roujfeau d'obtenir la penfion de BoiUau qui vivait encor en 17 10. Serait-il poïJible que trois perfonnes de profefîions fi différentes fe fulfent unies & euffent médité enfemble une manœuvre fi réfléchie , fi infâme & fi difficile , pour priver un citoyen alors obfcur d'une penfion qui ne vaquait pas , que Roujfeau n'aurait pas eue, & à laquelle aucun de ces trois afîbci es ne pouvait prétendre ?
5Q. Après erre convenu que Roujfeau avait fait les cinq premiers couplets fuvis de ceux qui lui attirèrent fa difgrace , il fait tomber fur La Motte-Boudart
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le foupçon d'une douzaine d'autres dans le même goût ; & pour unique preuve de cette accufation , il dit que ces douze couplets contre une douzaine de' perfonnes qui devaient s'affembîer chez N. de BMliers , furent apportés par la Motte-Ecudart lui-même chez le fieur de Rillicrs , une heure après que RouJJeau avait été informé que les intéreffés devaient s'afTembler daiiS cette maifon. Or , dit-il , RouJJeau n'avait pu en une heure de tems compofer & tranfcrire ces vers diffamatoires. C'efl la Motte qui les apporta , donc la Motte en eft l'auteur. Au contraire , c'eft , ce me femble, parce qu'il a la bonne foi de les apporter, qu'il ne doit pas être foupçonné de la fcélérateiTe de les avoir faits. On les a jetés à fa porte , ainfi qu'à la pone de quelques autres particuliers. Il a ouvert le paquet , il y a trouvé des injures atroces contre tous {es amis, & contre lui-même ; il vient en rendre compte ; rien n'a plus l'air de l'innocence.
65. Ceux qui s'intéreffent à l'hiftoire de ce myftère d'iniquité doivent favoir , que l'on s'aiTemblait depuis un mois chez N. de Rillicrs , & que ceux qui s'y affemblaient étaient pour la plupart les, mêmes que Roujfeau avait déjà outragés dans cinq couplets qu'il avait imprudemment récités à quelques perfonnes. Le premier même de ces douze nouveaux couplets marquait affez que les intéreiTés s'aiTemblaient tantôt au café , tantôt chez Rill'urs.
Sots affemblés chez de Villîers , Parmi les fots troupe d'élite > D'an vil café dignes piliers , Craignez la fureur qui m'irrite.
Je vais vous pourfuivre en tous lieux.
- Vous noircir , vous rendre odieux : Je veux que par-tout on vous chante »
Vous percer & rire à vos yeux Eft une douceur qui m'enchante;
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7°. Il eit très-faux que les cinq premiers couplets reconnus pour être de Roujfeau , ne fhTent qu'efrleurer le ridicule de cinq ou fix particuliers , comme le dit le mémoire.. On y voit les mêmes horreurs que dans les autres.
Que le bourreau par fon valent Faffe un jour ferrer le fiflet De Berrin êr de fa fequelle j Que Pecour qui fiait Te ballet Ait le fouet au pied de l'échelle.
C'eit-là le ityle de ces cinq premiers couplets avoues par Roujfeau. Certainement ce n'eft pas-la de la fine plaifanterie. C'eit le même iryle de tous les couplets qui fuivirent.
8°. Quant aux derniers couplets fur le même air , qui furent en 1 710 la matière du procès intenté à Sauriri de l'académie des feiences , le mémoire ne dit rien que ce que les pièces du procès ont appris depuis longtems. I! prétend feulement que le malheureux qui fut condamné au banniffernent pour avoir été fuborné par Roujfeau, devait être condamné aux galères , fi en effet il avait été faux témoin. C'eit en quoi le fleur Boindin fe trompe ; car en premier lieu il eût été d'une injuftice ridicule de condamner aux galères le fuborné, quand on ne décernait que la peine du bannifTernent au fuborneur : en fécond lieu ce malheureux ne s'était pas porté aceufateur contre Saurin. Il n'avait pu être entièrement fuborné. Il avait fait pîufieurj: déclarations contradictoire*, & la nature de fa faute & la ftiblerTe de fon efpric ne comportaient pas une peiné exemplaire.
9°. N. Boindm fait entendre expreiTement dans fon mémoire, que la maifon de Mailles 6z les' jéfuites fervïfëht à perdre Rou'Jeau dans cette "araire, & que Sauriri fit agir le crédit & la faveur; Je'jais avec cerntùde, & pluiieurs perfonnes vivantes encor le favent
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comme moi , que ni la maifon de Noailles , ni les jéfuites ne follicitèrent. La faveur fut d'abord toute entière pour Roujfeau ; car quoique le cri public s'élevât contre lui , il avait gagné deux fecretaires d'état , monfieur de Tanchartrain & monfieur Voifin , que ce cri public n'épouvantait pas. Ce fut fur leurs ordres en forme de follicitations que le lieutenant - criminel le Comte. , décréta & emprifonna Saurin , l'interrogea , le confronta, le récolla, le tout en moins de vingt-quatre heures, par une procédure précipitée. Le chancelier réprimanda le lieutenant - criminel , fur cette procédure violente & iriufitée.
Quant aux jéfuites, il eft fi faux qu'ils fe furent déclarés contre Roujfeau , qu'immédiatement après la fentence contradictoire du châtelet , par laquelle il fut unanimement condamné , il fît une retraite au noviciat des jéfuites , fous la direction du père Sanadon , dans le tems qu'il appellait au parlement. Cette retraite chez les jéfuites prouve deux chofes ; la première , qu'ils n'étaient pas fes ennemis; la féconde, qu'il voulait oppofer les pratiques de la religion aux acctrfations de libertinage , que d'ailleurs on lui fufcitait. Il avait déjà fait fes meilleurs pfeaumes , en même tems que fes épigrammes licencieufes qu'il appellait les gîoria patride fes pfeaumes, & Dançhet lui avait adreîTé ces vers :
A te mafquer habile , Traduis tour-à-tour Pétrone à la ville , David à la cour , &c.
Il ne ferait donc pas étonnant qu'ayant pris le manteau de la religion, comme tant d'autres, tandis qu'il portait celui de cynique , il eût depuis confervé le premier qui lui était devenu abfolument néceffaire. On ne veut tirer aucune conféquence de cette induction ; il nV a que Dieu qui connaifle le cœur de l'homme.
IO0. Il eft important d'obferver que pendant plus de H* * trente <u2
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trente années que la Motte - Houdart , Saulr'm , & Maîafaire ont furvécu à ce procès , aucun d'eux n'a été foupçcnné ni de la moindre mauvaife manœuvre, ni de Ja plus légère fatire. La Motte- Houdart n'a jamak même répendu à ces inveclives atroces connues fous le nom de calotes , & fous d'autres titres dont un ou deux hommes qui étaient en horreur à tout le monde , l'accablèrent fi long - tems. Il ne déshonora jamais fon talent par la fatire; Ôc même lorfqu'en 1709 , outragé continuellement par Roujfeau , il fît cette belle ode ;
On ne choifit point fon père ; Par un reproche populaire Le fage n'eft point abattu.
Oui , quoi que le vulgaire penfe »
RoufTeau , la plus vile naiffance Donne du luftre à la vertu , &c.
Quand, dis-je, il fit cet ouvrage, ce fut bien, plutôt une leçon de morale & de philofophie qu'une fatire. 11 exhortait Roujfeau , qui reniait fon père, à ne point rougir de fa naiffance. Il l'exhortait à dompter l'efprit d'envie & de fatire. Rien ne femble moins à la rage qui refpire dans les couplets dont on l'accufe.
Mais 'Roujfeau après une condamnation qui devait le rendre fage, foit qu'il fût innocent ou coupable, ne put dompter fon penchant. Il outragea fouvent par des épigrammes les mêmes perfonnes attaquées dans les couplets , la Faye , Danchst , la Motte- Houdart y &c. Il rit des vers contre fès anciens & nouveaux protecteurs. On en retrouve quelques-uns dans des lettres peu dignes d'être connues qu'on a imprimées , & la plupart de ces vers font du ityle de ces couplets pour lelqueis le parlement l'avoit condamné; témoin ceux-ci contre l'illuitre muficien Rameau.
Diftillateurs d'accords baroques ,
Dont tant d'idiots font férus , j|
Siècle de Louis XIV. Tom. V. H
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Chez les Thraces & les îroques , Portez vos opéras bourus , &c.
On en retrouve du même goût dans le recueil intitulé porte-feuille de Foujfeau, contre l'abbé d'0//W, qui avait formé un projet de le faire revenir en France. * Enfin lorfque fur la fin de fa vie il vint fe cacher quelque tems à Paris afficher la dévotion, il ne put s'empêcher de faire encor des épigrsmmes violentes. Il eil vrai que l'âge a voit gâté fcn ftyle , mais il ne réferma point fon caractère, foit que par un mélange bizarre , mais ordinaire chez les hommes, il joignit cette atrocité à la dévotion, foit que par une méchanceté non moins ordinaire , cette dévotion fut hypocrifie.
ii°. Si Sauririy la Motte & Malafaire avaient comploté le crime dont on les aceufe , ces trois hommes ayant été depuis allez mal enfemble, il eft bien difficile qu'il n'eût rien tranfpiré de leur crime. Cette réflexion n'eft pas une preuve , mais jointe aux autres elle eft d'un grand poids.
ii°. Si un garçon auffi fimpïe & auiïï greffier que le nommé Guillaume Arnould y condamné comme témoin fubernépar T\ou(feau , n'avait point été en effet coupable, il l'aurait dit, il l'aurait crié toute fa vie à tout le monde. Je i'ai connu. Sa mère aidait dans la cuifme de mon père , ainfi qu'il eu dit dans le fa&um de taurin ; & fa mère & lui ont dit plufieurs fois à toute ma famille en ma préience , qu'il avait été jufîement condamné.
Pourquoi donc au bout de quarante - deux ans N. Boindin z-t-i\ voulu biffer en mourant cette aceufation authentique contre trois hommes qui ne font plus ? C'eft que le mémoire était compofé il y a plus de vingt ans, c'eft que Boindin les haïiiait tous trois , c'eft qu'il ne pouvait pardonner à la Motte , de n'avoir pas folîicité pour lui une place à l'académie françaife , & de lui avoir avoué que fes ennemis qui l'accufaient d'athéifme
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lui donneraient l'exclufion. Il s'était brouillé avec Saurin qui était comme lui un efprit altier & inflexible. Il s'était brouillé de même avec Malafaire , homme dur & impoli. Il était devenu l'ennemi de Lérigct de la Faye, qui avait fait contre lui cette épigramme.
Oui , Vadius , on connaît votre efprit; Savoir s'y joint , & quand le cas arrive, ■Qu'oeuvre paraît par quelque coin fautive » Plus aigrement que jamais la reprit , Mais on ne voit qu'en vous auflî fe montre L'art de louer le beau qui s'y rencontre, Dont cependant maints beaux efprits font cas» De vos pareils que voulez-vous qu'on penfe? Eh quoi ! qu'ils font connaifleurs délicats ? Pas n'en voudrait tirer la conféquence , Mais bien qu'ils font gens à fuir de cent pas.
C'était - là en effet le caractère de Bcindïn & c'eft lui qui eît peint dans le temple du goût fous le nom de liardou. Il fut dans fon mémoire la dupe de fa haine. Incapable de dire ce qu'il ne croyait pas , & incapable de changer d'avis fur ce que fon humeur lui infpirair : fes mœurs étaient irréprochables : il vécut toujours en philofophe rigide; il fie des actions de générofité : mais cette humeur dure & infociable lui donnait des prévenions dont il ne revenait jamais.
Toute cette funefle affaire , qui a eu de fi longues fuites, & dont il n'y a guère d'hommes plus inftruit que moi , dut fon origine au plaifir innocent que prenaient plufieurs perfonnes de mérite à s'afTembler dans un café. On n'y refpeaait pas affez la première loi de la fociété , de fe ménager les Uns les autres. On fe cri-* tiquait durement , & de fimples irhpoliteffes donnèrent lieu à des haines durables & à des crimes. Ceft au lecteur à juger, fi dans cette affaire il y a eu trois criminels ou un feul.
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On a dit qu'il fe pourrait à toute force que Saurin eût été l'auteur des derniers couplets attribués à Roujfeau. Il fe pourrait que Roujfeau ayant été reconnu coupable des cinq premiers qui étaient de la même atrocité , Saurin eût fait les derniers pour le perdre , quoiqu'il n'y eût aucune rivalité entre ces deux hommes ; Saurin fut alors plongé dans les cajculs de l'algèbre, quoique lui - même fut cruellement outragé dans ces derniers couplets , quoique tous les offenfés les imputaient unanimement à Roujfeau , enfin quoiqu'un jugement folemnel ait déclaré Saurin innocent. Mais fi la chofe eu phyfiquemesit dans Tordre des pcfîihîes , elle n'efî: nullement .vr3ifén*blable. Roujfeau l'en accufa toute fa vie : il le chargea de ce erime par fon teflament ; mais le profeffeur Rollin , auquel Roujfeau montra^e teflament quand il vint clandeftinement à Paris , l'obligea de rayer cette accufation. Roujfeau fe contenta de protefter de fon innocence à l'article de la mort ; mais il n'ofa jamais accufer la Motte , ni pendant le cours du procès, ni durant le refte de fa vie, ni à fes derniers momens. Il fe contenta de faire toujours des vers contre lui. ( Voye\ l'article Jofeph Saurin ).
Motteville ( Françoife Bertau de) née en io'ij en Normandie. Cette dame a écrit des mémoires , qui regardent particulièrement la reine Anne mère de Louis XIV. On y trouve beaucoup de petits faits avec un grand air de fincérité: morte en 1689.
Nain de Tillemont ( Sébajîien le ) fils de Jean h "Nain maître des requêtes, né à Paris en 1637. Elève de Nicole, & l'un des plus favans écrivains de Port- Royal. Son hijîoire des empereurs , & fes feize volumes de V hijîoire eccléjiajîique, font écrits avec autant de vérité que peuvent l'être des compilations d'anciens hiftoriens; car l'hiftoire, avant l'invention de l'imprimerie, étant peu contredite, était peu exaéte : mort en 1698.
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le Louis XIV,
Naudé ( Gabriel) né à Paris en 1690. Médecin, & plus philofophe que médecin. Attaché d'abord au cardinal Barberin à Rome , puis au cardinal de Richelieu , au cardinal Ma\ariny & enfuite à la reine Chrijiine, dont il alla quelque tems grcffir la cour favante; retiré, enfin à Abbeville, où il mourut dès qu'il fut libre. De tous fes livres , fon apologie des grands hommes ace uj es de magie , efl prefque le feul qui foit demeuré. On ferait un plus gros livre des grands hommes aceufés d'impiété depuis Socrate.
. . , . Populus namfolos crédit habeudoj Ejje deos quos ipfc colit,
mort en 1653.
Nemours ( Marie de Longueville duchefTe de ) née en 162.5. On a d'elle des mémoires où l'on trouve quelques particularités des tems malheureux de la fronde: morte en 1707.
Nevers ( Philippe duc de) On a de lui des pièces de poéfie d'un goût très-fingulier. Il ne faut pas s'en rapporter au fonnet parodié par Racine & Defpréaux:
Dans un palais doré Nevers jaloux & blême Fait des vers où jamais perfonne n'entend rien»
Il en faifaît qu'on entendait très - aifément & avec grand plaifir, comme ceux-ci contre Rancé le fameux réformateur de la trappe qui avait écrit contre l'archevêque Fénélon,
Cet abbé qu'on croyait paîtri de fainteté , Vieilli dans la retraite & dans l'humilité , Orgueilleux de fes croix , bouffi, de fa fouffrance * Rompt fes facrés flatuts en rompant le filence ; Et contre un faint prélat s'animant aujourd'hui , Du fond de fes déferts déclame contre lui ; Et moins humble de cœur que fier de fa do&rine •*. 11 oie décider ce que Rome examine,.
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Son efprit & fes talens fe font perfectionnés çjsns fon petir-nls : mort en 1 707.
Niceron ( Jean- Pierre ) barnabite, né à Paris en 1685. Auteur des mémoires fur les hommes illujlres dans les lettres. Tous ne font pas ilîuftres ; mais il parle de chacun convenablement : il n'appelle point un orfèvre grand homme. Il mérite d'avoir place parmi les favans utiles : mort en 1738.
Nicole ( Pierre ) né à Chartres en 161^. Un des meilleurs écrivains de Port-Royal. Ce qu'il a écrit contre les jéiuites , n'eft guère lu aujourd'hui : Se fes èjfais de morale y qui font utiles au genre humain, ne périront pas. Le chapitre fur-tout des moyens de conferver la paix dans la fociété eft un chef-d'œuvre, auquel on ne trouve rien d'égal dans l'antiquité en ce genre ; mais cette paix peut être aufli difficile à établir que celle de Vabbé de SainUPierre : mort en 1693.
Nivelle de la Chaussée. Il a fait quelques corné* dies dans un genre nouveau & attendrifîant qui ont eu du fuccès. Il eft vrai que pour faire des comédies , il lui manquait le génie comique. Beaucoup de peifonnes de goût ne peuvent fouffrir des comédies où l'on ne trouve pas un trait de bonne plaifanterie ; mais il y a du mérite à favoir toucher, à bien traiter la morale, à faire des vers bien tournés & purement écrits : c*eft le mérite de cet autour. Il était né fous Louis XIV* On lui a reproché que ce qui approche du tragique dans fes pièces n'eft pas toujours affez intérefTant, & que ce qui eft du ton de la comédie n'eft pas plaifant. L'alliage de ces deux métaux eft difficile à trouver. On croit que la Chauffée eft un des premiers après ceux qui ont eu du génie. Il eft mort vers l'année 1750.
Nodot, n'eft connu que par (es fragmens de Pétrone , qu'il dit avoir trouvé à. Belgrade en 1 683. Les lacunes qu'il a en effet remplies, ne me paroiffent pas d'un aufîi mauvais latin que fes adversaires le difent.. Il y a des
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expreffions à la vérité , dont ni Cicéron , ni Virgile , ni Horace ne fe fervent ; mais le vrai Pétrone eft plein d'exprelïïons pareilles, que de nouvelles mœurs & de nouveaux ufages avaient miles à la mode. Au refte je ne fais cet article touchant hodct , que pour faire voir que la fatire de Pétrone n'eft point du tout celle que le conful Pétrone envoya , dit-on , à iSIéron , avant de fe faire ouvrir les veines; flagitia principis fub nominibus exoletorum , fœminarumqiie , & novitate cujufque flupri y prœfcripta , atque objignata mifit Neroni.
On a prétendu que le profelTeur Agamemnon eft Séneque\ mais le ftyle de Séneque eft précifément le contraire de celui 8 Agamemnon , turgida oratio ; Agamemnon eft un plat déclamateur de collège.
On ofe dire que Trimalcion eit. Néron. Comment un jeune empereur , qui après tout avait de l'efprit & destalens, peut-il être représenté par un vieux financier ridicule , qui donne à dîner à des parafites plus ridicu- 23 les encor , & qui parle avec autant d'ignorance 5c de foîtife, que le Bourgeois gentilhomme de Molière.
Comment la crafîeufe & idiote Fortunata, qui eft fort au deffous de madame Jourdain, pourrait-elle être la femme ou la maîtrefTe de Néron ? Quel rapport des pcliifons de collège qui vivent de petits larcins dans des lieux de débauches obfcurs , peuvent-ils avoir avec la cour magnifique & voluptueufe d'un empereur ? Quel homme fenfé en lifant cet ouvrage licencieux, ne jugera pas qu'il eft d'un jeune homme effréné qui a de l'efprit , mais dont le goût n'eft pas encor formé , qui fait tantôt des vers très-agréables, & tantôt de trèsmauvais, qui mêle les plus bafî'es plaifanteries aux plus délicates, & qui eft lui-même un exemple de la décadence du goût dont il fe plaint ?
La clef qu'on a donné de Pétrone refTemble à celle des'earadères de la Bruyère , elle eft faite au hafard.
D'Olivet (Jofeph), abbé, confeiller d'honneur de ^ H 4 &|
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la chambre des comptes de Dole , de l'académie irançaife , né à Salins en 1682. : célèbre dans la littérature par fon hiftoire de l'académie, lor (qu'on déiefpc-r dit d'en avoir jamais une qui égalât celle de Pélijfbn. Nous lui devons les traductions les plus élégantes & les plus fidèles des ouvrages philofophiques de Cictron , enrichies de remarques judicieuses. Toutes les œuvres de Liceron imprimées par fes foins & ornées de {es remarques, font un beau monument qui prouve que la ïeclure des anciens , n'eit point abandonnée dans ce fiècle. Il a parlé fa langue avec la même pureté que Cïceron parlait Î3 fienne; & il a rendu fervice à la grammaire françaife , par les obfervations les plus fines & les plus exactes. On lui doit aufli l'édition du livre de la foiblejje de Vefprit humatn , compofé par l'évêque d'Avrançhe Huet , lorfqu'une longue expérience l'eut fait enfin revenir des abfurdes futilités de l'école, & du fatras des recherches des fiècles barbares. Les jéfuites, auteurs du 'journal de Trévoux , fe déchaînèrent contre l'abbé d'Qlivety Se foutinrent que l'ouvrage n'était pas de l'évêque Huet, fur le feul prétexte qu'il ne convenait pas à un ancien prélat de Normandie , d'avouer que la fcholaitique efï ridicule , & que les légendes refTemblent aux quatre fils Aimony comme s'il était néceffaire pour l'édification publique qu'un évêque Normand fut imbécille. Ceft ainfi à^peu-près qu'ils avaient foutenu que les mémoires du cardinal de Ret^ n'étaient pas de ce cardinal. L'abbé àyClivet leur répondit, & fa meilleure réponfe fut de montrer à l'académie , l'ouvrage de l'ancien évêque d'Avranche, écrit de la main de l'auteur. Son âge & fon mérite font notre exeufe de l'avoir placé ainfi que le préfident Hénaut, dans une lifte où nous nous étions faits une loi de ne parler que des morts.
D'Orle'ans ( Jofeph ) jéfuite. Le premier qui ait choifi dans l'hiitoïre , les révolutions pour fon feul objet. Celles d'Angleterre qu'il écrivit, font d'un ftyle
éloquent ; mail depuis le règne de Henri VUL il eft plus difert que iidèie . mort en 169 S.
Ozanam ( Jacques ) Juif d'origine, né près de Dombes en 1640. Il apprit la géométrie fans maître dès Page de quinze ans. Il efl le premier qui ait fait un dictionnaire de mathématique. Ses récréations mathématiques ont toujours un grand débit : mort en 1717»
Pagi ( Antoine) provençal, né en 1624. Francifcain. Il a corrigé Baronius ,&aeu penfion du clergé pour cet ouvrage : mort en 1699.
Papin ( Ifaac) né à Blois en 16 57. cal vinifie. Ayant quitté fa religion , il écrivit contre elle : mort en 1709.
Pardies ( Ignace - Gafion ) jéfuite , né à Fau en 1638, connu par fes élémens de géométrie & par fon livre fur Vamedes bêtes. Prétendre avec Defcartes que les animaux font de pures machines privées du fentiment dont ils ont les organes, c'eit démentir l'expérience & infulter la nature, Avancer qu'un efprit pur les anime, c'efî: dire ce qu on ne peut prouver. Reconnaître que tes animaux font doués de lenfations & de mémoire, fans favoir comment cela s'opère, ce ferait parler en fage qui fait que l'ignorance vaut mieux que l'erreur. Car quel eft l'ouvrage de la nature dont on connaifTe les premiers principes ? mort en 1673.
Parent {Antoine) né à Paris en 1666 , bon mathématicien. Il efl encor un de ceux qui apprirent la géométrie fans maître. Ce qu'il y a de plus fingulier de lui , c'elj qu'il vécut long - tems à Paris libre & heureux avec moins de deux cents livres de rente mort en 1716.
Pascal ( Blaife ) fils du premier intendant qu'il y
eut à Rouen, né en 160.3 , génie prématuré. Il voulut
fe fervir de la fupériorité de ce génie , comme les rois
de leur puiffance : il crut tout foumettre & tout abaiffer
4 par laforce. Ce qui a le plus révolté certains lecleursdans
Jt tes penfées , c'efl l'air defpotique & méprifant dont U
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£? 122 Siècle
débute. Il ne fallait commencer que par avoir raifon. Au refte la langue & l'éloquence lui doivent beaucoup. Les ennemis de Vafcal & à'Arnauld firent fupprimer leurs éloges dans le livre des hommes illuftres de Perrault, Sur quoi on cita ce paffage de Tacite : Prœfulgebant Cajjius & Brutus eo ipfo quod eorum effigies non v if eb a ntur : mon en 1662..
Patin ( Gui) né à Houdan en léoi. Médecin, plus fameux par fes lettres médifantes , que par fa médecine. Son recueil de lettres a été lu avec avidité, parce qu'elles contiennent des nouvelles & des anecdotes que tout le monde aime, & p3r des fadres qu'on aime davantage. Il fert à faire voir, combien les auteurs contemporains , qui écrivent précipitamment les nouvelles du "jour, font des guides infidèles pour l'hiftoire. Ces nouvelles fe trouvent fouvent faufîes ou défigurées par la malignité ; d'ailleurs cette multitude de petits faits n'eft guère précieufe qu'aux petits efprits : mort en 1671.
Patin ( Charles) né à Paris en 1633 , fils de Gui Patin. Ses ouvrages font lus des favans , & les lettres de fon père le font des gens oififs. Charles Patin , très-favant antiquaire , quitta la France , & mourut profeffeur en médecine à Padcue en 1693.
Patru ( Olivier) né à Paris en 1604, le premier qui ait introduit la pureté de la langue dans le barreau. Il reçut dans fa dernière maladie , une gratification de Louisxi V. à qui l'on dit qu'il n'était pas riche : mort^n 1 6 8 1 .
Pavillon ( Etienne ) né à Paris en 1632. Avocat-général au parlement de Metz , connu par quelques pcéiies écrites naturellement : mort en 1 704.
Pelisson -Fontanier (Paul) y né calvinilte à Béfiers en 1 624 , poëte médiocre à la vérité , mais homme très-favant & très-éloquent ; premier commis & confia dent du fur-intendant Fouquet ; mis à la.baftii'e en 16 61. Il y refta quatre ans & demi pour avoir été
DE Louis XIV. 123
fidèle à fon maître. Il palfa le refte de fa vie à prodiguer des éloges au roi , qui lui avait ôté fa liberté ; c'eft une chofe qu'on ne voit que dans les monarchies. Beaucoup plus courtifan que philofophe , il changea de religion , & fit fa formne. Maître des comptes , maître des requêtes , & abbé, il fut chargé d'employer le revenu du tier» des économats à faire quitter aux huguenots leur religion qu'il avait quittée. Scn hifloire de l'académie fut très-applaudie. On a de lui beaucoup d'ouvrages , des .prières pendant la mejfe , un recueil de pièces galantes , un traité fur l'euchariflie , beaucoup de vers amoureux à Olimpe. Cette Olimpe était mademoifelle des- Vieux , qu'on prétend avoir époufé le célèbre BoJJuet avant qu'il entrât dans l'églife ; mais ce qui a fait le plus d'honneur à Pélijfon , ce font fes excellens difcours pour M. Fouquet , & fon hiftoire de la conquête de la Franche- Comté. Les protefhns ont prétendu qu'il était ]k mort avec indifférence , les catholiques ont foutenu le contraire ; & tous font convenus qu'il mourut fans facremens ; mort en 1693.
Perrault (Claude) né à Paris en 1613. Il fut médecin ; mais il n'exerça la médecine que pour fes amis. Il devint , fans aucun maître , habile dans tous les arts qui ont du rapport au defïin & dans les mécaniques. Bon phyficien , grand architecte. Il encouragea les arts fous la protection de Colbert, êc eut de la réputation malgré Boileau : mort en 1688.
Perrault ( Charles ) né en 1 61b , frère de Claude. Contrôleur-général des bâtimens fous Colbert> donna la forme aux académies de peinture , de fcuîpture 6c d'architecture. Utile aux gens de lettres , qui le recherchèrent pendant la vie de fon protecteur , & qui l'abandonnèrent enfuite. On lui a reproché d'avoir trouvé trop de défauts dans les anciens : mais fa grande faute eit de les avoir critiqués maî-adroitement , 6c de s'être fait des ennemis de ceux-même qu'il pouvait oppofer aux anciens.
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Cette difpute a été & fera long-tems une affaire de parti comme elle l'était du tems & Horace. Que de gens encor en Italie , qui ne pouvant lire Homère qu'avec dégoût , & lifant tous les jours YAriofte & le Taffe avec transport, appellent encor Homère incomparable ! mort en 1703.
NB. Il eu dit dans les anecdotes littéraires tom. II. pag. 2,7 , qu' Adijfon ayant fait préfent de fes ouvrages à Defvréaux , celui-ci lui répondit qu'il n'aurait jamais écrit contre Perrault , s'il eût vu de û excellentes pièces d'un moderne. Comment peut-on imprimer un tel menfonge ? Boileau ne favait pas un mot d'anglais; aucun Français n'étudiait alors cette langue. Ce n'efl que vers l'an 1730 qu'on commença à fe familiarifer avec elle. Et d'ailleurs, quand même JdiJJbn qui s'eft moqué de Boileau aurait été connu de lui , pourquoi Boileau n'aurait-il pas écrit contre Perrault en faveur des anciens dont AdiJJbn fait l'éloge dans tous fes ouvrages ? Encor une fois , défions-nous de tous ces ana , de toutes ces petites anecdotes. Un sûr moyen de dire des fottifes elt de répéter au hafard ce qu'on a entendu dire.
Petau {Denis) né à Orléans en 15 83, jeTuite. Il a réformé la chronologie. On a de lui foixante-dix ouvrages : mort en 1652.
. Petis de la Croix {François) l'un de ceux dont le grand miniftre Colbert encouragea le mérite. Louis XIV l'envoya en Turquie & en Perfe à l'âge de feizeans , pour apprendre les langues orientales. Qui croirait qu'il a compofé une partie de la vie de Louis XIV. en arabe , & que ce livre eil eftimé dans l'Orient ? On a de lui Yhiftoire de Gengis-kan & de Tamerlan , tirée des anciens auteurs Arabes , êc plufieurs livres utiles ; mais fa traduction des mille & un jour y efl ce qu'on lit le plus:
L'homme eft de glace aux vérités , Il eft de feu pour le menfonge.
mort en 1713.
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Petit (Pierre) né à Paris en 1617. Philofophe & favant. Il n'a écrit qu'en latin : mort en 1687.
Pezron ( Paul) de X ordre de Cîteaux* Né en Bre-r tagne en 1639; grand antiquaire, qui a travaillé fur l'origine de la langue des Celtes : mort en 170e.
Pin (Louis au) né en 1637, docteur de forbonne. Sa bibliothèque des auteurs eccléfiaftiqucs lui a fait beaucoup de réputation & quelques ennemis : mort en 1719.
Placette ( Jean la ) de Béarn , né en 1 63 9 , miniïtre proteftant à Copenhague 8c en Hollande. Eftimé pourfes divers ouvrages : mort à Utrecht en 171 8.
Polignac ( Melchior de ) cardinal, né au Vêlai en 1661. Auiïi bon poète latin qu'on peut l'être dans une langue morte; très-éloquent dans la fienne. L'un de ceux qui ont prouvé , qu'il eft plus aifé de faire des vers latins que des vers français. Malheureufement pour lui , en combattant Lucrèce, il combat Newton : mort en
De Pontis. Ses mémoires ont été tellement en vogue , fc qu'il eft. néceffaire de dire que cet homme qui a fàét tant 1 de belles chofes pour le fervice du roi, eft le feul qui en ait jamais parlé. Audi fe» mémoires ne font pas de lui : Ils font de Du Fojfê écrivain de Port-Royal. Il feint que fon héros portait le nom de fa terre en Dauphiné. Il n'y a point en Dauphiné de feigneurie de Pontis. Il eit même fort douteux que Pontis ait exifté. Le dictionnaire hiitcrique portatif en quatre volumes , affure que ces mémoires font vrais. Ils font cependant remplis de fables , comme l'a démontré le père à'Avrigny dans la préface de fes mémoires hiftoriques.
Poree ( Charles) né en Normandie en 1675 , jéfuite. Du petit nombre des profefTeurs qui ont eu de la célébrité chez les gens du monde. Eloquent dans le goût de Séneque. Poète & très-bel efprit. Son plus grand mérite fut de faire aimer les lettres & la vertu à fes difciples : mort en 1741.
La Porte , premier valet-de-chambre de la reinemère, & quelque tems de Louis Xi K mis en prifon par le cardinal de Richelieu , & menace de la mort pour le forcer à trahir les fecrets de fa maîtreiîe qu'il ne trahit point. Dans la &ule des mémoires qui développent l'hiftoire de cet âge , ceux de La Forte ne font pas à méprifer ; ils font d'un honnête homme ennemi de l'intrigue & de la flatterie , févère jufqu'au pédantifme. Il avoue qu'il avertirait la reine que fa familiarité' avec le cardinal Malaria diminuait le refpeét des grands & des peuples pour elle. Il y a dans ces mémoires une anecdote fur l'enfance de Louis XIV. qui rendrait h mémoire du cardinal Malaria exécrable , s'il avait été coupable du crime honteux que La Porte fembîe lui imputer. Il paraît que La Porte fut trop fcrupuleux & trop mauvais phyfîcien ; il ne favait pas qu'il y a des tempéramens fort ^ji avancés. Il devait fur-tout fe taire ; il fe perdit pour avoir parlé, & pour avoir attribué à la débauche un accident fort naturel.
Pui ( Pierre du ) fils de Claude du Pui confeiller au parlement, très-favant homme, naquit en 1583. La fcience de Pierre du Pui fut utile à l'état. Il travailla plus que perfonné à l'inventaire des Chartres & aux recherches des droits du roi fur pîufieurs états. Il débrouilla autant qu'on le peut la loi faiique , & prouva les libertés de l'églife gallicane , qui ne font qu'une partie des anciens droits des anciennes églifes. Il réfulte de fon hifroire des templiers , qu'il y avait quelques coupables dans cet ordre, mais que la condamnation de l'ordre entier, & le fupplice de tant de chevaliers , furent une des plus horribles injuftices qu'on ait jamais commifes : mort en 1652.
Puy-Segur (le maréchal de ). Il nous a laiffé Yart de la guerre , comme Boileau a donné l' art poétique.
Quesnel (Pâquier) né en 1634, de l'oratoire. Il a été malheureux en ce qu'il s'eil vu le fujet d'une
grande divifion parmi (es compatriotes. D'ailleurs il a vécu pauvre Se dans l'exil. Ses mœurs étaient févères |]§ comme celles de tous ceux qui ne font occupés que de députes. Trente pages changées & adoucies dans fon livre auraient épargné des querelles à fa patrie; mais il eût été moins célèbre : mort en 1719.
Qui en ( Michel le ) né en 1 661 , dominicain. Homme très-favant. Il a beaucoup travaillé fur les églifes d'Orient & fur celles d'Angleterre. Il a fur-tout écrit contre le Courayer fur la validité des ordinations des évêques Anglicans. Mais les Anglais ne font pas plus de cas de ces difputes , que les Turcs n'en font des difîertations fur l'ég'ife grecque : mort en 1703.
Quinault {Philippe) né à Paris en 163") , auditeur des comptes , célèbre par fes belles poéfies lyriques , & par la douceur qu'il oppofa aux fatires trèsinjuftes de BoiUau. Quinault était dans fon genre trèsfupérieur à Lulli. On le lira toujours ; Se Lulli , à fon récitatif près , ne peut plus être chanté. Cependant on croyait du tems de Quinault, qu'il devait à Lulli fa réputation. Le tems apprécie tout. Il eut part comme les autres grands hommes , aux récompenfes que donna Louis XIV. mais une par: médiocre; les grandes grâces furent pour Lulli .- mort en 1688.
NB. Il eft rapporté dans les anecdotes littéraires que Boileau étant à la falle de l'opéra de Verfailles dit à l'om*cier qui plaçait : Monfieur , mette{-moi dans un endroit ou je n'entende point les paroles. Veflime fort la mufique de Lulli , mais je méprife Souverainement la poéjie de Quinault.
Il n'y a nulle apparence que Boileau ait dit cette groffiéreté. S'il s'était borné à dire, mettez-moi dans un endroit où je n'entende que la mufique, cela n'eût été que plaifant , mais n'eût pas été moins injufte. On a furpaffé prodigieufement Lulli dans tout ce qui n'efl pas récitatif; mais perfonne n'a jamais égalé Quinault.
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Itu,
Siècle
QuiNCY (le marquis de) lieutenant-général d'artillerie, auteur de l'hiftoire militaire de Louis xiv. Il entre 4ans de grands détails , utiles pour ceux qui veulent fuivre dans leur lecture les opérations d'une campagne. Ces détails pourraient fournir des exemples , s'il y avait des cas pareils ; mais il ne s'en trouve jamais , ni dans les affaires, ni dans la guerre. Les reffemblances font toujours imparfaites, les différences toujours grandes. La conduite de la guerre eft comme les jeux d'adreffe , qu'on n'apprend que par l'ufage ; & les jours d'action font quelquefois des jeux de hafard.
Quintinie (Jeanh) né à Poriers en 1616* Il a créé l'art de la culture des jardins & de la transplantation des arbres. Ses préceptes ont été fuivis de toute l'Europe, & Ces talens récompenfés magnifiquement par Louis XIV.
Racine {Jean) né à la Ferté-Milon en 1639, élevé à Port-Royal. Il portait encor l'habit eccîéfiaftique quand il fit la tragédie de Théagtne qu'il préfenta à Molière ; & celle des Frères ennemis , dont Molière lui donna le fujet. Il eft intitulé prieur de 1', pindi dans le privilège de YAndromaque. Louis XIV. fut fenfible à fon extrême mérite. Il lui donna une charge de gentilhomme ordinaire , le nomma quelquefois des voyages de Marly, le fit coucher dans fa chambre dans une de {es maladies , & le combla de gratifications. Cependant Racine mourut de chagrin ou de crainte de lui avoir déplu. Il n'était pas aulîi philofophe que grand poète. On lui a rendu juftice fort tard... «< Nous avons été touchés, dit St. Evremont , » de Mariamne , de Sophonisbc , & Alcionèe , d'An- » dromaque & de Britannicus. » Ç'effi ainfi qu'on mettait non-feulement la mauvaife Sophonisbe de Corneille , mais encor les impertinentes pièces à'Alcionée & de Mariamne , à côté de ces chefs-d'œuvres immortels. L'or eft confondu avec la boue pendant la vie des artiftes , & la mort les fépare.
Trêftâ^
de Louis XIV. 129 O
Il eft à remarquer que Racine ayant confulté Corneille fur fa tragédie à' Alexandre , Corneille lui eonfeilla de ne plus faire de tragédies , & lui dit qu'il n'avait nul talent pour ce genre d'écrire. N'oublions pas qu'il écrivit contre les janfénifles , & qu'il fe fit enfuite janfénifle ; mort en 1969*
Racine ( Louis ) fils de l'immortel Jean Racine ; a marché fur les traces de fon père , mais dans un fentier plus étroit & moins fait pour les mufes. Il entendait la mécanique des vers aufli-bien que fon père ; mais il n'en avait ni l'ame ni les grâces. Il manquait d'ailleurs d'invention & d'imagination. Janfénifîe comme fon père , il ne fit des vers que pour le janfénifme. On en trouve de très-beaux dans le poëme fur la grâce & dans celui de la religion , ouvrage trop didactique & trop monotone , copié des penfées de Pafcal , mais rempli de beaux détails tels que ceux jdu chant fécond , dans lequel il combat Lucrèce, & où il traduit Lucrèce.
Cet efprit , ô mortels î qui vous rend fi jaloux ; N'eft qu'un feu qui s'allume & s'éteint avec vous.' Quand par d'affreux filions l'implacable vieilleffe A fur un front hideux imprimé la trifteffe , Que dans un corps courbé fous un amas de jours, Le fang comme à regret femble achever fon cours j Lorfqu'en des yeux couverts d'un lugubre nuage Il n'entre des objets qu'une infidelle image ; Qu'en débris chaque jour le corps tombe & périt : En ruines aujfîje vois tomber l'eCprit.
L'ame mourante alors , flambeau fans nourriture, Jette par intervalle une lueur obfcure.
Trifte deftin de l'homme ! il arrive au tombeau , Plus faible , plus enfant qu'il ne l'enV au berceau* La mort du coup fatal fappe enfin l'édifice ;
Dans un dernier foupir achevant fon fupplice , Il
Lorfque vuide de fang le cœur refte glacé , ||
Son ame s'évapore * & tout l'homme eft patte. ]Ë
, Siècle de Louis XIV. Tom. V. I M
© 130 Siècle !
II s'élève quelquefois dans ce poème contre le tout efl bien des lords Shaffterburi & Bolinbroke , fi bien mis en vers par Pope*
Sans doute qu'à ces mots des bords de la Tamife » Quelque abftrait raifonneur qui ne fe plaint de rien Dans fon flegme anglican s'e'criera Tout eil bien.
Racine en qualité de janfénifle croyait que prefque tout eiî mal depuis long-tems ; il accufe Pope d'irréligion. Pope était fils d'un papifte; c'eft ainfi qu'on appelle en Angleterre les catholiques romains. Pope élevé dans cette religion qu'il tourne quelquefois en ridicule dans fes épîtres , ne voulut cependant pas la quitter, quoiqu'il fat philofophe, ou plutôt parce qu'il était affez philofophe pour croire que ce n'était pas la peine de changer. Il fut très-piqué des accufations de Louis Racine. Ramfey entreprit de les concilier. C'était un EcofTais du clan des Ramfey , & qui en avait pris le nom fuivant l'ufage de ce pays. Il était venu en France après avoir eflayé du presbytérianifme , de l'églife anglicane & du quakrifme, & s'était attaché à l'illuftre Fénêlon , dont il a depuis écrit la vie. C'eft lui qui eft l'auteur des voyages de Cyrus , très-faible imitation de Télêmaque. Il imagina d'écrire à Louis Racine une lettre fous le nom de Pope , dans laquelle celui-ci fembîe fe juftiner.
J'avais vécu une année entière avec Pope ; je favais qu'il était incapable d'écrire en français , qu'il ne parlait point du tout notre langue , & qu'à peine il pouvait lire nos auteurs ; c'était une chofe publique en Angleterre. J'avertis Louis Racine que cette lettre était de Ramfey & non de Pope. Je voulus lui faire fentir le ridicule de cette fupercherie : j'en inftruifis même le public dans un chapitre fur Pope qui a été imprimé plufieurs fois du vivant de Pope même. Cependant après fa mort l'abbé V Avocat a imprimé cette lettre forgée par Ramfey , &
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O de" Louis XIV. 131
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l'a imputée à Pope dans fon dictionnaire hiftorique portatif, où il copie plaideurs articles des premières éditions de cette lifte des écrivains du fiècle de Louis xiv. mais où il insère plufieurs anecdotes entièrement faufies. Il eft jufte de faire connaître au public la vérité.
RancÉ {Jean de Bouthillier) né en 1626, commença par traduire Anacréon , & inftitua la réforme effrayante de la trappe en 1664. Il fe difpenfa comme législateur , de la loi qui" force ceux qui vivent dans ce tombeau , à ignorer ce qui fe parle fur la terre. Il écrivit avec éloquence. Quelle inconftance dans l'homme ! Après avoir fondé & gouverné fon inftitut , il fe démit de fa place, & voulut la reprendre : mort en 1700/
RAPIN ( René) né à Tours en 1621. Jéfuite , connu par le poème des jardins en latin , & par beaucoup d'ouvrages de littérature : mort en 1687.
Rapin de Thoiras ( Paul) né à Caftres en 1661 , réfugié en Angleterre, & long-tems officier. L'Angle- W terre lui fut long-tems redevable de la feule bonne hiftoire complette qu'on eût faite de ce royaume , & de la feule impartiale qu'on eût d'un pays où l'on n'écrivait que par efprit de parti ; c'était même la feule hiftoire qu'on pût citer en Europe comme approchan e de la perfection qu'on exige de ces ouvrages ; jufqu'à ce qu'enfin on ait vu paraître celle du célèbre Hume qui a fu écrire l'hiftoire en philofophe : mort à Véfeî en 172.5.
Régis (Silvain) né en Agénois en 1632. Ses livres de philofophie n'ont plus de cours depuis les grandes découvertes qu'on a faites : mort en 1707.
Regnard {François) né à Paris en 1647. Il eût été célèbre par fes feuls voyages. C'eft le premier Français qui alla jufqu'en Laponie. Il grava fur un rocher ce vers : Sijlimus hîc tandem no bis ubi défait orbis. Pris fur la mer de Provence par des corfaires , efclave à Alger, racheté, établi en France dans les charges de
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132 Siècle
tréforier de France & de lieutenant des eaux & forêts. Il vécut en voluptueux & en philofophe. Né avec un génie vif, gai & vraiment comique. Sa comédie du Joueur eft mife à côté de celles de Molière, II faut fe connaître peu aux talens & au génie des auteurs , pour penfer qu'il ait dérobé cette pièce à Dufréni. Il dédia la comédie des Ménechmes à Defpréaux , & enfuite écrivit contre lui , parceque Boileau ne lui rendit pas affez de juftice. Cet homme fi gai mourut de chagrin à cinquante-deux ans. On prétend même qu'il avança fes jours : mort en 1699.
Régnier Desmarets {Séraphin) né à Paris en 1632. Il a rendu de grands fervices à la langue , & eft auteur de quelques poéfies francaifes & italiennes. Il fit pafler une de fes pièces italiennes pour être de Pétrarque. Il n'eût pas fait pafîer fes vers français fous le nom d'un grand poëte : mort en 1713.
Rekaudot ( Théophrajîe) médecin, très-favant en plus d'un genre. Le premier auteur des gazettes en France : mort en 1679.
Renaudot (Eusèbe) né en 164.6, très-favant dans l'hiftoire & dans les langues de l'Orient. On peut lui reprocher d'avoir empêché que le dictionnaire de Bayle ne fût imprimé en France : mort en 172.0.
Reyneau {Charles) de l'oratoire, de l'académie des fciences, né en 1656'. Auteur de Vanalyfe démontrée , publiée en 170 S. On l'appella VEuclide de la haute géométrie : mort en 1728.
Richelet {Céfar-Fierre) le premier qui ait donné un dictionnaire prefque tout fatirique , exemple plus dangereux qu'utile. Il eft aulîi le premier auteur des dictionnaires de rimes, triftes ouvrages qui font voir combien il eft peu de rimes nobles & riches dans notre poéfie , & qui prouvent l'extrême difficulté de faire de bons vers dans notre langue.
Richelieu (le cardinal de ). Puifque Louis XIV. na-
quit pendant fon miniftère , on doit mettre parmi les écrivains de ce fiècle illuftre, le fondateur de l'académie françaife, auteur lui-même de plufieurs ouvrages. Il fît la méthode des controverfes dans fon exil à Avignon après Taflaflinat du maréchal d'Ancre & de la Galigai fes protecteurs. Les principaux points de la religion catholique défendus ; Tinftrudion du chrétien & la perfection du chrétien font à -peu -près de ce temslà. Il eft bien sûr qu'il ne compofait pas la perfection du chrétien du tems qu'il faifait condamner à mort le maréchal de Marillac dans fa propre maifon de Ruel, & qu'il était avec Marion de l'Orme dans un appartement, lorfque les commiiTaires prononcèrent l'arrêt de mort dicîé par lui. On fait aufîi qu'il y a beaucoup de vers de fa façon dans la tragi-comédie allégorique intitulée Europe , & dans la tragédie de Mirame. On fait qu'il donnait à cinq auteurs les fujets des pièces |§ repréfentées au palais cardinal , & qu'il eût mieux fait de i£ s'en tenir au feul Corneille , fans même lui fournir de fujet. Le plus beau de fes ouvrages eft la digue de la Rochelle,
L'abbé V Avocat bibliothécaire de forbonne prétend dans fon dictionnaire hiftorique que le cardinal de Richelieu eft l'auteur de ce teftament. Il croit devoir ce refpecl: à la mémoire du bienfaiteur de la forbonne ; mais c'eft rendre un mauvais fervice à fa mémoire que de l'accufer d'avoir fait un livre où il n'y a que des erreurs & des fautes de toute efpèce. Si malheureufement un miniftre d'état avait pu compofer un fi mauvais ouvrage , tout ce qu'on en devrait conclure c'eft qu'on pourrait être un grand miniftre , ou plutôt un miniftre heureux , avec une grande ignorance des faits les plus communs , des erreurs grofïïères & des projets ridicules. C'eft donc venger la mémoire du cardinal de Richelieu que de démontrer comme on l'a fait qu'il ne peut erre l'auteur de 3£ ce teftament, qui fans fon nom aurait été ignoré à jamais.
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L'abbé V 'Avocat , tout bibliothécaire qu'il était de la forbonne , s'eft trompé en difant qu'on avait retrouvé dans cette bibliothèque un manufcrit de cet ouvrage apoftillé de la main du cardinal. Le feul manufcrit apoftillé ainfi eft au dépôt des affaires étrangères ; il n'y fut porté qu'en 1705. Ce n'eft point le teftament qui eft apoftillé , c'eft une narration fuccin&e compofée par l'abbé de Pourris , à laquelle on avait long-tems après ajouté ce teftament prétendu. Et les notes marginales même écrites de la main du cardinal , prouvent que cette narration fuccinte n'était pas de lui ; elles indiquent les omiffions de l'abbé de Bour^éis , & ce qu'il devait refondre. Voyez la réponfe à M. àeFoncemagne.
On attribue encor au cardinal de Richelieu une hiftoire de la mère & du fils ; c'eft un récit aflez infidèle des malheureux démêlés de Louis XIII. avec fa mère. Cette qi hiftoire faible & tronquée eft probablement de Mènerai. ^ Mais dans la multitude des livres dont nous fommes accablés aujourd'hui , qu'importe de quelle main foit un ouvrage médiocre ? mort en 1642.
Rier ( André du ) gentilhomme ordinaire de la chambre du roi , long-tems employé à Conftantinople & en Egypte. Nous avons de lui la traduction de Valcoran & de Vhifloire de Perfe.
RiER {Pierre du) né à Paris en 1605. Secrétaire du roi , hiftoriographe de France. Pauvre malgré fes charges. Il fit dix-neuf pièces de théâtre & treize traductions , qui furent toutes bien reçues de fon tems : mort en 1658.
Rochefoucault ( François duc de la ) né en 1613. Ses mémoires font lus , & on fait par cœur fes penfées : mort en 1680.
Rohault {Jacques) né à Amiens en 1610, Il abrégea & il expofa avec clarté & méthode la phik>fophie de Uefiartes. Mais aujourd'hui cette philofophie, erronnée prefque en tout , n'a d'autre mérite que -m
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celui d'avoir été oppofée aux erreurs anciennes : mort en 1675»
Rollin {Charles) né à Paris en 1661, Re&eur de l'univerfité. Le premier de ce corps qui a écrit en français avec pureté & noblefTe. Quoique les derniers tomes de fon hijioire ancienne faits trop à la hâte ne répondent pas aux premiers, c'eft encor la meilleure compilation qu'on ait en aucune langue ; parce que les compilateurs font rarement éioquens & que Rollin l'était. Son livre vaudrait beaucoup mieux fi l'auteur avait écé philofophe. Il y a beaucoup d'hifïoires anciennes : il n'y en a aucune dans laquelle on apperçoive cet efprit philofophique qui diftingue le faux du vrai , l'incroyable du vraifemblable , & qui facrifie l'inutile : mort en 1741.
Rotrou {Jean) né en 1609 , le fondateur du théâtre. La première fcène & une partie du quatrième a&e de Vencejlas font des chefs-d'œuvres. Corneille l'appellait fon père. On fait combien le père fut furpaifé par le fils. Vencejlas ne fut compofé qu'après le Cid : mort en 1650.
Rousseau {Jean-Bapti/ïe) né à Paris en i66y. De beaux vers, de grandes fautes & de longs malheurs le rendirent très-fameux. Il faut ou lui imputer les. couplets qui le firent bannir, couplets femblables à plusieurs qu'il avait avoués , ou flétrir deux tribunaux qui prononcèrent contre lui. Ce n'efl pas que deux tribunaux, & même des corps plus nombreux , ne puifTent commettre unanimement de très-violentes injuftices, quand l'efprit de parti domine. Il y avait un parti furieux acharné contre Rouffeau. Peu d'hommes ont autant excité & fenti la haine. Tout le public fut foulevé contre lui jufqu'à fon banniflement , & même encor quelques années après ; mais enfin les fuccès de la Motte fon rival , l'accueil qu'on lui faifait , fa ré- ■p putation qu'on croyait ufurpée , l'art qu'il avait eu de D, 14 Q
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s'établir une efpèce d'empire dans la littérature, révoltèrent contre lui tous les gens de lettres , & les ramenèrent à Roujfeau qu'ils ne craignaient plus. Ils lui rendirent prefque tout le public. La Motte leur parut trop heureux , parce qu'ii étair riche & accueilli. Ils oubliaient que cet homme était aveugle & accablé de maladies. Us voyaient dans Roujfeau un banni infortuné , fans fonger qu'il eft plus trifte d'être aveugle & malade que de vivre à Vienne & a Bruxelles. Tous deux étaient en effet très-malheureux , l'un par la nature , l'autre par l'aventure funefle qui le fît condamner. Tous deux fervent à faire voir combien les hommes font injuftes, combien ils varient dans leurs jugemens, & qu'il y a de la folie à fe tourmenter pour arracher leurs fufrrages : mort à Bruxelles en 1 740.
Roujfeau n'eut dans fes ouvrages ni aménité , ni grâces , ni fentiment, ni invention : il favait très-bien jk tourner une épigramme licencieufe & une fiance. Ses *^ épîtres font écrites avec une plume de fer trempée dans le fiel le plus dégoûtant. Il appelle mefdemoifelles Louvancourt , qui étaient trois fceurs très-aimables , trio de louves acharnées : il appelle le confeiller d'état Rouillé , tabarin mordant, cauftique , & ruflre , après lui avoir prodigué des louanges dans une ode affez médiocte. Les mots de maroufles , de bélîtres, faliffent fes épîtres. Il faut fans doute oppofer une noble fierté à fes ennemis ; mais ces baffes injures fans gaieté , font le contraire d'une ame noble.
Quant aux couplets qui le firent bannir , voye{ les articles la Motte & Saurin,
On fe • contentera de remarquer ici que Roujfeau ayant avoué qu'il avait fait cinq de ces malheureux couplets, il était coupable de tous les autres , au tribunal de tous les juges , & de tous les honnêtes gens. Sa conduite après fa condamnation n'eft nullement Une preuve, en fa. faveur; on a en main ^es lettres
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du Sr. Medine de Bruxelles du 7 Mai 1737, conçues en ces termes : RouJJeau n'avait d'autre table que la mienne , d'autre afile que che$ moi ; m'avait baifé & embrajjê cent fois , le jour qu'il força mes créanciers à me faire arrêter.
Qu'on joigne à cela un pèlerinage fait par Roujpau à Notre-Dame de Hall , & qu'on juge s'il doit en être cru fur fa parole dans l'affaire des couplets.
Rue ( Charles de la ) né en 1643. Jéfuite. Poëte latin , poëte français & prédicateur. L'un de ceux qui travaillèrent à ces liyres nommés Dauphins , pour l'éducation de Monfeigneur. Virgile lui tomba en partage. Il a fait plufieurs tragédies & comédies ; fa tragédie de Sylla fut préTentée aux comédiens & refufée. Il a fait encor celle de Lifimachus. On croit qu'il a beaucoup travaillé à V Andrienne. II était très-lié avec le comédien Baron dont il apprit à déclamer. Il y avait deux fermons de lui qui étaient fort en vogue , l'un était le pécheur mourant, & l'autre le pécheur mort', on les affichait quand il devait les prononcer : mort en 172,5.
Ruinart (Thierri) bénédictin, mort en 1707 , laborieux critique. Il a foutenu contre Dodvel l'opinion que Véglife eut dans les premiers tems une foule pro^ digieufe de martyrs. Peut-être n'a-t-il pas aflez diftingué les martyres , & les morts ordinaires ; les perfécutions pour caufe de religion, & les perfécutions politiques. Quoi qu'il en foit , il eit au nombre des fa vans hommes du tems. C'eft principalement dans ce fiècle que les bénédictins ont fait les plus profondes recherches , comme Martine fur. les anciens rites de l'églife. Tuilier & tant d'autres ont achevé de tirer de delfous terre les décombres du moyen âge. C'eit encor un genre nouveau qui n'appartient qu'au fiècle de Louis XIV. & ce n'eft qu'en France que les bénédictins y ont excellé.
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Sablière ( Antoine de Rambouillet de la ). Ses madrigaux font' écrits avec une iinelTe qui n'exclut pas le naturel : mort en 1680.
Sacy le Maître ( Louis -lfaac\*$é en 1613 , l'un des bons écrivains de Port-Royal. C'eit de lui qu'eft la bible de Royaumont , & une traduction des comédies de Térence-. mort en 1684. Son frère Antoine le Maître fe retira comme lui à Port-Royal. Il avait été avocat: on le croyait un homme très-éloquent ; mais on ne le crut plus dès qu'il eut cédé à la vanité de faire imprimer {es plaidoyers. Un autre Sacy avocat , & de l'académie françaife , mais d'une autre famille , a donné une traduction eftimée des lettres de Pline en 1701.
-"Sage (le) né en 1667. Son roman de GiWBlas eft demeuré, parce qu'il y a du naturel : mort en
Saint-Aulaire ( François-Jofipk de Beau-poil marquis de ). C'eft une chofe très-fingulière , que les plus jolis vers qu'on ait de lui , aient été faits lorfqu'il était plus que nonagénaire. Il ne cultiva guère le talent de la poéfie qu'à l'âge de plus de foixante ans , comme le marquis de la Fare. Dans les premiers vers qu'on connut de lui , on trouve ceux-ci qu'on attribua à la Fare.
O mufe légère & facile , Qui fur le coteau d'Hélicon Vîntes offrit au vieil Anacréon Cet art charmant , cet art utile , Qui fait rendre douce & tranquile La plus incommode faifon ; Vous qui de tant de fleurs fur le parnaffe éclofes Orniez à fes côtés les grâces & les ris , Et qui cachiez fes cheveux gris Sous tant de couronnes de rofes , &c.
Ce fut fur cette pièce qu'il fut reçu à l'académie, Jj
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& Boileau alléguait cette même pièce pour lui refufer fon fuffrage. Il eft mort en 174a à près de cent ans, d'autres difent à cent deux. Un jour à l'âge de plus de quatre-vingt-quinze ans , il foupait avec madame la duchefTe du Maine : Elle l'appellait Apollon, & lui demandait je ne fais quel fecret. Il lui répondit :
La divinité qui s'amufe
A me demander mon fecret , Si j'étais Apollon , ne ferait point ma mufe > Elle ferait Thétis , & le jour finirait.
Anacréon moins vieux fit de bien moins jolies chofes. Si les Grecs avaient eu des écrivains tels que nos bons auteurs , ils auraient été encor plus vains, & nous leur applaudirions aujourd'hui avec encor plus de raifon.
Sainte-Marthe. Cette famille a été pendant plus de cent années féconde en favans. Le premier , Gaucher ; £ de Sainte-Marthe , fut Charles , qui fut éloquent pour fon tems : mort en 1555.
Scévole , neveu de Charles, fe diftingua dans les lettres & dans les affaires. Ce fut lui qui réduifit Poiriers fous l'obéiffance de Henri IV. Il mourut à Loudun en 1623 , & le fameux Urbain Grandier prononça fon oraifon funèbre.
Abel de Sainte-Marthe fon fils cultiva les lettres comme fon père, & mourut en 165a. Son fils nommé Abel comme lui , marcha fur fes traces : mort en 1706.
Scévole & Louis de Sainte-Marthe , frères jumeaux, fils du premier Scévole, enterrés tous deux à Paris dans le même tombeau à St. Séverin , furent illuftres par leur favoir. lis composèrent enfemble le Gallia chrifiiana.
Denis de Saisie-Marthe, leur frère, acheva cet ouvrage : mort à Paris en 1725.
Pierre Scévole de Sainte - Marthe , frère aine
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Siècle
du dernier Scévoïe , fut hillonographe de France : mort en 1690.
Saint-Evremqnt ( Charles) né en Normandie en 16 13. Une morale voluptueufe, des lettres écrites à des gens de cour dans un tems où ce mot de cour était prononcé avec emphafe par tout le monde , des vers médiocres qu'on appelle des vers de fociété faits dans des fociétés illuitres , tout cela avec beaucoup d'efprit contribua à la réputation de fes ouvrages. Un nommé Des Maifeaux les a fait imprimer, avec une vie de l'auteur, qui contient feule un gros volume & dans ce gros volume il n'y a pas quatre pages intéreflantes. Il n'eft grofïï que des mêmes chofes qu'on trouve dans les œuvres de Saint- Ev remont : c'eit un artifice de libraire, un abus du métier d'éditeur. Ceft par de tels artifices qu'on a trouvé le fecret de multiplier les livres à l'infini fans multiplier les connaiflances. On connaît fon exil , fa philofophie & fes ouvrages. Quand on lui demanda à fa mort s'il voulait fe réconcilier , il répondit : " Je „ voudrais me réconcilier avec l'appétit. „ Il eft enterré à Weftminiter avec les rois & les hommes illuftres d'Angleterre: mort en 1703.
Saint-Pavin ( Denis Sanguin de ). Il était au nombre des hommes de mérite, que Defpréaux confondit dans fes fatires avec les mauvais écrivains. Le peu qu'on a de lui pafTe pour être d'un goût délicat. On peut connaître fon mérite perfonnel par cette épitaphe , que fit pour lui Fieubet le maître des requêtes , l'un des efprits les plus polis de ce fiècle»
Sous ce tombeau gît Saint-Pavinj
Donne des larmes à fa fin.
Tu fus de fes amis peut-être ?
Pleure ton fort & le fîenr .•' i
Tu n'en fus pas ? pleure le tien ,
Paffant , d'avoir manqué d'en être*
mort en 1670,
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♦Spr^f^w
Saint-Pierre ( C<z/feZ abbé de) gentilhomme de Normandie , n'ayant qu'une fortune médiocre , la partagea quelque tems avec les célèbres Varignon , & Fort* tendlc. Il écrivit beaucoup fur la politique. La meilleure définition qu'on ait faite en général de {es ouvrages eft ce qu'en difait le cardinal du Bois, que c'étaient les rêves d'un bon citoyen. Il avait la fimplicité de rebattre dans fes ouvrages les vérités les plus triviales de la morale ; & par une autre (implicite, il propofait prefque toujours des chofes impofîibles comme praticables. Il ne cefla d'infifter fur le projet d'une paix perpétuelle , & d'une efpèce de parlement de l'Europe , qu'il appelle la diète Ëuropéene. On avait imputé une partie de ce projet chimérique au roi Henri IV. & l'abbé de St. Pierre pour appuyer fes idées prétendait que cette diète Ëuropéene avait été approuvée & rédigée par le dauphin duc de Bourgogne, & qu'on en avait trouvé le plan dans les papiers de ce prince. Il fe permettait cette fiction pour mieux faire goûter fon projet. Il rapporte avec bonne foi la lettre par laquelle le cardinal de Fleuri répondit à fes propofitio. ts : Vous avec oublié , monfieur , pour article préliminaire , de commencer par envoyer une troupe de mijfionnaires pour difpofer le cœur & l'efprit des princes. Cependant l'abbé de St. Pierre ne laifla pas enfin d'être très-utile. Il contribua beaucoup à délivrer la France de la tyrannie de la taille arbitraire ; il écrivit & il agit en homme d'état fur cette feule matière. Il fut unanimement exclus de l'académie françaife , pour avoir fous la régence du duc d'Orléans préféré un peu durement dans fa polifynodie l'étabihTement des confeils à la manière de gouverner de Louis XIV. protecteur de l'académie. Ce fut le cardinal de Polignac qui fit une brigue pour l'exclure , & qui en vint à bout. Ce qu'il y a d'étrange, c'eft que dans ce tems-là même ,„ le cardinal de Polignac confpirait contre le régent, & \Ô
14a Siècle Ç
que ce prince qui donnait un logement au palais royal à St. Pierre & qui avait toute fa famille à fon fervice , foufFrit cette exclufion. L'abbé de St. Pierre ne fe plaignit point. Il continua de vivre en philofophe avec ceux même qui l'avaient exclu. Boyer ancien évêque de Mirepoix fon confrère empêcha qu'à fa mort on ne prononçât fon éloge à l'académie félon la coutume. Ces vaines fleurs qu'on jette fur le tombeau d'un académicien n'ajoutent rien ni à fa réputation ni à fon mérite ; mais le refus fut un outrage ; & les fervices que l'abbé de St. Pierre avait rendus, fa probité & fa douceur, méritaient un autre traitement. Il mourut en 1743 âgé de quatre-vingt-deux ans. Je lui demandai quelques jours avant fa mort , comment il regardait ce paffage ; il me répondit ; comme un voyage à la campagne.
Le traité le plus fingulier qu'on trouve dans fes ! ouvrages , eft l'anéantiffement futur du mahométifme. Il allure qu'un tems viendra où la raifon l'emportera chez les hommes fur la fuperftition. Les hommes comprendront , dit-il , qu'il fuffit de la patience , de la politefle & de la bienfaifance pour plaire à Dieu. Il eft impoflible , dit - il encor , qu'un livre où l'on trouve des propofitions faufles données comme vraies , des chofes abfurdes oppofées au fens commun , des louanges données à des a&ions injuftes , ait été révélé par un être parfait. Il prétend que dans cinq cents ans tous les efprits , jufqu'aux plus grofliers , feront éclairés fur ce livre ; que le grand muphti même & les cadis verront qu'il eft de leur intérêt de détromper la multitude , & de fe rendre plus néceffaires & plus refpeclés en rendant la religion plus fimple. Ce traité eft curieux. Dans fes annales de Louis XIV. il dit que l'état devrait bâtir des loges aux petites-maifons pour les théologiens intolérans, & qu'il ferait à propos de jouer v. ces efpèces de fous fur le théâtre.
S allô (Denis) né en 1626. Confeiller du parlement de Paris. Inventeur des journaux. Bayle perfectionna ce genre , déshonoré enfuite par quelques journaux , que publièrent à l'envi des libraires avides , & que des écrivains obfcurs remplirent d'extraits infidèles, d'inepties & de menfonges. Enfin on eà parvenu jufqu'à faire un trafic public d'éloges & de cenfures , fur-tout dans des feuilles périodiques ; & la littérature a éprouvé le plus grand avililTement par ces infâmes manèges : mort en 1669.
Sandras de Courtils, né à Montargis en 1644. On ne place ici fon nom , que pour avertir les Français , & fur-tout les étrangers , combien ils doivent fe défier de tous ces faux mémoires imprimés en Hollande. Courtils fut un des plus coupables écrivains de ce genre. Il inonda l'Europe de fiàions , fous le nom d'hiftoires. Il était bien honteux , qu'un capitaine du régiment de Champagne allât en Hollande vendre des menfonges aux libraires. Lui & {es imitateurs qui ont écrit tant de libelles contre leur propre patrie comre de bons princes qui dédaignent de fe venger & contre des citoyens qui ne le peuvent , ont mérité l'exécration publique. Il a compofé la conduite de la France depuis la paix de Nimégue , & la réponfe au même livre. L'état de la France fous Louis XÎIL & fous Louis XIV. La conduite de Mars dans les guerres de Hollande. Les conquêtes amoureufes du grand Alcandre. Les intrigues amoureufes de la France. La vie de Turenne. Celle de Vamiral Coligni. Les mémoires de Rochefort, d'Artagnan , de Mon brun , de Vordac , de la marquife du Frêne. Le tejlament politique de Colbert , & beaucoup d'autres ouvrages qui ont amufé & trompé les ignorans. Il a été imité par les auteurs de ces miférables brochures contre la France, le glaneur , l 'épilogueur , &c. ouvrages que la faim a infpirés , que la fottife & le menfonge ont
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Siècle Q- i
dictés, à peine lus de la canaille : mort à Paris en I7ia.
Sanleque {Louis) chanoine régulier, poète qui a fait quelques jolis vers. C'eft un des effets du fïècle de Louis XIV. que le nombre prodigieux de poètes médiocres dans lefquels on trouve des vers heureux. La plupart de ces vers appartiennent au tems, & non au génie : mort en 17 14.
Sanson (Nicolas) né à Abbeville en 1600 ; le père de la géographie avant Guillaume de Vlfle : mort en 1667. Ses deux fils héritèrent de fon mérite.
Santeuil (Jean-Baptifte) né à Paris en 1600. Il pafie pour excellent poëte latin , fi on peut l'être , & qui ne pouvait faire de vers français. Ses hymnes font chantées dans l'églife. Comme je n'ai point vécu chez Mécène entre Horace & Virgile , j'ignore fi ces hymnes font aufii bonnes qu'on le dit : fi, par exemple, orbis redemptor nu ne redemptus , n'en: pas un jeu de mots puérile. Je me défie beaucoup des vers modernes latins : mort en 1697.
Sarrasin (Jean- François) né près de Caen en 160$ , a écrit agréablement en profe & en vers ; mort en 1655.
Savari (Jacques) né en 1611. Le premier qui ait écrit fur le commerce. Il avait été Iong-tems négociant. Le confeil le confulta fur l'ordonnance de 1670 , & il en rédigea prefque tous les articles. Le dictionnaire de commerce qui eft de lui, & de PHi- Umon fon frère, chanoine de St. Maur , fut une entreprife aufïï utile que nouvelle ; mais il faut regarder ces livres à-peu-près comme les intérêts des princes, qui changent en moins de cinquante ans. Les objets & les canaux du commerce , les gains , les fineffes , ne font plus aujourd'hui ce qu'ils étaient du tems de Savari.
Saumaise (Claude) né en Bourgogne en 1588. £} Retiré Ut
Retiré à Leyde pour être libre. Homme d'une éruditioo immehfe. On prétend que le cardinal de Richelieu lui offrit une penfion de douze mille francs pour revenir en France , à condition qu'il écrirait à la gloire de ce miniflre, & même qu'il écrirait fa vie ; mais Saumaife aimait trop fa liberté & haûTait trop celui qu'il regardait comme le plus grand ennemi de cette même liberté, pour accepter fes offres. Le roi d'Angleterre Charles II. l'engagea à compofer le cri du fans rcyal contre les parricides de Charles L Le livre nerépo idit pas à la réputation de l'auteur : Mikon auteur d'un {♦ *A poème barbare fur la pomme d'Jdam , & le modèle de tousTis~pôëmes barbares tirés de l'ancien teftament , réfuta Saumaife , mais le réfuta comme une bête féroce combat un fauvage. Ces deux ouvrages d'un pédantifme dégoûtant font tombés dans l'oubli. Les noms des auteurs n'ont pas péri : mort en 1653,
Saurin {Jacques} né à Nîmes en 1677. Il paffa § pour le meilleur prédicateur des églifes réformées. Cependant on lui reproche, comme à tous fes confrères , ce qu'on appelle le iryle réfugié. // ejl difficile , dit-iJ , que ceux qui ont facrifii leur patrie à leur religion parlent leur langue avec pureté^ &c. De fon tems cependant le français ne s'était pas corrompu en Hollande comme il l'eft aujourd'hui. Bayle n'avai: point le iryle réfugié ; il ne péchait que par une familiarisé qui approche quelquefois de la baffefle* Les défau s du langage des pafteurs calviniltes venaient de ce qu'ils copiaient les phrafes incorrectes des premiers réformateurs ; de plus , prefque tous ayant été élevés à Saumur , en Poitou , en Dauphini , ou en Languedoc , ils confervaient les manières de parler vicieufes de la province. On créa pour Saurin une place de miniflre de la nobleffe à la Haye. Il était favant & homme de plaifir : mort en 1730.
Saurin (Jofeph) né près d'Orange en 1659, de
Siècle de Louis XIV. Tom. V. K
l'académie des fciences. C'était un génie propre à tout ; mais on n'a de lui que des extraits du journal des favans , quelques mémoires de mathématiques , & fon fameux faâum contre Roujfeau. Ce procès fi malheureufement célèbre fit rechercher toute fa vie, & fer vit à fufciter contre lui les plus infâmes accufations. Roujfeau réfugié en SuifTe, & fâchant que fon ennemi avait été pafteur de Péglife réformée à Bercher dans le bailliage d'Yverdun , remua tout pour avoir des témoignages contre lui. Il faut favoir que Jofepk Saurin dégoûté de fon miniftère , livré à la philofophie & aux mathématiques , avait préféré la France fa patrie , la ville de Paris & l'académie des fciences , au village de Bercher. Pour remplir ce defTein. il avait fallu rentrer dans le fein de Téglife romaine, & il y rentra dès l'année 1690. L'évêque de Meaux Bojfuet crut avoir converti un miniftre , & il ne fit que fervir à la petite fortune d'un philofophe. Saurin retourna en SuifTe plufieurs années après pour y recueillir quelques biens de fa femme qu'il avait perfuadée de quitter auflï la religion réformée. Les magistrats le décrétèrent de prife de corps , comme un pafteur apoftat qui avait fait apoftafier fa femme. Cela fe parlait en 1712 , après le funefte procès de Roujfeau 1 & Roujfeau était à Soleure précifément dans ce tems-là. Ce fut alors que les accufations les plus flétriffantes éclatèrent contre Saurin. On lui imputa d'anciens délits qui auraient mérité la corde ; on produifit enfuite contre lui une ancienne lettre dans laquelle il avait fait luimême , difait-on , la confeiïion de fes crimes à un , pafteur de fes amis. Enfin pour comble d'indignité on eut la bafTefie cruelle d'imprimer ces accufations & cette lettre dans plufieurs journaux , dans les fupplémens de Bayle , dans celui de Moréri ; nouveau moyen malheureufement inventé pour flétrir un homme dans l'Europe : c'eft étrangement avilir la littérature que
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de faire d'un dictionnaire un greffe criminel , & de fouiller d'opprobres fcandaleux des ouvrages qui ne doivent être que le dépôt des fciences; ce n'était pas fans doute l'intention des premiers auteurs de ces archives de la littérature qu'on a depuis infectées de tant d'additions suffi erronées qu'odieufes. L'art d'écrire eu devenu en plufieurs pays un vil métier, dans le^ quel des libraires qui ne favent pas lire paient des menfonges & des futilités à tant la feuille , à des écrivains mercenaires qui ont fait de la littérature la plus lâche des profefïïons. Il n'eft pas permis au moins de configner dans un dictionnaire des accufations criminelles , & de s'ériger en délateur fans avoir des preuves juridiques^ J'ai été à portée d'examiner ces accufations contre Jofeph Saurin ; j'ai parlé au feigneur de la terre de Bercher , dans laquelle Saurin avait été pafteur ; je me fuis adreffé à toute la famille du feigneur de ce.te terre: lui & tous fes parens m'ont dit unani^ \â mement qu'ils n'avaient jamais vu la lettre imputée à Saurin : ils m'ont tous marqué la plus vive indignation contre l'abus fcandaleux dont on a chargé les fupplémens aux dictionnaires de Bayle & de Moréri ; & cette jufle* indignation qu'ils m'ont témoignée doit paffer dans le cœur de tous les honnêtes gens. J'ai en main les atteftations de trois pafteurs qui avouent que la lettre imputée à Saurin eu faulTe , & qu'elle n'eft que l'effet de la calomnie que les gens de lettres emploient fouvent les uns contre les autres* Jofeph Saurin mourut en 1737, en philofophe intrépide qui connaiffait le néant de toutes les chofes de ce monde , & plein du plus profond mépris pour tous ces vains préjugés , pour toutes ces difputes , pour ces opinions erronées qui furchargent d'un nouveau poids les malheurs innombrables de la vie humaine.
Jofeph Saurin a laiffé un fils d'un vrai mérite, auteur d'une tragédie de Spartacus , dans laquelle il y a des
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traits comparables à ceux de la plus grande force de Corneille.
Sauveur ( Jofeph ) né à la Flèche en 1653. ^ .apprit fans maître les élémens de géométrie. Il efî un des premiers qui ait calculé les avantages & les défavantages des jeux de hafard. Il difait ^ que tout ce que peut un homme en mathématique, un autre le peut auffi. Cela s'entend pour ceux qui fe bornent à apprendre , mais non pour les inventeurs. Il avait été muet jufqu'a l'âge de fept ans : mort en 17 16.
Scarron (Paul I. fils d'un confeiller de la grandchambre, né en 1 598. Ses comédies font plus burlefques que comiques. Son Virgile travefli , n'efï pardonnable qu'à un bouffon. Son roman comique efl prefque le feul de fes ouvrages que les gens de goût aiment encor ; mais ils ne l'aiment que comme un ouvrage gai , amufant & médiocre. C'eft ce que Boileau avait prédit : mort - en 1660.
Scudéri ( George de ) né au Havre-de-Grace en 1603. Favorifé du cardinal de Richelieu , il balança quelque tems la réputation de Corneille. Son ncm efl plus connu que fes ouvrages : mort en 1667.
Scude'ri (Magdeleine) foeur de George, née au Havre en 1607, plus connue aujourd'hui par quelques vers agéables qui refient d'elle , que par les énormes romans de la Clélie & du Cyrus. Louis XIV. lui donna une penfion , & l'accueillit avec diflinclion. Ce fut elle qui remporta le premier prix d'éloquence fondée par l'académie : morte en 1701.
Segrais (Jean) néàCaen en 1625. Mademoifelle l'appelle une manière de bel efprit ; mais c'était en effet un très-bel efprit , & un véritable homme de letrres. Il fut obligé de quitter le fervice de cette princefîe, pour s'être oppofé à fon mariage avec le comte de Laufun. Ses éloges & fa traduction de Virgile furent eliimés ; mais aujourd'hui on ne les lit plus. Il efl remarquable
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qu'on a retenu des vers de la Pharfale, de Bréùœuf, & aucun de V Enéide de Ségrais. Cependant Boileau loue Ségrais, & dénigre Brebœuf-. mort en 1701.
Senaut {Jean-François} né en 1601. Général de l'oratoire. Prédicateur qui fut à l'égard du père Bourdaloue, ce que Rotrou eft pour Corneille, fon prédéceffeur & rarement fon égal. Il eft compté parmi les premiers reftaurateurs de 1 éloquence , plutôt que dans le petit nombre des hommes véritablement éloquens : mort en 16 fi.
Seneçai, premier valet - de - chambre de Marie- Thérèse. Poè'te d'une imagination fingulière. Son conte du Ka'imac , à quelques endroits près , eft un ouvrage diftingué. C'eft un exemple qui apprend qu'on peut très-bien compter d'une autre manière que la Fontaine, On peut obferver que cette pièce , la meilleure qu'il ait faite, eft la feule qui ne fe trouve pas dans fon recjueii. Il y a aufîi dans fes travaux $ Apollon des £* beautés fingulières & neuves.
Sévigné {Marie de Rabutin') née en 1616. Ses' lettres remplies d'anecdotes, écrites avec liberté, & d'un ftyle qui peint & anime tout, font la meilleure critique des lettres étudiées où l'on cherche lefprit , & encor plus de ces lettres fuppofées dans lefquelles on veut imiter le ftyle épiftolaire , en étalant de faux fentimens & de faufles aventures à des correfpondans imaginaires. C'eft dommage qu'elle manque abfolument de goût , qu'elle ne fâche pas rendre juftice à Racine , qu'elle égale l'oraifon funèbre de Turenne prononcée par Mafcaronâu grand chef-d'œuvre de Fléchier: morte en 1696.
Silva, Juif de Bordeaux, très-célèbre médecin à Paris , a fait un livre eftimé fur la faignée ; il était fort au demis de fon livre. C'érait un de ces médecins que Molière n'eut pu ni ofé rendre ridicule : mort vers l'année 1746.
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Simon' ( Richard ) ne en 1638, de l'oratoire. Excellent critique. Son hijipire de V origine & du progrès des revenus eccléfiapiques , fon hiftoire critique du vieux teftamcniy &c. font lues de tous les faYans ; mort à JPieppe en 171 2.
Sirmond {Jacques) jéfuite, né vers Tan 1559. L'un des plus favans 8c des plus aimables hommes de fon rems. On fait à peine qu'il fut confefTeur de Louis xm. parce qu'il fit à peine parler de lui dans ce pofte déiicat. Il fut préféré par le pape à tous les fvans d'Italie, pour faire la préface de la colledion des conciles. Ses nombreux ouvrages furent très-eftimés , & font très-peu lus : mort en 165 1.
Sirmond ( Jean ) neveu du précédent historiographe de France, avec le brevet de confeiller d'état, qui était d'ordinaire attaché à la charge d'hiftoriographe. L'un de fes principaux ouvrages eft la vie du cardinal à'Jmboife , qu'il ne compofa que pour mettre ce minifrre au defïbus du cardinal de Richelieu fon protecteur : il fut un des premiers académiciens : mort en 1649.
Sorbieres {Samuel) né en Dauphiné en 1610. IJuti de ceux qui ont porté le titre d'hiftoriographe de France. Ami du pape Clément IX. avant fon exaltation , ne recevant que de faibles marques de la générofité de ce pontife, il lui écrivit: " Saint père, vous envoyez „ des manchettes à celui qui n'a point de chemife. „ Il effleura beaucoup de genres de fciences : mort en 1670.
Suze (la comteife Henriette de Coligni de la ) célèbre dans fon tems par fon efprit & par fes élégies. C'eft elle qui fe ht catholique, parce que fon mari était huguenot , & qui s'en fépara , afin ( difait la reine Ckriftme) de ne voir fon mari ni dans ce monde-ci, v ni dans l'autre : morte en 1673.
Tallemant ( François ) né à la Rochelle en 1620 : i fécond traducteur de Flutarque : mort en 1693. i
Tallemant ( Paul né à Paris en 1642. Quoiqu'il ^
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fût petit-fils du riche Montoron , & fils d'un maître des requêtes qui avait eu deux cent mille livres de rente de notre monnoie d'aujourd'hui , il fe trouva prefque fans fortune. Colbert lui fit du bien comme aux autres gens de lettres. Il a eu la principale part à Phifloire du roi par médailles: mort en 17 11.
Talon ( Orner ) avocat - général du parlement de Paris , a laifTé des mémoires utiles , dignes d'un bon magiflrat & d'un bon citoyen ; mais fon éloquence n'efl pas encor celle du bon tems : mort en 165a.
Tarteron , jéfuite. Il a traduit les fatires d'Horace, de Perfe & de Juvenal ; & a fupprimé les obfcénités groffières dont il efl étrange que Juvenal & fur - tout Horace aient fouillé leurs ouvrages. Il a ménagé en cela la jeuneffe pour laquelle il croyait travailler ; mais fa traduction n'eft pas allez littérale pour elle; le /ens efl rendu , niais non pas la valeur des mots,
Terrasson (l'abbé ) né en 1669. Philofophe pendant fa vie & à fa mort. Il y a de beaux morceaux dans fon Setos. Sa traduction de Diodore efl utile , fon examen d 'Homère fans aucun goût : mort en 1750.
Thiers ( Jean-Baptifte ) né à Chartres en 1641. On a de lui beaucoup de difïertations. C'efl lui qui écrivit contre Pinfcription du couvent des cordeliers de Rheims, a Dieu # à St. François tous ceux crucifiés : mort en 1703.
Thomassin ( Louis ) de Poratoire, né* en Provence en 16 19. Homme d'une érudition profonde. Il fit le premier des conférences fur les pères , fur les conciles & fur l'hiftoire. Il oublia fur la fin de fa vie tout ce qu'il avait fu , & ne fe fouvint plus d'avoir écrit : mort en 1695.
Thoynard (Nicolas) né à Orléans en 1629. On prétend quil a eu grande part au traité du cardinal Norris fur les époques fyriennes. Sa concordance des 3J. évangelijics en grec , pafïe pour un ouvrage curieux. îS K 4 G
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Il n'était que favant , mais il l'était profondément : mort en 1706. . •
Torci ( Jean-Baptifle Colhert de ) neveu du grand Colberiy miniilre d'érat fous Louis XIV. a laiffé des mémoires depuis la paix de Rifwick jufqu'à celle d'Utrecht : ils ont été imprimés pendant qu'on achevait l'édition de cet ejfai fur le Jiècle de Louis XIV, Ils confirment tout ce qu'on y avance. Ces mémoires renferment des détails qui ne conviennent qu'à ceux qui veulent s'inftruire à fond : ils font écrits plus purement que tout les mémoires de fes prédécefTeurs : on y reconnaît le goût de la cour de Louis X!V. Mais leur plus grand prix eu dans la fincérité de l'auteur : c'eft la vérité , c'eft la modération elle-même , qui ont conduit fa plume : mort en 1746.
Toureil (Jacques ) né à Touloufe en 16 56. Célèbre par fa traduction de Demofîhme : mort en 171 5.
Tournefort ( Jofeph Fittonàe) né en Provence en 1656. Le plus grand botanifte de fon tems. Il fut envoyé par Louis XIV. en Efpagne , en Angleterre, en Hollande, en Grèce & en Afie, pour perfectionner l'hiftoire naturelle. Il rapporta treize cent trente - fix nouvelles efpèces de plantes , & il nous apprit à connaître les nôtres : mort en 1708.
Le Tourneux , né en 1640.. Son année chrétienne eft dans beaucoup de mains , quoique mife à Rome à l'index des livres prohibés, ou plutôt parce qu'elle y eft mife : mort en 1686.
Tristan l'Hermite, gentilhomme de Gaflon d'Orléans frère de Louis XIII. Le prodigieux & long fuccès qu'eut fa tragédie de Mariamne , fut le fruit de l'ignorance où l'on était alors. On n'avait pas mieux ; & quand la réputation de cette pièce fut établie , il fallut plus d'une tragédie de Corneille , pour la faire oublier. Il y a encor des nations chez qui des ouvrages trèsmédiocres paflent pour des chefs - d'oeuvres, parce qu'il &
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ne s'efl pis trouvé de génie qui les ait furpafTés. On ignore communément que Trijîan ait mis en vers l'office de la Vierge, & il n'eft pas étrange qu'on l'ignore : mort en 165 5. Voici fon épitaphe qu'il compofa.
Je fis le chien couchant auprès d'un grand feigneur. Je me vis toujours pauvre > & tâchai de paraître. Je vécus dans la peine , efpérant le bonheur , Et mourus fur un coffre en attendant mon maître.
Turennes. Ce grand homme nous a laifîe aufll des mémoires qu'on trouve dans la vie , écrite par Ramfey. Nous avons beaucoup de mémoires de nos généraux : mais ils n'ont pas écrit comme Xênophon & Céfar.
Vaillant ( Jean-Foi) né à Beauvais en 1632. Le public lui doit la fckn.ce des médailles , & le roi la moitié de fon cabinet. Le miniftre Colbert le lit voyager en Italie, en Grèce, en Egypte , en Turquie, en Perfe. m Des corfaires d'Alger le prirent en 1674 avec l'archi- jfi tecle Vefgodets. Le roi les racheta tous deux. Jamais favant n'elfuya plus de dangers : mort en 1706.
Vaillant ( Jean-François ) né à Rome en 166$ , pendant les voyages de fon père. Antiquaire comme lui : mort en 1708.
Valincourt( Jean-Baptifïe-Henri du Troujfetde) né en 1653. Une épître que Defpréaux lui a adreflee, fait fa plus grande réputation. On a de lui quelques petits ouvrages. Il était bon littérateur. Il fit une affez grande fortune, qu'il n'eût pas faite, s'il n'eût été qu'homme de lettres. Les lettres feules dénuées de cette fagacité laborieufe qui rend un homme utile , ne procurent prefque jamais qu'une vie malheureufe & méprifée. Un des meilleurs difcdurs qu'on ait jamais prononcés à l'académie efl celui dans lequel M. de Valincourt tâche de guérir l'erreur de ce nombre prodigieux de jeunes gens , qui prenant leur fureur d'écrire pour un talent , vont préfenter de mauvais vers à des princes , ;
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inondent le public de leurs bromures , & qui accu-ent l'ingratitude du fiècle , parce qu'ils font inutiles au monde & à eux-mêmes. Il les avertit que les proieffions qu'on croit les plus baïfes , font fort fupérieures à celle qu'ils ont embraflee : mort en 1730.
Valois ( Adrien) né à Paris en 1607. Hiftoriographe de France. Ses meilleurs ouvrages font fa notice des Gaules , & fon hifioire de la première race : mort en 169a*
Valois ( Henri) frère du précédent, né en 1604. Ses ouvrages font moins utiles à des Français , que ceux de fon frère: mort en 1676.
Varignon ( Pierre) né à Caen en 16^4. Mathématicien célèbre : mort en 1702.
Varillas {Antoine ) né dans la Marche en 1624. Hiftorien plus agréable qu'exael : mort en 1696.
Le VASSOR(MicW) de l'oratoire. Réfugié en Angleterre. Son hifioire de Louis XIII. difFufe, pefante & fatirique , a été recherchée pour beaucoup de faits finguliers qui s'y trouvent : mais c'eft un déclamateur odieux, qui dans l'hiftoire de Louis XIII ne cherche qu'à décrier Louis XIV. qui a taque les morts & les vivans ; il ne fe trompe que fur peu de faits , & pane pour s'être trompé dans tous fes jugemens : mort en 1718.
Vavasseur , né dans le Charolois en 1605. Jéfuite, grand littérateur. Il fit voir le premier que les Grecs & les Romains n'ont jamais connu le ftyle burlefque, qui n'eft qu'un refte de barbarie : mort en 1681.
Vauban ( le maréchal de) né en 1633. Sa dixme réelle n'a pu être exécutée, & eft en effet impraticable. On a de lui pîufieurs mémoires dignes d'un fi bon citoyen: mort en 1707.
Vaugelas ( Claude Favre de) né à Chamberri en 1585. C'eft un des premiers qui ont épuré & réglé la SI langue , & de ceux qui pouvaient faire des vers italiens
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fans en pouvoir faire de français. Il retoucha pendant trente ans fa traduction de Quinte- Curce. Tout homme qui veut bien écrire doit corriger les ouvrages toute fa vie : mort en lb 50.
Le Vayer ( François ) né à Paris en 1588. Précepteur de Monfievr frère de Louis XIV, & qui enfeigna le roi un an. Hiftoriographe de France, confeiller d'état, grand pyrrhonien & connu pour tel. Son pyrrhonifme n'empêcha pas qu'on ne lui confiât une éducation û précieufe. On trouve beaucoup de fcience & de raifon dans fes ouvrages trop diffus. Il combattit le premier avec fuccès cette opinion qui nous fîed fi mal , que notre morale vaut mieux que celle de l'antiquité.
Son traité de la vertu des payens , eil eflimé des fages. Sa devife était :
De las cofas mas feguras
La mas fegura es dudar, \ ^
comme celle de Montagne était : Que fais - je ? mort en 1671.
Vetssieres ( mathurin de la Croze ) né à Nantes en 1661. Bénédictin à Paris. Sa liberté de penfer, & un prieur contraire à cette liberté lui firent quitter fon ordre & fa religion. C'était une bibliothèque vivante, & fa mémoire était un prodige. OuTe les chofes utiles & agréables qu'il favait , il en avait étudié d'autres qu'on ne peut favoir, comme l'ancienne langue Egyptienne. Il y a de lui un ouvrage eftimé , c'eft le chrijiianifrne des Indes.^ Ce qu'on y trouve de plus curieux , c'efl que les Bramines croient l'unité d'un Dieu , laiffant les idoles au peuple. La fureur d'écrire eu telle , qu'on a écrit la vie de cet homme en un volume aulïï gros que la vie d'Alexandre. Ce petit extrait encor trop long aurait fuffi : mort à Berlin en 1739.
Vergier (Jacjues) né à Paris en 1675. H eft à l'égard de la Fontaine ce que Campifiron eft à Racine.
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Imitateur faible , mais naturel : mort afTafîiné à Paris par des voleurs en 1720. On lai/fe entendre dans le Moréri, qu'il avait fait une parodie contre un prince puisant qui le fit tuer. Ce conte eft faux.
Vertot ( René-Âubert ) ne en Normandie en 165 £. Hiftorien agréable & élégant : mort en 1735.
Vie H art de Saint-Réal (Céfar) né à Cbamberri, mais élevé en France. Son hifloire. de la conjuration de Venife, eft un chef-d'œuvre. Sa vie de Jesus-Christ eft bien différente : mort en 1692..
Villars de Monf aucon ( l'abbé de ) né en 1 63 5 , célèbre par le comte de Gabalis. C'eft une partie de l'ancienne mythologie des Perfes. L'auteur fut tué en 1673 d'un coup de piftolet. On dit que les Sylphes l'avaient afTalîiné pour avoir révélé leurs myitères.
Villars ( le maréchal duc de) né en 165a. Le premier tome des mémoires qui portent fon nom, eft entièrement de lui. Il favait par cœur les beaux endroits de Corneille , de Racine & de Molière. Je lui entendis dire un jour à un homme d'état fort célèbre , qui était étonné qu'il fût tant de vers de comédie , fen ai moins joué que vous , mais j'en fais davantage: mort en 173 4.
Villedieu ( madame de ). Ses romans lui firent de la réputation. Au refte on eft bien éloigné de vouloir donner ici quelque prix à tous ces romans dont la France a été & eft encor inondée ; ils ont prefque tous été , excepté Zaide, des productions d'efprits faibles, qui écrivent avec facilité des chofes indignes d'être lues par des efprits folides ; ils font même pour la plupart dénués d'imagination , & il y en a plus dans quatre pages de X Ariofle , que dans tous ces infipides écrits qui gâtent le goût des jeunes gens : morte en 1683.
Villiers ( Pierre ) né à Coignac en 1648. Jéfuite. Il cultiva les lettres comme -tous ceux qui font fortis de cet ordre. Ses fermons & fon poëme fur l'art de 3& prêcher eurent de fon tems quelque réputation. Ses